Marseille internationale

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mardi 14 septembre 2010

L’affaire Andrieux : persistance et transformation du clientélisme

A Avant les congés, nous avions consacré un billet au « retour des affaires ». Pour mémoire, il s’agissait d’un faisceau d’événements criminels (braquage spectaculaire en plein centre -ville, arrestations de parains...) qui reposait la question de la « réputation » de la ville. Pour compléter le tableau, Le Monde publie, ce jour, dans sa Page 3, une enquête sur le « banditisme des cités » qui reconfigure le champ de la grande délinquance urbaine.

C’est pourtant un tout autre aspect des « affaires » marseillaises qui s’est joué dans les bureaux du juge d’instruction Franck Landou la semaine dernière. Si cet épisode est sans rapport avec ce qui précède, il permet d’interroger le climat politico-judiciare local et offre un éclairage sur des pratiques que d’aucun pensait disparues.

Au commencement, l’affaire Andrieux

À l’été 2008, Tracfin alerte la justice sur une présomption de malversations au Conseil régional PACA. Au total, 750 000 euros auraient été détournés au profit d’associations qui ne poursuivraient aucun objet social autre que leur participation au financement de la campagne électorale de Sylvie Andrieux, vice-Présidente du Conseil régional chargée de la politique de la ville et élue des quartiers Nord de Marseille. Se retranchant derrière les « responsables administratifs » de la Région, elle est néanmoins remerciée par le Président Vauzelle en mai 2009 qui précise dans un communiqué :

« souhaite(r) que l'enquête, concernant un éventuel détournement de subventions au préjudice du Conseil régional se déroule dans les conditions nécessaires au respect des intérêts de la Région et de ses citoyens ».

Michel Vauzelle ne s’arrête pas là et porte plainte. La Provence relevait à l’époque la nature politique de cette décision dans la mesure où Sylvie Andrieux, frappée par le cumul des mandats, avait prévu de démissionner de son poste de vice-Présidente pour conserver ses sièges à l’Assemblée nationale et au conseil municipal. Il s’agissait pour Michel Vauzelle de rompre publiquement avec Sylvie Andrieux afin de positionner, lui et son institution, comme une victime des faits supposés.

En juillet 2009, la justice rattrape cependant le cabinet du Président en procédant à la mise en examen de Franck Dumontel, ex-directeur de cabinet de Michel Vauzelle, et Jules Nyssen, ex-directeur général des services pour «complicité de détournements de fonds publics». Finalement, c’est vingt-deux personnes qui, à ce jour, sont mis en examen dans cette affaire.

Alors que Michel Vauzelle pouvait craindre une pollution de la campagne électorale des régionales de 2010 par ce climat judiciaire, ses principaux adversaires ont globalement évité le sujet. Les quelques - timides - attaques ont été davantage le fait de sa partenaire écologiste, Laurence Vichnievsky qui profitant de son statut d’ancienne magistrate - elle a notamment instruit l’affaire Boulin, l’affaire Elf et l’Affaire Dumas au côté d’Eva Joly, ainsi que l’affaire des frégates de Taiwan - a fait valoir sa « candidature éthique », observant :

«qu'il y a beaucoup de saupoudrage, une politique de guichet, sans qu'il y ait des objectifs. C'est un peu à la demande. Ce n'est pas une bonne manière de gérer. On voudrait proposer plus de rigueur».

Au début de cet été, ayant laisser passer les élections régionales, le juge Landou reprend l’initiative et décide de placer Sylvie Andrieux en examen pour « complicité de tentative d’escroquerie et complicité de détournement de fonds publics » après cinq heures d’auditions où elle se présentait comme témoin assisté. Alors qu’elle accusait jusque-là, les responsables administratifs de la Région, elle s’en prend désormais à son attaché parlementaire qui « s’est trouvé l’interlocuteur direct des associations » et à son Président, coupable à ses yeux, d’exercer « un authentique pouvoir présidentiel concentré » : « mon rôle était équivalent à celui de la reine d’Angleterre » se défend-elle devant le juge.

Dernier épisode en date, ce dernier convoque Michel Vauzelle jeudi 10 septembre, en qualité de témoin assisté. Il conservera ce statut à sa sortie du bureau du juge après quatre heures d’auditions. Sa ligne de défense est claire : il n’avait pas connaissance des demandes de subvention qui étaient directement adressés aux services concernés.

La question du clientélisme

Cette affaire repose la question du clientélisme à Marseille. Il est courant de décrire la régulation du marché politique local marseillais à partir des relations entre faveurs des élus et intérêts privés. Dans sa thèse, Cesare Mattina a décrit les mutations des ressources clientélaires à Marseille et à Naples entre 1970 et 1990. Il montrait que le clientélisme n’était en rien liée à une pratique « culturelle », mais qu’il s’inscrivait dans :

« la capacité des élus à disposer de ressources publiques et à les distribuer à des segments de populations en quête d’ascension ou de consolidation de leurs positions sociales ».

La régulation clientélaire, dans cette perspective, permet de comprendre les processus de notabilisation du personnel politique. Il note dans un article :

« Pour répondre de manière systématique aux demandes privées et personnelles, les élus sont obligés d’avoir une organisation performante. Une députée socialiste - vice-Président de la région PACA, conseillère municipale et conseillère d’arrondissement de Marseille - dispose d’un bureau de permanence personnelle doté de moyens humains important. Le cumul des mandats locaux et nationaux lui permet d’avoir une équipe élargie de permanents et de bénévoles, qui a la capacité de répondre systématiquement aux demandes des citoyens. »

Le clientélisme trouve ainsi une partie de sa justification, non pas seulement dans la nécessité de fidéliser une clientèle électorale, mais dans la nécessité d’apparaître comme un élu de proximité et de terrain. La complexité de la régulation clientélaire réside dans les relations ambigües qu’elle entretient avec la légitimité politique. Si du point de vue moral, le clientélisme est unanimement rejeté par la population qui l’assimile à la distorsion du suffrage universel à partir de pratiques utilitaristes de l’acte de vote, il peut revêtir, note Mattina, une fonction politique légitime pour les électeurs percevant une faveur personnelle. En outre, ces derniers détiennent un pouvoir important, en promettant ou en menaçant les élus du vote ou du non-vote en fonction de la satisfaction de leurs besoins et intérêts personnels. Le clientélisme, dans cette perspective, peut agir comme une compensation de l’éloignement du système représentatif.

Comme le suggère la conclusion du documentaire de Michel Samson et Jean-Claude Comolli - Les Clés de Marseille (2008) - : « on ne sait plus qui est client de qui ». Par ailleurs, ce volet de Marseille contre Marseille consacré à la campagne municipale 2008 tendait à montrer un retour en force du clientélisme dans la ville. Or, en conclusion, Mattina remarquait l’affaiblissement des ressources clientélaires à la disposition des élus - en particulier en termes d’attribution des logements sociaux et d’emplois - alors que les demandes sociales ne faiblissent pas. En dépit de cette contradiction, l’auteur remarquait la persistance des pratiques clientélaires qui se déplaçaient sur le registre « symbolique ». C’est une transformation de la capacité des élus locaux marseillais à tenir leur rôle auquel nous serions en train d’assister.

Davantage que « la dérive d'un système clientéliste », l’affaire Andrieux montre d’une part que les ressources clientélaires, si elles se sont effectivement raréfiées, se sont déplacés vers la rétribution des associations. D’autre part, elle montre l’émergence d’une judiciarisation de pratiques autrefois acceptées qui pourrait considérablement diminuer le niveau d’acceptation sociale du clientélisme.

mardi 31 août 2010

Les « frères gitans » : les effets de la perméabilité des enjeux internationaux dans l’espace public local

A Il y a tout juste un mois, le discours de Grenoble du Chef de l’État a ouvert une séquence politique qui n’en finit plus de provoquer les réactions les plus paradoxales. Les inflexions sécuritaires du Chef de l’État ont suscité tantôt des surenchères, tantôt des « malaises » au sein de la majorité et du gouvernement - jusqu’à son Chef, semble-t-il. Sur le plan localo-marseillais, la proposition, aussitôt mise en œuvre par le Ministère de l’Intérieur, de démanteler les camps Roms et de procéder à l’expulsion de ses occupants étrangers, est actuellement l’objet d’une polémique mettant en scène le Président du Conseil régional et un maire des Bouches-du-Rhône, puis un représentant UMP du conseil municipal de Marseille... qui dépose plainte contre son collègue arlésien et son propre parti.

En quoi, cette affaire nous informe des politiques locales internationales ? Tout d’abord, elle contribue à saisir les enjeux de la retraduction des politiques nationales à l’échelle locale. Ensuite, elle nous montre que le facteur international influe sur la réception politique locale dans le contexte marseillais.

Le discours des "frères Gitans"

A Le jeudi 26 août dernier, Michel Vauzelle, Président de la Région PACA et député PS d’Arles et Hervé Schiavetti, maire PC d’Arles, organisent un rassemblement devant le mémorial de Saliers à Arles afin de dénoncer la politique du gouvernement en utilisant la symbolique du lieu où le régime de Vichy avait installé un camp d’internement réservé aux tsiganes.

Dans son discours, Michel Vauzelle dénonce le fait de « désigner à la vindicte populaire un peuple, une catégorie de population » comme une remise en cause de « l’idéal républicain ». Rendant hommage aux apports culturels du peuple tsigane qui renvoie à « une philosophie de la vie, celle du voyage, où l’on ne sait pas d’où on vient, où l’on va, mais où on chemine », il s’indigne : « nous sommes tous des gens du voyage ». Évoquant enfin, le devoir de fraternité avec « nos frères gitans », il conclue son propos sur la nécessité de remplir « un devoir de vigilance » : « il en va de l’avenir de notre peuple et de nos idéaux ».

Climat international pesant

 A Ce discours s’inscrit dans un climat international chargé dans lequel divers acteurs prennent position sur ce dossier et critiquent le gouvernement. Un communiqué de la vice-Présidente de la Commission européenne, Viviane Reding, par ailleurs, Commissaire à la justice, aux droits fondamentaux et à la citoyenneté, « déplore que la rhétorique employée dans certains Etats membres les semaines passées ait été ouvertement discriminatoire et en partie provocante».
Ce communiqué fait suite à une mise en garde adressé par la Commission le 17 août : « la France doit respecter les règles concernant la protection des citoyens européen » - rappelant que les Roms sont pour la plupart orignaires de Bulgarie et de Roumanie, membres de l’Union européenne, et leurs ressortissants bénéficient de la liberté de circulation dans l’espace communautaire. Les expulsions sont donc proscrites sauf si la personne présente une menace d’ordre public pour le pays. Or, et alors que les gouvernements bulgares et roumains s'inquiètent, le cabinet de Mme Reding affirme que « si un État procède à une expulsion, il faut voir si c'est une décision proportionnée. Il faut regarder chaque cas. On ne peut pas prendre une décision sur toute une population ».

Dans un rapport du Comité pour l’élimination de la discrimination raciale, l’ONU appelle la France à « éviter les rapatriements de Roms» notant une «augmentation récente des actes et manifestations à caractère raciste et xénophobe ».

Le pape, lui-même, s’était prononcé, le dimanche 22 août, en faveur de l’accueil des « légitimes diversités humaines », ce qui avait provoqué l’ire d’une partie de la droite gouvernementale, mais également a permis à l’épiscopat français de sortir de son silence pour condamner - parfois de manière très véhémente - la politique de Nicolas Sarkozy.

Retour sur la scène locale

A Le lendemain du discours de Michel Vauzelle, Roland Chassain, maire des Saintes-Marie-de-la-Mer, publie un communiqué dénonçant « les propos scandaleux » du Président du Conseil régional, qui se serait livré « à des exercices de démagogie politique sur un site totalement inapproprié ». Le communiqué conclue par cette phrase :

« Frère des gitans », « Président d’une grande région musulmane »… les propos de Michel Vauzelle démontrent au moins une chose : il n’est pas l’ami de la sécurité que l’on doit aux français, sans distinction aucune.»

Hier, enfin, on apprend que Maurad Goual, conseiller municipal marseillais du 5ème secteur, celui de Guy Tessier, dépose plainte contre Roland Chassain pour « incitation à la haine raciale, propos diffamatoire, propos injurieux ». Il explique son geste par le fait qu’ :

« À un moment donné, il faudra que les responsables UMP locaux s’affichent pour ou contre ces propos puisqu’on jusqu’à présent on a eu plutôt droit à des silences". "C’est très dur aujourd’hui de trouver des gens de confession musulmane à l’UMP car ils ont fui le parti depuis longtemps ; je fais partie je crois des vestiges.»

Alors que M. Chassains se dit « convaincu que son souhait de se porter partie civile est avant tout un moyen pour lui de se faire de la publicité, ce qui est regrettable », M. Goual persiste :

«Tous les ténors marseillais du parti m'ont appelé aujourd'hui. Ils souhaitent que je retire ma plainte, me disent que je suis un fou, un traître, qu'on ne fait jamais ça à son parti. C'est beaucoup de pressions, beaucoup d'énervement, mais en tout cas je tiens debout et je ne cèderai pas (...) Je refuse de démissionner, j'ai proposé ma démission il y a six mois et elle a été refusée. Aujourd'hui, ce n'est pas à moi de partir c'est à eux ».

M. Goual projète de « se rendre avec 300 à 500 personnes qui se sont retrouvées dans (sa) démarche » à la fête départementale de l'UMP, le 11 septembre à Méjanes (Saintes-Maries-de-la-mer), où le Premier Ministre, François Fillon et plusieurs ministres, parlementaires et élus locaux sont attendus.

Cette dissidence locale renvoie aux propos d’un autre membre de l’UMP qui lors d’un débat sur l’identité nationale, en janvier dernier, avaient vivement réagi à un dérapage supposé du maire de Marseille regrettant que lorsque « les musulmans sont heureux du match Egypte-Algérie (de novembre 2009), ils déferlent à 15 000 ou à 20 000 sur la Canebière, il n'y a que le drapeau algérien et il n'y a pas le drapeau français, cela ne nous plaît pas .» Immédiatement après cette sortie, quatre militants avaient quitté la salle, tandis que Guy Tessier s’était dit « profondément blessé de l’amalgame entre les jeunes des quartiers et les musulmans ».

Ces deux exemples témoignent du fait que les conditions spécifiques de la pénétration des facteurs internationaux sur le terrain marseillais autorisent des prises de position contradictoires et dissidentes au sein des organisations partisanes. En d’autres termes, si les partis ne parviennent pas complètement à articuler les enjeux internationaux avec les débats locaux, c’est parce que cette articulation trouve sa construction dans d’autres espaces et obéissent à d’autres logiques. On peut faire l’hypothèse que ceux-ci sont à rechercher dans la configuration des échanges politiques locaux particulièrement perméables aux phénomènes politiques internationaux tels que les migrations et la place des communautés nationales dans l’espace public.

lundi 2 novembre 2009

Élections régionales Paca 2009 : enjeux et incertitudes

A Avec la désignation de Thierry Mariani à la tête de la liste UMP, la pré-campagne des élections régionales de mars 2009 peut débuter. Le contexte de la réforme des collectivités territoriales – les candidats partent en campagne sans savoir s’ils siègeront 4 ou 5 ou 6 ans, s’ils seront conseillers régionaux ou conseillers territoriaux, si la Région conservera le socle actuel des compétences et des financements ou s’ils seront « resserrées » etc… – n’aide pas à clarifier les enjeux d’un scrutin dans lequel les intentions des uns pourraient masquer les ambitions des autres. Revue de détails.

Les forces en présence

À gauche, Michel Vauzelle est le grand favori pour se succéder à lui-même, onze ans après son arrivée à la tête de la Région. Les premiers sondages le placent en tête avec 31 % des voix au premier tour, soit 8 points de plus que son adversaire de droite et 18 que sa partenaire écologiste. Au second tour, dans l’hypothèse pour l’instant la plus probable d’une triangulaire PS/UMP/FN, il est crédité de 50% des suffrages contre 37% à Thierry Mariani. Le Président Vauzelle a lancé sa campagne le 11 octobre par une excursion sur la Montagne Lure comme il l’avait fait en 2003 : c’est « là que se tenaient les maquis pendant l'Occupation », a-t-il déclaré à l’AFP, jugeant que « cette allusion à la Résistance convient bien à une période où on résiste à la financiarisation mondiale et à l'action du président Sarkozy qui démolit pan par pan les services publics ».

Emportés par leur relatif succès aux européennes de mars dernier, les Verts, contrairement à 2004, se lancent seuls dans la campagne,. La liste sera conduite par la magistrate Laurence Vichnievsky, qui avait co-instruit l’affaire Elf avec Eva Joly. Suivant le format des européennes, la liste Europe-Écologie comprendra des militants associatifs et des Verts : « Ma mission va être de rassembler, c'est un mouvement. L'idée c'est de rassembler les Verts, bien sûr, car ce sont des écologistes authentiques, et puis les associatifs et des personnalités extérieures qui partagent les mêmes valeurs ». Une mission pas facile comme en témoigne le stigmate de « parachutage » qui a entouré sa désignation.

L’extrême gauche est particulièrement faible puisque le Parti de Gauche mené par Jean-Marc Coppola, Vice-Président communiste de la Région, est crédité de 3%, et Lutte ourvière de 2%, et le NPA de 1%.

À droite, le refus d’Hubert Falco, candidat désigné de l’Élysée, a plongé la droite régionale dans l’embarras. Thierry Mariani, finalement investi, est moqué pour son manque d’assiduité aux travaux du Conseil régional et bénéfice d’une faible maîtrise sur les troupes militantes.

C’est vers l’extrême-droite que les experts tentent de trouver les clés du scrutin. Jean-Marie Le Pen se lance dans, ce qui pourrait être, son ultime combat électoral. Pour l’instant loin derrière dans les sondages, le débat lancé par le gouvernement sur l’identité nationale visant à décentrer le débat politique sur les questions sécuritaires pourrait néanmoins changer la donne. La liste de la Ligue du Sud, enfin, soutenue par le Bloc identitaire et conduite par Jacques Bompard, pourrait cependant coûter le deuxième tour au Front national.

Enjeux

On voit mal ce qui pourrait priver Michel Vauzelle d’un troisième mandat consécutif. Le scandale suscité par les subventions aux associations qui ont occasionné la mise en examen du directeur de cabinet du Président et du Directeur général des services ainsi que le renvoi de la Vice-Présidente, Sylvie Andrieux, ne semble pas avoir passionné l’opinion. Rappelons que Tracfin avait mis en doute la réalité des activités de diverses associations subventionnées par le Conseil régional pour un montant total voisinant les 700 000 euros. La mise en cause publique du clientélisme, pratique qui n’épargne d'ailleurs ni Jean-Claude Gaudin , ni Jean-Noël Guérini, semble plutôt indiquer son essoufflement, c’est-à-dire son insuffisance à réguler, désormais, les rapports entre les élus et la société locale.

La seule incertitude qui pèse sur le scrutin est donc l’hypothèque Bompard. On peut interpréter l’engagement du maire d’Orange dans la campagne, comme la conséquence directe de l’accord passé entre le MPF de Philippe de Viliers, dont Bompard est membre et l’UMP. Le calcul est simple : avec Le Pen au second tour, la droite n’a aucune chance d’inquiéter Vauzelle. Or, la Ligue du Sud, emprunt à la très populiste Ligue du Nord d’Umberto Bossi en Lombardie et en Vénitie, peut grignoter les 2 ou 3 points nécessaires au FN pour dépasser la barre des 10% qui l’empêcherait de perturber le duel Mariani/ Vauzelle. Certes la Ligue du Sud sera « hors du champ de la majorité présidentielle » a cru bon de préciser Jacques Bompard. Il n’empêche, la défense de « l’identité » prônée par le candidat trouve un écho particulier dans le contexte politique actuel.

L’hypothèse d’un basculement de la région Paca à droite reste toutefois peu probable. Ce qui, au passage, présente un paradoxe étonnant lorsque l’on observe le rapport de force politique dans lequel l’UMP domine les principales villes et où Nicolas Sarkozy a dépassé les 60% lors de la dernière élection présidentielle. Durant les réunions de la majorité, le Président n’évoque même plus le cas de figure qui conduirait Mariani à la place Jules Guesdes.

On peut même avancer la provocation suivante : la droite veut-elle vraiment l’emporter ? En effet, la politique locale, on le sait, est structurée par la course à la mairie. Or, Jean-Claude Gaudin se garde bien d’organiser sa succession pour ne pas affaiblir son leadership. Les dauphins présumés (Muselier, Tessier, Roatta, Gilles…) se passeraient bien d’un nouveau challenger. Sur le plan régional, Christian Estrosi pourrait également voir d’un mauvais œil le renforcement d’une autre personnalité aux portes du comté de Nice.

mardi 24 février 2009

Réforme des collectivités locales : changement d'échelle ou atteinte à la "souveraineté territoriale"?

A C'est le 3 mars qu'Édouard Balladur remettra les conclusions du Comité pour la réforme des collectivités locales qu'il préside. Plus d'une cinquantaine d'auditions ont été menées par ce comité qui est chargé par le Président de la République de formuler des propositions avec un objectif clair "on ne peut plus continuer ainsi". Dans l'émission allocution présidentielle Face à la crise, en effet, M. Sarkozy énumérait "communes, département, région, État, Europe, sans compter tous les pays, SROS et tous les étalons...les étages intermédiaires. Il va falloir que l'on trouve les voies et les moyens pour que le poids des dépenses publiques et des échelons territoriaux s'allègent dans notre pays".

Ainsi, dix ans après la Loi Chevènement sur les communautés urbaines, le dispositif législatif relatif à l'aménagement du territoire va encore changer. Si aujourd'hui comme hier, le mot d'ordre reste "clarté et économie d'échelles", il s'agit dans les réflexions du Gouvernement d'une opération anti-mille-feuille sur l'ensemble des échelons administratifs des collectivités locales.

Le Monde nous révèle en avant premier la teneur des propositions du Comité Balladur :

  • Passage de 22 à 15 Régions : Le Comité proposerait la fusion entre Rhône-Alpes et Auvergne, celle des deux Normandies, de la Bourgogne et de la Franche-Comté et un redécoupage des régions Picardie, Poitou-Charentes et Ile-de-France. L'argument du Comité semble être l'adaptation à une taille critique européenne afin de s'adapter à des enjeux concurrentiels que les régions ne peuvent assumer dans le cadre étriqué de leurs compétences et de leur frontière historique. Cette analyse n'est pas partagée par Michel Vauzelle. Depuis le début de l'année, le président de la Région PACA organise des États-Généraux du service public. Hier, se tenait à l'Hôtel de Région, une séance spécifique sur la réforme des collectivités locales. Au-delà de la mise en scène politique de l'opposition à Nicolas Sarkozy (selon Élisabeth Guigou, "les régions sont devenues insupportables au pouvoir actuel". M. Sarkozy "veut mettre la main sur des collectivités qui ne sont pas dirigées par des élus de la majorité"), une inquiétude réelle semble toucher les élus locaux et régionaux : "Nous vivons avec violence ce troisième acte de la décentralisation", a résumé Christophe Castaner (PS), vice-président du conseil régional et maire de Forcalquier qui qualifie la réforme voulue d’"attaque de la souveraineté territoriale". D'autres dénonçant la "guerre déclarée aux régions" s'appuient sur une possible dilution de l'échelon régional face aux autres aspects de la réforme.
  • Création d'un nouvel élu : le conseiller territorial: La guerre n'aura probablement pas lieu car le Comité semble avoir renoncé à proposer la suppression du département ( tarte à la crême des programmes de droit administratif, on parle de désormais pudiquement de fusion département/région). À la place, il proposerait de créer une nouvelle figure d'élu local: le conseiller territorial qui serait à la fois conseiller général et conseiller régional. Quand le cumul des mandats conduit ... à un mandat supplémentaire ! La Provence épaissit un peu plus la confusion : " En 2014, les citoyens auraient donc à voter pour des "conseillers territoriaux". Élus au scrutin de liste dans les zones urbaines et au scrutin uninominal dans les aires rurales, ils siégeraient à la fois à la Région et au Département."
  • Métropolisation : Dans la continuité des métropoles d'équilibre des années 1960, huit métropoles se verraient doter de compétences élargies en matière d'action sociale (Marseille, Lyon, Lille, Bordeaux, Nantes, Nice, Strasbourg et Toulouse). Selon Dominique Perben, "la clause de compétence générale des départements et des régions" serait ainsi remise en cause avec ce nouveau statut des métropoles voué à être élargi à d'autres villes.

Nous n'insistons pas ici sur la réforme du Grand Paris qui fera certainement l'objet d'attentions médiatiques et politiques particulières dans les prochains jours (autre paradoxe, pourquoi une réforme de l'organisation administrative du territoire censée progresser sur la voie de la décentralisation se cristallise sur la question de Paris ?). D'autres points sont par ailleurs encore en suspens, en particulier celui du redécoupage des circonscriptions électorales qui devraient attendre 2014. Conséquence, les conseillers régionaux élus en 2010 et généraux élus l'année suivante, devraient rendre leur mandat en 2014. Enfin, la commune devrait conserver son statut et ses principales attributions. La Révolution girondine attendra.

En partenariat avec Rue89 / Marseille 89 A