Avec la
désignation de Thierry Mariani à la tête de la liste UMP, la pré-campagne
des élections régionales de mars 2009 peut débuter. Le contexte de la
réforme des collectivités territoriales – les candidats partent en campagne
sans savoir s’ils siègeront 4 ou 5 ou 6 ans, s’ils seront conseillers régionaux
ou conseillers territoriaux, si la Région conservera le socle actuel des
compétences et des financements ou s’ils seront « resserrées » etc… –
n’aide pas à clarifier les enjeux d’un scrutin dans lequel les intentions des
uns pourraient masquer les ambitions des autres. Revue de détails.
Les forces en présence
À gauche, Michel Vauzelle est le grand favori pour se succéder à lui-même,
onze ans après son arrivée à la tête de la Région. Les
premiers sondages le placent en tête avec 31 % des voix au premier tour,
soit 8 points de plus que son adversaire de droite et 18 que sa partenaire
écologiste. Au second tour, dans l’hypothèse pour l’instant la plus probable
d’une triangulaire PS/UMP/FN, il est crédité de 50% des suffrages contre 37% à
Thierry Mariani. Le Président Vauzelle a lancé sa campagne le 11 octobre par
une excursion sur la
Montagne Lure comme il l’avait fait en 2003 : c’est « là que
se tenaient les maquis pendant l'Occupation », a-t-il déclaré à l’AFP,
jugeant que « cette allusion à la Résistance convient bien à une
période où on résiste à la financiarisation mondiale et à l'action du président
Sarkozy qui démolit pan par pan les services publics ».
Emportés par leur relatif succès aux européennes de mars dernier, les Verts,
contrairement à 2004, se lancent seuls dans la campagne,. La liste sera
conduite par la magistrate
Laurence Vichnievsky, qui avait co-instruit l’affaire Elf avec Eva Joly.
Suivant le format des européennes, la liste Europe-Écologie comprendra des
militants associatifs et des Verts : « Ma mission va être de
rassembler, c'est un mouvement. L'idée c'est de rassembler les Verts, bien sûr,
car ce sont des écologistes authentiques, et puis les associatifs et des
personnalités extérieures qui partagent les mêmes valeurs ». Une mission
pas facile comme en témoigne le stigmate de « parachutage »
qui a entouré sa désignation.
L’extrême gauche est particulièrement faible puisque le Parti de Gauche mené
par Jean-Marc Coppola, Vice-Président communiste de la Région, est crédité de
3%, et Lutte ourvière de 2%, et le NPA de 1%.
À droite, le
refus d’Hubert Falco, candidat désigné de l’Élysée, a plongé la droite
régionale dans l’embarras. Thierry Mariani, finalement investi, est
moqué pour son manque d’assiduité aux travaux du Conseil régional et
bénéfice d’une faible maîtrise sur les troupes militantes.
C’est vers l’extrême-droite que les experts tentent de trouver les clés du
scrutin. Jean-Marie Le Pen se lance dans, ce qui pourrait être, son ultime
combat électoral. Pour l’instant loin derrière dans les sondages,
le débat lancé par le gouvernement sur l’identité nationale visant à
décentrer le débat politique sur les questions sécuritaires pourrait néanmoins
changer la donne. La liste de la Ligue du Sud, enfin,
soutenue par le Bloc identitaire et conduite par Jacques Bompard, pourrait
cependant coûter le deuxième tour au Front national.
Enjeux
On voit mal ce qui pourrait priver Michel Vauzelle d’un troisième mandat
consécutif. Le scandale suscité par les subventions aux associations qui ont
occasionné la mise en examen du directeur de cabinet du Président et du
Directeur général des services ainsi que le renvoi de la Vice-Présidente,
Sylvie Andrieux, ne semble pas avoir passionné l’opinion.
Rappelons que Tracfin avait mis en doute la réalité des activités de
diverses associations subventionnées par le Conseil régional pour un montant
total voisinant les 700 000 euros. La mise en cause publique du clientélisme,
pratique qui n’épargne d'ailleurs ni
Jean-Claude Gaudin , ni Jean-Noël
Guérini, semble plutôt indiquer son essoufflement, c’est-à-dire son
insuffisance à réguler, désormais, les rapports entre les élus et la société
locale.
La seule incertitude qui pèse sur le scrutin est donc l’hypothèque Bompard. On peut interpréter l’engagement du maire d’Orange dans la campagne, comme la conséquence directe de l’accord passé entre le MPF de Philippe de Viliers, dont Bompard est membre et l’UMP. Le calcul est simple : avec Le Pen au second tour, la droite n’a aucune chance d’inquiéter Vauzelle. Or, la Ligue du Sud, emprunt à la très populiste Ligue du Nord d’Umberto Bossi en Lombardie et en Vénitie, peut grignoter les 2 ou 3 points nécessaires au FN pour dépasser la barre des 10% qui l’empêcherait de perturber le duel Mariani/ Vauzelle. Certes la Ligue du Sud sera « hors du champ de la majorité présidentielle » a cru bon de préciser Jacques Bompard. Il n’empêche, la défense de « l’identité » prônée par le candidat trouve un écho particulier dans le contexte politique actuel.
L’hypothèse d’un basculement de la région Paca à droite reste toutefois peu
probable. Ce qui, au passage, présente un paradoxe étonnant lorsque l’on
observe le rapport de force politique dans lequel l’UMP domine les principales
villes et où Nicolas Sarkozy a dépassé les 60% lors de la dernière élection
présidentielle. Durant les réunions de la majorité, le Président n’évoque même
plus le cas de figure qui conduirait Mariani à la place Jules
Guesdes.
On peut même avancer la provocation suivante : la droite veut-elle vraiment l’emporter ? En effet, la politique locale, on le sait, est structurée par la course à la mairie. Or, Jean-Claude Gaudin se garde bien d’organiser sa succession pour ne pas affaiblir son leadership. Les dauphins présumés (Muselier, Tessier, Roatta, Gilles…) se passeraient bien d’un nouveau challenger. Sur le plan régional, Christian Estrosi pourrait également voir d’un mauvais œil le renforcement d’une autre personnalité aux portes du comté de Nice.
C'est le 3 mars
qu'Édouard Balladur remettra les conclusions du 