Marseille internationale

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vendredi 28 mai 2010

Le For’UM : l’UpM et Marseille à la relance

A Quelques jours après l’annonce du report du Sommet des chefs d’État et de gouvernement de l’Union pour la Méditerranée (UpM), la co-Présidence franco-égyptienne a réuni, hier, bailleurs de fonds et investisseurs privés à Marseille.

Pour la Cellule de l’Élysée et son patron, Henri Guaino, l’objectif de la manifestation était de montrer la vitalité de l’initiative sur le plan des projets concrets contrastant avec ses blocages politiques. Pour la Chambre de commerce marseillaise (CCIMP), l’opportunité était belle de souligner la centralité de la ville dans les échanges euro-méditerranéens ; une manière de matérialiser les ambitions des élites politiques et des experts selon lesquelles Marseille est sensée jouée le rôle de «plate-forme d’ingénierie financière et technique» de la zone, laissant à Barcelone, celui de vitrine institutionnelle.

Le plateau

Du beau monde s’était déplacé au Palais de la Bourse : des Ministres français et égyptien ; un Commissaire européen et un haut fonctionnaire d’EuropeAid ; le Secrétaire général de l’UpM ; des représentants de la BEI et d’autres bailleurs de fonds publics (AFD, Banque mondiale, OCDE, INGD) et privés ; des représentants du patronat des deux rives ; des experts.

Une journée organisée en deux temps : les grands discours de cadrage le matin vantant le «bilan» (sic) et les perspectives du projet et les ateliers thématiques l’après-midi portant sur les domaines «concrets» de la coopération dans la région (investissement et financement de projets, énergie, transports et développement urbain, eau et environnement, développement économique des entreprises, développement humain et social).

Les discours

Le discours des décideurs politiques et économiques convergeaient sans surprise pour souligner les potentialités d’investissements en Méditerranée et la maintien de son attractivité due à une croissance supérieure de 6 points entre les pays de l’UE (-4,3%) et ceux du Sud (+2,3%). Quid des problèmes politiques (insécurité juridique, conflits frontaliers au Maghreb, blocage au Proche-Orient, incertitudes au Levant) ? «Largement surévalué» selon le MEDEF qui rappelle les bons classements du Maroc, de la Jordanie et de l’Egypte en termes d’audit et de sécurisation des transactions.

Le Ministre français du Commerce édicte la méthode, devenue lieu commun du partenariat euro-méditerranéen post-Barcelone : «nous ne tentons pas d’approche trop politique (souligné par nous), mais essayons de traiter les questions de façon bilatérale» et loue, au passage, l’approche des collectivités locales dans le cas de la gestion du problème lié à la LFC algérienne. Plus précis et plus incisif, Henri Guaino refuse de voir l’UpM «l’otage pour résoudre les problèmes politiques. La politique a été un moyen d’impulsion, elle est également une difficulté à résoudre».

On se souvient alors de la formule de Jean-Claude Gaudin dans sa conception, certes improvisée, de la diplomatie décentralisée :

«Nous ne souhaitons en aucun cas nous substituer aux États, quoi que nous ne ferions pas plus mal» (tenue lors du 1er Forum des Autorités Locales et Régionales, Marseille, 28 mai 2008) ;

et de celle, davantage formalisée, de Michel Vauzelle :

«Je fais de la diplomatie participative quand je dis à l’Etat ‘nous ne nous occupons pas des questions sensibles, nous vous les laissons : Palestine, Israël, Algérie, Sahara… Nous nous occupons des petites choses comme l’eau, les forêts…’ Nous tissons graduellement des liens entre le monde des affaires, les universitaires, les étudiants, les jeunes, les athlètes, les techniciens» (Entretien avec Michel Vauzelle, propos recueilli par Bruno Etienne et Thierry Fabre, La Pensée de midi, 21, avril 2007, pp. 110).

 Les annonces

À entendre les annonces, il semble qu’en attendant les projets et l’ouverture du dialogue politique, les fonds ne manquent pas en Méditerranée.

Alors que la BEI, la Caisse de dépôts et de consignation lancent InfraMed pour financer les projets d’infrastructure (doté de 385 millions d’euros et devant mobiliser 1 milliard d'euros à terme, la BEI, cette fois associée à l’AFD, ont créé un Fonds d’Amorçage de Réalisation et d’Orientation (FARO) destinée à aider les entreprises à s’implanter en Méditerranée (1 million d’euros). Ces initiatives complètent un dispositif composé de la Facilité d’investissement de soutien en Méditerranée (FISEM, 250 millions d’euros), de la Facilité euro-méditerranéenne d’investissement et de partenariat (FEMIP, environ 10 milliard d’euros depuis son lancement en 2002), sans oublier les financements issus des programmes opérationnels européens inscrits dans le cadre de la Politique de Voisinage (IEVP Bassin méditerranée, 173 millions pour la période 2007-2013).

Nonobstant les différences en termes de volume, d’acteurs et d’objectifs de ces fonds, l’addition, forcément trompeuse, de ces financements s’élève à 1,650 milliards d’euros (certes essentiellement dus à la FEMIP). Par ailleurs, gageons que ces financements ne concernent que les bailleurs de fond du Nord et occultent donc les montants investis par les fonds souverains du Golfe.

Ces derniers ne sont pas pour autant oubliés par les promoteurs de l’UpM. Christine Lagarde a ainsi tenté «une approche du Qatar pour un milliard» et Henri Guaino souhaité la bienvenue à tous les financements.

On peut néanmoins supposer que le rapport sur le cofinancement en Méditerranée qui sera prochainement remis par Charles Millaud au Président de la République cherche à structurer ces logiques et à coordonner ces institutions. La proposition de l'ancien Président du directoire des Caisses d'Épargne et de l'actuel adjoint au maire de Marseille chargé des relations économiques internationales, viserait à créer un nouvel établissement au sein duquel la BEI deviendrait l'actionnaire principal et qui serait appeler à exercer les missions de la FEMIP.

Et Marseille ?

Ne se contentant pas d’être les hôtes de la réunion, le réseau informel des experts locaux internationalisés (Institut de la Méditerranée, Anima, CMIM, Euromed Management) a décidé la création - encore une - d’un «Office de coopération économique pour la Méditerranée et les pays du Golfe». Par ailleurs, toujours en marge du For’UM, la CCIM a signé un accord de coopération avec son homologue milanaise.

Le For’UM n’a donc pas été qu’un contre-feux diplomatique à l’échec de la réunion de Barcelone - même si à en croire la Cellule de l’Élysée, le report n’est pas un échec, «bien au contraire» -, il a été l’occasion pour Marseille, c’est-à-dire, les acteurs et les institutions politiques et économiques du territoire, de consolider leur légitimité à intervenir sur ses sujets et à jouer un rôle de facilitateur du dialogue. En somme, d’être cette interface opérationnelle entre les deux rives.

Pour plus d'information sur le For'UM, voir les articles disponibles sur Econostrum.

samedi 22 mai 2010

(Le Sommet de) l'Union pour la Méditerranée n'aura pas lieu

A C'était dans l'air du temps depuis un moment, c'est désormais officiel : le sommet de l'Union pour la Méditerranée (UpM) n'aura pas lieu. Du moins, pas le 7 juin et pas à Barcelone qui exerce la Présidence de l'Union européenne (UE). En langage diplomatique, le sommet n'est pas annulé, mais "reporté" à novembre. Le temps assure la Présidence égyptienne et le gouvernement espagnol - et la France qui exerce pourtant encore la co-Présidence ? - de "donner du temps aux pourparlers indirects" avant donc, si l'on comprend bien, de donner une chance au dialogue direct.

Il nous revient à l'esprit la phrase d'Henri Guaino lors du lancement de l'UpM, phrase qu'il répétait souvent l'année dernière lorsque les ennuis commençaient à s'accumuler sur son projet : "le vrai bilan de l'UpM sera dressé deux ans après son lancement". Deux ans, on y est.

Du côté du dialogue politique, les Ministérielles se sont annulées les unes après les autres, la guerre de Gaza ayant empêché tout contact entre Palestiniens et Israéliens. En ce qui concerne, la mise en œuvre de projets "concrets", les financements sont toujours attendus comme une réponse à une autre antienne d'Henri Guaino "la définition des projets d'abord, le montant des financements après".

Par ailleurs, la Commission européenne a bien d'autres préoccupations en matière de politique étrangère et méditerranéenne que d'alimenter la dynamique d'une UpM auquelle elle n'a jamais cru. Catherine Ashton est en train de mettre en place le grand service diplomatique de l'UE supposé remplacer les anciens découpages administratifs (DG Relex, AidCo, EuropAid...). Les arbitrages sur la politique méditerranéenne qui sont en train de se tenir sont probablement plus décisifs que les soubresauts de l'UpM. Au côté de ces enjeux bureaucratiques, demeure les négociations qui s'ouvrent sur le cadre budgétaire de la période 2014-2020. Assistera-t-on à un rééquilibrage de la Politique de Voisinage entre l'Est et l'Ouest ? Verra-t-on se concrétiser - ou s'initier - l'idée de macro-région aux échelles de la Méditerranée comme nous le suggérions dans un précédent billet ?

La primauté de ces enjeux sur l'avenir de l'UpM ne signifie pas qu'il faille dénier à ce projet toute résonance politique. En premier lieu, le grand mérite de l'initiative sarkozyste aura été de braquer les projecteurs sur cette région. Finalement, il s'agissait moins de relancer le Processus de Barcelone - l'UpM est, à cet égard, enlisée dans les mêmes contradictions et les mêmes impasses - que d'inscrire cette région sur l'agenda stratégique de l'UE, des bailleurs de fond et des investisseurs privés. Certes, la Banque mondiale ou les fonds souverains du Golfe n'ont pas attendu le discours de Toulon pour financer des projets, l'Europe l'a peut-être attendu davantage.

Deux ans après son lancement, de l'UpM, il reste des structures institutionnelles chargées de financer des projets mais qui se trouvent privées à la fois de financement et de projets. On peut se demander à l'infini quelles sont les raisons qui ont précipité son échec : ambition franco-française ; opposition allemande à la maquette initiale qui aurait pourtant favorisé les coopérations renforcées ; situation géo-politique pour le moins instable au Proche-Orient ; cadre juridique imprécis et articulation avec les politiques européennes incertaine...
Il n'en demeure pas moins que les échecs répétés des projets institutionnels intergouvernementaux ne parviendront pas à tuer l'idée selon laquelle la coopération en Méditerranée demeure une ardente obligation pour la paix, la sécurité et la prospérités sur les deux rives.

Lieux communs sans aucun doute. Tellement communs qu'aucune réponse n'a pu être apporté et trop peu de progrès enregistrés depuis le lancement de la première initiative européenne dans cette région, la Politique méditerranéenne globale. C'était en 1972.

jeudi 11 mars 2010

Pendant la campagne, l'UpM a trouvé un siège

A Si l’agitation politique qui règne pendant une campagne électorale est peu propice à l’avancée des projets, elle est encore moins propice à leur observation. Difficile en effet d’évoquer les politiques locales au-delà du tumulte entretenu par les petites phrases, les promesses et les postures.

Tout est-il «gelé» pendant la campagne ? Non, bien sûr : à la faveur des recompositions induites par la compétition électorale, des enseignements sont sans doute à tirer en matière de gouvernance territoriale. Je ne saurais que trop recommander le blog de Rémi Leroux qui analyse au quotidien le déroulement des affrontements en cours et à venir.

Avec l’imbrication des échelles de prise de décision de l’action publique locale, la campagne électorale n’a cependant pas enrayé le mouvement des politiques locales internationales. En d’autres termes, le temps des affrontements électoraux n’empêche pas le monde de continuer à tourner.

Au début du mois de février, nous avions évoqué la création de l’Assemblée régionale et locale euroméditerranéenne (ARLEM), sorte de Comité des régions de l’Union pour la Méditerranée (UpM).
Complétant le dispositif institutionnel, le 4 mars dernier, les chefs de la diplomatie française et espagnols, accompagnés des Ministres égyptiens et jordaniens des Affaires étrangères, Abul Gheith et Nasser Judeh, du Commissaire européen en charge de l'élargissement et de la politique européenne de voisinage, Štefan Füle, et du secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, ont officiellement installé le Secrétariat général, sorte de Commission européenne de l’UpM.

À cette occasion, la prise de parole du nouveau Secrétaire général de l’UpM, Ahmed Massadeh était attendue. Il a tenté de donner des gages à ceux qui redoutent que l’UpM n’apporte de la confusion face aux initiatives communautaires existantes, en particulier celles prévues par la Politique de Voisinage, ainsi qu’à ceux qui doutent sur le fond de la pertinence du projet. «Nous essaierons de faire face aux divergences de façon à ce que chaque membre de l’Union devienne partie prenante à cet effort» a-t-il déclaré.

Ce voeux risque de se transformer en feuille de route pour l’institution barcelonaise tant le scepticisme semble désormais bien installé dans les chancelleries de la rive sud, en écho aux indifférences des opinions publiques, et aux railleries de certains États européens contre cette «politique sans financement» ou cette «im/posture diplomatique». Il n’y a qu’à lire l’article d’El Watan sur le sujet pour se rendre compte des difficultés qui se dresseront dans la perspective de la préparation du deuxième Sommet de l’UpM, prévu à Barcelone en juin prochain.

vendredi 5 février 2010

Naissance de l’ARLEM : la contribution des autorités locales et régionales au projet de l’Union pour la Méditerranée

A Le 21 janvier dernier, 84 élus régionaux et locaux et membres d’associations de coopération européenne appartenant aux pays membres de l’Union pour la Méditerranée (UpM) se sont réunis à Barcelone au cours d’une réunion constitutive de l’Assemblée régionale et locale euro-méditerranéenne (ARLEM). L’adoption des statuts du Secrétariat général et la répartition des compétences entre les six Secrétariats adjoints est prévue le 9 février à l’issue d’une rencontre entre ambassadeurs. Cette annonce clôturerait la première phase institutionnelle de l'UpM, un an et demi après son lancement officiel.

Installés au même endroit, le Palais de Pedralbes à Barcelone, l’ARLEM et le Secrétariat général devrait pouvoir commencer à travailler d’ici la fin de l’année. En attendant que le nouveau Secrétaire général, le Jordanien Ahmad Massa'deh, reçoive sa lettre de mission des États, il sera chargé de préparer le deuxième sommet de l’UpM prévu en juin prochain dans la capitale catalane. La France et de l’Egypte transmettront alors la co-présidence à l’Espagne - qui exerce ce semestre la Présidence tournante de l’UE - et au Maroc.

L’ARLEM ne sera pas en reste avec l’organisation du deuxième Forum des Autorités Locales et Régionales de la Méditerranée, dont la première édition avait eu lieu à Marseille en juin 2008, qui se tiendra à Barcelone (toujours) les 2 et 3 mai 2010.

L’ARLEM est appelée à jouer pour l’UpM, le rôle du Comité des Régions de l’UE - tout comme l’Assemblée parlementaire euro-méditerranéenne est la duplication du Parlement européen, et le Secrétariat général celle de la Commission. C’est d’ailleurs le Président du Comité des Régions, le Belge, Luc van den Brande, qui a été nommé président de cette nouvelle institution. Il sera assisté du Marocain Mohamed Boudra, maire de Al Hoceima, afin de respecter la stricte parité entre représentants des deux rives. Chargée de faire entendre la voix des autorités régionales et des territoires, l’ARLEM serait doté d’un rôle consultatif, comme en témoigne la commande d’un rapport sur la coopération décentralisée euro-méditerranéenne attribué au Président de la Catalogne, José Montilla.

Toutefois l’ambition affichée d’adopter une méthode territoriale, qui tranche avec l’approche suivie depuis le lancement du Processus de Barcelone pourrait renforcer la place des autorités locales dans le dispositif.

Le récit politique de l’UpM ne prétend plus agir sur les problèmes globaux (« sécurité », « démocratie », « intégration et prospérité économique », « dialogue inter-culturel », pour reprendre les corbeilles traditionnelles du Partenariat euro-méditerranéen issu du Processus de Barcelone), mais entend favoriser la mise en oeuvre de « projets concrets ».

Le thème du « projet concret » fonctionne comme un policy discourse, c’est-à-dire le produit d’une activité discursive qui est parvenue à donner un sens fédérateur à un projet politique ; une vision globale construite à partir d’un consensus entre des acteurs qui ne partagent pourtant pas les mêmes intérêts dans l’action.

Si l’observation des modes de construction de ce consensus reste à étudier, on peut néanmoins constater à l’occasion du lancement de l’ARLEM à quel point il est incorporé par les acteurs locaux : « Notre conviction est que l'Union pour la Méditerranée ne doit pas tomber dans le piège de Barcelone, en se limitant à la diplomatie classique. De ce constat nous offrons l'apport de notre engagement sur le terrain, orienté vers la réalisation de projets concrets grâce à la contribution des collectivités régionales et locales qui travaillent au jour le jour pour une amélioration de la qualité de vie de nos concitoyens. Notre objectif est de donner au dialogue euro-méditerranéen une chance ultérieure d'aboutir finalement à la réalisation des initiatives qui ont été avancées à Paris en 2008 » a résumé son Président.

Le fait de réclamer pour l’ARLEM le statut d’« organe orienté vers le terrain qui peut fonctionner indépendamment de la réalité politique internationale » montre dans quelle mesure les acteurs locaux et régionaux ont compris les bénéfices à retirer d’un projet tourné vers « le développement urbain et territorial, la décentralisation, la société de l'information et le soutien aux petites et moyennes entreprises», qui sont les quatre thèmes fixés par le programme de travail de l’ARLEM.

La distribution des caciques entre enjeux territoriaux et enjeux globaux n’est cependant ni figée, ni contradictoire. Ni figée dans la mesure où la mise en oeuvre de projets structurels, nécessitant des investissements importants, comme le Plan Solaire ou les Autoroutes de la Mer n’a jamais été abandonné par les discours politiques ou par les administrations centrales. Pas plus abandonnée que l’incantation à construire cette « zone de prospérité partagée de paix et de sécurité » qui implique pas moins que l’intégration économique au Sud et la résolution du conflit israélo-palestinien. Ni contradictoire dans le long terme, puisque ces problèmes ne sont pas séparables du climat économique général qui pèse sur la production des projets concrets.

Plus d'information sur la création de l'ARLEM sur le site d'Econostrum et d'Europa

jeudi 14 janvier 2010

Frémissements sur le front des politiques locales internationales ?

Ce début d’année est déjà riche en actualités dans le domaine des politiques locales internationales marseillaises. L’occasion de faire un point sur les récents développements et les perspectives des principaux dossiers.

Compétition politique : tous en place pour les régionales ?

A Presque... Du côté du duel attendu Mariani/Vauzelle, la campagne semble s’être accélérée - avant même d’avoir vraiment commencé... -sur le thème de la sécurité et de l’emploi. Comme nous le décrit Rémi Leroux, « la droite a attaqué bille en tête. La gauche a répliqué du tac au tac. La campagne est lancée » sur des enjeux aussi peu régionaux, que politiques - c’est-à-dire facilement convertibles en clivage droite / gauche. Au-delà de la passe d’arme Marianni / Menucci sur la vidéo-surveillance ou la teneur du Plan de relance de la Région, l’un des effets attendus de cette agitation est de « réduire (la campagne) à un affrontement UMP / PS » d’autant plus que les autres forces partisanes peinent à s’organiser.

On apprend aujourd’hui dans La Provence que Catherine Levraud a finalement été désignée pour diriger la liste Modem après le retrait de François-Xavier De Peretti. Cette désignation clôt la phase d’incertitude au sein du mouvement de François Bayrou. Enfin, pas vraiment selon M. De Peretti qui rappelle justement : « nous n'avons que la tête de liste, il reste 136 noms à trouver. Quant au programme, nous sommes la région la plus en retard. Il faut s'y mettre dans l'urgence.»

Du côté du Front de Gauche, les choses ne sont pas mieux engagées. Le ralliement de Joël Canapa, Vice-Président communiste du Conseil régional, à la liste PS dans le Var, repose la question de la stratégie du Parti communiste de faire liste commune avec le parti de Jean-Luc Mélanchon. D’autre part, le refus de la Fédération pour une alternative sociale et écologique de rejoindre le Front de Gauche compromet un peu plus ses chances d’apparaître comme une liste élargie de la gauche de la gauche.

Union pour la Méditerranée : des accords, enfin

A Le volontarisme diplomatique de ces dernières semaines semblent avoir enfin porté leurs fruits. À moins que les récents développements de l’Union pour la Méditerranée ne soient du aux effets de lassitude d’un blocage qui persiste depuis plus d’un an. Après l’annulation de la réunion d’Istanbul, certaines chancelleries désespéraient de trouver une issue à l’épineuse question de l’identité (et de la nationalité) du futur Secrétaire général de l’UpM. À Barcelone, au palais de Peladbres pourtant, tout est pourtant prêt pour l’accueillir.

Le 5 janvier, le chef de la diplomatie française s’est rendu au Caire pour exhorter ses collègues à «réveiller » le projet. Au moment de rencontrer ses homologues égyptiens, espagnols, tunisiens et jordaniens, Bernard Kouchner a reconnu « qu’il reste de petits problèmes entre certains ministres des Affaires étrangères (...). Pour des raisons politiques, nous ne sommes pas tous les jours d'accord »

Pourtant, la réunion du Caire a été l’occasion de percées inédites. Premièrement, les « financements se précisent ». Les Echos croit savoir, en effet, qu’ « au premier rang des investisseurs se trouvent la banque allemande de développement KFW, l'Agence française de développement (AFD), la Banque européenne d'investissement (BEI) et la Banque mondiale, auxquels s'ajoute le fonds InfraMed mis en oeuvre par la Caisse française des Dépôts et Consignations (CDC), la Cassa Depositi e Prestiti d'Italie, EFG Hermès (Egypte) et la Caisse de Dépôt et de Gestion du Maroc». Au final, ces investissements sont estimés entre 8 et 10 milliards d’euros. C’est l’une des premières fois qu’est exprimée une évaluation des moyens mobilisables par l’UpM.

Deuxièmement, un consensus s’est dessiné autour de la candidature de Ahmad Massa’deh Ahmad Massa’deh, ambassadeur de la Jordanie auprès de l’Union européenne et de l’OTAN, au poste de Secrétaire général. Son nom proposé par les « 5 du Caire » a été accepté par les hauts fonctionnaires de l’UpM le 12 janvier. Pour être effective, la désignation devra être entérinée par les Ministres des Affaires étrangères des pays membres. La date de la mi-février est évoquée, mais l’essentiel semble être acquis pour que le Secrétariat technique puisse commencer à travailler - c’est-dire examiner les projets à financer. Le Secrétaire général sera assisté par des adjoints palestinien, israélien, turc, ainsi que représentant la Ligue arabe.

À suivre, « Euroméditerranée ; le Port ; et 2013 »'

mercredi 30 décembre 2009

Bilan des enjeux locaux internationaux (3) : la dipliomatie décentralisée

A 2009 a semblé montrer les limites de la diplomatie décentralisée marseillaise. Le dialogue entre les autorités locales et régionales de la Méditerranée s'est en effet heurtée, d'une part, au retour des questions sécuritaires dans la région et aux blocages consécutifs à la logique projet de l'Union pour la Méditerranée. D'autre part, la "diplomatie participative" chère à Michel Vauzelle n'est pas parvenue à anticiper les effets des mesures protectionnistes en Algérie. L'activisme international des élus locaux et régionaux a pu paraître cantonné à des appels vains à la médiation ou à l'intervention de l'État. Contrairement aux prophéties, celui-ci a donc encore de beaux jours devant lui. "Le cadavre de l'État bouge encore", nous rappelle cette année de diplomatie décentralisée. Celui du protectionnisme et des égoïsmes nationaux aussi.

L'Union pour la Méditerranée : l'impasse de la logique projet

La guerre de Gaza, on l'a dit, a considérablement remis en cause les ambitions du projet français. Celles-ci reposaient sur le constat d'un double échec : ceux d'Oslo et de Barcelone. Oslo, car de processus de paix dans la région, il ne reste ni processus, ni paix, pour reprendre un adage désormais partagé sur le terrain. L'échec de Barcelone, ce fut la conjonction de la mauvaise volonté des bailleurs (États, Commission européenne) et de la logique sécuritaire des négociations reposant sur l'équation suivante : lutte contre l'immigration + lutte contre l'islamisme = stabilité des régimes autoritaires du Sud et absence d'intégration des marchés et de développement économique).

L'idée de Nicolas Sarkozy (mise en forme par Henri Guaino) était de prendre acte de ce double échec. Il s'agissait de repenser le dialogue euroméditerranéen sur une perspective de plus long terme et d'orienter les enjeux vers les considérations économiques. L'erreur originelle fut de croire, en libéral wilsonien, que le progrès économique allait automatiquement créer les conditions pour la paix et la sécurité ; que la guerre allait attendre que se concluent les business deal.

A

Cette idée a fait long feu et l'exercice est facile aujourd'hui de lui reprocher les sous-bassements théoriques. Il n'en demeure pas moins qu'elle aura permis d'attirer l'attention des bailleurs sur la région dans une perspective moins huntingtoniennne que le Grand Moyen Orient de Georges W. Bush. La perspective de la Présidence espagnole de l'Union européenne et de l'anniversaire du Processus de Barcelone, sans oublier l'ouverture prochaine (?) du siège du Secrétariat général de l'UpM au Palais Pedralbes, pourraient même ouvrir la porte à des progrès.

L'initiative française aura par ailleurs permis aux autorités locales et régionales de la rive nord de repenser leurs stratégies méditerranéennes. Le deuxième Forum des Autorités Locales et Régionales de la Méditerranée qui aura lieu à Barcelone au début du mois de mai sera l'occasion de constater les évolutions en ce domaine. À Marseille, les autorités locales se sont rapprochées des États dans leur approche de la diplomatie décentralisée et ne s'interdisent plus de sortir de la coopération d'autorités locales à autorités locales comme la loi l'autorise.

La loi de finances complémentaire algérienne : essai grandeur nature

Au cœur de l'été, la décision du gouvernement algérien de durcir les conditions d'importation des marchandises portuaires a suscité parmi les autorités locales et les entreprises marseillaises l'incompréhension, la panique, puis la frustration de ne pouvoir rien faire.

Du côté des entreprises, l'Union Maritime et Fluviale Marseille-Fos a alerté le Secrétaire d'État au Commerce extérieur, bientôt imité par les élus locaux. Un bel exemple de "jouer collectif" tant l'enjeu paraissait considérable pour l'économie locale portuaire dont 40% de l'activité était orientée vers l'Algérie. À la fin de l'automne, "les quatre cinquièmes du trafic avaient disparu", déclare un porte-parole de l'organisation patronale à l'AFP, citant notamment l'exemple de la compagnie maritime Marfret. Bernard Vidil, son Président, évoque un "recul massif" de l'activité, soulignant, "sur le port, c'est le désarroi total".

A

Après une visite éclair de Anne-Sophie Idrac à Marseille, certainement pour rappeler que l'Algérie étant un pays souverain et que ses décisions ne pouvait faire l'objet de négociation, surtout en temps de crise économique, les élus locaux ont organisé une rencontre avec les autorités algériennes. Celle-ci a finalement eu lieu au début du mois de décembre. Pour quels résultats ? "Nous avons dit à M. le Premier ministre que nous avons le plus grand respect pour la souveraineté et les choix du gouvernement algérien" a déclaré Michel Vauzelle, qui a souhaité s'exprimer au nom de la "France méditerranéenne". Jean-Noël Guérini précise "nous acceptons la LFC algérienne et les contraintes qu'elle peut imposer aux entreprises françaises notamment portuaires. Mais nous avons dit au Premier ministre que ces entreprises s'adaptent".

La délégation marseillaise entend surtout se servir de cette leçon en améliorant ses outils de veille et en renforçant la coopération institutionnelle avec son partenaire algérien qui se situe moins que jamais dans les Wilaya, mais dans les cabinets ministériels. Une Maison Marseille-Provence-Algérie devrait ainsi être construite prochainement et gérée par la Chambre de commerce de Marseille ; deux groupes de travail réunissant les acteurs des deux ports et des deux institutions consulaires devraient également voir le jour ; enfin, le premier adjoint du maire - absent, il a promis de se rendre à Alger au début de l'année 2010 - a proposé la mise en place d'un bureau de représentation économique de l'Algérie à Marseille : "Nous voulons que le gouvernement algérien et la banque centrale d'Algérie autorisent l'ouverture d'un bureau de représentation à Marseille qui pourrait être tenu par la Société générale, qui est candidate. Ces bureaux pourraient accueillir les entreprises algériennes qui travaillent en France et aider les entreprises françaises désireuses de travailler en Algérie. Cette représentation pourrait donc générer un flux financier entre les deux pays".

Propos recueillis par Econostrum et Algeria Watch

mardi 23 juin 2009

Union pour la Méditerranée, des projets et la guerre

A L'Union pour la Méditerranée (UpM) fêtera les 13 et 14 juillet le premier anniversaire du Sommet de l'Élysée qui a relancé la politique méditerranéenne de l'Union européenne (UE). Il est évidemment tôt pour dresser un bilan, ou même mesurer sa portée. Mais cette année écoulée a contribué à éclaircir les attentes portée dans ce projet politique. À en montrer les facteurs de blocage également.

Dés l'été 2008, l'UpM a du faire face à des blocages politiques et des incertitudes stratégiques. La Commission européenne et certaines chancelleries européennes (en particulier les pays d'Europe centrale et orientale soutenus par Berlin, ainsi que pour des raisons différentes l'Espagne) ont vu d'un mauvais œil la "relève" du Processus de Barcelone. Certains ont interprété le projet, avec raison semble-t-il, comme une volonté de rééquilibrer le centre de gravité stratégique de l'Union vers le sud au dépend des efforts pour ancrer les pays de l'est, fraichement membres, dans la marché commun. D'autres, une initiative purement sarkozyste visant à revendiquer un leadership sur la politique de voisinage de l'UE. Du côté des Suds, la Turquie se montrait septiques quant à l'esprit d'un projet qui semblait surtout offrir à l'opinion publique européenne une alternative à son adhésion. La Libye était le seul pays de la rive sud à ne pas être représenté à son plus haut niveau pour protester contre une logique qui viserait à "disperser les rangs" des pays arabes.

L'UpM pouvait toutefois bénéficier de la bienveillance de l'Égypte, dans la mesure où cette initiative était l'occasion pour elle de consolider son autorité sur un bloc arabe dans les négociations avec les pays européens. Surtout, l'Allemagne s'est laissée finalement convaincre. Après avoir exprimée son "inquiétude" en décembre 2007, accusant Sarkozy de vouloir provoquer des torsions dans le projet européen, Angela Merkel se rallie à l'initiative Sarkozy lors du compromis d'Hanovre en mars 2008 à une condition essentielle qui allait changer l'orientation et la dimension du projet (ainsi que son nom : on passe significativement de l'Union Méditerranéenne à l'Union pour la Méditerranée). Il fallait pour préserver la nature de la construction européenne, que l'UpM ne concerne pas seulement pas les pays méditerranéens de l'UE dans une sorte de coopération renforcée, mais qu'elle fasse participer l'ensemble des pays membres de l'Union.

Ces blocages politiques surmontés, le "réhaussement" de la représentation politique est réalisée à Paris à l'issue des cérémonies du 14 juillet. L'UpM doit faire face un mois après son lancement aux premiers nuages stratégiques. La crise géorgienne qui éclate au début du mois d'août 2008 focalise l'attention et mobilise les énergies du Conseil présidé par la France. En septembre, c'est la crise financière qui fait passer au second plan les projets de développement nord/sud. En novembre, enfin, l'élection de Barack Obama à la Présidence des États-Unis, si elle suscite de nombreux espoirs relatifs à une attitude nouvelle du Département d'État sur les questions méditerranéennes et proche-orientales, active des réflexes d'attentisme qui sont peu propices à la mise en œuvre des nouveaux dispositifs prévus par l'UpM. Enfin, la présidence tchèque qui succède à la France à partir du premier semestre 2009 complique la gouvernance arrêtée à Marseille lors du Conseil des ministres de novembre. À côté dune co-présidence franco-égyptienne, l'UpM doit également compter sur un gouvernement tchèque peu enthousiaste envers la politique méditerranéenne de l'Union.

A Surtout, le 27 décembre 2008, l'armée israélienne déclenche une offensive sur Gaza et bloque, jusqu'à ce jour, toutes nouvelles négociations dans le cadre d'une UpM qui se vantait de réunir autour d'une même table, Israéliens et Palestiniens. Dernier épisode en date, le gouvernement israélien fraîchement élu semble remettre en cause les précédents accords diplomatiques conclus par son prédécesseur.

On touche ici au cœur de l'ambiguïté congénitale de l'UpM : l'affirmation conjointe de la mise en œuvre de projets concrets (low politics) souhaitant outre-passer la négociation décisive sur le conflit israélo-palestinien (high politics). Le problème, c'est que, tout particulièrement dans cette région, le second terme de l'équation détermine le reste. Penchons nous, cependant, un instant sur le "reste" afin de tester l'hypothèse suivante : en l'absence d'un règlement du conflit israélo-palestinien, l'UpM est-elle vouée à l'échec ?

Selon Pierre Beckouche, universitaire et expert au sein de l'IPEMED, la cause du déficit d'intégration et de développement économique de la zone MENA réside dans l'absence d'un système productif autonome et performant en Méditerranée. L'UpM est en effet conçue comme un outil, non de résolution des conflits - on l'a dit - mais comme une série d'instruments économiques et financiers contribuant à la mise en contact des entreprises, des associations et des autorités locales des deux rives dans le but de réaliser des projets de développement économiques sur la rive sud. Laissons de côté un instant, sans la perdre de vue, la nature post-coloniale (au sens littérale, "dispositifs d'après") d'un projet qui repose sur des relations asymétriques poursuivant la convergence normative et économique, pour ne pas dire un alignement conditionné des économies et des sociétés du sud sur celles du nord (les systèmes politiques autoritaires sont préservés afin de garantir la stabilité de ces pays et empêcher une menace terroriste islamiste, d'une part, et l'afflux de migrants, d'autre part).

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La croissance démographique des pays de la zone Med est de 1,5%, la croissance économique de 2%, soit largement supérieur aux taux que l'on connait en Europe. Les fonds Inframed qui sont sensés subventionner les projets d'infrastructure représenteraient 200 milliards d'euros selon la Caisse des dépôts, la Banque européenne d'investissement prévoit un besoin d'apport de plus de 250 milliards d'euros pour "mettre à niveau" les économies du sud. Le Plan Bleu estime à 50 milliards d'euros le coût d'adaptation de ces pays au changement climatique. On le voit, les perspectives de développement pour les pays du sud, et de business pour les entreprises du nord sont considérables et l'UpM a eu le mérite de braquer un projecteur sur ces attentes. Et les études d'Anima montrent, années après années, le formidable potentiel d'attractivité de ces pays du sud, pour les grands projets d'équipement ou pour des initiatives plus modestes de PME. Certes l'investissement direct à l'étranger a fléchi l'année dernière pour atteindre 40 milliards d'euros, soit une baisse de 35% par rapport à l'année précédente, mais comparée aux 3 milliards au début des années 1990, on peut affirmer que la zone a acquis une crédibilité inédite auprès des bailleurs et des porteurs de projets. La recherche de la compétence est désormais un argument avancé pour investir dans la rive sud davantage que celui du coût du travail. Couplé avec la proximité des marchés, la maîtrise des langues, la rive sud semble s'être engagée dans une dynamique positive appuyée par les dispositifs d'incitation économique, de canalisation de l'épargne, de sécurisation des investissements et de coordination politique de l'UpM.

Mais l'instabilité stratégique de la région remet en cause ce bel édifice. La "relève" semble tomber sur les mêmes embûches que son prédécesseur. Pour un avenir identique ?

jeudi 30 avril 2009

La crise une chance pour l’Union pour la Méditerranée ?

A Des anciens chefs de gouvernement français, italien, espagnols et algériens, des anciens ministres libanais, turcs, marocains, grecs, un ancien vice-président de la Banque mondiale égyptien et le président de la Fondation Anna-Lindh (liste non-exhaustive) ont signé ce mercredi une tribune dans laquelle ils appellent les chefs d'États et de gouvernements à se saisir de "l'opportunité historique" offerte par l'Union pour la Méditerranée (UpM) pour enrayer la crise économique mondiale et inventer un nouveau modèle de développement.

Se saisir de l'UpM par le truchement de la crise économique est une initiative suffisamment originale pour que l'on s'y arrête quelques instants. Surtout, la tribune recèle en creux les premiers indices d'une inquiétude exprimée lors du lancement du projet en juillet dernier et pas dissipée depuis.

De manière classique dans le discours sur la Méditerranée, les signataires envisagent l'UpM comme une occasion d'appréhender les relations Nord-Sud sur un mode plus réciproque et moins inégalitaire : "tout ce qui manque à la rive nord, le dynamisme démographique, les marchés, l'énergie, on le trouve à quelques centaines de kilomètres au sud ; réciproquement tout ce qui manque au sud, notamment la technologie, l'organisation, et le cadre favorable à l'investissement et la productivité, on le trouve sur la rive nord."

Ce qui est moins classique c'est le lien qui est établi entre le contexte économique mondial et les potentialités du partenariat euroméditerranéen, moins pour résoudre les problèmes posés en terme de relance et de régulation des marchés financiers, que pour définir de nouvelles règles du jeu. La crise serait le signe d'une nécessaire triple mutation : le passage de l'économie virtuelle à l'économie réelle ; la promotion de nouveaux modes de consommation et d'activités durables ; enfin, le remplacement des logiques Nord-Sud par "des solidarités de proximité". À ce stade, il semble que l'appel aux "mutations" exprime davantage la volonté de renouer avec un fonctionnement régulier des marchés (économie réelle, développement durable, c'est-à-dire croissance maîtrisée, ancrage géographique des échanges) qu'un saut en avant vers un "nouveau modèle". L'histoire récente des relations euroméditerranéennes a semblé buté continuellement sur le problème de la redéfinition des rapports politiques et économiques entre des aires géographiques aux modèles, aux niveaux et aux potentiels de développement pour le moins différenciés. On n'a jamais cessé, d'une part, d'appeler à la construction d'un tiers-modèle qui ne soit ni le régime d'accumulation capitaliste et libéral, ni le régime planificateur et autoritaire. On n'a jamais cessé, d'autre part, de reproduire les schémas anciens, généraux mais trop flous pour enclencher une véritable dynamique de coopération, en dehors des accords conclus sur la corbeille sécurité et lutte anti-terrorisme. Les relations euroméditerranéennes se sont heurtées à l'impossible définition d'une troisième voie.

Et pourtant, la tribune signée par ces membres du comité de parrainage politique de l'Institut de prospective économique du monde méditerranéen (IPEMed) évacue justement les questions sécuritaires pour se focaliser sur les enjeux économiques : "au-delà de conflits qui, pour être très douloureux, relèvent d'un passé qu'il faudra solder, le Bassin méditerranéen redevient un des carrefours stratégiques des échanges mondiaux". La formule est intéressante car elle marque une rupture avec 15 ans de négociation. Les "conflits" (il faut lire le conflit israélo-palestinien et ses répercussions dans le monde arabe) sont balayés d'un revers de main et relégués dans le passé pour faire place aux enjeux économiques. Là, réside la principale innovation de l'UpM par rapport à sa grande sœur du Processus du Barcelone : "concentrons-nous sur les projets, laissons le règlement des conflits qui empoisonnent les initiatives de coopération à d'autres enceintes, d'autres acteurs" semblent nous dire les signataires en échos aux déclarations de Nicolas Sarkozy lors du Sommet de l'Élysée. Les signataires semblent avoir vu juste tant la dialectique entre les projets concrets versus la négociation diplomatique reste le nœud de tous les écueils. Les logiques de projets pour neutraliser les effets des conflits. Mais que faire quand les blocages politiques de haut niveau empêchent sur le terrain la mise en œuvre des chantiers prévus (dépollution, énergie, transport, technologies numériques, formation) ? C'est l'articulation impossible entre high et low politics qui a, jusqu'ici, empêché le partenariat euroméditerranéen de produire des effets d'entraînement.

Dans cette perspective, l'appel à la volonté politique pour que les gouvernements soient pleinement "acteurs" de l'UpM se doublent ainsi d'un appel aux chefs d'entreprise "pour qu'ils intègrent leurs projets de développement dans ce nouvel espace". Malgré un recul en 2008, les rapports successifs de la plateforme ANIMA relatifs à la progression des IDE semblent indiquer que les chefs d'entreprise des deux rives n'ont pas attendu les négociations internationales pour investir un espace naturel pour eux. On peut regretter toutefois que la tribune laisse de côté l'implication indispensable du reste de la société civile et des collectivités territoriales dans l'élaboration et la mise en œuvre des projets.

Il reste que la tribune est une profitable piqûre de rappel pour les promoteurs d'un partenariat renouvelé et relancé entre les deux rives. L'UpM conçue comme la relève du Processus de Barcelone semble toujours cherché la voix étroite qui lui permettrait de sortir des faces à faces stériles et bloc Nord contre bloc Sud ainsi que du point aveugle sécuritaire qui a trop longtemps constitué l'horizon des relations euroméditerranéennes.

dimanche 23 novembre 2008

Villes et Régions dans l'Union pour la Méditerranée - Rencontre CGLU

Commission méditerranée CGLUDurant la Semaine économique de la Méditerranée, j'ai pu assister à une rencontre-débat organisée par la Commission Méditerranée de Cités et Gouvernements Locaux Unis relative à la place des collectivités locales au sein de l'Union pour la Méditerranée (UpM).

Pour l'économiste Larbi Jaidi, chargé d'animer cette rencontre placée d'emblée par un élu sous le signe de "l'échange institutionnel, politique, économique, culturel au croisement du concret, de l'efficace, de l'amical et du sentimental", l'UpM est "une grande ambition mais mérite un débat avec le sud en vue d'une plus grande appropriation". Comme l'ensemble des orateurs représentants des collectivités locales des rives nord, sud et est qui vont suivre, M. Jaidi insiste sur la pertinence des acteurs territoriaux dans les enjeux de politique publique et de citoyenneté.

Le problème ne réside-t-il pas justement dans la capacité d'un projet diplomatique et bruxellois comme l'UpM à pénétrer des logiques proprement territoriales ? En d'autres termes, il semblerait qu'il existe un hiatus entre un dessein porté par des Etats et dont les règles du jeu sont définies en grande partie par la Commission - en particulier en matière de financement des projets- d'une part, et un paradigme proprement territorial avec un agenda, des intérêts, des façons de faire spécifiques aux acteurs locaux, d'autre part. C'est ce hiatus qui sera décliné tout au long de la conférence.

D'autres ambiguités traverseront évidémment cet après-midi : rapports nord-sud, hétérogénéité des situations au sud notamment en matière de décentralisation ainsi que lisibilié des instruments financiers. C'est toutefois ce rapport entre initiatives diplomatiques et appropriations territoriales qui est apparu le plus évident lors des interventions de Pierre Deusy, fonctionnaire à la Commission européenne DG Relex, et des réactions à ces interventions.

Le message de M. Deusy, représentant l'institution communautaire, se voulait être clair : L'Europe ne peut pas tout. Si les attentes sont nombreuses, les moyens sont limités par les Traités et par les Etats-membres. Au final, seulement 40 à 50 Milliards d'euros seront disponibles pour financer les projets de l'Upm qui concernent la dépollution de la Méditerranée, les autoroutes maritimes et terrestres, la protection civile pour répondre aux catastrophes naturelles, une université euro-méditerranéenne, l’énergie solaire et une initiative méditerranéenne de développement des affaires. Le message de la Commission entend mobiliser les acteurs locaux pour enclencher une dynamique d'appropriation.

Les représentants des collectivités du nord et du sud ont déploré cette absence de moyens qui ne seraient pas à la hauteur des enjeux et ont plaidé pour une inscription centrale de l'échelon local dans le projet, en particulier à travers de la future d'Assemblée Régionale et Locale Euro Méditerranéenne (ARLEM). La question de l'institutionnalisation de la représentation des autorités locales dans le dispositif institutionnel semble ainsi être une préoccupation aussi importante que celle des moyens comme en témoigne le vif échange entre Bertrand Gallet (directeur de Cités Unies France) et Pierre Deusy.

samedi 15 novembre 2008

Les bonnes nouvelles de Renaud Muselier

Renaud Muselier vient de recevoir deux bonnes nouvelles.

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Le 13 octobre on apprend que le Maire de Marseille lui a confié une "délégation spéciale de fonctions en ce qui concerne la préparation de la Ville de Marseille pour devenir Capitale européenne de la Culture".
M. Muselier sera en fait chargé de la coordination entre les élus responsables des dossiers culturels et internationaux. De même, ce titre lui assure une visibilité auprès des secteurs associatifs et économiques locaux : il serait leur interlocuteur privilégié à l'Hotel de Ville.
Certains mettent en perspective cette décision avec les nouveaux rapports de force politiques à la mairie et à la communauté urbaine. Certes.

Mais la seconde nouvelle apporte un nouvel éclairage sur cette nomination. M. Muselier, déjà vice-président de la Commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale, s'est vu chargé hier d'une mission par le Président de la République : créer un conseil culturel de l'Union pour la Méditerranée (UpM). Cette instance vise à "susciter toutes initiatives publiques et privées ayant pour objet le développement de la dimension culturelle de la politique méditerranéenne de la France, notamment dans le cadre" de l'UPM, et de mobiliser toutes les forces vives de la Méditerranée au service du projet Marseille Provence 2013, capitale européenne de la culture".

Quelques remarques en bref.

- Sur la vie politique marseillaise, cette double responsabilité marque le retour de M. Muselier sur la scène politique marseillaise après son échec à MPM. Ce retour s'effectue par "le haut" (nomination par le Maire et le Président de la République) sur des dossiers inédits pour lui même s'il a été Président d'Euroméditerranée. D'ailleurs sur son blog, M. Muselier met en avant son expérience et son bilan à la tête de l'opération pour justifier de ses compétences. Le problème : gère t-on la coordination d'acteurs culturels comme le pilotage politique (et non opérationnel) d'un programme de développement économique et d'aménagement urbain ?

- Sur le fond: La création d'un conseil culturel de l'UpM est révélateur de la manière dont l'Etat envisage ce projet et celui de Marseille 2013. Tout d'abord, l'Etat entend être omniprésent dans le contenu de Marseille 2013. Par ailleurs, ce contenu sera relié à l'objectif de l'UpM. Ce qui était loin d'être évident au départ : comment concilier l'animation d'évènements culturels locaux - certes à dimension macro-régionale - avec un projet intergouvernemental à forte connotation sécuritaire ? Enfin, mais cela est moins surprenant, si l'on en croit le communiqué, Marseille 2013 reposera sur une dynamique largement porté par le secteur privé. Nous aurons peut-être l'occasion d'y revenir.