La
chronique de Bernard Guetta sur France Inter était consacrée hier aux «
trois priorités diplomatiques de François Hollande ». Le Chef de l’État
présidait, en effet, en début de semaine, sa première
Conférence des ambassadeurs ; l’occasion de préciser les orientations
que sa nouvelle administration souhaitait donner à la politique
étrangère.
Guetta conclue son papier par ces lignes :
« Et puis enfin, moins précis mais visionnaire, il y eut ce long développement sur la Méditerranée et, derrière elle, l’Afrique noire, sur ce continent en pleine croissance qui comptera, a-t-il souligné, 700 millions de francophones en 2050 et avec lequel tout porte la France à développer des partenariats à tous les échelons et dans tous les domaines. C’est l’évidence mais il n’était pas superflu de le rappeler. »
La Méditerranée ferait donc partie des priorités du mandat de Hollande,
comme elle le fut lors du quinquennat de Nicolas Sarkozy avec les résultats que l’on sait.
Lorsqu’on regarde de plus près l’intervention du Président de la République,
on trouve ce passage consacré à la Méditerranée :
> « D'abord, la France porte depuis longtemps une ambition pour la Méditerranée, pour qu'elle soit un espace de coopération et non pas de tension. Les échanges économiques qui doivent se multiplier doivent être enrichis par les échanges humains. Les préoccupations de sécurité doivent toujours aller de pair avec une exigence de dignité. Les idées aussi doivent circuler, c'est nécessaire dans le contexte où les pays arabes de la Méditerranée s'ouvrent et s'engagent dans un changement politique. Je veux que nous prenions en compte ces réalités, il y a des retards qui coûtent. Mais la France ne manquera jamais de rappeler que le respect de l'opposition, la liberté de la presse, les droits des minorités, la capacité pour chacun de participer à la vie publique, quelles que soient ses opinions politiques ou religieuses, sont pour la France autant de principes essentiels. Ma priorité, c'est de développer ce que j'appelle une ‘Méditerranée de projets’, c'est à cette fin que j'ai demandé au gouvernement de nommer un délégué interministériel à la Méditerranée. Je veux que les compétences du secrétariat de l'Union pour la Méditerranée soient mieux utilisées, avec l'engagement de l'Union européenne et particulièrement de la Commission, nous devons le faire avec l'Europe. Le partenariat de Deauville, qui est une bonne initiative, peut nous permettre d'accompagner au mieux le développement des pays en transition politique.J'accorde enfin une attention toute particulière à la coopération avec les pays du Maghreb, y compris dans ce qu'on appelle le Groupe 5+5 et qui devra permettre de relancer le dialogue. Il y a, entre les deux rives de la Méditerranée, de nombreuses complémentarités. De cette manière pragmatique, nous pouvons ainsi envisager une maîtrise efficace de l'immigration, améliorer les échanges professionnels et universitaires, aider l'administration publique de ces pays à se moderniser et puis aussi encourager les échanges entre les milieux d'affaires. »
De « long développement », ll n’y a donc guère qu’une vingtaine de
lignes sur 11 pages de discours. Observons d’abord sur le fond que ces lignes
auraient pu tout aussi bien être écrites par Henri Guaino et prononcées par
Sarkozy.
« L’ambition » française pour la Méditerranée s’inscrit, comme le
souligne François Hollande, dans un très long terme. Empreinte de l’héritage
colonial, l’impulsion française a toujours été déterminante dans le cadrage
européen des politiques de coopération en Méditerranée. Dès son origine au
début des années 1980, ce furent des hauts fonctionnaires français qui les ont
animées : Edgar Pisani est chargé du Développement au sein de la
Commission Thorn entre 1981 et 1985, tandis que Claude Cheysson devient
Commissaire européen avec le portefeuille de la politique méditerranéenne et
des relations Nord-Sud, au sein de la Commission Delors. Depuis lors, la
France, certes avec le soutien de l’Espagne, n’a cessé de réclamer la mise en
œuvre de dispositifs et de moyens spécifiques dédiés à cet espace. C’est à ces
deux pays que l’on doit en novembre 1995, le Processus de Barcelone (préparé
par la Présidence française de l’UE au cours du premier semestre 1995), dernier
étape avant l’initiative française de l’Union pour la Méditerranée en
2008.
Pour autant, depuis l’échec rapide des Conférences de Barcelone à la fin des
années 1990, que n’a pas su endiguer l’UpM, les rapports de force
inter-gouvernementaux sont défavorables à la Méditerranée comme priorité
stratégique pour le continent. Il est banal de rappeler le basculement du
centre de gravité à l’Est avec l’élargissement du milieu des années 2000 et qui
s’est traduit par le remplacement des programmes MEDA par un Instrument unique
de Voisinage et de Partenariat. Ce dispositif relègue la coopération en
Méditerranée au rang de volet parmi d’autres, doté d’une ligne budgétaire
réduite. Il faut rappeler cependant l’opposition continue de la France sur ce
point et la volonté réaffirmée de conférer à la rive Sud une attention
politique et financière spécifique.
Certes, derrière le vernis du discours sur les droits de l’Homme, la
circulation des hommes et les échanges culturels - tartes à la crème des prises
de position sur la Méditerranée -, cette attention était surtout portée par la
régulation/réduction des flux migratoires en direction de l’Europe, par une
lutte incertaine contre le terrorisme et par un renforcement des régimes
autoritaires de la zone (pour qui ces deux points étaient cruciaux pour le
maintien de leur pouvoir).
Et si le contexte, depuis lors, a radicalement changé, la position
française, dans son volontarisme autant que dans ses imprécisions, demeurent
étonnamment stable. D’une part, la Commission européenne reste attachée a une
politique étrangère « équilibrée » entre ses frontières méridionales
et orientales tandis que les perspectives d’adhésion et les priorités
diplomatiques allemandes alimentent le basculement à l’Est des crédits et des
dispositifs de coopération. D’autre part, la crise de l’euro qui touche en
priorité les États-membres du Sud de l’Union entraîne une baisse de leur
capital diplomatique, c’est-à-dire de leur faculté à exprimer des préférences
politiques. Or, ce Club-Med, au premier rang duquel l’Espagne, mais aussi le
Portugal, l’Italie et la Grèce, regroupait des alliés de poids pour la France.
Composant le « Dialogue 5 + 5 » avec les pays du Maghreb, ces pays
agissaient comme une commission permanente du Processus de Barcelone. La France
est donc au moins aussi isolé que lors de la formulation de l’initiative
UpM.
Revenons enfin sur un point évoqué par François Hollande dans son discours.
« Ma priorité, c’est de développer ce que j’appelle ‘une Méditerranée de
projet’». Une nouvelle fois, Guaino-Sarkozy apprécieront, eux qui n’ont eu de
cesse de définir l’initiative UpM comme un « projet de projets ». Ces
fameux « projets concrets » faisaient même l’objet d’une liste :
dépollution de la Méditerranée, autoroutes de la mer, protection civile, plan
solaire, Université méditerranéenne, développement des PME. Cette démarche
était alors justifiée par la volonté de dépasser le blocage diplomatique créé
par les tensions sécuritaires et le conflit israélo-palestinien. En d’autres
termes, l’idée était de séparer le cadre politique de la production de
projets.
Or, l’un des enseignements des premières années qui ont suivi le lancement
de l’UpM fut précisément que cette séparation était en pratique impossible à
établir. Des réunions techniques sur des problématiques soit-disant
« concrètes » (comme si, au passage, le dialogue politique relevait
d’une abstraction et d’un pur symbole) ont été régulièrement repoussé et le
contact rompu entre les partenaires en raison des tensions politiques. Reposant
sur une vision dichotomique des sphères bureaucratiques et politiques, cette
démarche n’a pas résorbé la crise de confiance qui ne touchait pas seulement
les rencontres inter-gouvernementales, mais contaminait les potentiels
investisseurs, frileux de financer des projets dans des contextes
d’incertitude.
Les incertitudes n’ont bien sûr pas été levées par les révolutions arabes,
ni la confiance mécaniquement restaurée. Toutefois, on peut regretter à l’heure
d’un tournant encore fragile qui s’opère en Méditerranée, on ne prenne pas la
mesure qu’un dialogue politique sur des fondements renouvelés pourrait
accroître les chances de réussite d'initiatives réduites à une méthode
« pragmatique ».
Enfin, la dernière phrase de ce développement méditerranéen du discours reprend sans surprise les antiennes libérales et sécuritaires (maîtrise de l’immigration, appui à la «modernisation» des institutions au Sud, aide à l’intégration de leurs économies dans les marchés mondiaux) d’une coopération qui a décidément du mal à se renouveler.


Au Sud
de la Méditerranée, rien n’est encore joué. Le colonel Kadhafi multiplie les
attaques contre son peuple et doit désormais faire face à un Conseil national
de la transition qui en appelle à la
Difficile de poser un regard autre qu’interrogatif sur la situation dans le
monde arabe tant l’inconnue demeure la seule certitude. D’un côté, les régimes
autoritaires semblent se craqueler les uns après les autres - Tunisie et
Égypte, donc mais aussi
Le 22 mai
dernier, nous consacrions un
Quelques
jours après l’annonce du
C'était
dans l'air du temps depuis un moment, c'est désormais officiel : le sommet
de l'Union pour la Méditerranée (UpM) n'aura pas lieu. Du moins, pas le 7 juin
et pas à Barcelone qui exerce la Présidence de l'Union européenne (UE). En
langage diplomatique, le sommet n'est pas annulé, mais "reporté" à
novembre. Le temps assure la Présidence égyptienne et le gouvernement espagnol
- et la France qui exerce pourtant encore la co-Présidence ? - de
"donner du temps aux pourparlers indirects" avant donc, si l'on
comprend bien, de donner une chance au dialogue direct.
Si l’agitation politique
qui règne pendant une campagne électorale est peu propice à l’avancée des
projets, elle est encore moins propice à leur observation. Difficile en effet
d’évoquer les politiques locales au-delà du tumulte entretenu par les petites
phrases, les promesses et les postures.
Le 21
janvier dernier, 84 élus régionaux et locaux et membres d’associations de
coopération européenne appartenant aux pays membres de l’Union pour la
Méditerranée (UpM) se sont réunis à Barcelone au cours d’une réunion
constitutive de l’Assemblée régionale et locale euro-méditerranéenne (ARLEM).
L’adoption des statuts du Secrétariat général et la répartition des compétences
entre les six Secrétariats adjoints est prévue le 9 février à l’issue d’une
rencontre entre ambassadeurs. Cette annonce clôturerait la première phase
institutionnelle de l'UpM, un an et demi après son lancement
officiel.
Presque... Du côté du duel attendu
Mariani/Vauzelle, la campagne semble s’être accélérée - avant même d’avoir
vraiment commencé... -sur le thème de la sécurité et de l’emploi. Comme nous le
décrit
Le volontarisme diplomatique de ces
dernières semaines semblent avoir enfin porté leurs fruits. À moins que les
récents développements de l’Union pour la Méditerranée ne soient du aux effets
de lassitude d’un blocage qui persiste depuis plus d’un an. Après l’
2009 a semblé montrer les limites de la
diplomatie décentralisée marseillaise. Le dialogue entre les autorités locales
et régionales de la Méditerranée s'est en effet heurtée, d'une part, au retour
des questions sécuritaires dans la région et aux blocages consécutifs à la
logique projet de l'Union pour la Méditerranée. D'autre part, la
"diplomatie participative" chère à Michel Vauzelle n'est pas parvenue
à anticiper les effets des mesures protectionnistes en Algérie. L'activisme
international des élus locaux et régionaux a pu paraître cantonné à des appels
vains à la médiation ou à l'intervention de l'État. Contrairement aux
prophéties, celui-ci a donc encore de beaux jours devant lui. "Le cadavre
de l'État bouge encore", nous rappelle cette année de diplomatie
décentralisée. Celui du protectionnisme et des égoïsmes nationaux
aussi.

L'Union pour
la Méditerranée (UpM) fêtera les 13 et 14 juillet le premier anniversaire du
Sommet de l'Élysée qui a relancé la politique méditerranéenne de l'Union
européenne (UE). Il est évidemment tôt pour dresser un bilan, ou même mesurer
sa portée. Mais cette année écoulée a contribué à éclaircir les attentes portée
dans ce projet politique. À en montrer les facteurs de blocage
également.
Surtout, le 27 décembre 2008, l'armée israélienne déclenche une offensive sur
Gaza et bloque, jusqu'à ce jour, toutes nouvelles négociations dans le cadre
d'une UpM qui se vantait de réunir autour d'une même table, Israéliens et
Palestiniens. Dernier épisode en date, le gouvernement israélien fraîchement
élu semble remettre en cause les précédents accords diplomatiques conclus par
son prédécesseur.
Des
anciens chefs de gouvernement français, italien, espagnols et algériens, des
anciens ministres libanais, turcs, marocains, grecs, un ancien vice-président
de la Banque mondiale égyptien et le président de la Fondation Anna-Lindh
(liste non-exhaustive) ont signé ce mercredi une
Durant la 