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Tag - Union européenne

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jeudi 10 mars 2011

Quel avenir pour la coopération euro-méditerranéenne ?

a Au Sud de la Méditerranée, rien n’est encore joué. Le colonel Kadhafi multiplie les attaques contre son peuple et doit désormais faire face à un Conseil national de la transition qui en appelle à la reconnaissance de la communauté internationale.

En Égypte, l’enthousiasme de la chute du Rais a rapidement laissé la place à l’incertitude sur les ambitions des généraux qui occupent le pouvoir. Dans la nuit du 8 au 9 mars, des affrontements inter-communautaires auraient fait une dizaine de morts et une centaine de blessés dans le quartier copte du Caire, rouvrant la plaie de l’attentat du nouvel-an contre une église chrétienne et soulevant la question de l’attitude de l’armée.

En Tunisie, on s’efforce de faire disparaître les vestiges du pouvoir ancien : le RCD, institution centrale de domination et de contrôle, de surveillance et de punition, est dissous, tandis que les successions de gouvernements de transition accordent de moins en moins de maroquins aux personnalités impliquées dans l’ancien régime.

Au Maroc, enfin, le roi annonce une réforme constitutionnelle qu’il qualifie de « globale » et qui dessinerait les contours d’une monarchie constitutionnelle, c’est-à-dire instaurant un mécanisme de responsabilité effective du gouvernement devant le Parlement.

Partout ailleurs, de l’Algérie au Bahreïn, les secousses et les répliques démocratiques font vaciller les régimes arabes dans un contexte marqué par les incertitudes qui entourent la santé du roi Abdallah d’Arabie Saoudite.

Face à cette nouvelle donne, l’Union européenne tente de réagir en reprenant la main sur un processus de coopération qui lui a échappé depuis le lancement de l’Union pour la Méditerranée (UpM) proposée par le Président Sarkozy en 2008.

Les échecs institutionnels de l’UpM

L’UpM suscite en effet de nombreuses et virulentes critiques qui n’ont pas attendu le printemps arabe pour se faire entendre, mais qui trouvent, là, une caisse de résonance particulièrement efficace. Succédant au Processus de Barcelone, l’UpM a pu être interprétée par les fonctionnaires de la Commission européenne comme une dépossession du partenariat euro-méditerranéen.

Les promoteurs français du projet estimaient de leur côté vouloir répondre à une situation dans laquelle les instruments financiers communautaires destinés à la coopération avec les rives Sud et Est de la Méditerranée étaient fondus dans le dispositif de la Politique de Voisinage. Cette dernière aurait déséquilibré la Politique extérieure de l’Union au profit des pays de l’Est et n’aurait pas permis de répondre aux spécificité des contextes méditerranéens. Certains diplomates français assument ainsi avoir pensé l’UpM « contre la technostructure européenne » et « la technostructure bruxelloise sentait qu’elle se faisait déposséder de son pouvoir, ce qui a été fait d’ailleurs ».

Avant de voir quelle est l’actuelle réponse de la « technostructure bruxelloise », tentons de comprendre les obstacles institutionnels - il y en a eu tellement d’autres - rencontrés par le projet.

En s’appuyant sur Égypte, qui s’est vu confier la co-Présidence de la nouvelle structure, et sur la Tunisie, pressentie par l’Élysée pour accueillir le siège du Secrétariat général, le Président Sarkozy est accusé d’avoir effectué de mauvais choix.

En présumant pouvoir se passer de l’Allemagne, en marginalisant la Commission et en présentant le projet comme une alternative à l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne (UE), il a lourdement hypothéqué les chances d’instaurer une dynamique politique et institutionnelle positive.
Enfin, en subordonnant le dialogue politique à l’octroi de financements destinés à des « projets concrets », il a sous-estimé l’obstacle des négociations au sein d’un « bloc » arabe dont la labellisation unitaire fut très faiblement auto-réalisatrice.

L’appel du Quai d’Orsay à une « ''refondation de l’UpM'' » apparaît dès lors comme un vœux pieux alors que la diplomatie française subit un profond malaise et que le Secrétariat général de l’UpM a déposé sa démission, reconnaissant son incapacité à remplir les missions qui lui avaient été assignées - organisation du Sommet, financement et labellisation des projets.

La reprise en main par la Commission européenne

À Bruxelles, en revanche, la reprise en main est déjà en cours et s’est déployée en deux temps.

Dans un premier temps, la Commission a débloqué 30 millions d’euros pour répondre aux besoins humanitaires liés aux déplacements de populations et 17 millions d’euros dédiés à la transition tunisienne.

De son côté, le 28 février, le Parlement a reçu le Secrétaire général du nouveau Service européen pour l’action extérieure, ainsi que le représentant de la Présidence hongroise pour évoquer la situation en Méditerranée. Enfin, les euro-députés ont accordé un surplus d’1 milliard d’euros à la Facilité euroméditerranéen d’investissement et de partenariat (FEMIP).

Ce bras financier méditerranéen de la Banque européenne d’investissement (BEI) dispose désormais de 6 milliards d’euros pour accompagner les projets qu'il a soutenu à hauteur de 2,6 milliards d’euros en 2010 (+60% par rapport à 2009). Or, on s’aperçoit que les trois partenaires les plus importants de la FEMIP sont l’Égypte (3,5 millions d’euros), la Tunisie (2,9 millions) et le Maroc (2,6 millions).

Le soft power de l’UE via le financement de projets structurants (comme les 500 millions d’euros attribués à MedGaz, un gazoduc creusé entre Beni Saif en Algérie et Almeria en Espagne ; le port de TangerMed au Maroc, pour 200 millions d’euros...) ou de PME s'avérerait-il plus efficace que les conférences inter-gouvernementales à 43 pays ?

Dans un second temps, la Commission européenne a annoncé cette semaine, le lancement « un partenariat ambitieux pour la démocratie et une prospérité partagée avec le sud de la Méditerranée ». Dans cette communication présentée conjointement avec la haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, le Président de la Commission s’est déclaré « déterminé à faire un saut qualitatif dans les relations » euro-méditterranéennes.
Catherine Ashton, la Haute représentante, a semblé s’adresser à l’Hôtel Marigny et au Palais de Pedralbes lorsqu’elle a affirmé que l’UE « possède l'expérience et les instruments » pour mener des actions dont les grandes lignes devront être adoptées par le Sommet prévu à la fin de la semaine. Comme il est l’usage trois corbeilles ont été défini :

  • un soutien à « mutation démocratique » et l’accent sur « les droits de l’Homme »;
  • un partenariat avec la « société civile » ; et
  • une aide à la stimulation de la croissance économique.

Ces corbeilles semblent en rupture avec la coopération euro-méditerranéenne du Processus de Barcelone qui portait sur la lutte anti-terroriste et anti-migration et laissait à la coopération économique la portion congrue et à la coopération culturelle le(s) reste(s).

« Dans ce cadre », nous dit la Commission, elle « réorientera les programmes d'aide substantiels, qui représentent actuellement 4 milliards d’euros de subventions en faveur de nos voisins du Sud pour la période 2011-2013.» À titre de comparaison, la BEI a estimé dans une étude récente que le Plan solaire méditerranéen, l’une des priorités de la Déclaration de Paris, s’élevait à 20 milliards d’euros. Sur ces 4 milliards, m’est revenu à la mémoire ces propos d’un fonctionnaire européen tenus il y a quelques mois :

« L’ensemble des investissements des pays du Sud dont elles ont besoin pour rencontrer la cloche démographique, c’est-à-dire entre 30 et 70 00 emplois à créer d’ici 2030 ; l’urbanisation, c’est-à-dire 100 millions d’euros de plus d’ici 2030 ; le problème énergétique et les problèmes de transport : c’est 300 milliards d’euros d’investissement à faire en 20 ans, pour tous les pays de la zone, hors-Turquie. 300 milliards d’euros. L’aide publique au développement européenne, c’est quoi ? C’est 4 milliards d’euros. Vous y ajoutez 2 milliards d’aide bilatérale, ça fait 6 milliards. Vous divisez 300 milliards par 6 milliards, ça vous fait combien d’année ? Vous n’y êtes pas. »

Certes, on n’y est pas encore, mais dans l’économie générale du partenariat euro-méditerranéen, la reprise en main bruxelloise du dossier devrait sonner le glas de l’initiative Sarkozy de l’UpM, tandis que la coopération pourrait bénéficier de la transition démocratique pour porter enfin ses fruits. La revanche de la technostructure bruxelloise sur le lyrisme de Guaino ou le retour du soft power.

lundi 17 mai 2010

Vers une macro-région en Méditerranée ?

A À l’issue de la deuxième édition du Forum des autorités locales et régionales de la Méditerranée qui s’est tenue à Barcelone au début de ce mois, les élus locaux et régionaux des deux rives ont adopté une Déclaration finale qui contient, sans surprise, un appel à une meilleure association des collectivités locales dans la poursuite de la mise en œuvre de l’Union pour la Méditerranée et dans la perspective des négociations de la programmation des fonds européens pour la période 2014-2020.

À ce sujet, la Déclaration encourage le Conseil européen à instaurer le concept de macro-région en Méditerranée, appelé à «renforcer le programme de coopération transfrontalière par bassin maritime associant les fonds FEDER et IEVP».

À ce jour, deux programmes européens distincts sont déployés en direction de la Méditerranée. Le Programme Med obéit à l’Objectif Coopération territoriale européenne et se déploie sur la rive Nord de la Méditerranée. Successeur des programmes Interreg, il est financé par les fonds FEDER. Le second programme, IEVP Bassin Maritime, s’inscrit dans la Politique européenne de voisinage, et non dans la Politique régionale, puisqu’il ne concerne que la rive Sud.

La Région Paca, autorité unique de gestion (AUG) du Programme Med - c’est-à-dire qu’elle héberge une équipe chargée de coordonner la mise en oeuvre des appels à projets - souhaite rompre avec la dichotomie entre deux initiatives parallèles en faisant la promotion d’une macro-région qui permettrait d’englober sous un programme unique les deux rives de la Méditerranée. Ainsi, elle a mis en place un Bureau de Liaison, située à Valence en Espagne, dont la mission est d’être le point de contact entra l’AUG du Programme Med et l’AUG du programme IEVP Bassin Maritime (la Région Sardaigne).

La macro-région est une expérience née autour de la Mer Baltique. L’idée des États-membres concernés (Pologne, Allemagne, Danemark, Suède, Finlande, Estonie, Lituanie et Lettonie) qui ont soumis l’initiative au Conseil, est de mettre en place une stratégie globale sur une région transnationale à partir des problèmes spécifiques qu’elle pose, quitte à sortir du cadre institutionnel des programmes européens supposés s’appliquer à toutes les zones en fonction des critères d’éligibilité. La macro-région modifie donc le sens de la territorialisation des programmes européens tels qu’ils sont traditionnellement définis par la politique régionale.

Dans sa Communication sur la Stratégie de l’UE à l’égard de la région de la Mer Baltique, la Commission s’enorgueillit de proposer pour « la première fois (...) ce type de stratégie globale à l’échelle d’une macrorégion Cette stratégie pourrait en inspirer d’autres dans des régions comme la Méditerranée ou le bassin du Danube. Elle constitue notamment une première étape dans l'application régionale de la politique maritime intégrée de l’Union. »

La macro-région est donc une nouvelle vision politique de l’Europe dans la mesure où elle entend territorialiser la mise en oeuvre des projets sur des bases trans-régionales. Elle ne correspond donc pas à l’antienne promue par l’Europe des Régions qui portait sur l’agencement de la subsidiarité de l’Europe au profit des peuples et des autorités régionales au sein de chaque État-membre.

L’un des principes de cette dynamique naissante est d’adapter les transferts institutionnels européens en fonction des spécificités géographiques propres aux «petites patries» européennes appartenant à différents États-nations.

Le problème posé par l’application du principe macro-régional en Méditerranée est qu’il implique la participation d’un nombre conséquent d’États non membres de l’UE. Certes, en ce qui concerne la Baltique, la macro-région prévoit des modes de coopération avec la Russie, la Norvège et l’Islande. En Méditerranée, il s’agit d’adapter ce schéma sur une base paritaire entre États-membres et pays-tiers - comme le tente avec difficultés l’Union pour la Méditerranée, bien que celle-ci reste pour l’heure dépourvu d’outils de financement et plombé par l’absence de dialogue politique.

La macro-région en Méditerranée, dont une formalisation est proposée par l'Institut de la Méditerranée, si elle se réalise, devrait être capable de fusionner les instruments financiers et juridiques, ainsi que l’inspiration qui président aux programmes de la politique régionale et de la politique voisinage. En somme, parvenir à organiser au Sud, l’intégration sans l’élargissement.

Pour l’heure, on ignore la réaction de la Commission à cette proposition d’étendre les politiques européennes au Sud dans le contexte confus des négociations de la programmation 2014-2020 et de la constitution du service de politique étrangère de Lady Ashton.

jeudi 18 février 2010

Les Régions et l’Europe

A À moins d’un mois des élections régionales, les enjeux de la campagne s’éclaircissent un peu. Selon les observateurs et les acteurs politiques, ils sont nationaux - qui de l’UMP ou du PS sortira en tête ? Le Président Sarkozy sera-t-il affaibli par le scrutin ? Quid de l’état du Front national ? de la recomposition de l’extrême-gauche ?.... - ou locaux - quelle sera l’identité de celui qui prendra la tête de la région ?

Déplaçons le regard un instant vers un enjeu de campagne jamais évoqué par les candidats et qui ne produit pas moins d’effets sur l’avenir des régions : leur place en Europe et le dialogue entretenu avec les institutions communautaires.

Le projet de réforme des collectivités territoriales n’évoque l’Europe qu’à demi-mot, aucune des 20 proposition du rapport Balladur n’en fait référence. Pourtant, les autorités régionales sont confrontées à un tournant dans leur rapport à l’Europe.

Depuis les années 1980, l’Union européenne, pour les régions, se résumait à un guichet finançant des dépenses de développement et d’aménagement. Même si elles n’ont pas complètement disparu, les élargissements successifs ont conduit à un tarissement de ce type de ressources pour les régions françaises.

Parallèlement, et décentralisation aidant, le droit communautaire a directement porté sur des compétences relevant des collectivités locales et régionales. Le rapport des régions à la norme, non pas seulement lors de sa digestion, mais également dès la phase de fabrication a considérablement évolué depuis une dizaine d’années. Les régions sont directement branchées sur l’Europe sans que l’on en parle.

Afin d’illustrer ce commentaire, aperçu rapide des relations entre l’Europe et la région Paca.

Les fonds structurels

En matière de gestion des programmes européens, le Conseil régional dispose d’une Mission Europe chargée du pilotage, de l’animation et de la coordination des programmes auxquels la Région participe. Pour la période de programmation 2007-2013, les fonds européens accordés à la Région sont en effet directement gérés par chacune des Directions opérationnelles concernées et non par la Mission Europe. Cette gestion décentralisée du financement de la coopération européenne est ainsi l’aboutissement d’une évolution qui a vu progressivement les bureaux des relations internationales des collectivités locales irriguer les autres services et visant à l’appropriation progressive d’une culture administrative européenne commune.

Pour la période de programmation 2007-2013, la Région PACA est impliquée dans onze Programmes Opérationnels (PO) pour un montant total supérieur à un milliard d’euros.

Les PO les plus importants financièrement relèvent de l’Objectif de compétitivité régionale (FEDER, 302 millions d’euros), de l’Objectif emploi (FSE 285 millions d’euros), et de l’Objectif développement rural (FEADER, 104 millions d’euros).

Les autres concernent des programmes interrégionaux, tels que le PO interrégional Massif des Alpes (35 millions d’euros) et le PO plurirégional Rhône (35 millions d’euros). Le PO pêche atteint, pour sa part, 2,5 millions d’euros. Enfin, quatre PO sont liés à l’Objectif Coopération territoriale européenne : le programme transfrontalier ALCOTRA (150 millions d’euros) entre la France et l’Italie ; le programme transnational MED (193 millions d’euros) pour lequel la Région assume l’Autorité Unique de Gestion, c’est-à-dire un rôle de coordination nationale des projets ; le programme transnational ESPACE ALPIN (98 millions d’euros) ; le programme interrégional IV C, pour lequel la Région assure la mission de coordination des treize régions du sud de la France.

Enfin, PACA est partie prenante du programme de l’Instrument européen de voisinage et de partenariat pour le Bassin maritime Méditerranéen d’un montant total de 172 millions d’euros – qui remplace les anciens fonds MEDA prévus par le Processus de Barcelone.

Les normes européennes en Région - La Région à Bruxelles

Le tournant de l’attitude régionale à l’égard de l’Europe est constitué par l’échec du référendum sur le Traité constitutionnel européen en 2005. Un constat a été fait au niveau de l’administration centrale que la position de l’État sur les enjeux européens n’était pas toujours relayée par les discours des autorités locales qui pouvaient utiliser l’Europe comme le bouc émissaire de difficultés exogènes.

A contrario, les régions n’étaient impliquées ni dans le processus décisionnel européen, ni dans les négociations interministérielles dégageant les positions françaises à défendre à Bruxelles. Les conséquences de cette situations sont nombreuses : affaiblissement des positions françaises vis-à-vis de l’UE, faible légitimité de normes européennes contestées localement, crédibilité mauvaise de l’Europe vis-à-vis du citoyen.

L’exemple le plus connu de ces couacs fut l’infraction relative à l’intercommunalité. En l’espèce, l’État français et les autorités locales se retrouvaient pour contester la vision libérale européenne de l’intercommunalité supposée se plier aux règles du marché intérieur, mais chacun plaidait la cause avec des argumentaires juridiques différents et parfois contradictoires si bien que la position française ne pouvait être défendue... car elle n’existait pas.

Afin de résoudre ce problème, un double mouvement est engagé : une association croissante des élus locaux et régionaux aux discussions interministérielles, d’une part, et une mobilisation accrue de ces élus en vue d’exercer un lobbying sur les institutions communautaires, d’autre part.

En ce qui concerne le premier volet, le Président Chirac a lancé le mouvement en 2005 lors de la Conférence des ambassadeurs en appelant à la « concertation » avec les collectivités locales sur les questions européennes. Il s’agissait de compléter le dispositif de négociations horizontales et sectorielles - Ministère par Ministère - par des cycles de négociations verticales - État - régions.

La cellule chargée de mener à bien ce travail est située au sein du Secrétariat générale des affaires européennes, rattaché au Premier Ministre. Celle-ci s’appuie désormais non pas sur des relations bilatérales avec les Présidents de région, mais sur des réseaux constituées par les associations d’élus : AMF, ADF, ARF pour ne citer que les plus importantes.

En ce qui concerne la région Paca, son Président Michel Vauzelle, a fait le choix de s’appuyer sur un réseau lui permettant de défendre un positionnement stratégique : en l’espèce la Commission Interméditerranéenne de la Conférence des Régions Périphériques et Maritimes, qu’il préside. Il utilise ce réseau, non seulement pour intervenir, sur des négociations nationales relevant des enjeux régionaux méditerranéens dans le cadre du schéma du two level game (négociation nationale > élaboration d’une position commune > négociation intergouvernementale), mais également pour défendre directement ses positions à Bruxelles.

On pressent la limite de l’exercice de la concertation du SGAE. Peut-être celle-ci intervient-elle avec un temps de retard dans la mesure où les régions s’organisent de plus en plus pour exercer un lobbying sur les institutions de Bruxelles. Il n’y a qu’à observer le contenu de la déclaration finale de l’assemblée générale de la Commission interméditerranéene du 17 juillet 2009 sur « le rôle et la place des régions dans l’UpM» pour se rendre compte du fait que les régions n’attendent plus de l’État qu’il défende à sa place les intérêts régionaux.

Il y aurait donc effectivement des « intérêts régionaux » propres, séparables des intérêts de l’État, qui, à la différence de la période précédente, se structurent et s’organisent en dehors des arènes institutionnelles étatiques.

Ils mériteraient peut-être d’être exposés à l’électeur.

mardi 9 juin 2009

Élections du Parlement européen : les élus de la circonscription Sud-Est

A Les élections du Parlement européen qui se sont tenues dimanche n'ont pas été déterminées, en France comme ailleurs, par les enjeux européens ou par les enjeux locaux - voire par la combinaison des deux, c'est-à-dire la capacité des programmes et des candidats à faire valoir des intérêts locaux et régionaux sur la scène européenne. Pourtant, la récente polémique sur le vin rosé et la mobilisation victorieuse des appellations de Provence rappelle l'une des fonctions des parlementaires européens : le relais entre des espaces politiques d'échelles différentes.

Des collaborateurs de député m'ont confié en ces termes les contours de cette articulation : "Si le commissaire européen en charge des Transports, qui est par exemple Français, comme c’est le cas avec Jacques Barrot, que le député européen est en commission Transport, cela peut faciliter la discussion en disant « voilà, ce qu’il serait intéressant pour une ville comme Marseille, quels sont les programmes européens qui permettraient de… ». Donc, on crée une relation de travail mais à partir des programmes européens." Pour un député réélu dimanche : "une des choses dont je vais beaucoup plus m’occuper au cours de mon second mandat sera de voir quelles sont les liaisons à mettre en place entre le local, mais extensible, eurorégional, de l’ensemble des départements sur lesquels je suis élu ; et le niveau européen. C’est-à-dire quelle aide je peux apporter en tant que parlementaire européen ? Parce que pour l’instant je n’ai pas eu le temps de faire cela. L’élu local qui a du pouvoir dans les relations internationales, c’est le Maire, le Président du Conseil général, le Président de l’intercommunalité, le Président du Conseil régional. En ce qui nous concerne..."

Pour autant, le rôle des élus locaux et régionaux n'échappe pas à la bruxellisation comme en témoigne ce diplomate, spécialiste des affaires européennes : "les élus, eux-mêmes, ont une action de lobbying. Il est de plus en plus fréquent, et d’ailleurs à Paris cela énerve des ministères, de voir des Présidents de Conseils régionaux se déplacer à Bruxelles et aller rencontrer les Commissaires en charge de tel ou tel dossier, et d’aller plaider en direct leurs dossiers. C’est quelque chose d’assez nouveau puisque traditionnellement le domaine des organisations internationales, ce n’est pas la chasse gardée, mais c’est essentiellement l’Etat". Certes, il n'est pas question ici des parlementaires européens, mais ceux-ci peuvent être sollicités dans le cadre de la défense de projets spécifiques de dimension européenne, comme cela a été le cas avec la candidature de Marseille-Provence 2013.

Qui sont donc les élus qui seront chargés de promouvoir ces enjeux locaux à Strasbourg (et à Bruxelles) ? Petit tour d'horizon qui se limitera aux 13 élus de la grande circonscription sud-est qui comprend la Corse, Paca et Rhône-Alpes.

Le grand vainqueur reste ici comme ailleurs, l'abstention, puisqu'avec un taux de participation de 39,63 %, la circonscription a moins voté que l'ensemble du pays avec un taux de 43,01 % et moins que l'ensemble des 27 avec un taux de 42,94 %.

L'UMP arrive en tête au niveau de la circonscription avec 29,5 % des suffrages (en progression de 12 points par rapport aux élections européennes de 2004). Dans les Bouches-du-Rhône, le résultat est un peu en-deçà pour la liste de la stéphanoise Françoise Grossetête qui réalise un score de 26,9 %. La liste UMP parvient à envoyer cinq élus (3 femmes, 2 hommes). Françoise Grossetête est une ancienne adjointe du maire de Saint-Étienne, Michel Thiollière battu aux dernières municipales. Députée européen depuis depuis 1994 et Vice-présidente du groupe du Parti populaire européen depuis 1999, elle vient d'être nommée par son parti pour conduire la liste UMP aux prochaines élections régionales. Damien Abad sera le benjamin du Parlement européen à 29 ans. Président des Jeunes Centristes (Nouveau Centre) à sa sortie de Sciences Po., il est conseiller municipal de Vauvert dans le Gard, son département de naissance. Dominique Vlasto est réélue sans surprise. L'adjointe au maire de Marseille chargée du Tourisme et des Congrès rempliera un troisième mandat. Gaston Franco, ancien député, proche de Christian Estrosi, est maire du village de Saint-Martin-Vésubie à côté de Nice. Il ira siéger pour la première fois au Parlement européen à Strasbourg le 14 juillet. Enfin, Nora Berra, médecin, membre du Mouvement des musulmans laïcs de France et conseillère municipale de Neuville-sur-Saône, fut tête de liste Perben dans le 8ème arrondissement de Lyon lors des dernières municipales. Finalement, sur les 5 élus, on compte une Stéphanoise, une Lyonnaise, un Nîmois, un Niçois et une Marseillaise ; une élus issue de la diversité et de la société civile ; un très jeune ; et deux professionnelles de la politique européenne.

Surprise, en deuxième position, on trouve la liste d'Europe-Écologie qui, avec 18,27 % remporte trois sièges. En 2004, les Verts conduits par Jean-Luc Benhamias avaient réalisé un score de 12%. Michèle Rivasi, normalienne et biologiste, ancienne députée de la majorité plurielle de Lionel Jospin est depuis mars 2008, adjointe au maire de Valence et Vice-présidente du Conseil général de la Drôme pour les Verts. François Alfonsi est le porte-parole du Parti de la Nation Corse, membre de la Fédération des Partis Politiques Régionalistes et Autonomistes. Enfin, Malika Benarab-Attou est une militante des Verts à Chambéry, cadre à la Sécurité Sociale. Bilan pour les Verts d'Europe-Écologie, deux femmes, un homme, une Drômoise, un Corse, une Savoyarde. Au-delà de la sensibilité écolo, ces élus viendront à Strasbourg pour porter des revendications - sinon, des intérêts - de lieux à forte identité culturelle.

Cruelle déception pour le PS et son leader dans le Sud-Est, Vincent Peillon, qui avec 14,49 % des suffrages, ne qualifient que deux candidats - contre 5 lors de la mandature précédente. Il siégera au Parlement européen pour un deuxième mandat avec Sylvie Guillaume, adjointe de Gérard Colomb à Lyon aux affaires sociales.

Jean-Luc Benhamias avec 7,37 % des voix sauve son siège pour le MODEM ; tout comme Jean-Marie Le Pen, dont la liste réalise 8,49% (en recul de 4 points par rapport à 2004) et qui devient le doyen du Parlement européen. Enfin, Marie-Christine Vergiat, militante de la Ligue des Droits de l'Homme, fait son entrée à Strasbourg sur la liste du Front de Gauche qui réalise 5,90%.

Les autres listes ne disposeront pas d'élus. On trouve dans l'ordre NPA avec 4,33%, MPF-CPN avec 4,29%, Alliance Écologie menée par Francis Lalanne, 3,75% et Debout la République avec 1,99%. 11 autres listes réalisent moins de 1% des suffrages.

Une élection se clôt et déjà des projections se réalisent sur les élections régionales qui auront lieu le printemps prochain et au cours de laquelle, la domination du Parti socialiste risque d'être ébranlée si l'on s'en tient à la photographie du paysage local et régional actuelle. En politique, comme ailleurs, la vérité du jour...