Au Sud
de la Méditerranée, rien n’est encore joué. Le colonel Kadhafi multiplie les
attaques contre son peuple et doit désormais faire face à un Conseil national
de la transition qui en appelle à la
reconnaissance de la communauté internationale.
En Égypte, l’enthousiasme de la chute du Rais a rapidement laissé la place à
l’incertitude sur les ambitions des généraux qui occupent le pouvoir. Dans la
nuit du 8 au 9 mars, des
affrontements inter-communautaires auraient fait une dizaine de morts et
une centaine de blessés dans le quartier copte du Caire, rouvrant la plaie de
l’attentat du nouvel-an contre une église chrétienne et soulevant la question
de l’attitude de l’armée.
En Tunisie, on s’efforce de faire disparaître les vestiges du pouvoir
ancien : le RCD, institution centrale de domination et de contrôle,
de surveillance et de
punition, est
dissous, tandis que les successions de gouvernements de transition
accordent de moins en moins de maroquins aux personnalités impliquées dans
l’ancien régime.
Au Maroc, enfin,
le roi annonce une réforme constitutionnelle qu’il qualifie de
« globale » et qui dessinerait les contours d’une monarchie
constitutionnelle, c’est-à-dire instaurant un mécanisme de responsabilité
effective du gouvernement devant le Parlement.
Partout ailleurs, de l’Algérie au Bahreïn, les secousses et les répliques
démocratiques font vaciller les régimes arabes dans un contexte marqué par les
incertitudes qui entourent
la santé du roi Abdallah d’Arabie Saoudite.
Face à cette nouvelle donne, l’Union européenne tente de réagir en reprenant
la main sur un processus de coopération qui lui a échappé depuis le lancement
de l’Union pour la Méditerranée (UpM) proposée par le Président Sarkozy en
2008.
Les échecs institutionnels de l’UpM
L’UpM suscite en effet de nombreuses et virulentes critiques qui n’ont pas
attendu le printemps arabe pour se faire entendre, mais qui trouvent, là, une
caisse de résonance particulièrement efficace. Succédant au Processus de
Barcelone, l’UpM a pu être interprétée par les fonctionnaires de la Commission
européenne comme une dépossession du partenariat euro-méditerranéen.
Les promoteurs français du projet estimaient de leur côté vouloir répondre à
une situation dans laquelle les instruments financiers communautaires destinés
à la coopération avec les rives Sud et Est de la Méditerranée étaient fondus
dans le dispositif de la Politique de Voisinage. Cette
dernière aurait déséquilibré la Politique extérieure de l’Union au profit des
pays de l’Est et n’aurait pas permis de répondre aux spécificité des contextes
méditerranéens. Certains diplomates français assument ainsi avoir pensé l’UpM
« contre la technostructure européenne » et « la
technostructure bruxelloise sentait qu’elle se faisait déposséder de son
pouvoir, ce qui a été fait d’ailleurs ».
Avant de voir quelle est l’actuelle réponse de la « technostructure
bruxelloise », tentons de comprendre les obstacles institutionnels - il y en a
eu tellement d’autres - rencontrés par le projet.
En
s’appuyant sur Égypte, qui s’est vu confier la co-Présidence de la nouvelle
structure, et sur la Tunisie,
pressentie par l’Élysée pour accueillir le siège du Secrétariat général, le
Président Sarkozy est accusé d’avoir effectué de mauvais choix.
En présumant pouvoir se passer de l’Allemagne, en marginalisant la
Commission et en présentant le projet comme une alternative à l’adhésion de la
Turquie à l’Union européenne (UE), il a lourdement hypothéqué les chances
d’instaurer une dynamique politique et institutionnelle positive.
Enfin, en subordonnant le dialogue politique à l’octroi de financements
destinés à des « projets concrets », il a sous-estimé l’obstacle des
négociations au sein d’un « bloc » arabe dont la labellisation
unitaire fut très faiblement auto-réalisatrice.
L’appel du Quai d’Orsay à une « ''refondation
de l’UpM'' » apparaît dès lors comme un vœux pieux alors que la
diplomatie française subit un
profond malaise et que le Secrétariat général de l’UpM a déposé sa
démission, reconnaissant son incapacité à remplir les missions qui lui
avaient été assignées - organisation du Sommet, financement et labellisation
des projets.
La reprise en main par la Commission européenne
À Bruxelles, en revanche, la reprise en main est déjà en cours et s’est
déployée en deux temps.
Dans un premier temps, la Commission a
débloqué 30 millions d’euros pour répondre aux besoins humanitaires liés
aux déplacements de populations et 17 millions d’euros dédiés à la transition
tunisienne.
De son côté, le 28 février,
le Parlement a reçu le Secrétaire général du nouveau Service européen pour l’action
extérieure, ainsi que le représentant de la Présidence hongroise pour
évoquer la situation en Méditerranée. Enfin, les euro-députés ont accordé un
surplus d’1 milliard d’euros à la Facilité euroméditerranéen d’investissement
et de partenariat (FEMIP).
Ce bras
financier méditerranéen de la Banque européenne d’investissement (BEI)
dispose désormais de 6 milliards d’euros pour accompagner les projets qu'il a
soutenu à hauteur de 2,6
milliards d’euros en 2010 (+60% par rapport à 2009). Or, on s’aperçoit que
les trois partenaires les plus importants de la FEMIP sont l’Égypte (3,5
millions d’euros), la Tunisie (2,9 millions) et le Maroc (2,6
millions).
Le soft power de l’UE via le financement de projets structurants
(comme les 500 millions d’euros attribués à MedGaz, un gazoduc creusé
entre Beni Saif en Algérie et Almeria en Espagne ; le port de TangerMed au
Maroc, pour 200 millions d’euros...) ou de PME s'avérerait-il plus efficace que
les conférences inter-gouvernementales à 43 pays ?
Dans un second temps, la Commission européenne a annoncé cette semaine, le
lancement « un partenariat ambitieux pour la démocratie et une prospérité
partagée avec le sud de la Méditerranée ». Dans cette
communication présentée conjointement avec la haute représentante de
l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, le Président
de la Commission s’est déclaré « déterminé à faire un saut qualitatif
dans les relations » euro-méditterranéennes.
Catherine Ashton, la Haute représentante, a semblé s’adresser à l’Hôtel Marigny
et au Palais de Pedralbes lorsqu’elle a affirmé que l’UE « possède
l'expérience et les instruments » pour mener des actions dont les
grandes lignes devront être adoptées par le Sommet prévu à la fin de la
semaine. Comme il est l’usage trois corbeilles ont été défini :
- un soutien à « mutation démocratique » et l’accent sur « les droits de l’Homme »;
- un partenariat avec la « société civile » ; et
- une aide à la stimulation de la croissance économique.
Ces corbeilles semblent en rupture avec la coopération euro-méditerranéenne
du Processus de Barcelone qui portait sur la lutte anti-terroriste et
anti-migration et laissait à la coopération économique la portion congrue et à
la coopération culturelle le(s) reste(s).
« Dans ce cadre », nous dit la Commission, elle « réorientera les
programmes d'aide substantiels, qui représentent actuellement 4 milliards
d’euros de subventions en faveur de nos voisins du Sud pour la période
2011-2013.» À titre de comparaison, la BEI a estimé dans une étude récente que
le
Plan solaire méditerranéen, l’une des priorités de la Déclaration de Paris,
s’élevait à 20 milliards d’euros. Sur ces 4 milliards, m’est revenu à la
mémoire ces propos d’un fonctionnaire européen tenus il y a quelques mois
:
« L’ensemble des investissements des pays du Sud dont elles ont besoin pour rencontrer la cloche démographique, c’est-à-dire entre 30 et 70 00 emplois à créer d’ici 2030 ; l’urbanisation, c’est-à-dire 100 millions d’euros de plus d’ici 2030 ; le problème énergétique et les problèmes de transport : c’est 300 milliards d’euros d’investissement à faire en 20 ans, pour tous les pays de la zone, hors-Turquie. 300 milliards d’euros. L’aide publique au développement européenne, c’est quoi ? C’est 4 milliards d’euros. Vous y ajoutez 2 milliards d’aide bilatérale, ça fait 6 milliards. Vous divisez 300 milliards par 6 milliards, ça vous fait combien d’année ? Vous n’y êtes pas. »
Certes, on n’y est pas encore, mais dans l’économie générale du partenariat euro-méditerranéen, la reprise en main bruxelloise du dossier devrait sonner le glas de l’initiative Sarkozy de l’UpM, tandis que la coopération pourrait bénéficier de la transition démocratique pour porter enfin ses fruits. La revanche de la technostructure bruxelloise sur le lyrisme de Guaino ou le retour du soft power.
À
l’issue de la deuxième édition du
À moins
d’un mois des élections régionales, les enjeux de la campagne s’éclaircissent
un peu. Selon les observateurs et les acteurs politiques, ils sont nationaux -
qui de l’UMP ou du PS sortira en tête ? Le Président Sarkozy sera-t-il
affaibli par le scrutin ? Quid de l’état du Front national ? de la
recomposition de l’extrême-gauche ?.... - ou locaux - quelle sera l’identité de
celui qui prendra la tête de la région ?
Les élections du Parlement européen qui se sont tenues dimanche n'ont pas été
déterminées, en France comme ailleurs, par les enjeux européens ou par les
enjeux locaux - voire par la combinaison des deux, c'est-à-dire la capacité des
programmes et des candidats à faire valoir des intérêts locaux et régionaux sur
la scène européenne. Pourtant, la récente