Marseille internationale

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samedi 14 février 2009

Ici, c'est l'Argentine !

A Cette semaine Marseille accueillait un match amical de football opposant la France et l'Argentine. Officiellement, c'est l'Argentine qui recevait l'équipe de France en vertu d'un accord passé entre les deux fédérations après un premier match au Stade de France en février 2007. Mais pourquoi le choix s'est-il porté sur la ville de Marseille ? Les Argentins préféraient disputer ce match en Europe pour des raisons autant sportives (de nombreuses stars de l'équipe évoluent dans les championnats européens tandis que les quatre meilleurs clubs argentins disputent en ce moment les phases de poule de la Copa Libertadores) que financières (l'exploitation commerciale des matchs des équipes nationales brésiliennes et argentines sont vendues à une société privée qui gère les droits d'image et de diffusion notamment). Plusieurs villes étaient en concurrence mais c'est Marseille qui l'a emportée devant... Barcelone (comme on se retrouve !).

Cette rencontre a été l'occasion de sortir de vieux souvenirs et en premier lieu l'épisode du transfert avorté de Diego Maradona à l'OM à l'été 1989. La venue du Pibe del Oro a par ailleurs suscité un enthousiasme surprenant au premier abord. L'arrivée à l'aéroport, l'entraînement rocambolesque à Géménos, des conférences de presse spectaculaires. La Provence nous propose un résumé vidéo de ce qu'elle appelle la "''Maradona Mania''.".

Le match s'est déroulé dans une atmosphère de fête. Les Cahiers du Football écrivent avec ironie "Merci aux spectateurs du Vélodrome pour leur spectaculaire retournement de veste (on passe d'encouragements francs à des sifflets, des "Domenech démission" et des "olé" à chaque passe des Argentins), qui prouve bien que tous les publics français sont pitoyables. Chacun à sa façon". Ils rejoignent Thierry Henry, le capitaine des Bleus, dans leur analyse :"Le public a retourné sa veste en supportant l’Argentine. Cela a été un peu difficile, mais c’est comme ça. C’était ma 109e sélection, et ce n’est pas la première fois que cela arrive. Malheureusement, je pense que ce ne sera pas la dernière fois non plus…" . En audio sur [RMC. |http://www.rmc.fr/edito/sport/70875/henry-le-velodrome-a-retourne-sa-veste/]

L'hypothèse du retournement de veste n'est pas celle défendue par le Monde pour lequel "Marseille préfère l'Argentine". Rachid Zeroual dirigeant du club de supporter des South Winners rappelle que "Maradona s'est tatoué le visage du Che sur l'épaule (ndla, Che Guevarra est le symbôle du groupe). Pour nous, le vrai classico, c'est pas OM-PSG mais Boca Juniors-River Plate, à la Bombonera de Buenos Aires (...)Le Vélodrome sera argentin à plus de 50 %, d'autant plus que leurs couleurs sont les mêmes que celles de l'OM"."

Au-delà de ces éléments, le soutien du public marseillais à l'Argentine contre la France peut-il nous dire quelque chose des rapports que la ville et ses habitants entretiennent avec l'État central et l'internationalité ? En d'autres termes, la nature rebelle et dissidente de Marseille n'est elle qu'une image de sens commun ou ne produit-elle pas des effets réels sur les attitudes sociales ? La vision des drapeaux tricolores distribués massivement dans les travées des virages du stade avaient quelque chose d'étrange : comme s'il fallait se prémunir à l'avance de réactions hostiles du public. Nous ne sommes pas dans le même registre qui prévalait lors des matchs récents à Saint Denis contre l'Algérie, la Tunisie ou le Maroc mais la paranoïa des pouvoirs publics semble être tenace.

Dernière observation, il semble que l'accueil du public fut exécrable: "manque de buvettes à Ganay, sanitaires dans un état apocalyptique, des bousculades dangereuses dans les tribunes…" autant de problèmes d'organisation qui n'existent pas lors des matchs de championnat. Hasard ou... "La Fédération a certes employé les stadiers habitués du Vélodrome mais, dans un souci d'économies, a préféré en mettre moins" a déclaré l'adjoint aux grands équipements et aux grands événements de la ville. Toute ressemblance avec d'autres secteurs de politique publique...

samedi 6 décembre 2008

Santos, identité régionale et bien culturel transnational

h Santos Mirasierra est condamné à 3 ans et demi de prison ferme pour "atteintes à agents de l'autorité avec l'usage d'un objet dangereux" et "blessures" envers un policer qui aurait reçu un siège. Il ne s'agit pas de revenir sur l'absurdité, la sévérité de la peine mais sur la mobilisation qui nait.

Santos fait partie des leaders du groupe de supporters Commando Ultra 84' de l'Olympique de Marseille. On lui reproche la réaction à une charge de la police espagnole lors du match contre l'Athlético Madrid au stade Vicente-Calderon le 1er octobre dernier. Jugez plutôt :

Son avocat médiatique Maitre Collard évoque le 12 novembre "un racisme anti-marseillais qui fonctionne là-bas". Cette ligne de défense si elle n'est pas loin d'atteindre le point de Godwin, m'a fait penser à un article du camarade Pierre Bourdieu "l'identité et la représentation : éléments pour une réflexion critique sur l'idée de région" publié par les Actes de la Recherche en Sciences Sociales en 1980 :
"La recherche des critères "objectifs" de l'identité "régionale" ou "ethnique" ne doit pas faire oublier que, dans la pratique sociale, ces critères (par exemple, la langue, le dialecte ou l'accent) sont l'objet de représentations mentales, c'est à dire d'actes de perception et d'appréciation, de connaissance et de reconnaissance, où les agents investissent leurs intérêts et leurs présuposés, et de représentations objectales dans des choses (emblèmes, drapeaux, insignes, etc.) ou des actes, stratégiques intéressées de manipulation symbolique qui visent à déterminer la représentation (mentale) que les autres peuvent se faire de ces propriétés et de leurs porteurs"

L'identité régionale serait véhiculée entre autres par des stigmates co-construit par les membres du groupe et par les membres extérieurs. Bourdieu ne s'arrête évidement pas là et évoque la revendication des délimitations infra-étatiques des discours régionalistes "performatifs" dans la prétention à l'existence de régions objectives ou naturelles. Au final, Bourdieu met en évidence les luttes symboliques qui débouchent ou échouent sur la construction ou la revendication d'une identité régionale.

Santos a-t-il souffert de son identité régionale marseillaise, des stigmates qui la supportent, de la "mauvaise réputation" qu'elle véhicule ? Poser la question ne fait-il pas partie de traits d'identité marseillais reconnus (ou plutôt partie du folklore qui n'existe qu'en dehors de Marseille) ? : sa légère paranoïa, son sens de l'exagération, sa théorie du complot. N'empêche avec 3 ans et demi de prison, il semblerait que même les paranoïaques aient des ennemis.

Un autre élément de l'analyse pourrait être aussi l'internationalisation de la mobilisation. Le phénomène ultra est aussi transnational comme l'atteste les banderoles, chants de soutien en Europe. L'OM est aussi un objet culturel de la mondialisation comme le montre les initiatives prises ici ou là.

Pour plus d'information sur ce qui se passe et se passera autour de Santos, le site officiel de la mobilisation.