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Tag - Sciences sociales

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samedi 21 mars 2009

Livre : "Gouverner la ville par projet" de Gilles Pinson

A Le thème de la gouvernance urbaine a connu un fort engouement académique depuis le milieu des années 1990, en particulier dans le sillage des travaux de Patrick Le Galès. Gilles Pinson inscrit son ouvrage sur les projets de ville dans cette perspective : la transformation et le retour au premier plan des villes européennes, entendues comme des acteurs collectifs, doivent être compris comme les produits de la "redistribution de l'autorité politique entre les niveaux territoriaux et de changement d'échelle des processus de gouvernement des sociétés européennes". L'idée de Pinson, commune aux tenants de la gouvernance urbaine, est d'articuler les échelles de gouvernement avec les formes de l'action publique. En d'autres termes, la description des modulations entre les espaces de la prise de décision permet de comprendre et d'expliquer les mutations de la décision même.

Facteurs exogènes et endogènes du "retour des villes européennes"

Ce livre envisage les transformations de l'État, l'européanisation des politiques locales et les conditions d'entrée des territoires dans les marchés mondiaux, d'une part, les nouveaux rôles politiques des élites locales, l'évolution des agendas urbains et leur impact sur la régulation sociale des espaces locaux, d'autre part, en s'appuyant sur des projets urbains dans 5 villes européennes : Manchester, Turin, Venise, Nantes et... Marseille ! Dans chacun des cas, l'auteur montre que ces deux séries de facteurs poussent les villes à se positionner sur une compétition territoriale. Ce marché des fonctions urbaines pousse les espaces urbains à développer des avantages comparatifs reposant sur un diagnostic partagé de ce que doit être la ville. À ce titre, la démarche de projet n'est pas séparable des réflexions relatives à la fabrication de l'identité des villes. Toutefois, l'analyse de l'entrée des territoires dans les flux d'échanges mondiaux s'accompagne d'une observation fine des transformations du pouvoir dans les villes. L'un des points forts de l'ouvrage est ce dialogue continu entre les explications exogènes et endogènes des démarches de projets et de la transformation de l'action publique locale.

Projets de ville et réseaux d'acteurs locaux

Les projets urbains visent moins pour l'auteur à résoudre des problèmes d'action publique (rénovation urbaine, développement économique, aménagement, construction d'équipements...) que de construire des systèmes d'acteurs capables de se mobiliser et de se coaliser de manière durable et stabilisée. Les projets ne font pas que produire une série de politique publique, ils produisent surtout des interdépendances entre des acteurs publics et privés, nationaux, régionaux et locaux. Le projet sert avant tout à mobiliser et à coordonner. L'une des conséquences de la pluralisation de l'action publique locale est le "décentrement" (une perte de centralité) des acteurs politiques et étatiques dans la définition des processus et du cadrage au profit des élites économiques et des démarches empruntées à la logique marchande. Nous serions passés (pour schématiser à grands traits) d'un modèle vertical et hiérarchique de l'action publique, piloté par l'Etat, à un modèle horizontal et pluraliste, orientée par le marché. La conclusion de l'auteur sur ce point prend à contre-pied le sens commun et une bonne partie des travaux existants. Selon Gille Pinson, cette situation plus confuse, aux acteurs et aux échelles enchâssés dans des dynamiques délibératives diffuses et extra-politiques, ne créent pas mécaniquement l'ingouvernementalité. Au contraire, la gouvernance urbaine peut produire une certaine efficacité politique et démocratique même si l'auteur ne néglige pas la portée souvent élitiste des projets urbains, dont les focales foncière et compétitive se traduisent par une marginalisation des catégories populaires.

Marseille et le contre-exemple Euroméditerranée

L'ouvrage présente 5 études de cas de projets, construits comme des "nouveaux instruments de politique ubaine". Le projet et le cas concret constituent le pivot de l'analyse à travers duquel sont expliqués les changements dans les échelles et les contenus de l'action publique locale. Au fil de la lecture, l'auteur nous propose des encadrés sur chacun des projets et confronte concrètement le cadrage analytique avec le terrain. Or, ce qui frappe dans le cas de Marseille, c'est que le projet Euroméditerranée fait figure de contre-exemple. Sur la conversion du capitalisme local au tournant post-fordiste, sur la mise sur l'agenda politique du projet, sur la réécriture de l'identité locale, sur le dialogue entre méta-projets et projets-opérationnels, sur la valorisation de l'enjeu de la constitution de la société locale en acteur collectif, sur les logiques délibératives, sur les demandes sociales exprimées... Euroméditerraée contraste avec les autres projets (Ile de Nantes, Porto-Marghera à Venise, les candidatures olympiques de Manchester, et le plan stratégique de Torino Internazionale). Cette singularité ne justifie pas une monographie des logiques marseillaises ?

samedi 6 décembre 2008

Santos, identité régionale et bien culturel transnational

h Santos Mirasierra est condamné à 3 ans et demi de prison ferme pour "atteintes à agents de l'autorité avec l'usage d'un objet dangereux" et "blessures" envers un policer qui aurait reçu un siège. Il ne s'agit pas de revenir sur l'absurdité, la sévérité de la peine mais sur la mobilisation qui nait.

Santos fait partie des leaders du groupe de supporters Commando Ultra 84' de l'Olympique de Marseille. On lui reproche la réaction à une charge de la police espagnole lors du match contre l'Athlético Madrid au stade Vicente-Calderon le 1er octobre dernier. Jugez plutôt :

Son avocat médiatique Maitre Collard évoque le 12 novembre "un racisme anti-marseillais qui fonctionne là-bas". Cette ligne de défense si elle n'est pas loin d'atteindre le point de Godwin, m'a fait penser à un article du camarade Pierre Bourdieu "l'identité et la représentation : éléments pour une réflexion critique sur l'idée de région" publié par les Actes de la Recherche en Sciences Sociales en 1980 :
"La recherche des critères "objectifs" de l'identité "régionale" ou "ethnique" ne doit pas faire oublier que, dans la pratique sociale, ces critères (par exemple, la langue, le dialecte ou l'accent) sont l'objet de représentations mentales, c'est à dire d'actes de perception et d'appréciation, de connaissance et de reconnaissance, où les agents investissent leurs intérêts et leurs présuposés, et de représentations objectales dans des choses (emblèmes, drapeaux, insignes, etc.) ou des actes, stratégiques intéressées de manipulation symbolique qui visent à déterminer la représentation (mentale) que les autres peuvent se faire de ces propriétés et de leurs porteurs"

L'identité régionale serait véhiculée entre autres par des stigmates co-construit par les membres du groupe et par les membres extérieurs. Bourdieu ne s'arrête évidement pas là et évoque la revendication des délimitations infra-étatiques des discours régionalistes "performatifs" dans la prétention à l'existence de régions objectives ou naturelles. Au final, Bourdieu met en évidence les luttes symboliques qui débouchent ou échouent sur la construction ou la revendication d'une identité régionale.

Santos a-t-il souffert de son identité régionale marseillaise, des stigmates qui la supportent, de la "mauvaise réputation" qu'elle véhicule ? Poser la question ne fait-il pas partie de traits d'identité marseillais reconnus (ou plutôt partie du folklore qui n'existe qu'en dehors de Marseille) ? : sa légère paranoïa, son sens de l'exagération, sa théorie du complot. N'empêche avec 3 ans et demi de prison, il semblerait que même les paranoïaques aient des ennemis.

Un autre élément de l'analyse pourrait être aussi l'internationalisation de la mobilisation. Le phénomène ultra est aussi transnational comme l'atteste les banderoles, chants de soutien en Europe. L'OM est aussi un objet culturel de la mondialisation comme le montre les initiatives prises ici ou là.

Pour plus d'information sur ce qui se passe et se passera autour de Santos, le site officiel de la mobilisation.

vendredi 28 novembre 2008

Hommage à Emile Temime

t-temime_emile.jpgEmile Temime est mort le 18 novembre. MM. Gaudin et Vauzelle ont salué selon la Provence, "un historien de qualité". Le communiqué de la mairie déplore la perte d'un "grand nom du patrimoine culturel et social" marseillais et rappelle qu' "en grand visionnaire, son ouvrage publié en 2002, "Un rêve méditerranéen" sur une utopie conduisant à l'unité de la Méditerranée a jeté les bases de l'Union pour la Méditerranée où la cité phocéenne a joué un rôle clé." Michel Vauzelle a quant à lui rappelé que « l’un de ses plus grands apports a été son travail de recherche sur la décolonisation et les migrations internationales. Historien de grande qualité, il était aussi un homme de conviction et de combat. Nous partagions les mêmes valeurs.»,

Sur ce blog consacré aux Histoires Marseillaises, on pourra écouter un entretien avec l'historien des "migrances" intitulé "Marseille et ses migrations" et réalisé par Xavier Thomas.

On pourra aussi consulter cet article intitulé Repenser l’espace méditerranéen et qui interroge les visions et les positions méditerranéennes dans les années 30, en particulier au sein de la revue des Cahiers du Sud. L'article se termine par un extrait de Jeunesse de la Méditerranée de Gabriel Audisio :
" Je sais et je répète que les pays de la Méditerranée ont toujours été faits pour s’agréger l’un à l’autre aussi naturellement que la vigne à l’olivier se marie. Il a fallu notre sens moderne des nationalités et sa folle exaltation contemporaine, pour rompre en apparence cet enchantement. Ne pas confondre patrie et nationalisme. Je proteste contre la mar nostre des Provençaux, contre il mare nostro des Italiens, mauvais héritage du mare nostrum des Latins. A chacun la sienne, c’est-à-dire y compris celle des autres ? Non, il n’y a qu’une Méditerranée. Et je protesterais aussi fort contre ceux qui chercheraient, de ce sentiment de race, à tirer un autre racisme. Je ne veux retenir de la race que le rassemblement fraternel et non l’opposition. (…) Il y a déjà plus que des liens de chair et de sang entre ceux de mon peuple (...) Imagine-t-on qu’une folie meurtrière les puisse jeter les uns contre les autres ? On en frémit (...), et déjà l’on voit la terre des nécropoles plus vite soulevée par la protestation des morts que par les fratricides engins des vivants insensés. Non. Il n’y a qu’une Méditerranée, maternelle à tous les siens. Et rien ne m’empêchera d’avoir toujours les yeux du coeur fixés sur le phare le plus émouvant que mes frères aient allumé : le monument que les Génois élevèrent en leur ville al mare amico, symbole de la race bleue d’où je suis issu, la mer amie, notre amie, Notre Mère la Mer, aux pieds de qui je prononce mon credo : si la France est ma nation, si Marseille est ma cité, ma patrie, c’est la mer, la Méditerranée, de bout en bout."