Marseille internationale

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lundi 14 novembre 2011

La création de l’Agence des villes et territoires méditerranéens durables : nouvelle organisation internationale pour Marseille ?

A Après plusieurs années de discussions et d’études, l’Agence française des villes et territoires méditerranéens durables va voir le jour. Une convention constitutive du Groupement d’intérêt public (GIP) est signée le 21 octobre dernier nous apprend Econostrum. À l’origine de ce projet, l’Institut de la Méditerranée et le Conseil régional PACA, d’une part, et la DATAR d’autre part.

L’objectif assigné à cette structure est d’encourager le transfert de compétences en produisant une formation et un support d’ingénierie de projets urbains en Méditerranée. L’idée consiste à créer un dispositif de formation de cadres territoriaux, et d’assistance à l’élaboration de schémas d’aménagement du territoire.

Pour les observateurs de la présence des organisations internationales à Marseille, ces expressions ont un air de déjà vu. Il existe en effet une autre structure qui poursuit le même objectif de « mutualiser les compétences » dans le domaine de « l’ingénierie urbaine » afin de proposer aux « partenaires de l’espace méditerranéen » des « bonnes pratiques » dans la gestion territoriale.

Le Centre de Marseille pour l’intégration en Méditerranée (CMIM) issu de la refondation de la plate-forme de la Banque mondiale et pour lequel nous avons consacré plusieurs billets dans ce blog répondait précisément à cet enjeu. On peut donc se demander quelle est la raison d’être d’une nouvelle structure d’accompagnement des projets urbains en Méditerranée.

Pour répondre à cette question, il faut se souvenir des conditions de naissance du CMIM et en particulier de la main mise de la Banque mondiale sur un projet qui se voulait multi-partenarial. Certes, il intègre la Banque européenne d’investissement, le Plan Bleu, l’AFD et la plupart des institutions locales, mais sur deux points essentiels le pari n’a pas été tenu. Tout d’abord, sur le plan de la gouvernance, alors qu’une promesse d’offrir le poste de Directeur du CMIM avait été promis par la Banque à un non-membre de l’institution de Washington, il a finalement échu à Matts Karlson, pur produit de la maison, au grand dam de la BEI et de l’AFD. Deuxièmement, un rapide aperçu des chefs de file et des partenaires institutionnels des 14 programmes du CMIM montre la domination de la Banque dans leur production. Si « tout le monde est dedans ou presque », le ressenti d’une opération sur laquelle la Banque a la haute main a débouché sur la naissance d’un projet concurrent : la fameuse Agence des villes et territoires méditerranéens durables.

Sur ce point, la construction de l’Agence ne marque pas seulement la contestation du dispositif estampillé Banque mondiale, mais renvoie à des positionnements politiques. Elle montre que l’internationalisation des villes est aussi affaire de compétition partisane.

Au cours de notre enquête sur le CMIM, les fonctionnaires des Affaires internationales et du Conseil régional reconnaissaient les tensions suscitées par l’émergence de leur projet perçu comme concurrent par la Banque mais expliquait que la future agence devait se « lover » dans le CMIM. Malgré ces explications, la future plate-forme vise à repositionner l'institution régionale au centre du dispositif de production et d’exportation de l’expertise. En effet, les témoignages des fonctionnaires territoriaux ont exprimé un sentiment de prise en étau de la collectivité locale entre le marteau étatique et l’enclume Banque mondiale, sur des logiques bureaucratiques qui ne s’accordent pas toujours. La période de négociation du CMIM a ainsi pu laisser le sentiment aux acteurs locaux qu’ils étaient les oubliés de la négociation alors dominée par l’enjeu de la constitution de l’Union pour la Méditerranée.

Par ailleurs, L’une des justifications de la plate-forme PACA-DATAR fournie par le Conseil régional porte sur une contestation technique de l’approche de la Banque mondiale à qui il est reproché de proposer dans le CMIM davantage un support de policy papers, de séminaire, de l’échange d’expériences, de la comparaison, davantage qu’un dispositif d’accompagnement au montage de projets. A contrario, pour la BEI et la Banque mondiale, on reproche au projet Conseil régional-DATAR, l'obsolescence de son approche, montrant ainsi dans quelle mesure les controverses entre les institutions internationales se heurtent à l’épreuve du territoire dans lesquelles elles se déploient. L’approche multi-partenariale et multi-solutions proposée par le CMIM est interprétée par les collectivités locales comme la réponse de la Banque mondiale au manque de moyens financiers dont elle dispose. Pour chaque projet, les institutions partenaires devraient être sollicités pour le financement. Le rejet de la logique du trust fund se retourne contre la Banque accusée par les fonctionnaires du Conseil régional de « ne pas avoir un rond » et de faire de « l’affichage politique ».

Pour la Région, la plate-forme PACA-DATAR se présente comme la dimension technique et montage de projet du dispositif global face à la dimension expertise promue par le CMIM. On mesure l’ambiguïté et les luttes d’interprétation lorsqu’on se rappelle que le CMIM a justement reposé sur la justification d’apports de projets face au Secrétariat conjoint barcelonais réduit à une « usine d’estampillonage ». D’autres indices tendent pourtant à indiquer que ces positionnements combinent non seulement des divergences méthodologiques et techniques, mais également des rivalités politiques qui portent sur la revendication des initiatives de l’internationalisation du territoire. L’ambition de catalyser les ressources techniques des différentes institutions locales, nationales et mondiales se heurtent à la conflictualité politique marseillaise. Cette hypothèse conduit à replacer les dynamiques d’internationalisation des territoires dans leurs contextes politiques locaux. En l’espèce la fragmentation politique est un puissant obstacle à la mutualisation institutionnelle.

À l’origine du projet de Plate-forme des villes et territoires durables en Méditerranée se trouve Michèle Medvedowsky-Marchetti. Experte à la DATAR, elle est l’instigatrice de l’Institut des hautes études de développement et d’aménagement des territoires en Europe (IHEDT) construit sur le modèle de l’Institut des hautes études de la Défense nationale. L’idée est celle d’un think tank réunissant des praticiens qui organise des cycles de formation et produit une expertise sur un domaine spécifique. Par ailleurs, Mme Marchetti est l’épouse d’Alexandre Medvedowsky, tête de liste PS pour l’élection municipale d’Aix-en-Provence en 2008 et soutien politique de Michel Vauzelle. Aussi l’initiative du Conseil régional est-elle regardée comme étant politiquement guidée, d’une part, et méthodologiquement marquée par les pratiques « franco-françaises » de la DATAR d’où elle est issue. Les experts des bailleurs de fonds critiquent sur les deux fronts l’initiative concurrente de la plate-forme PACA-DATAR. D’une part, la techno-structure française ne serait pas adaptée au contexte méditerranéen. La planification aménagiste de la DATAR ne résisterait pas aux structures administratives du Maghreb et du Machrek. D’autre part, l’initiative est stigmatisée, par son sous-entendu politique qui irait à l’encontre de l’ambition affichée de mutualiser les ressources et les compétences des acteurs locaux quand la politisation les discriminerait :

« Derrière ça, il y a une dame qui s’appelle Michèle Medvedowsky-Marchetti qui est l’épouse du challenger de la maire d’Aix, qui a travaillé à la DATAR pendant de nombreuses années. (...). Cette initiative est donc très, très politique. Madame Medvedowsky, c’est le Parti socialiste à Aix. Ce n’est pas étonnant qu’elle soit avec la Région et pas avec le Département et qu’évidemment elle ne soit pas soutenue par la ville. La ville, c’est l’UMP, le Département, c’est Guérini et Guérini, ce n’est pas Vauzelle. » (membre du CMIM, décembre 2010)

L’Agence des villes et territoires méditerranéens durables, une nouvelle organisation internationale ? Peut-être. Elle n’en dévoile pas moins les enjeux politiques de l’internationalisation du territoire.

mercredi 12 janvier 2011

Marseille, canards boiteux

A L’année 2011- que je souhaite à chacune et chacun heureuse - s’ouvre dans un climat politique particulièrement trouble pour le contexte marseillais. Situé dans un intermède électoral, un an après les régionales, un an avant les présidentielles et les législatives, ce début d’année place les protagonistes dans une situation préparatoire inédite. Les municipales de 2014 s’annoncent ainsi comme une - longue - bataille autant indécise que décisive pour la ville et son territoire.

Dans le monde anglo-saxon, on a coutume d’affubler les sortants du qualificatif de Lame Ducks, « canards boiteux » pour signifier la perte de légitimité d’élus qui ne pourront remettre en jeu leur mandat. Ce déficit de légitimité ne frappe pas seulement le statut - symbolique - des futurs-ex représentants, mais également leurs décisions, si bien que la fin des mandats est le plus souvent marquée par l’absence d'initiatives politiques d’envergures. Précisément, l’expression désigne la période dans laquelle un élu est toujours en fonction, alors que son successeur, déjà connu, n'occupe pas encore le poste. Si les sortants pourraient se sentir libérés des contraintes qui pèsent sur ceux qui doivent rendre des comptes aux électeurs dont dépend la survie politique - c'est ainsi que la guerre de sécession trouve l'origine de son éclatement par cette période, le fait d’être dégagé du « siège de l’opinion » pour reprendre l’expression de Bernard Manin qui désigne l’un de ses principes du Gouvernement représentatif peut produire l’effet inverse et entraîner l’inertie, voire la paralysie du pouvoir.

En France, l’expression revêt un autre sens et désigne ceux qui sont isolés, à l’écart, honteux. Dans le monde économique, elle renvoie aux entreprises peu rentables et mal adaptées au marché.

À Marseille, deux spécificités peuvent être dégagées au regard du problème du canard boiteux. Tout d’abord, cette situation est extraordinairement longue. Malgré un affichage politique attendu selon lequel, il ne « s’interdit rien », personne n’envisage que Jean-Claude Gaudin, qui sera alors âgé de 75 ans en 2014, brigue un quatrième mandat.

À droite, donc, les ambitions - et les ambitieux - sortent du bois. Renaud Muselier et Guy Tessier devraient, en toute logique, s’affronter. Un temps envisagé à l’Élysée, l’hypothèse Henri Guaino semble désormais abandonnée. Ce n’est pas parce que Gaston Defferre était Cévénol, que les logiques claniques micro-locales s’effacent pour offrir, ne serait-ce qu’à la « plume du Président » inspirateur du projet méditerranéen de Nicolas Sarkozy, une piste d'atterrissage pour parachute ensoleillé.

À gauche, comme en 2008, Jean-Noël Guérini mènera le combat pour reconquérir la ville au nom du Parti socialiste pour la première fois depuis 1988 - cela fera tout de même 26 ans en 2014. « Mènera » ? Sans doute. A moins que ne se produisent les effets de la deuxième spécificité du contexte politique marseillais, décidément claudiquant.

Les affaires. Nul besoin ici de revenir sur le climat politique marseillais devenu irrespirable depuis l’arrestation de Monsieur Frère, Alexandre Guérini, soupçonné de divers délits - corruption, détournements de biens publics etc. - et surtout d’avoir joué un des tous premiers rôles dans le casting de la Communauté urbaine depuis l’alternance de l’exécutif en 2008. L’association « gestion des déchets », « Baresi, mafia » ont permis de nourrir un feuilleton médiatico-judiciaire dans lequel aucun ingrédient ne manque : de la figure du juge déterminé face au système politique supposé corrompu aux lettres anonymes, la saga se déploie en épisodes. Dernier en date, l’initiative d’un fonctionnaire du Conseil général qui endosse les habits de Julien Assange pour proposer de divulguer les secrets les plus enfouis d’une institution qui n’en finit plus de susciter le soupçon. Ce n’est pas sa tentative de suicide qui risque d’apaiser les esprits.

Outre les résultats judiciaires, il importera de voir les conséquences politiques d’une affaire qui est en train de devenir un scandale. En somme, l’affaire Guérini Alexandre risque-t-elle de diminuer les chances, voire de les anéantir, de Guérini Jean-Noël ? Quelle sera la réaction de la Rue de Solférino si les développements impliquent le désormais Président de la Fédération des Bouches-du-Rhône ? Le relatif affaiblissement du patron peut-il profiter à des challengers qui ont pu se trouver en désaccord avec lui par le passé - Patrick Mennucci en tête ? Enfin, et surtout, le juge Duchaîne ira-t-il jusqu’au bout, y compris au delà des clivages politiques et des temporaltés électorales, découvrant l’ampleur d’un «système » politique, c’est-à-dire d’un milieu dans lequel chacun se tient et où une découverte ici conduit à une révélation là ?

Dans l’attente de ces réponses - judiciaires et politiques - la marche boiteuse des affaires marseillaises pourrait bien faire trébucher l’action publique locale. Sur ce plan, on annonçait une année 2011 décisive avec l’annonce de la programmation de 2013 - sans cesse différée - l’inauguration des travaux sur Euroméditerranée I - sans cesse repoussée - et le lancement d’autres sur Euroméditerranée II - déjà retardé. À moins que la gouvernance territoriale ne soit à ce point déconnectée des gesticulations politiques et la délégation au marché ne soit à ce point aboutie que les béquilles de la démocratie ne servent même plus à soutenir la course de l’expert-aménageur ?

mardi 16 novembre 2010

Les tournants de 2013 : les leçons d’un débat

A Dans deux jours, ce jeudi 18 novembre, l’association Marseille-Provence 2013 tiendra un Conseil d’administration très attendu par les artistes, les élus et les observateurs du projet Capitale européenne de la culture, en particulier dans le domaine de la programmation artistique. Deux ans après avoir été désigné par le jury et à deux ans de l’échéance, les acteurs et le territoire de Marseille-Provence 2013 font face à de nombreux tournants qui pourraient précipiter ambitions et ambitieux hors de la route.

Au début du mois d’octobre, au théâtre L’Alhambra, le journal satirique Le Ravi et Radio Grenouille ont organisé un débat - La Grande Tchatche - sur ce sujet. Le plateau était composé des élus délégués à la Culture des trois collectivités principales : Renaud Muselier pour la ville, Michel Pezet pour le Conseil général, Patrick Menucci pour la Région. L’occasion de prises de positions spectaculaires et dissonantes.

Limites géographiques : retour à la ville

Notons d’abord la conception curieuse du projet de 2013 de la part des organisateurs du débat. Pourquoi en effet limiter le débat à l’espace marseillais, d’une part, et au champ politique, d’autre part ? Tout au long de la discussion, il ne sera en effet question que de Marseille, de Marseille et de Marseille. Même les tentatives de Michel Pezet de louer les mérites d’Aix et d’Arles ne poursuivront d’autres buts que de démontrer l’absence de politiques culturelles de la ville-centre.

Certes, il a été question du Grand Marseille, cher à Renaud Muselier. Mais une nouvelle fois pour réaffirmer que Marseille « qu’on le veuille ou non, est la ville-mère du département ». On ne peut qu’être inquiet pour l’avenir de 2013 lorsque l’on constate que le projet de territoire - développement territorial, intégration métropolitaine, échelles de projets... - se referme sur des limites administratives contre lesquelles il avait été pensé.

Frontières de champs : loghorrée du politique

On pourrait faire la même remarque s’agissant des champs. Pourquoi donner la parole à ceux - les élus - qui ont finalement été les plus marginalisés et bousculés par la construction de la candidature et du projet ? Le nom de Bernard Latarjet a été prononcé 24 fois au cours des 2 heures du débats. Son usage est commode pour les élus parce qu’il est polysémique : on peut s’en servir pour se défausser de responsabilités quitte à aboutir à des propositions absurdes - « on est là ce soir, mais on n’est pas là pour représenter Marseille 2013. Marseille 2013, c’est Bernard Latarjet et son équipe » ; « le patron c’est Bernard Latarjet » - on peut donc s’extérioriser de certains aspects pour les critiquer - « c’est peut-être la responsabilité de l’équipe de Bernard Latarjet, de ne pas être assez communicative » - ou en revendiquer d’autres, comme le dialogue véritable et sincère avec les artistes qui ne sont pas écoutés par l’association et qui se tournent vers les collectivités locales et leurs élus.

Plus surprenant, peut-être, le nom de Jacques Pfister n’a été prononcé que deux fois. Une fois par Renaud Muselier pour rappeler qu’il exerçait la Présidence de l’association Marseille-Provence 2013 et qu’il avait donné son accord à sa proposition de guichet unique - ce n’est pas vraiment, on s’en souvient, la version donnée à l’époque. Et une fois par le médiateur des débats pour évoquer l’ambition Top 20 de la Chambre de commerce, « Marseille-Provence 2013 ça va faire gagner 10 ans à Marseille, ça va placer Marseille dans le Top 20 des grandes métropoles ». C’est ce qui se dit, c’est ce que dit Jacques Pfister...», sèchement repris par Patrick Menucci « Ils disent la même chose pour le Conseil mondial de l’eau, la même chose pour le Stade Vélodrome, la même chose pour la Coupe du monde de rugby ».

Rien donc, sur l’impulsion managériale de la candidature, rien sur le rôle de la Chambre de commerce dans l’initiative, rien sur Mécènes du Sud, non plus. Pourtant, il a été question de mécénat dans le débat pour vanter ou nuancer les apports de la loi de 2004, et surtout pour porter une violente charge contre l’association et la Chambre qui peinent à trouver les 15 millions d’euros promis par le privé.

Au final, on a eu l’impression d’un milieu politique marseillo-marseillais parlant sur lui-même et déployant ce « flux de parole inutile », comme isolé du reste des parties, des territoires et des acteurs du projet. Il fut ainsi remarquable de constater que les deux premières prises de parole du « public » de l’Alhambra invitées à poser des questions aux élus présents furent le fait d’élus de la ville de Marseille ; en l’espèce, Monsieur Herman, adjoint à la culture, et Madame Imbert, adjointe à l’opéra, dont l’objet de leur intervention fut une mise au point politicienne, sur les atouts de Marseille et le dynamisme des politiques culturelles de la municipalité. Ils semblaient oublier un instant que le label de la Capitale européenne de la culture avait justement été attribué pour pallier aux insuffisances de dispositifs politiques et d’équipements dans le territoire et particulièrement dans la ville-centre - comme l’avait pourtant rappelé au début de la discussion Michel Pezet.

Crispations autour de la gouvernance : les temps du projet, les moyens d’une ambition

Le débat organisé par le Ravi n’aura cependant pas été sans enseignement sur la dynamique du projet 2013. Il a été l’occasion d’une sortie du bois de la part des élus socialistes qui ont exprimé, chacun à leur manière, des inquiétudes sur les délais, relayant en cela, et selon eux, l'incertitude qui pèse sur les acteurs culturels locaux.

En effet, à deux ans de l’échéance, ces derniers sont toujours en attente des résultats de l’appel à propositions qui s’est arrêté en juin dernier. Comme le résume Michel Pezet :

« Je comprends parfaitement le questionnement aujourd’hui de l’ensemble des structures culturelles qui se disent ‘qu’est ce qu’il va se passer ; à quelle sauce on va être mangé ; qu’est ce qu’on va faire ; comment seront budgétisé nos propres demandes ?’ C’est une véritable interrogation et c’est ce qu’on ressent partout lorsqu’on rencontre des structures culturelles, c’est la question qui est posée en disant ‘nous sommes très court maintenant sur la date et sur l’échéance, est-ce que je suis retenu, est-ce que je ne suis pas retenu ? Qu’est ce que je vais avoir ? Qu’est ce que c’est que la labellisation ?’ Il y a donc, là, une véritable interrogation.»

À ce titre, le Conseil d’administration de cette semaine devrait pouvoir apporter les premières éléments de réponse et les premiers avis des comités de pilotage chargés de sélectionner les projets. La programmation ne devrait cependant être fixée puisque certains de ces projets sélectionnés devront probablement revoir leur copie. Toutefois, comme l’a rappelé, un ancien conservateur de musée présent dans la salle, certains projets se montent en trois ans. Le temps de s’y mettre.

La deuxième interrogation fut soulevée par Patrick Mennucci et semble indiquer une rupture dans les positionnements politiques vis-à-vis de 2013. Jusqu’alors, en effet, le « splendide consensus » semblait prévaloir, le « jouer collectif » marcher à plein - malgré, il est vrai l'apparition de premières fissures dès l'annonce de l'attribution. De droite comme de gauche, les élus faisaient feu de tout bois pour présenter en interne et en externe le projet 2013 comme une chance historique pour le territoire en termes d’image et de développement économique.

Pour le vice-Président de la Région chargé de la culture - et on peut le penser, pour le Président Vauzelle - le moment semble être venu de nuancer les ambitions de 2013. À partir d’une démonstration quantitative et financière, Patrick Menucci s’est efforcé de ramener le projet à une augmentation très limitée des ressources publiques allouées à la culture. En effet, en comparant les 900 millions de subventions publiques investies sur la culture par la somme de toutes les collectivités locales du territoire Marseille-Provence sur 3 ans et les 80 millions d’argent public du budget total de la Capitale européenne de la culture, la valeur ajoutée de 2013 ne s’élève qu’à moins de 10%.

C’est sur ce point que le tandem Pfister-Latarjet a réagi face à cette nouvelle attaque du politique qu’on croyait mise en sourdine à la suite de l’échec du guichet unique, qui était en fait, une volonté de la part de Renaud Muselier et de la mairie de reprendre la main sur le processus décisionnel. Cette fois, ce n’est pas par un communique que l’exécutif de Marseille-Provence 2013 s’est exprimé, mais par quelques petites réflexions lâchées à l’occasion de la campagne électorale des CCI.

La réponse du tandem à la timidité des moyens de 2013 a d’abord porté sur la dimension symbolique du projet - « 2013, la symbolique d’une attente de projets partagés ». En outre, Jacques Pfister a rappelé que l’opération ne tient pas compte dans son budget des investissements consentis par les partenaires publics, y compris l’État, et privés à la construction des équipements (en particulier, le Mucem). Enfin, embrayant sur la sempiternelle formule « un euros investi, six euros de retombés », il a défendu l’hypothèse de l’effet levier induit par la dynamique de l’opération.

Néanmoins, si la volonté du Conseil régional était de prendre position sur le thème, « la Capitale européenne de la culture n’apportera rien de décisif au territoire », il ne s’y prendrait pas autrement. Est-ce un pari sur l’échec et la première étape d’une stratégie d’exit ? Est-ce une posture politique visant à limiter les rétributions politiques que pourraient s’attribuer les adversaires politiques en vue de l’élection municipale de 2014 ? Une façon, en quelque sorte, de geler les retombées politiques, positives ou négatives, de l’opération ? Assurément un autre de ces virages qui pourraient finir par donner le tournis à 2013.

Photo : Nathalie Crubézy du Collectif à-vif(s).

mardi 26 octobre 2010

Marseille à la Une

A Ou plutôt en page Trois. Pour la troisième fois depuis la rentrée, le «quotidien de référence», Le Monde, a offert à la ville de Marseille l’honneur d’une pleine page dès son ouverture. Mais après l’affaire Andrieux qui remet au goût du jour le célèbre clientélisme et l’irruption des jeunes des quartiers Nord dans le paysage du non moins célèbre grand banditisme, c’est un autre stigmate bien connu des clichés sur la ville qui est mis à l’index : les grèves des éboueurs qui provoquent une urgence politico-sanitaire.

Ce coup de projecteur médiatique n’est pas isolé - ni à la presse nationale ni à la presse écrite. D'une part, il est relayé par la presse étrangère comme le relève La Provence. D'autre part, il prend une dimension nouvelle avec internet. Ainsi, à l’issue d’une conversation de café probablement animée et portant sur le thème de la «saleté dans la ville», un jeune informaticien marseillais décide de créer un site participatif dans lequel les habitants sont appelés à poster des photos montrant si possible « des rats crevés, des poubelles renversées, des merdes de chiens sur le trottoir, des tags moches, des plages poubelles et d'une façon générale tout ce qui fait de Marseille une ville sale.» Une google map permet même de situer les principales zones touchées par ces phénomènes. Sobrement intitulé «Merde in Marseille», ce site recense selon les auteurs, plus de 700 visiteurs jours - indication avant la publication d’un billet sur le site de Marsactu. Il est même appelé à devenir une plateforme de mobilisation, voire d’organisation d’un collectif.

Nonobstant les risques sanitaires qu’a engendré le conflit des agents d’entretien - les syndicats ont d’ailleurs mis en avant cette raison pour stopper le mouvement - l’épisode de vingt-quatre jours de grèves et les reportages montrant les tas d’immondices dans les artères commerçantes de Marseille fait peser une menace sur le travail de reconstruction symbolique de son image entrepris par les élus locaux et les entreprises de la métropole.

Il n’y a qu’à s’entretenir avec les élus locaux, les responsables administratifs ou les chefs d’entreprise pour se rendre compte de l’importance qu’à revêtu l’image véhiculée par un territoire. Elle est devenue un facteur décisif de la réussite ou de l’échec imputé aux stratégies internationales. Si l’attractivité d’un territoire ne se décrète pas par choix politique, elle n’est pas non plus seulement le résultat de l’observation de variables objectives établies par un investisseur étranger cherchant à localiser ses activités et à minimiser ses coûts.

Elle est aussi, et peut-être surtout, le fait d’une perception dans laquelle la réalité produit des effets incertains. Cette perception est d’autant difficile à mesurer que les discours des entreprises qui justifient leur implantation dans un territoire donné puisent un riche «vocabulaire de motivations» pour reprendre l’expression d’Everett Hugues. Pour un Michael O’Leary qui décide de quitter le terminal de Marseille-Provence parce qu’il est mis en examen par la justice française, combien de Jacques Saadé qui décide de s’implanter à Arenc pour des raisons sentimentales, parce que sa première affaire, c’est ici qu’il l’a menée ?

Il est désormais établi dans les politique urbaines que «vendre la ville» aux investisseurs étrangers, aux touristes et aux classes créatives - définies moins selon des propriétés sociologiques ou professionnelles (étudiants, travailleurs intellectuels) que par leur capacité à consommer et à voter - implique de produire une politique de communication. La capacité de positionnement de la ville dans les réseaux d’échanges économiques mondiaux, ainsi que celle visant à s'inscrire avantageusement dans la compétition des territoires est ainsi l’affaire d’une intégration économique et d’une présentation de soi valorisante.

À Marseille, cette entreprise de construction d’une vitrine ou, pour reprendre le terme goffmanien de «façade», se heurte non seulement aux clichés - violence, affairisme et corruption, saleté - qui n’est pas propre à la ville, mais s’applique avec la même consistance à ses voisines de la Côte-d’Azur et du littoral transalpin, mais également à des phénomènes de réalité qui sont déformés et grossis par ces clichés et aboutissant à leur affermissement.

Prétendre qu’il existe un cercle vicieux de la construction de la «mauvaise réputation» n’est pas nier les difficultés qui se posent en terme de régulation de la violence, de l’échange politique ou de la gestion des déchets. Toutefois, il est curieux de constater que ce problème est toujours posé par les acteurs locaux comme une contrainte politique extérieure sans qu’il soit articulé avec les possibilités d’une action publique.

Dans le cas de la «saleté» de la ville, l’illustration de ce paradoxe réside dans le maintien historique de la pratique du fini-parti. Se retranchant derrière des explications allant du «ça a toujours été comme ça, vous ne pouvez pas comprendre, vous n’êtes pas d’ici», au regret d’une «culture latine» de l’incivisme ou à l’absence de responsabilité des syndicats - il n’y a qu’à voir sur ce point les interventions des élus UMP à l’occasion de la corvée de ramassage qu’ils se sont médiatiquement imposés - les élus locaux se montrent incapables de considérer la situation sous l’angle de l’échec de la politique publique de ramassage des déchets. Une analyse proche pourrait être menée relative au débat sur la «mort» annoncée des activités portuaires imputé tantôt à la CGT par les édiles, tantôt à la politique croisiériste menée par la ville pour le syndicat.

Pour en revenir à notre objet, «vendre la ville», c’est dans le cas de Marseille, «changer d’image», c’est-à-dire parvenir à établir une signature marketing du territoire dans laquelle non seulement l’ensemble des acteurs locaux puissent s’y reconnaître, y adhérer et participer à sa diffusion, mais également qui correspondent aux attentes des investisseurs potentiels. La difficulté réside dans l’ajustement nécessaire entre cette entreprise de branding et les labellisations dont la ville et son territoire font l’objet : ni trop éloignée du sens commun, ni trop proche des stigmates, la «marque» territoriale est supposée articulée deux réalités et deux temporalités contrastantes - celle qui pèse dans le présent et celle qui doit se réaliser dans l’avenir.

C’est dans cette perspective que l’on peut comprendre dans quelle mesure la stratégie internationale d’un territoire est intrinsèquement liée à la réinvention de ce territoire et aux luttes pour la définition d’une réalité politique et sociale. Ces processus de réinvention sont supposés se départir d’une réalité perçue pour en façonner une autre. C’est là tout le défi des acteurs politiques et économiques qui, en lien avec la société civile, sont appelés à renégocier les termes d’un échange territorial pouvant conduire à la redéfinition d’une réalité sociale dans laquelle violence, affaires et saleté n’auront plus leur place.

Image tirée de la galerie de www.merdeinmarseille.org

mardi 14 septembre 2010

L’affaire Andrieux : persistance et transformation du clientélisme

A Avant les congés, nous avions consacré un billet au « retour des affaires ». Pour mémoire, il s’agissait d’un faisceau d’événements criminels (braquage spectaculaire en plein centre -ville, arrestations de parains...) qui reposait la question de la « réputation » de la ville. Pour compléter le tableau, Le Monde publie, ce jour, dans sa Page 3, une enquête sur le « banditisme des cités » qui reconfigure le champ de la grande délinquance urbaine.

C’est pourtant un tout autre aspect des « affaires » marseillaises qui s’est joué dans les bureaux du juge d’instruction Franck Landou la semaine dernière. Si cet épisode est sans rapport avec ce qui précède, il permet d’interroger le climat politico-judiciare local et offre un éclairage sur des pratiques que d’aucun pensait disparues.

Au commencement, l’affaire Andrieux

À l’été 2008, Tracfin alerte la justice sur une présomption de malversations au Conseil régional PACA. Au total, 750 000 euros auraient été détournés au profit d’associations qui ne poursuivraient aucun objet social autre que leur participation au financement de la campagne électorale de Sylvie Andrieux, vice-Présidente du Conseil régional chargée de la politique de la ville et élue des quartiers Nord de Marseille. Se retranchant derrière les « responsables administratifs » de la Région, elle est néanmoins remerciée par le Président Vauzelle en mai 2009 qui précise dans un communiqué :

« souhaite(r) que l'enquête, concernant un éventuel détournement de subventions au préjudice du Conseil régional se déroule dans les conditions nécessaires au respect des intérêts de la Région et de ses citoyens ».

Michel Vauzelle ne s’arrête pas là et porte plainte. La Provence relevait à l’époque la nature politique de cette décision dans la mesure où Sylvie Andrieux, frappée par le cumul des mandats, avait prévu de démissionner de son poste de vice-Présidente pour conserver ses sièges à l’Assemblée nationale et au conseil municipal. Il s’agissait pour Michel Vauzelle de rompre publiquement avec Sylvie Andrieux afin de positionner, lui et son institution, comme une victime des faits supposés.

En juillet 2009, la justice rattrape cependant le cabinet du Président en procédant à la mise en examen de Franck Dumontel, ex-directeur de cabinet de Michel Vauzelle, et Jules Nyssen, ex-directeur général des services pour «complicité de détournements de fonds publics». Finalement, c’est vingt-deux personnes qui, à ce jour, sont mis en examen dans cette affaire.

Alors que Michel Vauzelle pouvait craindre une pollution de la campagne électorale des régionales de 2010 par ce climat judiciaire, ses principaux adversaires ont globalement évité le sujet. Les quelques - timides - attaques ont été davantage le fait de sa partenaire écologiste, Laurence Vichnievsky qui profitant de son statut d’ancienne magistrate - elle a notamment instruit l’affaire Boulin, l’affaire Elf et l’Affaire Dumas au côté d’Eva Joly, ainsi que l’affaire des frégates de Taiwan - a fait valoir sa « candidature éthique », observant :

«qu'il y a beaucoup de saupoudrage, une politique de guichet, sans qu'il y ait des objectifs. C'est un peu à la demande. Ce n'est pas une bonne manière de gérer. On voudrait proposer plus de rigueur».

Au début de cet été, ayant laisser passer les élections régionales, le juge Landou reprend l’initiative et décide de placer Sylvie Andrieux en examen pour « complicité de tentative d’escroquerie et complicité de détournement de fonds publics » après cinq heures d’auditions où elle se présentait comme témoin assisté. Alors qu’elle accusait jusque-là, les responsables administratifs de la Région, elle s’en prend désormais à son attaché parlementaire qui « s’est trouvé l’interlocuteur direct des associations » et à son Président, coupable à ses yeux, d’exercer « un authentique pouvoir présidentiel concentré » : « mon rôle était équivalent à celui de la reine d’Angleterre » se défend-elle devant le juge.

Dernier épisode en date, ce dernier convoque Michel Vauzelle jeudi 10 septembre, en qualité de témoin assisté. Il conservera ce statut à sa sortie du bureau du juge après quatre heures d’auditions. Sa ligne de défense est claire : il n’avait pas connaissance des demandes de subvention qui étaient directement adressés aux services concernés.

La question du clientélisme

Cette affaire repose la question du clientélisme à Marseille. Il est courant de décrire la régulation du marché politique local marseillais à partir des relations entre faveurs des élus et intérêts privés. Dans sa thèse, Cesare Mattina a décrit les mutations des ressources clientélaires à Marseille et à Naples entre 1970 et 1990. Il montrait que le clientélisme n’était en rien liée à une pratique « culturelle », mais qu’il s’inscrivait dans :

« la capacité des élus à disposer de ressources publiques et à les distribuer à des segments de populations en quête d’ascension ou de consolidation de leurs positions sociales ».

La régulation clientélaire, dans cette perspective, permet de comprendre les processus de notabilisation du personnel politique. Il note dans un article :

« Pour répondre de manière systématique aux demandes privées et personnelles, les élus sont obligés d’avoir une organisation performante. Une députée socialiste - vice-Président de la région PACA, conseillère municipale et conseillère d’arrondissement de Marseille - dispose d’un bureau de permanence personnelle doté de moyens humains important. Le cumul des mandats locaux et nationaux lui permet d’avoir une équipe élargie de permanents et de bénévoles, qui a la capacité de répondre systématiquement aux demandes des citoyens. »

Le clientélisme trouve ainsi une partie de sa justification, non pas seulement dans la nécessité de fidéliser une clientèle électorale, mais dans la nécessité d’apparaître comme un élu de proximité et de terrain. La complexité de la régulation clientélaire réside dans les relations ambigües qu’elle entretient avec la légitimité politique. Si du point de vue moral, le clientélisme est unanimement rejeté par la population qui l’assimile à la distorsion du suffrage universel à partir de pratiques utilitaristes de l’acte de vote, il peut revêtir, note Mattina, une fonction politique légitime pour les électeurs percevant une faveur personnelle. En outre, ces derniers détiennent un pouvoir important, en promettant ou en menaçant les élus du vote ou du non-vote en fonction de la satisfaction de leurs besoins et intérêts personnels. Le clientélisme, dans cette perspective, peut agir comme une compensation de l’éloignement du système représentatif.

Comme le suggère la conclusion du documentaire de Michel Samson et Jean-Claude Comolli - Les Clés de Marseille (2008) - : « on ne sait plus qui est client de qui ». Par ailleurs, ce volet de Marseille contre Marseille consacré à la campagne municipale 2008 tendait à montrer un retour en force du clientélisme dans la ville. Or, en conclusion, Mattina remarquait l’affaiblissement des ressources clientélaires à la disposition des élus - en particulier en termes d’attribution des logements sociaux et d’emplois - alors que les demandes sociales ne faiblissent pas. En dépit de cette contradiction, l’auteur remarquait la persistance des pratiques clientélaires qui se déplaçaient sur le registre « symbolique ». C’est une transformation de la capacité des élus locaux marseillais à tenir leur rôle auquel nous serions en train d’assister.

Davantage que « la dérive d'un système clientéliste », l’affaire Andrieux montre d’une part que les ressources clientélaires, si elles se sont effectivement raréfiées, se sont déplacés vers la rétribution des associations. D’autre part, elle montre l’émergence d’une judiciarisation de pratiques autrefois acceptées qui pourrait considérablement diminuer le niveau d’acceptation sociale du clientélisme.

vendredi 2 juillet 2010

La fermeture des portes et l’ouverture du débat

A La rénovation du centre-ville de Marseille était à l’ordre du jour du conseil municipal du 21 juin dernier. À la lecture rapide des compte-rendus médiatiques du conseil apparaît quelques contradictions relatives à l’ambiance qui y résidait.

Pour La Provence, « Conseil municipal relativement calme ce matin à Marseille, pour évoquer notamment les marchés de restauration scolaire, le compte administratif ou enccore un projet immobilier à la place du Capitole sur la Canebière. C'est plutôt sur des sujets a priori consensuels ou hors ordre du jour que les piques ont fusé. De la simple vanne au règlement de compte bien senti.» En somme, «une ambiance de cour de récré» comme le titre de l’article l’annonce.

La Marseillaise propose un angle relatif au débat sur «l’accès à l’école des plus jeunes» et revient sur la passe d’armes opposant Samia Ghali et Patrick Mennucci, d’un côté et Danièle Casanova et Jean-Claude Gaudin, de l’autre.

Pour Masactu, dont l’intervention dans le débat public local ne correspond pas avec celles des médias traditionnels, le Conseil municipal aurait été «enflammé» par la question du logement dans le centre-ville.

La question est évidemment aussi ancienne que sujette à polémique. En jeu, la réhabilitation des quartiers du centre-ville soumis aux ambitions des promoteurs immobiliers souhaitant profiter de l’Opération Euroméditerranée pour accroître leurs bénéfices et à celles des élus de la majorité municipale souhaitant attirer des populations nouvelles et des électeurs - la fameuse et non moins introuvable gentrification. Face à eux, des collectifs d’habitants se sont mobilisés, en particulier l’association, recueillant la parole des locataires menacés d’expulsion par des «médiateurs» peu scrupuleux.

Il faut lire l’ouvrage de Jean-Stéphane Borja, Martine Derain et Véronique Manry, il faut écouter le documentaire sonore de création de Caroline Galmo accompagnant cet ouvrage - Attention à la fermeture des portes- transformations urbaines et mobilisation populaire : l’expérience de la rue de la République à Marseille, il faut voir enfin le chapitre du film de Denis Gheerbran - La République Marseille - consacré à la mobilisation contre l’opération de rénovation urbaine, pour saisir - un peu - ce qui se joue dans ces «politiques de déménagement des populations pauvres» (Marsactu), et dans ces révoltes parfois silencieuses, contre la brutalité de la rénovation immobilière.

Au cours de la séance du Conseil municipal, le Président du groupe majoritaire se défend « machine à déménager la population non. Machine à attirer les nouveaux habitants oui.» Avouons que la ligne de démarcation est ténue. En attendant les résultats des mesures annoncées en matière de logement social, l’un des effets les plus visibles de la mobilisation - outre les procès gagnés contre les promoteurs immobiliers dont certaines méthodes ont été invalidés par la justice - fut de donner la parole à cette frange des habitants le plus souvent considérés comme exclus - du débat public, des statistiques, des bureaux de vote, de l’accès aux diplômes et au marché de l’emploi.

mercredi 27 janvier 2010

La cahoteuse réforme des collectivités territoriales

A Le processus de réformes des collectivités territoriales est entré dans une nouvelle phase avec la discussion au Parlement du volet consacré à l’organisation de la nouvelle architecture institutionnelle.
Rappelons que quatre textes sont au programmes : relatifs à l'élection des membres des conseils des collectivités territoriales et des établissements publics de coopération intercommunale ; à l'élection des conseillers territoriaux et au renforcement de la démocratie locale ; à l’organisation de la concomitance des renouvellements des conseils généraux et des conseils régionaux ; et à la réforme des collectivités territoriales per se.
Le Parlement a déjà voté la suppression de la taxe professionnelle et son remplacement par le dispositif de la «contribution économique territoriale» à l’occasion du vote de la loi de finance 2010 en décembre dernier. Cette refondation de l’architecture financière avait, on s’en souvient, suscité l’opposition d’une partie de la majorité inquiète du manque à gagner que pourrait constituer cette suppression pour les collectivités locales. Jean-Pierre Raffarin était par ailleurs intervenu pour regretter que le débat des finances ait eu lieu avant celui sur les compétences.
En outre, l’Assemblée nationale a adopté en première lecture, hier, le texte déjà voté au Sénat organisant la concommitance des renouvellements des conseils généraux et des conseils régionaux qui réduit le mandat des membres de ces deux assemblées afin de permettre l’expiration simultanée des mandats en mars 2014.
Dans cet entrecroisement de textes entre les deux assemblées sur l’objet de la réforme des collectivités territoriales, le Sénat a engagé le débat sur la composition des conseils généraux et régionaux et du nombre de conseillers territoriaux. En juin, le dernier volet de cette réforme devrait s’achever avec le débat relatif au mode d’élection de ces derniers. Les textes se succèdent, les oppositions s’organisent et l’incertitude politique et juridique demeure dans la perspective des élections régionales de mars, d’une part, et dans l’attente d’une possible saisine du Conseil constitutionnel, d’autre part.
Comme souvent en matière de processus législatif, l’adoption d’une partie du dispositif permet d’éclairer les éléments de blocage du débat. Celui-ci semble se cristalliser autour du rôle du futur conseiller territorial.
Pour Pierre Mauroy, membre du comité Balladur, dont le rapport remis au Président de la République a servi de base au projet de loi, ce point illustre « l’affaiblissement des assemblées » locales et la « recentralisation » de l’organisation territoriale de l’État. Laurent Fabius évoque une « loi de régression territoriale et financière ». Rejoints par des élus de la majorité, ils défendent le maintien de la spécificité des missions du conseil général et du conseil régional et s’opposent à l’argument de la « simplification administrative », gage d’une réduction des coûts et d’une meilleure lisibilité de la responsabilité démocratique (3 000 conseillers territoriaux devant « remplacer » les 6 000 conseillers régionaux et généraux). L’une des critiques les plus vives concerne à ce titre le mode de scrutin de ces futurs conseillers territoriaux. Accusé d’obéir à des impératifs électoraux, le projet prévoit une élection au scrutin uninominal à un tour - le modèle britannique du winner takes all - et tendrait ainsi à bipolariser la vie politique locale.
Enfin, certaines voix se sont élevées pour regretter le manque d’ambition en matière de réforme de l’intercommunalité. En effet, le projet de loi ne transforme pas le statut juridique des groupements de communes qui restent des Établissements publics de coopération intercommunale et non des collectivités territoriales à part entière dotées d’une compétence générale. Si cette vision est conforme aux voeux formulées par l’AMF, c’est une version moins « ambitieuse », pour reprendre les termes de Jean-Jacques Hyest, Président (UMP) de la Commission des Lois du Sénat, que celle contenue dans le rapport Balladur qui sera discutée.
Au final, « il n’y a pas de majorité » sur le texte affirme Gérard Larcher, le Président du Sénat. Cette situation de blocage se traduit par la crispation des positions : l’UMP accuse le PS d’utiliser l’argent publique à des fins de propagande politiques dénigrant la réforme. Pour certains sénateurs, ce n’est pas tout à fait exact (cf. cette passe d'arme). L’enjeu du processus de réforme apparaît plus clairement à mesure que les forces partisanes s’organisent pour la campagne électorale.

jeudi 14 janvier 2010

Frémissements sur le front des politiques locales internationales ?

Ce début d’année est déjà riche en actualités dans le domaine des politiques locales internationales marseillaises. L’occasion de faire un point sur les récents développements et les perspectives des principaux dossiers.

Compétition politique : tous en place pour les régionales ?

A Presque... Du côté du duel attendu Mariani/Vauzelle, la campagne semble s’être accélérée - avant même d’avoir vraiment commencé... -sur le thème de la sécurité et de l’emploi. Comme nous le décrit Rémi Leroux, « la droite a attaqué bille en tête. La gauche a répliqué du tac au tac. La campagne est lancée » sur des enjeux aussi peu régionaux, que politiques - c’est-à-dire facilement convertibles en clivage droite / gauche. Au-delà de la passe d’arme Marianni / Menucci sur la vidéo-surveillance ou la teneur du Plan de relance de la Région, l’un des effets attendus de cette agitation est de « réduire (la campagne) à un affrontement UMP / PS » d’autant plus que les autres forces partisanes peinent à s’organiser.

On apprend aujourd’hui dans La Provence que Catherine Levraud a finalement été désignée pour diriger la liste Modem après le retrait de François-Xavier De Peretti. Cette désignation clôt la phase d’incertitude au sein du mouvement de François Bayrou. Enfin, pas vraiment selon M. De Peretti qui rappelle justement : « nous n'avons que la tête de liste, il reste 136 noms à trouver. Quant au programme, nous sommes la région la plus en retard. Il faut s'y mettre dans l'urgence.»

Du côté du Front de Gauche, les choses ne sont pas mieux engagées. Le ralliement de Joël Canapa, Vice-Président communiste du Conseil régional, à la liste PS dans le Var, repose la question de la stratégie du Parti communiste de faire liste commune avec le parti de Jean-Luc Mélanchon. D’autre part, le refus de la Fédération pour une alternative sociale et écologique de rejoindre le Front de Gauche compromet un peu plus ses chances d’apparaître comme une liste élargie de la gauche de la gauche.

Union pour la Méditerranée : des accords, enfin

A Le volontarisme diplomatique de ces dernières semaines semblent avoir enfin porté leurs fruits. À moins que les récents développements de l’Union pour la Méditerranée ne soient du aux effets de lassitude d’un blocage qui persiste depuis plus d’un an. Après l’annulation de la réunion d’Istanbul, certaines chancelleries désespéraient de trouver une issue à l’épineuse question de l’identité (et de la nationalité) du futur Secrétaire général de l’UpM. À Barcelone, au palais de Peladbres pourtant, tout est pourtant prêt pour l’accueillir.

Le 5 janvier, le chef de la diplomatie française s’est rendu au Caire pour exhorter ses collègues à «réveiller » le projet. Au moment de rencontrer ses homologues égyptiens, espagnols, tunisiens et jordaniens, Bernard Kouchner a reconnu « qu’il reste de petits problèmes entre certains ministres des Affaires étrangères (...). Pour des raisons politiques, nous ne sommes pas tous les jours d'accord »

Pourtant, la réunion du Caire a été l’occasion de percées inédites. Premièrement, les « financements se précisent ». Les Echos croit savoir, en effet, qu’ « au premier rang des investisseurs se trouvent la banque allemande de développement KFW, l'Agence française de développement (AFD), la Banque européenne d'investissement (BEI) et la Banque mondiale, auxquels s'ajoute le fonds InfraMed mis en oeuvre par la Caisse française des Dépôts et Consignations (CDC), la Cassa Depositi e Prestiti d'Italie, EFG Hermès (Egypte) et la Caisse de Dépôt et de Gestion du Maroc». Au final, ces investissements sont estimés entre 8 et 10 milliards d’euros. C’est l’une des premières fois qu’est exprimée une évaluation des moyens mobilisables par l’UpM.

Deuxièmement, un consensus s’est dessiné autour de la candidature de Ahmad Massa’deh Ahmad Massa’deh, ambassadeur de la Jordanie auprès de l’Union européenne et de l’OTAN, au poste de Secrétaire général. Son nom proposé par les « 5 du Caire » a été accepté par les hauts fonctionnaires de l’UpM le 12 janvier. Pour être effective, la désignation devra être entérinée par les Ministres des Affaires étrangères des pays membres. La date de la mi-février est évoquée, mais l’essentiel semble être acquis pour que le Secrétariat technique puisse commencer à travailler - c’est-dire examiner les projets à financer. Le Secrétaire général sera assisté par des adjoints palestinien, israélien, turc, ainsi que représentant la Ligue arabe.

À suivre, « Euroméditerranée ; le Port ; et 2013 »'

lundi 7 décembre 2009

Bilan des enjeux locaux internationaux (1) : compétition électorale

A La fin de l'année approche, il est temps de sacrifier à l'exercice rituel des bilans. Au début de l'année, j'avais proposé sur ces pages un rapide tour d'horizon des enjeux locaux internationaux de l'année 2009. Premier volet, les élections. Retour en arrière, donc, sur la compétition électorale marquée par le scrutin européen de juin.

Résultats

Avec 36,93% de participation, on a moins voté dans la circonscription du Sud-Est que dans le reste de la France (crédité de 40,48%) et même que dans l'ensemble de l'Union (en moyenne, 42,94%). On a même moins voté que lors du scrutin de 2004 (40,37% pour la circonscription du Sud-Est).

La liste UMP conduite par Françoise Grossetête arrive en tête avec 29,34% des voix. 5 députés UMP sont élus dans la circonscription : Françoise Grosstête, donc, et Dominique Vlasto, députées sortantes, sont accompagnées de Damien Abad, Gaston Franco et Michel Dantin, qui font leur entrée au Parlement européen.

La surprise provient de la liste Europe-Écologie qui, avec 18,27% des suffrages, devance la liste PS de presque 4 points et compte un élu de plus que les socialistes. Michèle Rivasi, François Alfonsi et Malika Benarab-Attou gonfleront la présence des Verts à Strasbourg, tandis que Vincent Peillon échoue dans son pari et n'emmène qu'une seule élue, Sylvie Guillaume, avec lui. En 2004, la liste PS, emmenée par Michel Rocard, avait réalisé le score de 28,62%, contre 17,62 à l'UMP.

Pour le reste, Jean-Luc Benhamias conserve son siège, cette fois pour le MODEM - il était élu Vert en 2004 - en recueillant 7,37% des voix. Une attention particulière s'était portée sur la liste du Front national. Jean-Marie Le Pen conserve son siège avec 8,49%, mais perd 4 points par rapport à 2004 et poursuit son tassement observable au niveau national où le FN ne recueille que 6,9%. Il fait cependant mieux, sur la scène locale, que les centristes.

Enfin, le Front de Gauche, le NPA et Libertas arrivent dans cet ordre mais ne rassemblent chacun qu'entre 4 et 6 % des voix.

Enseignements

Si l'on compare avec ce qui avait été dit sur ces pages en janvier dernier, on s'aperçoit que les têtes de liste n'ont pas été celle prévues. Alors que l'on attendait Michèle Barnier à droite et Patrick Mennuci à gauche, c'est le contraire qui s'est produit avec une élue implantée localement comme tête de liste de l'UMP et un parachuté pour le PS, désigné en fonction des luttes internes au PS. Ségolène Royal avait, en effet, obtenu deux têtes de liste pour ses "proches", Bernadette Vergniaud pour l'Ouest et Vincent Peillon pour le Sud-Est. C'était avant la rupture.

Les enjeux locaux ont été particulièrement absents de ce scrutin, toutefois, on peut se demander si l'expérience et le succès d'Europe-Écologie peuvent se traduire dans un scrutin régional et sur un terme plus long.

Le PS local est-il si durablement affaibli qu'il n'apparaît plus que comme la troisième force politique de la région ? Conclusion bien évidemment hâtive, mais comme le système politique national de la Vème République est tout entier tourné vers l'élection présidentielle, le système politique local se structure autour de la conquête de la mairie de la ville-centre. Or, le leader du PS marseillais, Jean-Noël Guérini concentre toutes ses forces et ses troupes vers la bataille déjà annoncée de 2014, délaissant les scrutins intermédiaires ou les utilisant dans l'optique des municipales.

Apparaît-là l'un des grands paradoxes de la vie politique locale : la mairie conserve aux yeux des acteurs politiques et des citoyens, la primauté en terme de légitimité politique, alors même que cet échelon n'a jamais été aussi faible en terme de capacité d'action et de compétences politiques.

Cette contradiction produit des effets de turbulences sur les autres scrutins et enjeux politiques locaux - intermédiaire dans le cadre de la lutte partisane, essentiel dans la production des politiques publiques. Les Verts d'Europe-Écologie ont profité de ce brouillage au moment des Européennes (mais pas seulement : la confusion qui continue de régner au sein du PS au niveau national, ainsi que le relais positif dont bénéficie la question écologique dans l'opinion ne doivent pas être négligés). Qui en profitera en mars prochain pour les Régionales?

lundi 2 novembre 2009

Élections régionales Paca 2009 : enjeux et incertitudes

A Avec la désignation de Thierry Mariani à la tête de la liste UMP, la pré-campagne des élections régionales de mars 2009 peut débuter. Le contexte de la réforme des collectivités territoriales – les candidats partent en campagne sans savoir s’ils siègeront 4 ou 5 ou 6 ans, s’ils seront conseillers régionaux ou conseillers territoriaux, si la Région conservera le socle actuel des compétences et des financements ou s’ils seront « resserrées » etc… – n’aide pas à clarifier les enjeux d’un scrutin dans lequel les intentions des uns pourraient masquer les ambitions des autres. Revue de détails.

Les forces en présence

À gauche, Michel Vauzelle est le grand favori pour se succéder à lui-même, onze ans après son arrivée à la tête de la Région. Les premiers sondages le placent en tête avec 31 % des voix au premier tour, soit 8 points de plus que son adversaire de droite et 18 que sa partenaire écologiste. Au second tour, dans l’hypothèse pour l’instant la plus probable d’une triangulaire PS/UMP/FN, il est crédité de 50% des suffrages contre 37% à Thierry Mariani. Le Président Vauzelle a lancé sa campagne le 11 octobre par une excursion sur la Montagne Lure comme il l’avait fait en 2003 : c’est « là que se tenaient les maquis pendant l'Occupation », a-t-il déclaré à l’AFP, jugeant que « cette allusion à la Résistance convient bien à une période où on résiste à la financiarisation mondiale et à l'action du président Sarkozy qui démolit pan par pan les services publics ».

Emportés par leur relatif succès aux européennes de mars dernier, les Verts, contrairement à 2004, se lancent seuls dans la campagne,. La liste sera conduite par la magistrate Laurence Vichnievsky, qui avait co-instruit l’affaire Elf avec Eva Joly. Suivant le format des européennes, la liste Europe-Écologie comprendra des militants associatifs et des Verts : « Ma mission va être de rassembler, c'est un mouvement. L'idée c'est de rassembler les Verts, bien sûr, car ce sont des écologistes authentiques, et puis les associatifs et des personnalités extérieures qui partagent les mêmes valeurs ». Une mission pas facile comme en témoigne le stigmate de « parachutage » qui a entouré sa désignation.

L’extrême gauche est particulièrement faible puisque le Parti de Gauche mené par Jean-Marc Coppola, Vice-Président communiste de la Région, est crédité de 3%, et Lutte ourvière de 2%, et le NPA de 1%.

À droite, le refus d’Hubert Falco, candidat désigné de l’Élysée, a plongé la droite régionale dans l’embarras. Thierry Mariani, finalement investi, est moqué pour son manque d’assiduité aux travaux du Conseil régional et bénéfice d’une faible maîtrise sur les troupes militantes.

C’est vers l’extrême-droite que les experts tentent de trouver les clés du scrutin. Jean-Marie Le Pen se lance dans, ce qui pourrait être, son ultime combat électoral. Pour l’instant loin derrière dans les sondages, le débat lancé par le gouvernement sur l’identité nationale visant à décentrer le débat politique sur les questions sécuritaires pourrait néanmoins changer la donne. La liste de la Ligue du Sud, enfin, soutenue par le Bloc identitaire et conduite par Jacques Bompard, pourrait cependant coûter le deuxième tour au Front national.

Enjeux

On voit mal ce qui pourrait priver Michel Vauzelle d’un troisième mandat consécutif. Le scandale suscité par les subventions aux associations qui ont occasionné la mise en examen du directeur de cabinet du Président et du Directeur général des services ainsi que le renvoi de la Vice-Présidente, Sylvie Andrieux, ne semble pas avoir passionné l’opinion. Rappelons que Tracfin avait mis en doute la réalité des activités de diverses associations subventionnées par le Conseil régional pour un montant total voisinant les 700 000 euros. La mise en cause publique du clientélisme, pratique qui n’épargne d'ailleurs ni Jean-Claude Gaudin , ni Jean-Noël Guérini, semble plutôt indiquer son essoufflement, c’est-à-dire son insuffisance à réguler, désormais, les rapports entre les élus et la société locale.

La seule incertitude qui pèse sur le scrutin est donc l’hypothèque Bompard. On peut interpréter l’engagement du maire d’Orange dans la campagne, comme la conséquence directe de l’accord passé entre le MPF de Philippe de Viliers, dont Bompard est membre et l’UMP. Le calcul est simple : avec Le Pen au second tour, la droite n’a aucune chance d’inquiéter Vauzelle. Or, la Ligue du Sud, emprunt à la très populiste Ligue du Nord d’Umberto Bossi en Lombardie et en Vénitie, peut grignoter les 2 ou 3 points nécessaires au FN pour dépasser la barre des 10% qui l’empêcherait de perturber le duel Mariani/ Vauzelle. Certes la Ligue du Sud sera « hors du champ de la majorité présidentielle » a cru bon de préciser Jacques Bompard. Il n’empêche, la défense de « l’identité » prônée par le candidat trouve un écho particulier dans le contexte politique actuel.

L’hypothèse d’un basculement de la région Paca à droite reste toutefois peu probable. Ce qui, au passage, présente un paradoxe étonnant lorsque l’on observe le rapport de force politique dans lequel l’UMP domine les principales villes et où Nicolas Sarkozy a dépassé les 60% lors de la dernière élection présidentielle. Durant les réunions de la majorité, le Président n’évoque même plus le cas de figure qui conduirait Mariani à la place Jules Guesdes.

On peut même avancer la provocation suivante : la droite veut-elle vraiment l’emporter ? En effet, la politique locale, on le sait, est structurée par la course à la mairie. Or, Jean-Claude Gaudin se garde bien d’organiser sa succession pour ne pas affaiblir son leadership. Les dauphins présumés (Muselier, Tessier, Roatta, Gilles…) se passeraient bien d’un nouveau challenger. Sur le plan régional, Christian Estrosi pourrait également voir d’un mauvais œil le renforcement d’une autre personnalité aux portes du comté de Nice.

lundi 20 juillet 2009

Élections municipales d'Aix-en-Provence : la gauche "ne donnera pas Aix et son argent à Marseille"

a 187 voix d'écart. Maryse Joissains reste maire d'Aix-en-Provence à l'issue d'une séquence électorale municipale confuse, violente mais finalement sans surprise. Au cours de l'élection municipale partielle qui s'est achevée hier soir, il aura été beaucoup questions de la personnalité de la maire sortante, du Conseil d'État, des alliances de la gauche locale et de sa recomposition en vue des régionales de l'année prochaine, de Marseille aussi, peu d'Aix et de son avenir finalement.

Le recours

En mars dernier, Mme Joissains est réélue marie d'Aix en obtenant 44,28% des voix au second tout, contre 42,94% pour la liste de gauche menée par Alexandre Medvedowsky, 12,77% allant à la liste Modem maintenue au second tour par François-Xavier de Peretti. Le 8 juin, le Conseil d'État décide d'annuler le scrutin.

Motif: "Les attaques dirigées contre le candidat conduisant la liste « Génération Aix », et contre certains de ses colistiers, ont revêtu un caractère exceptionnellement violent. Il (le Conseil d'État) a en particulier noté qu’un tract anonyme, qui contenait des imputations injurieuses et diffamatoires mettant en cause la vie privée ou la probité des membres de cette liste et qui a été évoqué par la presse et sur internet, avait excédé largement les limites de ce qui peut être toléré dans le cadre de la polémique électorale. Il a en outre retenu le fait que, dans un article publié dans l’édition spéciale d’un hebdomadaire à diffusion nationale consacrée à la campagne aixoise, la candidate élue avait tenu des propos, qu’elle n’avait pas démentis, mettant clairement en cause la vie privée du candidat de la liste « Génération Aix » et de certains membres de cette liste. Compte tenu du retentissement que tous ces éléments ont eu pendant la campagne et de l’impossibilité, pour le juge, d’en mesurer les conséquences sur la répartition des suffrages recueillis par chacune des trois listes en présence au second tour (l’écart des voix séparant la liste l’ayant emporté et la suivante étant réduit : 1017 voix), le Conseil d’État a décidé d’annuler les élections. En conséquence, de nouvelles élections devront être tenues dans un délai de trois mois." (communiqué officiel du Conseil d'État)

À l'origine de ce recours, Stéphane Salord, adjoint de Mme Joissains lors de la mandature précédente et alors vice-président de la Communauté d’agglomération du Pays d’Aix, en charge du développement économique, de l’emploi, de la politique de la ville et de la culture, et qui s'était engagé dans la campagne de 2008 au côté de M. de Peretti : "Je me bats au nom de principes. J’ai donc fait valoir mon droit à me défendre et à contester en pointant du doigt des abus de langage et d’attitude. Mon but premier, c’était d’abord de dire : regardez comment se déroulent les campagnes électorales à Aix… Ça se termine toujours dans la boue et il y en a marre! À titre personnel, j’estime que notre pays est en retard en matière de déontologie politique… Peut-être sommes-nous en train de le rattraper ?” avait-il déclaré au moment du dépôt du recours, refusé en première instance, puis rejeté par la sous-section du Conseil d'État, enfin validé par la section du contention, l'une des formations les plus solennelles du Conseil.

Les précédents

Un temps tenté par un recours devant la Cour européenne des droits de l'Homme pour faire condamner l'État français (coutumière du fait, elle mena à bien cet objectif en tant qu'avocate dans les affaires du sang contaminé en 1990 et de l'amiante en 2001), Maryse Joissans n'a jamais décoléré contre cette "décision politique". Une décision politique, donc, qui n'est pas inédite à Aix.

En 1967, le Conseil d'État inverse le résultat des élections municipales : Félix Ciccolini (SFIO) devance Henry Mouret (centre-droit) pourtant élu au motif d'un décompte confus (les "manifestes" glissés dans les enveloppes n'avaient pas été comptabilisés). En 1977, Felix Ciccolini maire d'Aix depuis l'épisode des manifestes est réélu de justesse face à Alain Joissans (le mari). Ce dernier conteste l'élection, arguant du fait que son adversaire avait revendiqué durant l'entre-deux-tours le soutien d'une liste... qui n'avait pas donné de consigne de vote. Le Conseil d'État annule. On revote donc l'année suivante avec les mêmes protagonistes mais les rôles sont inversés. M. Joissans est élu avec 2 000 voix d'avance (un gouffre dans le contexte local) sur le maire sortant. Les socialistes déposent un recours prétextant cette fois et avec raison que l'un des colistiers de la liste victorieuse ne disposait pas de domicile fiscal sur la commune. Le Conseil d'État annule. Alain Joissains attendra octobre 1979, pour se voir élire sans contestation administrative, et au premier tour.

Ce rappel est nécessaire pour comprendre le climat politique dans une ville pourtant réputée bourgeoise, lisse, étudiante et touristique. Bref, tranquille en comparaison de son voisin marseillais dont l'ombre tutélaire plane sur le développement économique et stratégique de la ville et de son agglomération. Le rejet de la vassalisation fut ainsi un argument de campagne de l'épouse de M. Joissains, élue pour la première fois en 2001.

La campagne - 1er tour

Du côté de l'opposition, on s'organise, comme on peut. Jean-Noël Guérini, présenté comme le patron des socialistes du département, accessoirement aussi le challenger officiel de M. Gaudin à Marseille prévient : "Si les socialistes aixois ne font pas l'unité, ce sera leur dernier combat. Et s'ils se trompent, le ménage sera fait et il y aura des parachutages". Le 12 juin, alors qu'une délégation spéciale conduite par sept hauts fonctionnaires prend le contrôle de la mairie, c'est au Modem d'appeler à l'unité par la voix de Christophe Madrolle, conseiller municipal et vice-président de la communauté urbaine de Marseille.

Rapidement, à gauche, c'est Alexandre Medvedowsky qui paraît le plus à même de réaliser l'unité "des écologistes jusqu'au Modem" quitte à "en faire frémir à gauche". Effectivement, cela frémit non seulement sur le plan local, mais également sur le plan national, où la direction du PS est mise en difficulté sur sa gauche par la percée écologiste aux élections européennes et dans une moindre mesure, par la création du Parti de Gauche de Jean-Luc Mélanchon qui n'en attendait pas tant pour dénoncer "le double jeu de Martine Aubry". Les Verts, quant à eux, entendent surfer sur la vague du scrutin européen qui les a vus arriver devant les socialistes dans la circonscription du Sud-Est, réalisant même 7577 voix, soit 21%, pour la seule ville d'Aix-en-Provence. Une liste "Aix Écologie" est constituée autour de Hervé Guerrera, dirigeant du Parti Occitan.

Le 18 juin, alors que Medvedowsky parvient à rallier sur sa liste le modem François-Xavier de Peretti, Mme Joissains voit se constituer à droite une liste dissidente conduite par...Stéphane Salord qui rassemble des novices et des anciens de la majorité sortante mécontents des méthodes du maire.

Le premier tour a lieu le 12 juillet. 5 listes au départ. À celles de Mme Joissains, de MM. Medvedowsky et De Peretti, de M. Salord et de M. Guerrera, s'ajoutent une liste commune PC, NPA et Parti de gauche, conduite par Nathalie Leconte qui entend capitaliser sur l'alliance "contre-nature" PS-Modem.

La campagne est très brève (moins d'un mois) mais très nerveuse. Mme Joissains reçoit les soutiens des poids lourds nationaux (Bertrand, Borloo, Falco, Copé...) alors que les sondages la placent en tête à l'issue du premier tour mais en danger en cas de duel. En plein mois de juillet, le taux d'abstention focalise les attentions et la course aux procurations est lancée (au final, ce n'est pas moins de 4 000 procurations qui auraient été attribuées, soit 10% des suffrages exprimés au second tour). Les thèmes de la campagne se concentrent sur la moralité de la gestion de la municipalité qualifiées de "non-éthiques" par M. Salord. Au centre du débat, la question de l'office HLM de la ville et notamment le possible conflit d'intérêt entre la ville et le Centre communal d'action sociale. Les conditions de nomination de Mireille Mantot et son salaire en tant que directrice de Pays d'Aix Habitat (plus de 7 000 euros) suscitent les interrogations et la polémique.

Le résultat, "Maryse seule contre tous"

Alors que les sondages laissaient entendre que le maintien au second tour des 5 listes étaient possibles, le scrutin du 12 juillet rend son verdict. Avec 43,31% des voix, la liste de la maire sortante devance la liste PS-MoDem-PRG créditée de 34,08% des suffrages. La liste écologiste obtient 11,31%, celle du divers-droite Stéphane Salord 7,08%, et celle du rassemblement PCF-NPA-PG, 4,21%. La participation s'élève à 44,05% contre 59,18% au premier tour des municipales de 2008.

L'entre-deux-tours est agitée par la question des alliances. Les Verts rejoignent la liste PS-Modem, sentant la chance historique de ravir la mairie à la droite (le dernier maire socialiste, Jean-François Picheral, administra la commune de 1989 à 2001). M. Salord appelle à voter contre Mme Joissains dans un tract au titre évocateur "La Perdition des Valeurs". La campagne se tend. M.Medvedowsky convoque la presse pour dénoncer les propos d'un tract attribué à l'UMP local. Et promet de ne pas en rester-là en cas de défaite.

Et défaite, il y a, quelques jours plus tard Avec 50,22% des voix, Maryse Jouaissains est réélue. Pour Jean-Ckaude Gaudin, "face à la coalition des rancunes, coalitions hétéroclites et de circonstances, Maryse Joissains, seule contre tous, remporte l’élection" .

Enseignement et perspectives

À l'issue de ce récit, forcément incomplet, des question subsistent. À Aix même, on peut se demander comment Mme Jouissains va pouvoir gérer sa collectivité - et ses conseils municipaux - dans un tel climat de suspicion généralisée où chaque crédit, subvention ou prise de position sera scrutée et jugée jusqu'aux tribunaux administratifs. Les colistiers de Medvedowsky laissent par ailleurs entendre qu'ils pourraient déposer des recours en annulation au motif incertain que "toute une série de publications ont été de nature à semer le trouble". Sur le plan de l'agglomération aixoise, on peut se demander si cette élection peut redistribuer les cartes. Suite à l'annulation de l'élection municipale, en effet, 48 conseillers communautaires d'Aix avaient été empêchés de siéger et Mme Jouissains privée de son poste de Présidente de la Communauté urbaine. Sur le plan de la grande agglomération, c'est à dire des relations avec Marseille, la maire élue avait averti les électeurs que son challenger entendait "donner Aix et son argent à Marseille". Derrière la formule provocatrice, apparaît l'affirmation de la stratégie d'autonomie d'Aix vis-à-vis de Marseille-Métropole. À voir cependant les réactions réjouies de MM. Gaudin et Muselier, nul doute qu'un résultat différent aurait pu déséquilibrer un peu plus la répartition des forces politiques locales en prévision des élections régionales du printemps prochain.

mardi 9 juin 2009

Élections du Parlement européen : les élus de la circonscription Sud-Est

A Les élections du Parlement européen qui se sont tenues dimanche n'ont pas été déterminées, en France comme ailleurs, par les enjeux européens ou par les enjeux locaux - voire par la combinaison des deux, c'est-à-dire la capacité des programmes et des candidats à faire valoir des intérêts locaux et régionaux sur la scène européenne. Pourtant, la récente polémique sur le vin rosé et la mobilisation victorieuse des appellations de Provence rappelle l'une des fonctions des parlementaires européens : le relais entre des espaces politiques d'échelles différentes.

Des collaborateurs de député m'ont confié en ces termes les contours de cette articulation : "Si le commissaire européen en charge des Transports, qui est par exemple Français, comme c’est le cas avec Jacques Barrot, que le député européen est en commission Transport, cela peut faciliter la discussion en disant « voilà, ce qu’il serait intéressant pour une ville comme Marseille, quels sont les programmes européens qui permettraient de… ». Donc, on crée une relation de travail mais à partir des programmes européens." Pour un député réélu dimanche : "une des choses dont je vais beaucoup plus m’occuper au cours de mon second mandat sera de voir quelles sont les liaisons à mettre en place entre le local, mais extensible, eurorégional, de l’ensemble des départements sur lesquels je suis élu ; et le niveau européen. C’est-à-dire quelle aide je peux apporter en tant que parlementaire européen ? Parce que pour l’instant je n’ai pas eu le temps de faire cela. L’élu local qui a du pouvoir dans les relations internationales, c’est le Maire, le Président du Conseil général, le Président de l’intercommunalité, le Président du Conseil régional. En ce qui nous concerne..."

Pour autant, le rôle des élus locaux et régionaux n'échappe pas à la bruxellisation comme en témoigne ce diplomate, spécialiste des affaires européennes : "les élus, eux-mêmes, ont une action de lobbying. Il est de plus en plus fréquent, et d’ailleurs à Paris cela énerve des ministères, de voir des Présidents de Conseils régionaux se déplacer à Bruxelles et aller rencontrer les Commissaires en charge de tel ou tel dossier, et d’aller plaider en direct leurs dossiers. C’est quelque chose d’assez nouveau puisque traditionnellement le domaine des organisations internationales, ce n’est pas la chasse gardée, mais c’est essentiellement l’Etat". Certes, il n'est pas question ici des parlementaires européens, mais ceux-ci peuvent être sollicités dans le cadre de la défense de projets spécifiques de dimension européenne, comme cela a été le cas avec la candidature de Marseille-Provence 2013.

Qui sont donc les élus qui seront chargés de promouvoir ces enjeux locaux à Strasbourg (et à Bruxelles) ? Petit tour d'horizon qui se limitera aux 13 élus de la grande circonscription sud-est qui comprend la Corse, Paca et Rhône-Alpes.

Le grand vainqueur reste ici comme ailleurs, l'abstention, puisqu'avec un taux de participation de 39,63 %, la circonscription a moins voté que l'ensemble du pays avec un taux de 43,01 % et moins que l'ensemble des 27 avec un taux de 42,94 %.

L'UMP arrive en tête au niveau de la circonscription avec 29,5 % des suffrages (en progression de 12 points par rapport aux élections européennes de 2004). Dans les Bouches-du-Rhône, le résultat est un peu en-deçà pour la liste de la stéphanoise Françoise Grossetête qui réalise un score de 26,9 %. La liste UMP parvient à envoyer cinq élus (3 femmes, 2 hommes). Françoise Grossetête est une ancienne adjointe du maire de Saint-Étienne, Michel Thiollière battu aux dernières municipales. Députée européen depuis depuis 1994 et Vice-présidente du groupe du Parti populaire européen depuis 1999, elle vient d'être nommée par son parti pour conduire la liste UMP aux prochaines élections régionales. Damien Abad sera le benjamin du Parlement européen à 29 ans. Président des Jeunes Centristes (Nouveau Centre) à sa sortie de Sciences Po., il est conseiller municipal de Vauvert dans le Gard, son département de naissance. Dominique Vlasto est réélue sans surprise. L'adjointe au maire de Marseille chargée du Tourisme et des Congrès rempliera un troisième mandat. Gaston Franco, ancien député, proche de Christian Estrosi, est maire du village de Saint-Martin-Vésubie à côté de Nice. Il ira siéger pour la première fois au Parlement européen à Strasbourg le 14 juillet. Enfin, Nora Berra, médecin, membre du Mouvement des musulmans laïcs de France et conseillère municipale de Neuville-sur-Saône, fut tête de liste Perben dans le 8ème arrondissement de Lyon lors des dernières municipales. Finalement, sur les 5 élus, on compte une Stéphanoise, une Lyonnaise, un Nîmois, un Niçois et une Marseillaise ; une élus issue de la diversité et de la société civile ; un très jeune ; et deux professionnelles de la politique européenne.

Surprise, en deuxième position, on trouve la liste d'Europe-Écologie qui, avec 18,27 % remporte trois sièges. En 2004, les Verts conduits par Jean-Luc Benhamias avaient réalisé un score de 12%. Michèle Rivasi, normalienne et biologiste, ancienne députée de la majorité plurielle de Lionel Jospin est depuis mars 2008, adjointe au maire de Valence et Vice-présidente du Conseil général de la Drôme pour les Verts. François Alfonsi est le porte-parole du Parti de la Nation Corse, membre de la Fédération des Partis Politiques Régionalistes et Autonomistes. Enfin, Malika Benarab-Attou est une militante des Verts à Chambéry, cadre à la Sécurité Sociale. Bilan pour les Verts d'Europe-Écologie, deux femmes, un homme, une Drômoise, un Corse, une Savoyarde. Au-delà de la sensibilité écolo, ces élus viendront à Strasbourg pour porter des revendications - sinon, des intérêts - de lieux à forte identité culturelle.

Cruelle déception pour le PS et son leader dans le Sud-Est, Vincent Peillon, qui avec 14,49 % des suffrages, ne qualifient que deux candidats - contre 5 lors de la mandature précédente. Il siégera au Parlement européen pour un deuxième mandat avec Sylvie Guillaume, adjointe de Gérard Colomb à Lyon aux affaires sociales.

Jean-Luc Benhamias avec 7,37 % des voix sauve son siège pour le MODEM ; tout comme Jean-Marie Le Pen, dont la liste réalise 8,49% (en recul de 4 points par rapport à 2004) et qui devient le doyen du Parlement européen. Enfin, Marie-Christine Vergiat, militante de la Ligue des Droits de l'Homme, fait son entrée à Strasbourg sur la liste du Front de Gauche qui réalise 5,90%.

Les autres listes ne disposeront pas d'élus. On trouve dans l'ordre NPA avec 4,33%, MPF-CPN avec 4,29%, Alliance Écologie menée par Francis Lalanne, 3,75% et Debout la République avec 1,99%. 11 autres listes réalisent moins de 1% des suffrages.

Une élection se clôt et déjà des projections se réalisent sur les élections régionales qui auront lieu le printemps prochain et au cours de laquelle, la domination du Parti socialiste risque d'être ébranlée si l'on s'en tient à la photographie du paysage local et régional actuelle. En politique, comme ailleurs, la vérité du jour...

mercredi 1 avril 2009

Marseille 2013 : les premières fissures du jouer collectif

A La désignation en septembre dernier de la ville de Marseille du territoire Marseille-Provence, comme Capitale européenne de la culture a suscité l’enthousiasme mais aussi la surprise des observateurs et des acteurs de l’actualité marseillaise. « Marseille 2013, c'est la victoire d'une méthode : le jouer collectif, a déclaré M. Pfister, le président de la candidature, c'est la réussite d'un formidable élan du territoire Marseille-Provence, dont les acteurs politiques, économiques et culturels de 130 communes ont su se rassembler autour d'un même projet militant ». En conférence de presse ou sur leur blog personnel, les trois élus principaux de la région se félicitent de cette unité retrouvée. Pour M. Gaudin, « c’est l'esprit d'équipe qui a gagné. Nous avons eu l'appui de 80 collectivités qui ont toutes une richesse extraordinaire. Nous nous sommes réunis et nous avons gagné » ; M. Guérini, « ensemble, au-delà des clivages politiques, nous avons su relever un véritable défi. Ensemble, je suis certain que nous ferons gagner la culture dans les Bouches-du-Rhône et à Marseille » ; ou M. Vauzelle , « la victoire d’aujourd’hui est le résultat d’une démarche exemplaire de partenariat entre les différentes collectivités dont la Région se félicite. C’est une belle image de la politique et de notre région que nous avons offerte, en démontrant notre capacité à travailler ensemble, élus de tous bords, acteurs culturels et économiques, sur un projet majeur pour notre développement et notre rayonnement ».

Cette unité davantage qu’un consensus semble avoir été assuré par le pilotage du monde patronal local, métropolitain regroupé autour de la Chambre de commerce et de son président Jacques Pfister, par ailleurs président de l’association Marseille-Provence 2013. La dépolitisation de la conduite du projet fut un atout dans la candidature : elle a permis de désamorcer par avance les rivalités et de surmonter la fragmentation politique. Ainsi, la gouvernance de l’association assure la stricte égalité des collectivités locales et des institutions partenaires dans la prise de décision. À l’image du projet de Lille 2004, cette méthode a contribué à reconsidérer le pouvoir métropolitain autour de représentations internationalisées et managériales à rebours du folklore régional promues par certaines structures associatives culturelle locales et par certains élus.

Les «Ateliers de l’Euroméditerranée » imaginées par Jean Digne dans son projet de « Mille Talents, Milles Projets, Mille Entreprises » entendent développer dans les entreprises de Marseille, l’accueil et le travail en résidence de créateurs et d’artistes internationaux. Il est révélateur de souligner que le projet de M. Digne est issu d’une commande des « Mécènes du Sud » fondés par une dizaine de grandes entreprises dont les activités sont tournées vers l’international et qui fut le format de départ de la candidature.

On pourrait à l’envi insister sur la primauté des élites économiques métropolitaines sur les mondes politiques marseillais. Cette primauté, toutefois, ne doit pas nous conduire à conclure à la subordination des élus face aux patrons. Ces derniers se sont appuyés sur les édiles et leurs ressources pour relayer des intérêts partagés auprès des institutions européennes. L’idée est en effet d’utiliser la culture comme un levier d’attractivité et promotion de territoire. L’organisation d’évènements culturels n’est pas la finalité de l’opération. Celle-ci réside davantage dans la progression de l’agglomération marseillaise dans la hiérarchie des villes européennes. Le Club Ambition Top 20 mis en place par la Chambre de commerce organise des road shows dans les villes européennes pour promouvoir la candidature et occuper un rang supérieur dans la compétition territoriale. La trajectoire de la candidature est ainsi un objet particulièrement intéressant pour observer la pluralité des changements d’échelles qui président à la transformation des pouvoirs urbains et à l’émergence d’une gouvernance métropolitaine à Marseille.

Cette gouvernance n’est pas synonyme, nous le répétons car la notion de gouvernance est parfois sujette à des interprétations en ce sens, d’une évacuation du politique. La récente empoignade lors du Conseil municipal de la ville de Marseille en début de semaine est là pour en témoigner. La passe d’armes qui a opposé Renaud Muselier, délégué spécial de la ville pour la Capitale européenne de la culture 2013, et Jean-Nöel Guerrini, chef de file de l’opposition municipale, indique que nous sommes passés à une autre phase dans le projet. Une phase propice au reclassement des acteurs politiques.

La polémique porte sur une information faisant état de la volonté de la mairie de mettre en place un « guichet unique » qui permettrait de centraliser les demandes de participation aux projets culturels et le cas échéant, de les sélectionner. L’enjeu n’est pas mince : la mairie, qui a participé dans la phase de la candidature à hauteur de 90% du financement de l’association, entendrait décider seule de l’attribution du label et des financements inhérents.

Le groupe socialiste réagit par une lettre adressée à M. Gaudin et parue dans les quotidiens régionaux samedi dernier appelant curieusement au « rassemblement ». L’issue de la controverse n’est pas l’essentiel ici. Retenons que les élus sont de retour sur le devant de la scène 4 ans avant le lancement des festivités officielles. Cette lutte pour une potentielle récupération ne sera pas sans inquiéter les chefs d’entreprise qui avaient tout mis en ouvre pour éviter les retombées négatives de la division politique.

Une inconnue demeure, celle de l’exclusion du tissu associatif local de la définition du projet culturel. Thème sur lequel nous aurons probablement l’occasion d’y revenir.

En partenariat avec Rue89 / Marseille 89 A

Photo : http://marseilleunautreregard.wordpress.com/

mercredi 11 février 2009

De retour de terrain

ADe retour de terrain, il est temps de reprendre le fil du blog et de faire le point sur mes cercles des politiques locales internationales.

La politique locale

En début de semaine, s'est tenu le conseil municipal (au passage on notera le relifting du site internet de la mairie). La vidéo du conseil est disponible ici.. Après la gouvernance partagée de la communauté urbaine, le jouer collectif de Marseille 2013, place à "la gouvernance décrispée" selon La Provence. Les termes évoluent - un peu- mais les faits restent proches : il s'agit de traduire le nouvel équilibre entre droite et gauche dans les institutions locales. Il s'agit également de montrer à l'intérieur et à l'extérieur que le gouvernement local peut produire du consensus sur les questions de développement économique et d'aménagement. On n'est pas loin de la gouvernance urbaine.
En question lundi, le tracé du tramaway entre la Canebière et la Castellane. Le groupe socialiste s'y était opposé (pour des raisons de coût, de doublon avec le métro,...) mais en échange de l'acceptation de 11 amendements sur 12 déposés, il vote le projet dans une ambiance de "simili consensus" selon Roland Blum. Nous avons déjà évoqué lors d'un précédent billet, le nouvel équilibre politique à Marseille qui réduit considérablement les marges de manœuvres de M. Gaudin. Comment interpréter autrement cette tendance après toutes ces prétendues concessions prétendument accordées à la prétendue opposition ? Mise à part le fait que ces concessions ne sont que des exigences obtenues par les véritables détenteurs du pouvoir urbain.

Les métropolisations

La question en haut de l'agenda métropolitain porte sur le trajet de la LGV. Aujourd'hui le ministre d’Etat, ministre de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement durable et de l’Aménagement du territoire (MEEDDAT) reçoit les élus de la région. Il y a l'enjeu financier bien sûr, 11 milliards environ pour le tracé du littoral contre 8 pour le tracé nord. Il y a l'enjeu stratégique aussi à travers la question de l'accessibilité transrégionale de la métropole marseillaise. La promotion du tracé des métropoles s'inscrit dans l'insertion de Marseille dans un axe horizontal Barcelone-Rome. Si Marseille joue la carte de la Méditerranée, elle ne néglige pas l'atout de l'Europe. Ou comment devenir la capitale euroméditerranéenne sans maîtriser les enjeux continentaux ?

Les marchés mondiaux

De nouvelles prises de positions mondiales pour CMA-CGM, en Syrie cette fois ; une exposition à la Chambre de commerce et d'industrie sur l'Art s'invite au bureau et le lancement des "Mission entreprises 2013" "fer de lance de l'action du monde de l'économie pour préparer 2013' ; enfin, l'Express et le Point consacrent leur une régionale au futur de Marseille. Les maquettes impressionnent : un petit aperçu ici

La diplomatie décentralisée

M. Guérini était en voyage officiel en fin de semaine dernière en Algérie. Il y a rencontré le Président algérien au cours d'un déjeuner d'Etat organisé en l'honneur de Raul Castro (?!). MM. Guérini et Bouteflika aurait "abordé l’Union pour la Méditerranée (UpM) en toute franchise". M. Guérini a tout juste admis "quelques désaccords". "Je crois que le rôle de l’Algérie est fondamental et nécessaire pour l’avenir de l’UpM" a déclaré le Président du Conseil général, l'UpM est interprétée comme une "véritable chance politique qui doit permettre de dépasser les blocages du processus de Barcelone". Les projets de coopération du Conseil général avec l'Etat algérien devrait porter sur "la définition de la politique de l’habitat, le logement, dans les domaines des transports et de la culture et conforter les relations dans le domaine de la santé.''

mardi 20 janvier 2009

Marseille, Gaza et la gestion des "communautés"

) Alors que l'intervention israélienne à Gaza s'achève pour laisser la place médiatique à l'investiture du nouveau Président américain, une polémique est en train de se former à Marseille sur l'attitude des élus locaux pendant le conflit.

Le week end du 10 et 11 janvier, des manifestations se sont tenues dans la région marseillaise les unes pour dénoncer "l'agression israélienne", les autres pour soutenir "le peuple israélien bombardé par le Hamas". Les élus locaux se sont précipités en tête des cortèges dans une certaine confusion.
Rémi Leroux, de Rue89, évoque une répartition des rôles. Les membres du Nouveau Parti Anticapitaliste rejoints par des élus communistes manifestaient aux côtés des organisations palestiniennes alors que les élus de gouvernement (PS, UMP, Nouveau Centre) se sont rangés derrière les banderoles du Crif.

Quelques jours après, une "lettre ouverte de protestation contre la participation d’Elus Marseillais à la Manif du CRIJF du 11/01/2009" est diffusée sur le site de l'Etincelle ("Petit journal numérique des quartiers nord") : "C’est avec stupéfaction que nous avons appris votre participation à la manifestation organisée, le 11 Janvier 2009 par le Conseil Représentatif des Instances Juives de France, manifestation qui avait pour but de soutenir l’armée Israélienne dans l’agression qu’elle mène actuellement à Gaza. Nous citoyens marseillais, électeurs et électrices habitants les quartiers populaires, qui ont largement contribués à vos élections et réélections respectives, sommes ulcérés par la rupture de la neutralité républicaine qui prévaut dans ce type de question et qui aurait du vous amener à une immense retenue dans vos implications partisanes. En tant que simple citoyen le fait de soutenir le peuple palestinien ou l’armée Israélienne relève d’un choix personnel a défaut d’être un choix moral et il s’agit en démocratie d’un droit fondamental. En tant que grands Elu(e)s vous n’êtes pas sans savoir que la préoccupation actuelle des pouvoirs publiques français est le maintien de la cohésion sociale et la lutte contre « l’importation du conflit du Proche Orient » dans l’hexagone. Pensez-vous que le fait de défiler dans les rues de Marseille en manifestant pour soutenir les agissements criminels du gouvernement Israélien soit la marque d’une quelconque sagesse ou d’un courage particulier inhérent à la charge républicaine dont le peuple souverain vous a donner mandat (...) ?"
On note parmi les premiers signataires des intellectuels comme Vincent Geisser (sociologue travaillant sur les questions d'islamophobie et professeur à sciences po. aix), des associatifs comme Charles Hoareau (Président d'Agir Ensemble contre le Chômage) et des politiques comme Armelle Chevassu (candidate aux dernières municipales sur la liste antilibérale "Marseille contre attaque à gauche"), Otmane Aziz (régulièrement candidat Verts / Modem à Belsunze) et des entre-deux comme Nassurdine Haïdari (vice-président du CRAN et adjoint au maire du 1er secteur).

Le samedi suivant, le retour du bâton prend forme...en image. Le site Med'In Marseille ("média euroméditerranéen des diversités à Marseille") met en ligne des vidéos d'une rencontre entre élus, habitants et militants de l'association "Quartiers Nord, Quartiers Forts". On y voit toute la peine qu'éprouve les élus socialistes, et particulièrement Mme Sylvie Andrieux, présente à la manifestation du Crif et très chahutée à la réunion associative, à justifier leur présence à la manifestation du Crif : "La présence de toutes les institutions était justifiée pour dire haut et fort et réaffirmer... même si il y avait des désaccords, moi je peux vous dire qu'on a parlé 30 secondes chacun... et il a fallu que les gens rétablissent le calme...on n'a pas fait plaisir".

Le débat sur la prise de position des élus locaux marseillais sur le conflit israélo-palestinien peut être différemment interprété : S'agit-il de manière classique d'une tentative, en l'occurrence ratée, de "gestion de la symbolique communautaire" ? Pour reprendre l'analyse de Samson et Péraldi : "la gestion de la ville reste conçue par les élites locales comme celle d'un fragile patchwork ethnique ou religieux auquel il faut prêter une attention sans faille". L'illustration de cette gestion peut se trouver dans les stratégies de construction des listes d'éligibles et la représentation en leur sein des membres des "communautés" (processus particulièrement bien analysés par...Vincent Geisser). Les épisodes de la semaine dernière tendent à montrer que la gestion des "communautés imaginées" s'ancre aussi dans le contexte international. Elle ne relève pas du domaine exclusif des élections ou des grands projets institutionnels ( Grande Mosquée, Marseille Espérance...).
Le débat peut enfin faire l'objet d'une lecture intermestic. On peut en effet poser la question de l'enchevêtrement des enjeux mondiaux et locaux dans la gestion de la ville (et plus seulement des communautés). Dans quelle mesure l'impact des évènements de politique internationale se répercutent-ils dans le gouvernement local ? A contrario, quels sont les effets des mobilisations collectives (politiques ou citoyennes) sur le déroulement / la représentation / le règlement de conflits lointains ?

Photos : http://20minutes.marseillebondyblog.fr/

vendredi 2 janvier 2009

Enjeux locaux internationaux 2009 (1) : Les élections européennes

A Le 7 juin prochain se tiendra l'élection du Parlement européen. Depuis les élections de 2004, le scrutin s'organise au sein de 8 circonscriptions interrégionales (Nord-Ouest, Ouest, Est, Sud-Ouest, Sud-Est, Massif central-Centre, Ile-de-France, Outre-Mer). A l'issue du tour unique, les sièges à pourvoir sont répartis entre les circonscriptions proportionnellement à leur population.

Les régles du jeu

Le nombre de candidats par circonscription est égal au double du nombre de sièges à pourvoir dans la circonscription. La liste est composée alternativement d’un candidat de chaque sexe. Est éligible tout citoyen de l’Union européenne âgé de 23 ans révolus. Les ressortissants communautaires autres que Français doivent avoir leur domicile réel en France ou y résider de façon continue depuis au moins six mois. Dans la circonscription du Sud-est, le finlandais Ari Vatanen est dans ce cas. Hormis pour les européennes de 1994 (dans le sillage des débats relatifs au Traité de Maastricht), la participation nationale baisse continûment depuis la première élection du Parlement européen au suffrage universel direct : 60,7% en 1979 ; 56,7% en 1984 ; 48,7% en 1989 ; 52,7 % en 1994 ; 46,8 % en 1999 ; et 43,1% en 2004.

Les sortants

Pour mémoire, voici la liste des députés européens sortants de la circonscription Sud-est :

Jean-Luc Bennahmias MODEM Verts-ALE

Guy Bono Parti Socialiste PSE

Marie-Arlette Carlotti Parti Socialiste PSE

Thierry Cornillet MODEM ADLE

Claire Gibault UDF ADLE

Françoise Grossetête UMP PPE

Jean-Maris Le Pen Front national Non-Inscrits

Patrick Louis MPF Indépendance/Démocratie

Michel Rocard Parti Socialiste PSE

Martine Roure Parti Socialiste PSE

Lydia Schénardi Front national Non-Inscrits

Ari Vatanen UMP PPE

Dominique Vlasto UMP PPE

L'ancrage marseillais est inégal en fonction des élus. La circonscription Sud-est est en fait dominée par des élus des pôles lyonnais et marseillais. Ainsi, on ne peut considérer M. Cornillet (conseil régional Rhône Alpes), Mme Grossetête (adjointe au maire de Saint Etienne), M. Louis (conseiller communautaire du Grand Lyon) ou Mme Roure (conseillère municipale de Lyon) comme étant parties du paysage politique local.

Les enjeux locaux

Au-delà des enjeux traditionnels que posent ce type d'élection en terme de participation électorale et d'évaluation du Front national, l'élection du Parlement européen pourra se lire dans une perspective locale. Un an après les municipales et quelques mois après les sénatoriales, les élections européennes seront l'occasion de mesurer l'état des forces politiques locales. Si les deux leaders ne s'affronteront pas frontalement, la liste UMP dans la circonscription du Sud-Est devrait être conduite par un proche du Président de la République, M. Michel Barnier, ancien Commissaire européen et actuel Ministre de l'Agriculture La figure bruxelloise de la majorité municipale. A l'issue d'une audition des députés européens de la majorité municipale, Mme Dominique Vlasto, aurait acquis le droit de figurer en deuxième position. A gauche, c'est Patrick Mennucci qui devrait mener la liste et remplacerait Michel Rocard qui ne se représentera pas. Les Verts ne disposeront pas de liste autonome mais se rangeront derrière celle du rassemblement Europe Ecologie menée par Daniel Cohen-Bendit. Dans le sud-est c'est toutefois l'adjointe Verte au maire de Valence, Michèle Ravasi qui conduirait la liste. Au centre, enfin, sans surprise M. Bennhamias sera en tête de la liste du Mouvement démocrate. L'ensemble des candidats seront connus à la fin du mois.

mercredi 24 décembre 2008

Le parc national des calanques et le nouvel équilibre politique

A La vidéo postée lors du post précédent semble un peu confuse au Lecteur. Elle mérite donc un peu d'explication.

Au cours du dernier conseil municipal, une discussion a porté sur la création du parc national des calanques. L'ouverture de ce parc est prévu pour 2010 dans les calanques de Marseille, entre Marseille et Cassis, devenant ainsi le premier parc national péri-urbain d'Europe. Il est préparé depuis 1999 par un groupement d’intérêt public (GIP). Doté d'un financement propre, le GIP regroupe des représentants de l'État, des collectivités territoriales, du monde associatif et des propriétaires privés.

Un collectif est par ailleurs créé pour réclamer l'ouverture de ce parc et peser dans les négociations avec les élus locaux. En 1992, par exemple, la Ville de Marseille avait présenté un projet de modification du Plan d'occupation des Sols (POS). Retiré à la suite de la mobilisation du collectif, le nouveau zonage aurait autorisé la construction sur un périmètre initialement prévu pour accueillir le parc national alors que le site est classé depuis 1975 pour la partie terrestre et depuis 1976 pour la partie maritime. En outre, un dispositif législatif est censé protéger l'environnement dans cette zone (citons la Loi Littoral de 1986 et plus récemment la loi relative aux Parcs Nationaux de 2006 qui remplace la loi de 1960).

Pour résumer, on a donc un enjeu environnemental porté par une mobilisation collective de type associatif engagé dans des négociations avec les édiles qui poursuivent des intérêts contradictoires : pour schématiser, protection de l'environnement contre développement économique et aménagement urbain.

Le débat prend un tour politique. Le 15 décembre dernier, nous raconte Le Point, "la majorité du sénateur-maire UMP Jean-Claude Gaudin a approuvé avec des réserves l'avant-projet adopté le 10 octobre par le Groupement d'intérêt public des Calanques de Marseille à Cassis (GIP), portant notamment sur le classement en zone "coeur de parc" de certains espaces déjà urbanisés.". L'opposition enrage et entend faire voter un amendement pour supprimer les réserves. En fait, elle entend mettre la majorité devant une ambiguïté majeure : le sénateur-maire ne serait-il finalement pas purement opposé au parc ? M. Gaundin ne plombe-t-il pas le sujet ? Or, en ces temps de domination normative de l'écologie, il est difficile de paraître opposé à un projet de cet ampleur. Pour se justifier, la majorité évoque des "précautions supplémentaires". En fait, il semblerait que le maire soit sensible aux arguments des habitants des Goudes et de Callelongue qui se sentent menacés par l'initiative.

On entend dans la vidéo, M. Mennucci "exiger" une explication de vote sur le projet afin de montrer l'unité du groupe socialiste (liste Faire Gagner Marseille) face aux hésitations du maire.

Voilà pour le contexte.

Cet épisode montre le nouveau déséquilibre qui semble s'instaurer au sein des mondes politiques marseillais. M. Gaudin dispose de moins en moins de marges de manœuvre face au Conseil général, au Conseil Régional et à la Communauté urbaine détenus par l'opposition municipale. Un partage des tâches semble même se constituer entre leaders de l'opposition résumée comme suit par Rue 89 : "Jean-Noël Guérini passe généralement la première couche. Eugène Caselli, également élu, la seconde. Patrick Mennucci, président du groupe socialiste, assurant pour sa part les finitions." Cette vidéo nous montrerait donc les "finitions". Des finitions qui portent dans la mesure où M. Gaudin se voit contraint (après avoir été qualifié de "despote") non seulement d'accorder à l'opposition l'explication de vote qu'elle souhaitait et le vote sur le projet qui était préalablement refusé par le maire au prétexte que tout le monde était d'accord. En effet, le vote est unanime comme on le voit à la fin. Et M. Mennucci de conclure "voyez c'était pas la peine de s'énerver". Non, en effet. La séquence vise donc à montrer le basculement du lieu du pouvoir communal qui n'est plus municipale. Cependant, il ne s'agit pas de verser dans un institutionnalisme excessif (la configuration des institutions déterminerait des comportements), mais de comprendre comment les rôles des élites politiques locales se trouvent modifier par une situation nouvelle à Marseille : une cohabitation métropolitaine. Le paysage politique marseillais traditionnellement fragmenté se clarifie par une polarisation nette qui remet en question le thème du discours fédérateur avancé depuis la victoire au titre de capitale européenne de la culture.

mardi 23 décembre 2008

Où est l'agora marseillaise ?

athenes-agora-romaine-02.jpg Une comparaison rapide entre les dernières séances du conseil municipal de Marseille et du conseil de la communauté urbaine semblent montrer a priori l'éclatement des configurations politiques locales. Cet échange politique territorialisé de nature conflictuelle contraste avec le mot d'ordre du "jouer collectif" qui inonde les discours politiques depuis la victoire de Marseille-Provence au titre de capitale européenne de la culture en 2013. Ce paradoxe pose la question du siège du pouvoir à Marseille : qui décide ? Comment se construit la décision ? Les réponses à ces questions déterminent directement les conditions de production des stratégies et des politiques locales internationales.

Le conseil municipal est encore dominé par M. Gaudin. On se souvient des films de Michel Samson et de Jean-Louis Comolli, lorsque M. Gaudin, se présentant à la mairie en 1988, déclare : "Maire c'est le plus beau des mandats !". Le même Samson dans son Gouverner Marseille (écrit avec Michel Péraldi) montre dans quelle mesure l'Hôtel de ville est le lieu du pouvoir le plus convoité, le siège suprême de la puissance quand bien même les ressources matérielles de la municipalité sont désormais réduites au profit de la région depuis les lois de la décentralisation de 2003 et de la communauté urbaine depuis la loi Chevènement de 1999. Il semble toutefois que le pouvoir du maire n'a jamais été autant contesté et fragile qu'en cette fin d'année 2008.

"Sous la stabilité, l'effervescence" pour reprendre une formule de Samson/Peraldi. Si M. Gaudin est élu en mars dernier pour un troisième mandat (le plus beau ?), le coup est passé près. M. Guérini fut donné gagnant par les sondages jusque dans l'entre deux tours. Le "découpage" pasquaien a fait le reste. Mais le maire de la ville-mère est désormais le seul de son camp parmi le quadriumvirat qui dirige le territoire marseillais.

Jean-Noël Guérini, le patron des socialistes marseillais, comme il est coutume de le qualifier, dirige le puissant Conseil général (CG) des Bouches du Rhônes.Le budget 2009, "plan de bataille contre la crise", s'élève à 2,215 milliards d’euros (contre 1,653 milliard d'euros pour la mairie). Surtout, il investit les ressources qui lui sont offertes par sa position au CG dans son opposition au conseil municipal. Ainsi M. Guérini a-t-il présenté la semaine dernière un généreux plan de relance pour Marseille dépassant les 500 millions d'euros. Ce "cadeau" offert à M. Gaudin montre moins la générosité politique du Conseil général que la localisation de la puissance économique dans la ville.

Cette stratégie est d'autant plus efficace que M. Guérini n'est pas isolé. A la mairie, il bénéficie du travail de sape de Patrick Menucci. Je vous invite à voir cette vidéo pour s'apercevoir des difficultés auxquelles sont confrontées le maire.

Les socialistes bénéficient également de la majorité au Conseil régional sous la présidence de Michel Vauzelle. M. Vauzelle est récemment intervenu dans la crise sociale qui a perturbé la réouverture de la ligne TER Aix-Marseille pour fustiger la direction de la SNCF.

Enfin, la communauté urbaine est aussi présidée par un socialiste, Eugène Caselli, porté par des circonstances particulièrement confuse. M. Muselier s'en souvient. Mais l'annulation de l'élection de Sylvie Andrieux dans le 7ème secteur (13ème et 14ème arrondissements) risque de perturber l'édifice construit à MPM.

Au final, les analyses classiques sur le système politique marseillais qui font état de la fragmentation du pouvoir semblent particulièrement validées par la situation actuelle. Cette lecture prend le contrepied du discours sur le "jouer collectif" qui a pourtant été interprété comme la clé de la réussite de Marseille-Provence 2013. Toutefois, le multipositionnement des acteurs qui se retrouvent par le jeu du cumul des mandats dans des enceintes différenciées pour discuter de politiques publiques proches - certes avec des compétences parfois différentes - ,s'il brouille les cartes d'interprétation du pouvoir politique local, clarifie paradoxalement la nature des enjeux et du combat politique. Que M. Guérini préside la séance ou le groupe d'opposition, la lutte s'engage sur des termes équivalents. Et M. Gaudin semble de plus en plus isolé.

samedi 15 novembre 2008

Les bonnes nouvelles de Renaud Muselier

Renaud Muselier vient de recevoir deux bonnes nouvelles.

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Le 13 octobre on apprend que le Maire de Marseille lui a confié une "délégation spéciale de fonctions en ce qui concerne la préparation de la Ville de Marseille pour devenir Capitale européenne de la Culture".
M. Muselier sera en fait chargé de la coordination entre les élus responsables des dossiers culturels et internationaux. De même, ce titre lui assure une visibilité auprès des secteurs associatifs et économiques locaux : il serait leur interlocuteur privilégié à l'Hotel de Ville.
Certains mettent en perspective cette décision avec les nouveaux rapports de force politiques à la mairie et à la communauté urbaine. Certes.

Mais la seconde nouvelle apporte un nouvel éclairage sur cette nomination. M. Muselier, déjà vice-président de la Commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale, s'est vu chargé hier d'une mission par le Président de la République : créer un conseil culturel de l'Union pour la Méditerranée (UpM). Cette instance vise à "susciter toutes initiatives publiques et privées ayant pour objet le développement de la dimension culturelle de la politique méditerranéenne de la France, notamment dans le cadre" de l'UPM, et de mobiliser toutes les forces vives de la Méditerranée au service du projet Marseille Provence 2013, capitale européenne de la culture".

Quelques remarques en bref.

- Sur la vie politique marseillaise, cette double responsabilité marque le retour de M. Muselier sur la scène politique marseillaise après son échec à MPM. Ce retour s'effectue par "le haut" (nomination par le Maire et le Président de la République) sur des dossiers inédits pour lui même s'il a été Président d'Euroméditerranée. D'ailleurs sur son blog, M. Muselier met en avant son expérience et son bilan à la tête de l'opération pour justifier de ses compétences. Le problème : gère t-on la coordination d'acteurs culturels comme le pilotage politique (et non opérationnel) d'un programme de développement économique et d'aménagement urbain ?

- Sur le fond: La création d'un conseil culturel de l'UpM est révélateur de la manière dont l'Etat envisage ce projet et celui de Marseille 2013. Tout d'abord, l'Etat entend être omniprésent dans le contenu de Marseille 2013. Par ailleurs, ce contenu sera relié à l'objectif de l'UpM. Ce qui était loin d'être évident au départ : comment concilier l'animation d'évènements culturels locaux - certes à dimension macro-régionale - avec un projet intergouvernemental à forte connotation sécuritaire ? Enfin, mais cela est moins surprenant, si l'on en croit le communiqué, Marseille 2013 reposera sur une dynamique largement porté par le secteur privé. Nous aurons peut-être l'occasion d'y revenir.