Le processus de réformes des collectivités territoriales est entré dans une
nouvelle phase avec la discussion au Parlement du volet consacré à
l’organisation de la nouvelle architecture institutionnelle.
Rappelons que quatre textes sont au programmes : relatifs à l'élection des
membres des conseils des collectivités territoriales et des établissements
publics de coopération intercommunale ; à l'élection des conseillers
territoriaux et au renforcement de la démocratie locale ; à l’organisation
de la concomitance des renouvellements des conseils généraux et des conseils
régionaux ; et à la réforme des collectivités territoriales per
se.
Le Parlement a déjà voté la suppression de la taxe professionnelle et son
remplacement par le dispositif de la «contribution économique
territoriale» à l’occasion du vote de la loi de finance 2010 en décembre
dernier. Cette refondation de l’architecture financière avait,
on s’en souvient, suscité l’opposition d’une partie de la majorité inquiète
du manque à gagner que pourrait constituer cette suppression pour les
collectivités locales. Jean-Pierre Raffarin était par ailleurs intervenu pour
regretter que le débat des finances ait eu lieu avant celui sur les
compétences.
En outre, l’Assemblée nationale a adopté en première lecture, hier, le
texte déjà voté au Sénat organisant la concommitance des renouvellements
des conseils généraux et des conseils régionaux qui réduit le mandat des
membres de ces deux assemblées afin de permettre l’expiration simultanée des
mandats en mars 2014.
Dans cet entrecroisement de textes entre les deux assemblées sur l’objet de la
réforme des collectivités territoriales, le Sénat a engagé le débat sur la
composition des conseils généraux et régionaux et du nombre de conseillers
territoriaux. En juin, le dernier volet de cette réforme devrait s’achever avec
le débat relatif au mode d’élection de ces derniers. Les textes se succèdent,
les oppositions s’organisent et l’incertitude politique et juridique demeure
dans la perspective des élections régionales de mars, d’une part, et dans
l’attente d’une possible saisine du Conseil constitutionnel, d’autre
part.
Comme souvent en matière de processus législatif, l’adoption d’une partie du
dispositif permet d’éclairer les éléments de blocage du débat. Celui-ci semble
se cristalliser autour du rôle du futur conseiller territorial.
Pour
Pierre Mauroy, membre du comité Balladur, dont le
rapport remis au Président de la République a servi de base au projet de
loi, ce point illustre « l’affaiblissement des assemblées »
locales et la « recentralisation » de l’organisation
territoriale de l’État.
Laurent Fabius évoque une « loi de régression territoriale et
financière ». Rejoints par des élus de la majorité, ils défendent le
maintien de la spécificité des missions du conseil général et du conseil
régional et s’opposent à l’argument de la « simplification
administrative », gage d’une réduction des coûts et d’une meilleure
lisibilité de la responsabilité démocratique (3 000 conseillers territoriaux
devant « remplacer » les 6 000 conseillers régionaux et
généraux). L’une des critiques les plus vives concerne à ce titre le mode de
scrutin de ces futurs conseillers territoriaux. Accusé d’obéir à des impératifs
électoraux, le projet prévoit une élection au scrutin uninominal à un tour - le
modèle britannique du winner takes all - et tendrait ainsi à
bipolariser la vie politique locale.
Enfin, certaines voix se sont élevées pour regretter le manque d’ambition en
matière de réforme de l’intercommunalité. En effet,
le projet de loi ne transforme pas le statut juridique des groupements de
communes qui restent des Établissements publics de coopération intercommunale
et non des collectivités territoriales à part entière dotées d’une compétence
générale. Si cette vision est conforme aux voeux formulées par l’AMF,
c’est une version moins « ambitieuse », pour reprendre les termes
de
Jean-Jacques Hyest, Président (UMP) de la Commission des Lois du Sénat, que
celle contenue dans le rapport Balladur qui sera discutée.
Au final, « il n’y a pas de majorité » sur le texte affirme
Gérard Larcher, le Président du Sénat. Cette situation de blocage se
traduit par la crispation des positions :
l’UMP accuse le PS d’utiliser l’argent publique à des fins de propagande
politiques dénigrant la réforme. Pour certains sénateurs, ce n’est pas tout à
fait exact (cf.
cette passe d'arme). L’enjeu du processus de réforme apparaît plus
clairement à mesure que les forces partisanes s’organisent pour la campagne
électorale.
Tag - Politique
mercredi 27 janvier 2010
La cahoteuse réforme des collectivités territoriales
Par Nicolas Maisetti le mercredi 27 janvier 2010, 19:29
jeudi 14 janvier 2010
Frémissements sur le front des politiques locales internationales ?
Par Nicolas Maisetti le jeudi 14 janvier 2010, 12:56
Ce début d’année est déjà riche en actualités dans le domaine des politiques
locales internationales marseillaises. L’occasion de faire un point sur les
récents développements et les perspectives des principaux dossiers.
Compétition politique : tous en place pour les
régionales ?
Presque... Du côté du duel attendu
Mariani/Vauzelle, la campagne semble s’être accélérée - avant même d’avoir
vraiment commencé... -sur le thème de la sécurité et de l’emploi. Comme nous le
décrit
Rémi Leroux, « la droite a attaqué bille en tête. La gauche a
répliqué du tac au tac. La campagne est lancée » sur des enjeux aussi
peu régionaux, que politiques - c’est-à-dire facilement convertibles en clivage
droite / gauche. Au-delà de la passe d’arme Marianni / Menucci sur la
vidéo-surveillance ou la teneur du Plan de relance de la Région, l’un des
effets attendus de cette agitation est de « réduire (la campagne) à un
affrontement UMP / PS » d’autant plus que les autres forces
partisanes peinent à s’organiser.
On apprend aujourd’hui dans
La Provence que Catherine Levraud a finalement été désignée pour diriger la
liste Modem après le retrait de François-Xavier De Peretti. Cette désignation
clôt la phase d’incertitude au sein du mouvement de François Bayrou. Enfin, pas
vraiment selon M. De Peretti qui rappelle justement : « nous
n'avons que la tête de liste, il reste 136 noms à trouver. Quant au programme,
nous sommes la région la plus en retard. Il faut s'y mettre dans
l'urgence.»
Du côté du Front de Gauche, les choses ne sont pas mieux engagées. Le
ralliement de Joël Canapa, Vice-Président communiste du Conseil régional, à
la liste PS dans le Var, repose la question de la stratégie du Parti communiste
de faire liste commune avec le parti de Jean-Luc Mélanchon. D’autre part,
le refus de la
Fédération pour une alternative sociale et écologique de rejoindre le Front de
Gauche compromet un peu plus ses chances d’apparaître comme une liste élargie
de la gauche de la gauche.
Union pour la Méditerranée : des accords,
enfin
Le volontarisme diplomatique de ces
dernières semaines semblent avoir enfin porté leurs fruits. À moins que les
récents développements de l’Union pour la Méditerranée ne soient du aux effets
de lassitude d’un blocage qui persiste depuis plus d’un an. Après l’annulation
de la réunion d’Istanbul, certaines chancelleries désespéraient de trouver
une issue à l’épineuse question de l’identité (et de la nationalité) du futur
Secrétaire général de l’UpM. À Barcelone, au palais de Peladbres pourtant,
tout est pourtant
prêt pour l’accueillir.
Le 5 janvier, le chef de la diplomatie française s’est rendu au Caire pour
exhorter ses collègues à «réveiller »
le projet. Au moment de rencontrer ses homologues égyptiens, espagnols,
tunisiens et jordaniens, Bernard Kouchner
a reconnu « qu’il reste de petits problèmes entre certains
ministres des Affaires étrangères (...). Pour des raisons politiques, nous ne
sommes pas tous les jours d'accord »
Pourtant,
la réunion du Caire a été l’occasion de percées inédites. Premièrement, les
« financements se précisent ».
Les Echos croit savoir, en effet, qu’ « au premier rang des
investisseurs se trouvent la banque allemande de développement KFW, l'Agence
française de développement (AFD), la Banque européenne d'investissement (BEI)
et la Banque mondiale, auxquels s'ajoute le fonds InfraMed mis en oeuvre par la
Caisse française des Dépôts et Consignations (CDC), la Cassa Depositi e
Prestiti d'Italie, EFG Hermès (Egypte) et la Caisse de Dépôt et de Gestion du
Maroc». Au final, ces investissements sont estimés entre 8 et 10 milliards
d’euros. C’est l’une des premières fois qu’est exprimée une évaluation des
moyens mobilisables par l’UpM.
Deuxièmement, un consensus s’est dessiné autour de la candidature de Ahmad
Massa’deh
,
ambassadeur de la Jordanie auprès de l’Union européenne et de l’OTAN, au poste
de Secrétaire général. Son nom proposé par les « 5 du Caire »
a été accepté par les hauts fonctionnaires de l’UpM le 12 janvier. Pour
être effective, la désignation devra être entérinée par les Ministres des
Affaires étrangères des pays membres. La date de la mi-février est évoquée,
mais l’essentiel semble être acquis pour que le Secrétariat technique puisse
commencer à travailler - c’est-dire examiner les projets à financer. Le
Secrétaire général sera assisté par des adjoints palestinien, israélien, turc,
ainsi que représentant la Ligue arabe.
À suivre, « Euroméditerranée ; le Port ; et 2013 »'
lundi 7 décembre 2009
Bilan des enjeux locaux internationaux (1) : compétition électorale
Par Nicolas Maisetti le lundi 7 décembre 2009, 12:51
La fin de l'année approche, il est
temps de sacrifier à l'exercice rituel des bilans. Au début de l'année, j'avais
proposé sur ces pages un rapide tour d'horizon des enjeux locaux internationaux
de l'année 2009. Premier volet, les élections.
Retour en arrière, donc, sur la compétition électorale marquée par le
scrutin européen de juin.
Résultats
Avec 36,93% de participation, on a moins voté dans la circonscription du
Sud-Est que dans le reste de la France (crédité de 40,48%) et même que dans
l'ensemble de l'Union (en
moyenne, 42,94%). On a même moins voté que lors du scrutin de 2004
(40,37%
pour la circonscription du Sud-Est).
La liste UMP conduite par Françoise Grossetête arrive en tête avec 29,34%
des voix. 5 députés UMP sont élus dans la circonscription : Françoise
Grosstête, donc, et Dominique Vlasto, députées sortantes, sont accompagnées de
Damien Abad, Gaston Franco et Michel Dantin, qui font leur entrée au Parlement
européen.
La surprise provient de la liste Europe-Écologie qui, avec 18,27% des
suffrages, devance la liste PS de presque 4 points et compte un élu de plus que
les socialistes. Michèle Rivasi, François Alfonsi et Malika Benarab-Attou
gonfleront la présence des Verts à Strasbourg, tandis que Vincent Peillon
échoue dans son pari et n'emmène qu'une seule élue, Sylvie Guillaume, avec lui.
En 2004, la liste PS, emmenée par Michel Rocard, avait réalisé le score de
28,62%, contre 17,62 à l'UMP.
Pour le reste, Jean-Luc Benhamias conserve son siège, cette fois pour le
MODEM - il était élu Vert en 2004 - en recueillant 7,37% des voix. Une
attention particulière s'était portée sur la liste du Front national.
Jean-Marie Le Pen conserve son siège avec 8,49%, mais perd 4 points par rapport
à 2004 et poursuit son tassement observable au niveau national où le FN ne
recueille que 6,9%. Il fait cependant mieux, sur la scène locale, que les
centristes.
Enfin, le Front de Gauche, le NPA et Libertas arrivent dans cet ordre mais
ne rassemblent chacun qu'entre 4 et 6 % des voix.
Enseignements
Si l'on compare avec ce qui avait été dit sur ces pages en janvier dernier,
on s'aperçoit que les têtes de liste n'ont pas été celle prévues. Alors que
l'on attendait Michèle Barnier à droite et Patrick Mennuci à gauche, c'est le
contraire qui s'est produit avec une élue implantée localement comme tête de
liste de l'UMP et un parachuté pour le PS, désigné en fonction des luttes
internes au PS. Ségolène Royal avait, en effet, obtenu deux têtes de liste pour
ses "proches", Bernadette Vergniaud pour l'Ouest et Vincent Peillon pour le
Sud-Est. C'était avant la
rupture.
Les enjeux locaux ont été particulièrement absents de ce scrutin, toutefois,
on peut se demander si l'expérience et le succès d'Europe-Écologie peuvent se
traduire dans un scrutin régional et sur un terme plus long.
Le PS local est-il si durablement affaibli qu'il n'apparaît plus que comme
la troisième force politique de la région ? Conclusion bien évidemment
hâtive, mais comme le système politique national de la Vème République est tout
entier tourné vers l'élection présidentielle, le système politique local se
structure autour de la conquête de la mairie de la ville-centre. Or, le leader
du PS marseillais, Jean-Noël Guérini concentre toutes ses forces et ses troupes
vers la bataille déjà annoncée de 2014, délaissant les scrutins intermédiaires
ou les utilisant dans l'optique des municipales.
Apparaît-là l'un des grands paradoxes de la vie politique locale : la
mairie conserve aux yeux des acteurs politiques et des citoyens, la primauté en
terme de légitimité politique, alors même que cet échelon n'a jamais été aussi
faible en terme de capacité d'action et de compétences politiques.
Cette contradiction produit des effets de turbulences sur les autres scrutins et enjeux politiques locaux - intermédiaire dans le cadre de la lutte partisane, essentiel dans la production des politiques publiques. Les Verts d'Europe-Écologie ont profité de ce brouillage au moment des Européennes (mais pas seulement : la confusion qui continue de régner au sein du PS au niveau national, ainsi que le relais positif dont bénéficie la question écologique dans l'opinion ne doivent pas être négligés). Qui en profitera en mars prochain pour les Régionales?
lundi 2 novembre 2009
Élections régionales Paca 2009 : enjeux et incertitudes
Par Nicolas Maisetti le lundi 2 novembre 2009, 13:00
Avec la
désignation de Thierry Mariani à la tête de la liste UMP, la pré-campagne
des élections régionales de mars 2009 peut débuter. Le contexte de la
réforme des collectivités territoriales – les candidats partent en campagne
sans savoir s’ils siègeront 4 ou 5 ou 6 ans, s’ils seront conseillers régionaux
ou conseillers territoriaux, si la Région conservera le socle actuel des
compétences et des financements ou s’ils seront « resserrées » etc… –
n’aide pas à clarifier les enjeux d’un scrutin dans lequel les intentions des
uns pourraient masquer les ambitions des autres. Revue de détails.
Les forces en présence
À gauche, Michel Vauzelle est le grand favori pour se succéder à lui-même,
onze ans après son arrivée à la tête de la Région. Les
premiers sondages le placent en tête avec 31 % des voix au premier tour,
soit 8 points de plus que son adversaire de droite et 18 que sa partenaire
écologiste. Au second tour, dans l’hypothèse pour l’instant la plus probable
d’une triangulaire PS/UMP/FN, il est crédité de 50% des suffrages contre 37% à
Thierry Mariani. Le Président Vauzelle a lancé sa campagne le 11 octobre par
une excursion sur la
Montagne Lure comme il l’avait fait en 2003 : c’est « là que
se tenaient les maquis pendant l'Occupation », a-t-il déclaré à l’AFP,
jugeant que « cette allusion à la Résistance convient bien à une
période où on résiste à la financiarisation mondiale et à l'action du président
Sarkozy qui démolit pan par pan les services publics ».
Emportés par leur relatif succès aux européennes de mars dernier, les Verts,
contrairement à 2004, se lancent seuls dans la campagne,. La liste sera
conduite par la magistrate
Laurence Vichnievsky, qui avait co-instruit l’affaire Elf avec Eva Joly.
Suivant le format des européennes, la liste Europe-Écologie comprendra des
militants associatifs et des Verts : « Ma mission va être de
rassembler, c'est un mouvement. L'idée c'est de rassembler les Verts, bien sûr,
car ce sont des écologistes authentiques, et puis les associatifs et des
personnalités extérieures qui partagent les mêmes valeurs ». Une mission
pas facile comme en témoigne le stigmate de « parachutage »
qui a entouré sa désignation.
L’extrême gauche est particulièrement faible puisque le Parti de Gauche mené
par Jean-Marc Coppola, Vice-Président communiste de la Région, est crédité de
3%, et Lutte ourvière de 2%, et le NPA de 1%.
À droite, le
refus d’Hubert Falco, candidat désigné de l’Élysée, a plongé la droite
régionale dans l’embarras. Thierry Mariani, finalement investi, est
moqué pour son manque d’assiduité aux travaux du Conseil régional et
bénéfice d’une faible maîtrise sur les troupes militantes.
C’est vers l’extrême-droite que les experts tentent de trouver les clés du
scrutin. Jean-Marie Le Pen se lance dans, ce qui pourrait être, son ultime
combat électoral. Pour l’instant loin derrière dans les sondages,
le débat lancé par le gouvernement sur l’identité nationale visant à
décentrer le débat politique sur les questions sécuritaires pourrait néanmoins
changer la donne. La liste de la Ligue du Sud, enfin,
soutenue par le Bloc identitaire et conduite par Jacques Bompard, pourrait
cependant coûter le deuxième tour au Front national.
Enjeux
On voit mal ce qui pourrait priver Michel Vauzelle d’un troisième mandat
consécutif. Le scandale suscité par les subventions aux associations qui ont
occasionné la mise en examen du directeur de cabinet du Président et du
Directeur général des services ainsi que le renvoi de la Vice-Présidente,
Sylvie Andrieux, ne semble pas avoir passionné l’opinion.
Rappelons que Tracfin avait mis en doute la réalité des activités de
diverses associations subventionnées par le Conseil régional pour un montant
total voisinant les 700 000 euros. La mise en cause publique du clientélisme,
pratique qui n’épargne d'ailleurs ni
Jean-Claude Gaudin , ni Jean-Noël
Guérini, semble plutôt indiquer son essoufflement, c’est-à-dire son
insuffisance à réguler, désormais, les rapports entre les élus et la société
locale.
La seule incertitude qui pèse sur le scrutin est donc l’hypothèque Bompard. On peut interpréter l’engagement du maire d’Orange dans la campagne, comme la conséquence directe de l’accord passé entre le MPF de Philippe de Viliers, dont Bompard est membre et l’UMP. Le calcul est simple : avec Le Pen au second tour, la droite n’a aucune chance d’inquiéter Vauzelle. Or, la Ligue du Sud, emprunt à la très populiste Ligue du Nord d’Umberto Bossi en Lombardie et en Vénitie, peut grignoter les 2 ou 3 points nécessaires au FN pour dépasser la barre des 10% qui l’empêcherait de perturber le duel Mariani/ Vauzelle. Certes la Ligue du Sud sera « hors du champ de la majorité présidentielle » a cru bon de préciser Jacques Bompard. Il n’empêche, la défense de « l’identité » prônée par le candidat trouve un écho particulier dans le contexte politique actuel.
L’hypothèse d’un basculement de la région Paca à droite reste toutefois peu
probable. Ce qui, au passage, présente un paradoxe étonnant lorsque l’on
observe le rapport de force politique dans lequel l’UMP domine les principales
villes et où Nicolas Sarkozy a dépassé les 60% lors de la dernière élection
présidentielle. Durant les réunions de la majorité, le Président n’évoque même
plus le cas de figure qui conduirait Mariani à la place Jules
Guesdes.
On peut même avancer la provocation suivante : la droite veut-elle vraiment l’emporter ? En effet, la politique locale, on le sait, est structurée par la course à la mairie. Or, Jean-Claude Gaudin se garde bien d’organiser sa succession pour ne pas affaiblir son leadership. Les dauphins présumés (Muselier, Tessier, Roatta, Gilles…) se passeraient bien d’un nouveau challenger. Sur le plan régional, Christian Estrosi pourrait également voir d’un mauvais œil le renforcement d’une autre personnalité aux portes du comté de Nice.
lundi 20 juillet 2009
Élections municipales d'Aix-en-Provence : la gauche "ne donnera pas Aix et son argent à Marseille"
Par Nicolas Maisetti le lundi 20 juillet 2009, 00:00
187 voix d'écart. Maryse Joissains
reste maire d'Aix-en-Provence à l'issue d'une séquence électorale municipale
confuse, violente mais finalement sans surprise. Au cours de l'élection
municipale partielle qui s'est achevée hier soir, il aura été beaucoup
questions de la personnalité de la maire sortante, du Conseil d'État, des
alliances de la gauche locale et de sa recomposition en vue des régionales de
l'année prochaine, de Marseille aussi, peu d'Aix et de son avenir
finalement.
Le recours
En mars dernier, Mme Joissains est réélue marie d'Aix en obtenant 44,28% des
voix au second tout, contre 42,94% pour la liste de gauche menée par Alexandre
Medvedowsky, 12,77% allant à la liste Modem maintenue au second tour par
François-Xavier de Peretti. Le 8 juin, le Conseil d'État décide d'annuler le
scrutin.
Motif: "Les attaques dirigées contre le candidat conduisant la liste
« Génération Aix », et contre certains de ses colistiers, ont revêtu un
caractère exceptionnellement violent. Il (le Conseil d'État) a en particulier
noté qu’un tract anonyme, qui contenait des imputations injurieuses et
diffamatoires mettant en cause la vie privée ou la probité des membres de cette
liste et qui a été évoqué par la presse et sur internet, avait excédé largement
les limites de ce qui peut être toléré dans le cadre de la polémique
électorale. Il a en outre retenu le fait que, dans un article publié dans
l’édition spéciale d’un hebdomadaire à diffusion nationale consacrée à la
campagne aixoise, la candidate élue avait tenu des propos, qu’elle n’avait pas
démentis, mettant clairement en cause la vie privée du candidat de la liste
« Génération Aix » et de certains membres de cette liste. Compte tenu
du retentissement que tous ces éléments ont eu pendant la campagne et de
l’impossibilité, pour le juge, d’en mesurer les conséquences sur la répartition
des suffrages recueillis par chacune des trois listes en présence au second
tour (l’écart des voix séparant la liste l’ayant emporté et la suivante étant
réduit : 1017 voix), le Conseil d’État a décidé d’annuler les élections.
En conséquence, de nouvelles élections devront être tenues dans un délai de
trois mois." (communiqué
officiel du Conseil d'État)
À l'origine de ce recours, Stéphane Salord, adjoint de Mme Joissains lors de
la mandature précédente et alors vice-président de la Communauté
d’agglomération du Pays d’Aix, en charge du développement économique, de
l’emploi, de la politique de la ville et de la culture, et qui s'était engagé
dans la campagne de 2008 au côté de M. de Peretti : "Je me bats au nom
de principes. J’ai donc fait valoir mon droit à me défendre et à contester en
pointant du doigt des abus de langage et d’attitude. Mon but premier, c’était
d’abord de dire : regardez comment se déroulent les campagnes électorales
à Aix… Ça se termine toujours dans la boue et il y en a marre! À titre
personnel, j’estime que notre pays est en retard en matière de déontologie
politique… Peut-être sommes-nous en train de le rattraper ?” avait-il
déclaré au moment du dépôt du recours, refusé en première instance, puis rejeté
par la sous-section du Conseil d'État, enfin validé par la section du
contention, l'une des formations les plus solennelles du Conseil.
Les précédents
Un temps tenté par un recours devant la Cour européenne des droits de
l'Homme pour faire condamner l'État français (coutumière du fait, elle mena à
bien cet objectif en tant qu'avocate dans les affaires du sang contaminé en
1990 et de l'amiante en 2001), Maryse Joissans n'a jamais décoléré contre cette
"décision politique". Une décision politique, donc, qui n'est pas
inédite à Aix.
En 1967, le Conseil d'État inverse le résultat des élections
municipales : Félix Ciccolini (SFIO) devance Henry Mouret (centre-droit)
pourtant élu au motif d'un décompte confus (les "manifestes" glissés dans les
enveloppes n'avaient pas été comptabilisés). En 1977, Felix Ciccolini maire
d'Aix depuis l'épisode des manifestes est réélu de justesse face à Alain
Joissans (le mari). Ce dernier conteste l'élection, arguant du fait que son
adversaire avait revendiqué durant l'entre-deux-tours le soutien d'une liste...
qui n'avait pas donné de consigne de vote. Le Conseil d'État annule. On revote
donc l'année suivante avec les mêmes protagonistes mais les rôles sont
inversés. M. Joissans est élu avec 2 000 voix d'avance (un gouffre dans le
contexte local) sur le maire sortant. Les socialistes déposent un recours
prétextant cette fois et avec raison que l'un des colistiers de la liste
victorieuse ne disposait pas de domicile fiscal sur la commune. Le Conseil
d'État annule. Alain Joissains attendra octobre 1979, pour se voir élire sans
contestation administrative, et au premier tour.
Ce rappel est nécessaire pour comprendre le climat politique dans une ville
pourtant réputée bourgeoise, lisse, étudiante et touristique. Bref, tranquille
en comparaison de son voisin marseillais dont l'ombre tutélaire plane sur le
développement économique et stratégique de la ville et de son agglomération. Le
rejet de la vassalisation fut ainsi un argument de campagne de l'épouse de M.
Joissains, élue pour la première fois en 2001.
La campagne - 1er tour
Du côté de l'opposition, on s'organise, comme on peut. Jean-Noël Guérini,
présenté comme le patron des socialistes du département, accessoirement aussi
le challenger officiel de M. Gaudin à Marseille prévient : "Si les
socialistes aixois ne font pas l'unité, ce sera leur dernier combat. Et s'ils
se trompent, le ménage sera fait et il y aura des parachutages". Le 12
juin, alors qu'une délégation spéciale conduite par sept hauts fonctionnaires
prend le contrôle de la mairie, c'est au Modem d'appeler à l'unité par la voix
de Christophe Madrolle, conseiller municipal et vice-président de la communauté
urbaine de Marseille.
Rapidement, à gauche, c'est Alexandre Medvedowsky qui paraît le plus à même
de réaliser l'unité "des écologistes jusqu'au Modem" quitte à "en
faire frémir à gauche". Effectivement, cela frémit non seulement sur le
plan local, mais également sur le plan national, où la direction du PS est mise
en difficulté sur sa gauche par la percée écologiste aux élections européennes
et dans une moindre mesure, par la création du Parti de Gauche de Jean-Luc
Mélanchon qui n'en attendait pas tant pour dénoncer "le double jeu de
Martine Aubry". Les Verts, quant à eux, entendent surfer sur la vague du
scrutin européen qui les a vus arriver devant les socialistes dans la
circonscription du Sud-Est, réalisant même 7577 voix, soit 21%, pour la seule
ville d'Aix-en-Provence. Une liste "Aix Écologie" est constituée autour de
Hervé Guerrera, dirigeant du Parti Occitan.
Le 18 juin, alors que Medvedowsky parvient à rallier sur sa liste le modem
François-Xavier de Peretti, Mme Joissains voit se constituer à droite une liste
dissidente conduite par...Stéphane Salord qui rassemble des novices et des
anciens de la majorité sortante mécontents des méthodes du maire.
Le premier tour a lieu le 12 juillet. 5 listes au départ. À celles de Mme
Joissains, de MM. Medvedowsky et De Peretti, de M. Salord et de M. Guerrera,
s'ajoutent une liste commune PC, NPA et Parti de gauche, conduite par Nathalie
Leconte qui entend capitaliser sur l'alliance "contre-nature"
PS-Modem.
La campagne est très brève (moins d'un mois) mais très nerveuse. Mme
Joissains reçoit les soutiens des poids lourds nationaux (Bertrand, Borloo,
Falco, Copé...) alors que les sondages la placent en tête à l'issue du premier
tour mais en danger en cas de duel. En plein mois de juillet, le taux
d'abstention focalise les attentions et la course aux procurations est lancée
(au final, ce n'est pas moins de 4 000 procurations qui auraient été
attribuées, soit 10% des suffrages exprimés au second tour). Les thèmes de la
campagne se concentrent sur la moralité de la gestion de la municipalité
qualifiées de "non-éthiques" par M. Salord. Au centre du débat, la
question de l'office HLM de la ville et notamment le possible conflit d'intérêt
entre la ville et le Centre communal d'action sociale. Les conditions de
nomination de Mireille Mantot et son salaire en tant que directrice de Pays
d'Aix Habitat (plus de 7 000 euros) suscitent les interrogations et la
polémique.
Le résultat, "Maryse seule contre tous"
Alors que les sondages laissaient entendre que le maintien au second tour
des 5 listes étaient possibles, le scrutin du 12 juillet rend son verdict. Avec
43,31% des voix, la liste de la maire sortante devance la liste PS-MoDem-PRG
créditée de 34,08% des suffrages. La liste écologiste obtient 11,31%, celle du
divers-droite Stéphane Salord 7,08%, et celle du rassemblement PCF-NPA-PG,
4,21%. La participation s'élève à 44,05% contre 59,18% au premier tour des
municipales de 2008.
L'entre-deux-tours est agitée par la question des alliances. Les Verts
rejoignent la liste PS-Modem, sentant la chance historique de ravir la mairie à
la droite (le dernier maire socialiste, Jean-François Picheral, administra la
commune de 1989 à 2001). M. Salord appelle à voter contre Mme Joissains dans un
tract au titre évocateur "La Perdition des Valeurs". La campagne se
tend. M.Medvedowsky convoque la presse pour dénoncer les propos d'un tract
attribué à l'UMP local. Et promet de ne pas en rester-là en cas de
défaite.
Et défaite, il y a, quelques jours plus tard Avec 50,22% des voix, Maryse
Jouaissains est réélue. Pour Jean-Ckaude Gaudin, "face à la coalition des
rancunes, coalitions hétéroclites et de circonstances, Maryse Joissains, seule
contre tous, remporte l’élection" .
Enseignement et perspectives
À l'issue de ce récit, forcément incomplet, des question subsistent. À Aix même, on peut se demander comment Mme Jouissains va pouvoir gérer sa collectivité - et ses conseils municipaux - dans un tel climat de suspicion généralisée où chaque crédit, subvention ou prise de position sera scrutée et jugée jusqu'aux tribunaux administratifs. Les colistiers de Medvedowsky laissent par ailleurs entendre qu'ils pourraient déposer des recours en annulation au motif incertain que "toute une série de publications ont été de nature à semer le trouble". Sur le plan de l'agglomération aixoise, on peut se demander si cette élection peut redistribuer les cartes. Suite à l'annulation de l'élection municipale, en effet, 48 conseillers communautaires d'Aix avaient été empêchés de siéger et Mme Jouissains privée de son poste de Présidente de la Communauté urbaine. Sur le plan de la grande agglomération, c'est à dire des relations avec Marseille, la maire élue avait averti les électeurs que son challenger entendait "donner Aix et son argent à Marseille". Derrière la formule provocatrice, apparaît l'affirmation de la stratégie d'autonomie d'Aix vis-à-vis de Marseille-Métropole. À voir cependant les réactions réjouies de MM. Gaudin et Muselier, nul doute qu'un résultat différent aurait pu déséquilibrer un peu plus la répartition des forces politiques locales en prévision des élections régionales du printemps prochain.
mardi 9 juin 2009
Élections du Parlement européen : les élus de la circonscription Sud-Est
Par Nicolas Maisetti le mardi 9 juin 2009, 09:17
Les élections du Parlement européen qui se sont tenues dimanche n'ont pas été
déterminées, en France comme ailleurs, par les enjeux européens ou par les
enjeux locaux - voire par la combinaison des deux, c'est-à-dire la capacité des
programmes et des candidats à faire valoir des intérêts locaux et régionaux sur
la scène européenne. Pourtant, la récente polémique sur
le vin rosé et la mobilisation victorieuse des appellations de Provence
rappelle l'une des fonctions des parlementaires européens : le relais
entre des espaces politiques d'échelles différentes.
Des collaborateurs de député m'ont confié en ces termes les contours de
cette articulation : "Si le commissaire européen en charge des
Transports, qui est par exemple Français, comme c’est le cas avec Jacques
Barrot, que le député européen est en commission Transport, cela peut faciliter
la discussion en disant « voilà, ce qu’il serait intéressant pour une
ville comme Marseille, quels sont les programmes européens qui permettraient
de… ». Donc, on crée une relation de travail mais à partir des programmes
européens." Pour un député réélu dimanche : "une des choses dont
je vais beaucoup plus m’occuper au cours de mon second mandat sera de voir
quelles sont les liaisons à mettre en place entre le local, mais extensible,
eurorégional, de l’ensemble des départements sur lesquels je suis élu ; et
le niveau européen. C’est-à-dire quelle aide je peux apporter en tant que
parlementaire européen ? Parce que pour l’instant je n’ai pas eu le temps
de faire cela. L’élu local qui a du pouvoir dans les relations internationales,
c’est le Maire, le Président du Conseil général, le Président de
l’intercommunalité, le Président du Conseil régional. En ce qui nous
concerne..."
Pour autant, le rôle des élus locaux et régionaux n'échappe pas à la
bruxellisation comme en témoigne ce diplomate, spécialiste des affaires
européennes : "les élus, eux-mêmes, ont une action de lobbying. Il est
de plus en plus fréquent, et d’ailleurs à Paris cela énerve des ministères, de
voir des Présidents de Conseils régionaux se déplacer à Bruxelles et aller
rencontrer les Commissaires en charge de tel ou tel dossier, et d’aller plaider
en direct leurs dossiers. C’est quelque chose d’assez nouveau puisque
traditionnellement le domaine des organisations internationales, ce n’est pas
la chasse gardée, mais c’est essentiellement l’Etat". Certes, il n'est pas
question ici des parlementaires européens, mais ceux-ci peuvent être sollicités
dans le cadre de la défense de projets spécifiques de dimension européenne,
comme cela a été le cas avec la candidature de Marseille-Provence
2013.
Qui sont donc les élus qui seront chargés de promouvoir ces enjeux locaux à
Strasbourg (et à Bruxelles) ?
Petit tour d'horizon qui se limitera aux 13 élus de la grande
circonscription sud-est qui comprend la Corse, Paca et Rhône-Alpes.
Le grand vainqueur reste ici comme ailleurs, l'abstention, puisqu'avec un
taux de participation de 39,63 %, la circonscription a moins voté que
l'ensemble du pays avec un taux de 43,01 % et moins que l'ensemble des 27 avec
un taux de 42,94 %.
L'UMP arrive en tête au niveau de la circonscription avec 29,5 % des
suffrages (en progression de 12 points par rapport aux élections européennes de
2004). Dans les Bouches-du-Rhône, le résultat est un peu en-deçà pour la liste
de la stéphanoise Françoise Grossetête qui réalise un score de 26,9 %. La liste
UMP parvient à envoyer cinq élus (3 femmes, 2 hommes). Françoise
Grossetête est une ancienne adjointe du maire de Saint-Étienne, Michel
Thiollière battu aux dernières municipales. Députée européen depuis depuis 1994
et Vice-présidente du groupe du Parti populaire européen depuis 1999, elle
vient d'être nommée par son parti pour conduire la liste UMP aux prochaines
élections régionales. Damien Abad sera le benjamin du
Parlement européen à 29 ans. Président des Jeunes Centristes (Nouveau Centre) à
sa sortie de Sciences Po., il est conseiller municipal de Vauvert dans le Gard,
son département de naissance. Dominique Vlasto est réélue sans
surprise. L'adjointe au maire de Marseille chargée du Tourisme et des Congrès
rempliera un troisième mandat. Gaston Franco, ancien député,
proche de Christian Estrosi, est maire du village de Saint-Martin-Vésubie à
côté de Nice. Il ira siéger pour la première fois au Parlement européen à
Strasbourg le 14 juillet. Enfin, Nora Berra, médecin, membre
du Mouvement des musulmans laïcs de France et conseillère municipale de
Neuville-sur-Saône, fut tête de liste
Perben dans le 8ème arrondissement de Lyon lors des dernières municipales.
Finalement, sur les 5 élus, on compte une Stéphanoise, une Lyonnaise, un
Nîmois, un Niçois et une Marseillaise ; une élus issue de la diversité et
de la société civile ; un très jeune ; et deux professionnelles de la
politique européenne.
Surprise, en deuxième position, on trouve la liste d'Europe-Écologie qui,
avec 18,27 % remporte trois sièges. En 2004, les Verts conduits par Jean-Luc
Benhamias avaient réalisé un score de 12%. Michèle Rivasi,
normalienne et biologiste, ancienne députée de la majorité plurielle de Lionel
Jospin est depuis mars 2008, adjointe au maire de Valence et Vice-présidente du
Conseil général de la Drôme pour les Verts. François Alfonsi
est le porte-parole du Parti de la Nation Corse, membre de la Fédération des Partis
Politiques Régionalistes et Autonomistes. Enfin, Malika
Benarab-Attou est une
militante des Verts à Chambéry, cadre à la Sécurité Sociale. Bilan pour les
Verts d'Europe-Écologie, deux femmes, un homme, une Drômoise, un Corse, une
Savoyarde. Au-delà de la sensibilité écolo, ces élus viendront à Strasbourg
pour porter des revendications - sinon, des intérêts - de lieux à forte
identité culturelle.
Cruelle déception pour le PS et son leader dans le Sud-Est, Vincent
Peillon, qui avec 14,49 % des suffrages, ne qualifient que deux
candidats - contre 5 lors de la mandature précédente. Il siégera au Parlement
européen pour un deuxième mandat avec Sylvie Guillaume,
adjointe de Gérard Colomb à Lyon aux affaires sociales.
Jean-Luc Benhamias avec 7,37 % des voix sauve son siège
pour le MODEM ; tout comme Jean-Marie Le Pen, dont la
liste réalise 8,49% (en recul de 4 points par rapport à 2004) et qui devient le
doyen du Parlement européen. Enfin, Marie-Christine Vergiat,
militante de la Ligue des Droits de l'Homme, fait son entrée à Strasbourg sur
la liste du Front de Gauche qui réalise 5,90%.
Les autres listes ne disposeront pas d'élus. On trouve dans l'ordre NPA avec
4,33%, MPF-CPN avec 4,29%, Alliance Écologie menée par Francis Lalanne, 3,75%
et Debout la République avec 1,99%. 11 autres listes réalisent moins de 1% des
suffrages.
Une élection se clôt et déjà des projections se réalisent sur les élections régionales qui auront lieu le printemps prochain et au cours de laquelle, la domination du Parti socialiste risque d'être ébranlée si l'on s'en tient à la photographie du paysage local et régional actuelle. En politique, comme ailleurs, la vérité du jour...
mercredi 1 avril 2009
Marseille 2013 : les premières fissures du jouer collectif
Par Nicolas Maisetti le mercredi 1 avril 2009, 15:19
La
désignation
en septembre dernier de la ville de Marseille du territoire
Marseille-Provence, comme Capitale européenne de la culture a suscité
l’enthousiasme mais aussi la surprise des observateurs et des acteurs de
l’actualité marseillaise. « Marseille 2013, c'est la victoire d'une
méthode : le jouer collectif, a déclaré M.
Pfister, le président de la candidature, c'est la réussite d'un
formidable élan du territoire Marseille-Provence, dont les acteurs politiques,
économiques et culturels de 130 communes ont su se rassembler autour d'un même
projet militant ». En conférence de presse ou sur leur blog personnel, les
trois élus principaux de la région se félicitent de cette unité retrouvée. Pour
M.
Gaudin, « c’est l'esprit d'équipe qui a gagné. Nous avons eu
l'appui de 80 collectivités qui ont toutes une richesse extraordinaire. Nous
nous sommes réunis et nous avons gagné » ;
M. Guérini, « ensemble, au-delà des clivages politiques, nous
avons su relever un véritable défi. Ensemble, je suis certain que nous ferons
gagner la culture dans les Bouches-du-Rhône et à Marseille » ; ou
M. Vauzelle , « la
victoire d’aujourd’hui est le résultat d’une démarche exemplaire de partenariat
entre les différentes collectivités dont la Région se félicite. C’est une belle
image de la politique et de notre région que nous avons offerte, en démontrant
notre capacité à travailler ensemble, élus de tous bords, acteurs culturels et
économiques, sur un projet majeur pour notre développement et notre
rayonnement ».
Cette unité davantage qu’un consensus semble avoir été assuré par le
pilotage du monde patronal local, métropolitain regroupé autour de la Chambre
de commerce et de son président Jacques Pfister, par ailleurs président de
l’association
Marseille-Provence 2013. La dépolitisation de la conduite du projet fut un
atout dans la candidature : elle a permis de désamorcer par avance les
rivalités et de surmonter la fragmentation politique. Ainsi, la gouvernance de
l’association assure la stricte égalité des collectivités locales et des
institutions partenaires dans la prise de décision. À l’image du projet de
Lille 2004, cette méthode a contribué à reconsidérer le pouvoir métropolitain
autour de représentations internationalisées et managériales à rebours du
folklore régional promues par certaines structures associatives culturelle
locales et par certains élus.
Les «Ateliers
de l’Euroméditerranée » imaginées par Jean Digne dans son projet de
« Mille Talents, Milles Projets, Mille Entreprises » entendent
développer dans les entreprises de Marseille, l’accueil et le travail en
résidence de créateurs et d’artistes internationaux. Il est révélateur de
souligner que le projet de M. Digne est issu d’une commande des « Mécènes du Sud » fondés par une dizaine
de grandes entreprises dont les activités sont tournées vers l’international et
qui fut le format de départ de la candidature.
On pourrait à l’envi insister sur la primauté des élites économiques
métropolitaines sur les mondes politiques marseillais. Cette primauté,
toutefois, ne doit pas nous conduire à conclure à la subordination des élus
face aux patrons. Ces derniers se sont appuyés sur les édiles et leurs
ressources pour relayer des intérêts partagés auprès des institutions
européennes. L’idée est en effet d’utiliser la culture comme un levier
d’attractivité et promotion de territoire. L’organisation d’évènements
culturels n’est pas la finalité de l’opération. Celle-ci réside davantage dans
la progression de l’agglomération marseillaise dans la hiérarchie des villes
européennes. Le
Club Ambition Top 20 mis en place par la Chambre de commerce organise des
road shows dans les villes européennes pour promouvoir la candidature
et occuper un rang supérieur dans la compétition territoriale. La trajectoire
de la candidature est ainsi un objet particulièrement intéressant pour observer
la pluralité des changements d’échelles qui président à la transformation des
pouvoirs urbains et à l’émergence d’une gouvernance métropolitaine à
Marseille.
Cette gouvernance n’est pas synonyme, nous le répétons car la notion de
gouvernance est parfois sujette à des interprétations en ce sens, d’une
évacuation du politique. La récente empoignade lors du
Conseil municipal de la ville de Marseille en début de semaine est là pour
en témoigner. La passe d’armes qui a opposé Renaud Muselier, délégué spécial de
la ville pour la Capitale européenne de la culture 2013, et Jean-Nöel Guerrini,
chef de file de l’opposition municipale, indique que nous sommes passés à une
autre phase dans le projet. Une phase propice au reclassement des acteurs
politiques.
La polémique porte sur une
information faisant état de la volonté de la mairie de mettre en place un
« guichet unique » qui permettrait de centraliser les
demandes de participation aux projets culturels et le cas échéant, de les
sélectionner. L’enjeu n’est pas mince : la mairie, qui a participé dans la
phase de la candidature à hauteur de 90% du financement de l’association,
entendrait décider seule de l’attribution du label et des financements
inhérents.
Le groupe socialiste réagit par une
lettre adressée à M. Gaudin et parue dans les quotidiens régionaux samedi
dernier appelant curieusement au « rassemblement ». L’issue de la
controverse n’est pas l’essentiel ici. Retenons que les élus sont de retour
sur le devant de la scène 4 ans avant le lancement des festivités officielles.
Cette lutte pour une potentielle récupération ne sera pas sans inquiéter les
chefs d’entreprise qui avaient tout mis en ouvre pour éviter les retombées
négatives de la division politique.
Une inconnue demeure, celle de l’exclusion du tissu associatif local de la définition du projet culturel. Thème sur lequel nous aurons probablement l’occasion d’y revenir.
En partenariat avec
Rue89 / Marseille 89 
mercredi 11 février 2009
De retour de terrain
Par Nicolas Maisetti le mercredi 11 février 2009, 10:56
De retour
de terrain, il est temps de reprendre le fil du blog et de faire le point sur
mes cercles des politiques locales internationales.
La politique locale
En début de semaine, s'est tenu
le conseil municipal (au passage on notera le relifting du site internet de la
mairie). La vidéo du conseil est disponible
ici.. Après la gouvernance partagée de la communauté urbaine, le jouer
collectif de Marseille 2013, place à "la gouvernance décrispée" selon
La Provence. Les termes évoluent - un peu- mais les faits restent
proches : il s'agit de traduire le nouvel équilibre entre droite et gauche
dans les institutions locales. Il s'agit également de montrer à l'intérieur et
à l'extérieur que le gouvernement local peut produire du consensus sur les
questions de développement économique et d'aménagement. On n'est pas loin de la
gouvernance urbaine.
En question lundi, le tracé du tramaway entre la Canebière et la Castellane. Le
groupe socialiste s'y était opposé (pour des raisons de coût, de doublon avec
le métro,...) mais en échange de l'acceptation de 11 amendements sur 12
déposés, il vote le projet dans une ambiance de "simili consensus"
selon Roland Blum. Nous avons déjà évoqué lors d'un précédent billet, le
nouvel équilibre politique à Marseille qui réduit considérablement les
marges de manœuvres de M. Gaudin. Comment interpréter autrement cette tendance
après toutes ces prétendues concessions prétendument accordées à la prétendue
opposition ? Mise à part le fait que ces concessions ne sont que des
exigences obtenues par les véritables détenteurs du pouvoir urbain.
Les métropolisations
La question en haut de l'agenda métropolitain porte sur le trajet de la LGV.
Aujourd'hui le ministre d’Etat, ministre de l’Ecologie, de l’Energie, du
Développement durable et de l’Aménagement du territoire (MEEDDAT) reçoit les
élus de la région. Il y a l'enjeu financier bien sûr, 11 milliards environ pour
le tracé du littoral contre 8 pour le tracé nord. Il y a l'enjeu stratégique
aussi à travers la question de l'accessibilité transrégionale de la métropole
marseillaise. La promotion du tracé des métropoles s'inscrit dans l'insertion
de Marseille dans un axe horizontal Barcelone-Rome. Si Marseille joue la carte
de la Méditerranée, elle ne néglige pas l'atout de l'Europe. Ou comment devenir
la capitale euroméditerranéenne sans maîtriser les enjeux continentaux
?
Les marchés mondiaux
De nouvelles prises de positions mondiales pour CMA-CGM,
en Syrie cette fois ; une exposition à la Chambre de commerce et
d'industrie sur l'Art s'invite
au bureau et le lancement des "Mission entreprises 2013" "fer de lance
de l'action du monde de l'économie pour préparer 2013' ; enfin,
l'Express et le Point
consacrent leur une régionale au futur de Marseille. Les maquettes
impressionnent : un petit aperçu ici
La diplomatie décentralisée
M. Guérini était en voyage officiel en fin de semaine dernière en Algérie. Il y a rencontré le Président algérien au cours d'un déjeuner d'Etat organisé en l'honneur de Raul Castro (?!). MM. Guérini et Bouteflika aurait "abordé l’Union pour la Méditerranée (UpM) en toute franchise". M. Guérini a tout juste admis "quelques désaccords". "Je crois que le rôle de l’Algérie est fondamental et nécessaire pour l’avenir de l’UpM" a déclaré le Président du Conseil général, l'UpM est interprétée comme une "véritable chance politique qui doit permettre de dépasser les blocages du processus de Barcelone". Les projets de coopération du Conseil général avec l'Etat algérien devrait porter sur "la définition de la politique de l’habitat, le logement, dans les domaines des transports et de la culture et conforter les relations dans le domaine de la santé.''
mardi 20 janvier 2009
Marseille, Gaza et la gestion des "communautés"
Par Nicolas Maisetti le mardi 20 janvier 2009, 11:36
Alors
que l'intervention israélienne à Gaza s'achève
pour laisser la place médiatique à
l'investiture du nouveau Président américain, une polémique est en train de se
former à Marseille sur l'attitude des élus locaux pendant le conflit.
Le week end du 10 et 11 janvier, des manifestations se sont tenues dans la
région marseillaise les unes pour dénoncer "l'agression israélienne",
les autres pour soutenir "le peuple israélien bombardé par le Hamas".
Les élus locaux se sont précipités en tête des cortèges dans une certaine
confusion.
Rémi Leroux, de Rue89, évoque une
répartition des rôles. Les membres du Nouveau Parti Anticapitaliste
rejoints par des élus communistes manifestaient aux côtés des organisations
palestiniennes alors que les élus de gouvernement (PS, UMP, Nouveau Centre) se
sont rangés derrière les banderoles du Crif.
Quelques jours après, une "lettre
ouverte de protestation contre la participation d’Elus Marseillais à la Manif
du CRIJF du 11/01/2009" est diffusée sur le site de l'Etincelle ("Petit
journal numérique des quartiers nord") : "C’est avec stupéfaction que
nous avons appris votre participation à la manifestation organisée, le 11
Janvier 2009 par le Conseil Représentatif des Instances Juives de France,
manifestation qui avait pour but de soutenir l’armée Israélienne dans
l’agression qu’elle mène actuellement à Gaza. Nous citoyens marseillais,
électeurs et électrices habitants les quartiers populaires, qui ont largement
contribués à vos élections et réélections respectives, sommes ulcérés par la
rupture de la neutralité républicaine qui prévaut dans ce type de question et
qui aurait du vous amener à une immense retenue dans vos implications
partisanes. En tant que simple citoyen le fait de soutenir le peuple
palestinien ou l’armée Israélienne relève d’un choix personnel a défaut d’être
un choix moral et il s’agit en démocratie d’un droit fondamental. En tant que
grands Elu(e)s vous n’êtes pas sans savoir que la préoccupation actuelle des
pouvoirs publiques français est le maintien de la cohésion sociale et la lutte
contre « l’importation du conflit du Proche Orient » dans l’hexagone.
Pensez-vous que le fait de défiler dans les rues de Marseille en manifestant
pour soutenir les agissements criminels du gouvernement Israélien soit la
marque d’une quelconque sagesse ou d’un courage particulier inhérent à la
charge républicaine dont le peuple souverain vous a donner mandat (...)
?"
On note parmi les premiers signataires des intellectuels comme Vincent Geisser
(sociologue travaillant sur les questions d'islamophobie et professeur à
sciences po. aix), des associatifs comme Charles Hoareau (Président d'Agir
Ensemble contre le Chômage) et des politiques comme Armelle Chevassu (candidate
aux dernières municipales sur la liste antilibérale "Marseille contre attaque à
gauche"), Otmane Aziz (régulièrement candidat Verts / Modem à Belsunze) et des
entre-deux comme Nassurdine Haïdari (vice-président du CRAN et adjoint au maire
du 1er secteur).
Le samedi suivant, le retour du bâton prend forme...en image. Le site Med'In
Marseille ("média euroméditerranéen des diversités à Marseille") met en ligne des vidéos
d'une rencontre entre élus, habitants et militants de l'association
"Quartiers Nord, Quartiers Forts". On y voit toute la peine qu'éprouve
les élus socialistes, et particulièrement Mme Sylvie Andrieux, présente à la
manifestation du Crif et très chahutée à la réunion associative, à justifier
leur présence à la manifestation du Crif : "La présence de toutes les
institutions était justifiée pour dire haut et fort et réaffirmer... même si il
y avait des désaccords, moi je peux vous dire qu'on a parlé 30 secondes
chacun... et il a fallu que les gens rétablissent le calme...on n'a pas fait
plaisir".
Le débat sur la prise de position des élus locaux marseillais sur le conflit
israélo-palestinien peut être différemment interprété : S'agit-il de
manière classique d'une tentative, en l'occurrence ratée, de "gestion de la
symbolique communautaire" ? Pour reprendre l'analyse de Samson et
Péraldi : "la gestion de la ville reste conçue par les élites locales
comme celle d'un fragile patchwork ethnique ou religieux auquel il faut prêter
une attention sans faille". L'illustration de cette gestion peut se
trouver dans les stratégies de construction des listes d'éligibles et la
représentation en leur sein des membres des "communautés" (processus
particulièrement bien analysés par...Vincent Geisser). Les épisodes de la
semaine dernière tendent à montrer que la gestion des "communautés
imaginées" s'ancre aussi dans le contexte international. Elle ne relève
pas du domaine exclusif des élections ou des grands projets institutionnels (
Grande Mosquée, Marseille Espérance...).
Le débat peut enfin faire l'objet d'une lecture intermestic. On peut
en effet poser la question de l'enchevêtrement des enjeux mondiaux et locaux
dans la gestion de la ville (et plus seulement des communautés). Dans quelle
mesure l'impact des évènements de politique internationale se répercutent-ils
dans le gouvernement local ? A contrario, quels sont les effets des
mobilisations collectives (politiques ou citoyennes) sur le déroulement / la
représentation / le règlement de conflits lointains ?
vendredi 2 janvier 2009
Enjeux locaux internationaux 2009 (1) : Les élections européennes
Par Nicolas Maisetti le vendredi 2 janvier 2009, 10:14
Le 7 juin
prochain se tiendra l'élection du Parlement
européen. Depuis les élections de 2004, le scrutin s'organise au sein de 8
circonscriptions interrégionales (Nord-Ouest, Ouest, Est, Sud-Ouest, Sud-Est,
Massif central-Centre, Ile-de-France, Outre-Mer). A l'issue du tour unique, les
sièges à pourvoir sont répartis entre les circonscriptions proportionnellement
à leur population.
Les régles du jeu
Le nombre de candidats par circonscription est égal au double du nombre de
sièges à pourvoir dans la circonscription. La liste est composée
alternativement d’un candidat de chaque sexe. Est éligible tout citoyen de
l’Union européenne âgé de 23 ans révolus. Les ressortissants communautaires
autres que Français doivent avoir leur domicile réel en France ou y résider de
façon continue depuis au moins six mois. Dans la circonscription du Sud-est, le
finlandais Ari Vatanen est dans ce cas. Hormis pour les européennes de 1994
(dans le sillage des débats relatifs au Traité de Maastricht), la participation
nationale baisse continûment depuis la première élection du Parlement européen
au suffrage universel direct : 60,7% en 1979 ; 56,7% en 1984 ;
48,7% en 1989 ; 52,7 % en 1994 ; 46,8 % en 1999 ; et 43,1% en
2004.
Les sortants
Pour mémoire, voici la liste des députés européens sortants de la
circonscription Sud-est :
• Jean-Luc Bennahmias MODEM
Verts-ALE
• Guy Bono Parti Socialiste
PSE
• Marie-Arlette Carlotti Parti
Socialiste PSE
• Thierry Cornillet MODEM
ADLE
• Claire Gibault UDF
ADLE
• Françoise Grossetête UMP
PPE
• Jean-Maris Le Pen Front
national Non-Inscrits
• Patrick Louis MPF
Indépendance/Démocratie
•
Michel Rocard Parti Socialiste PSE
• Martine Roure Parti
Socialiste PSE
• Lydia
Schénardi Front national Non-Inscrits
• Ari Vatanen
UMP PPE
• Dominique
Vlasto UMP PPE
L'ancrage marseillais est inégal en fonction des élus. La circonscription
Sud-est est en fait dominée par des élus des pôles lyonnais et marseillais.
Ainsi, on ne peut considérer M. Cornillet (conseil régional Rhône Alpes), Mme
Grossetête (adjointe au maire de Saint Etienne), M. Louis (conseiller
communautaire du Grand Lyon) ou Mme Roure (conseillère municipale de Lyon)
comme étant parties du paysage politique local.
Les enjeux locaux
Au-delà des enjeux traditionnels que posent ce type d'élection en terme de participation électorale et d'évaluation du Front national, l'élection du Parlement européen pourra se lire dans une perspective locale. Un an après les municipales et quelques mois après les sénatoriales, les élections européennes seront l'occasion de mesurer l'état des forces politiques locales. Si les deux leaders ne s'affronteront pas frontalement, la liste UMP dans la circonscription du Sud-Est devrait être conduite par un proche du Président de la République, M. Michel Barnier, ancien Commissaire européen et actuel Ministre de l'Agriculture La figure bruxelloise de la majorité municipale. A l'issue d'une audition des députés européens de la majorité municipale, Mme Dominique Vlasto, aurait acquis le droit de figurer en deuxième position. A gauche, c'est Patrick Mennucci qui devrait mener la liste et remplacerait Michel Rocard qui ne se représentera pas. Les Verts ne disposeront pas de liste autonome mais se rangeront derrière celle du rassemblement Europe Ecologie menée par Daniel Cohen-Bendit. Dans le sud-est c'est toutefois l'adjointe Verte au maire de Valence, Michèle Ravasi qui conduirait la liste. Au centre, enfin, sans surprise M. Bennhamias sera en tête de la liste du Mouvement démocrate. L'ensemble des candidats seront connus à la fin du mois.
mercredi 24 décembre 2008
Le parc national des calanques et le nouvel équilibre politique
Par Nicolas Maisetti le mercredi 24 décembre 2008, 12:01
La
vidéo postée
lors du post précédent semble un peu confuse au Lecteur. Elle mérite donc un
peu d'explication.
Au cours du dernier conseil
municipal, une discussion a porté sur la création du parc national des calanques. L'ouverture de ce
parc est prévu pour 2010 dans les calanques de Marseille, entre Marseille et
Cassis, devenant ainsi le premier parc national péri-urbain d'Europe. Il est
préparé depuis 1999 par un groupement d’intérêt public (GIP). Doté d'un
financement propre, le GIP regroupe des représentants de l'État, des
collectivités territoriales, du monde associatif et des propriétaires
privés.
Un collectif est par
ailleurs créé pour réclamer l'ouverture de ce parc et peser dans les
négociations avec les élus locaux. En 1992, par exemple, la Ville de Marseille
avait présenté un projet de modification du Plan d'occupation des Sols (POS).
Retiré à la suite de la mobilisation du collectif, le nouveau zonage aurait
autorisé la construction sur un périmètre initialement prévu pour accueillir le
parc national alors que le site est classé depuis 1975 pour la partie terrestre
et depuis 1976 pour la partie maritime. En outre, un dispositif législatif est
censé protéger l'environnement dans cette zone (citons la Loi Littoral de 1986
et plus récemment la loi relative aux Parcs Nationaux de 2006 qui remplace la
loi de 1960).
Pour résumer, on a donc un enjeu environnemental porté par une mobilisation
collective de type associatif engagé dans des négociations avec les édiles qui
poursuivent des intérêts contradictoires : pour schématiser, protection de
l'environnement contre développement économique et aménagement
urbain.
Le débat prend un tour politique. Le 15 décembre dernier, nous raconte
Le Point, "la majorité du sénateur-maire UMP Jean-Claude Gaudin a
approuvé avec des réserves l'avant-projet adopté le 10 octobre par le
Groupement d'intérêt public des Calanques de Marseille à Cassis (GIP), portant
notamment sur le classement en zone "coeur de parc" de certains espaces déjà
urbanisés.". L'opposition enrage et entend faire voter un amendement pour
supprimer les réserves. En fait, elle entend mettre la majorité devant une
ambiguïté majeure : le sénateur-maire ne serait-il finalement pas purement
opposé au parc ?
M. Gaundin ne plombe-t-il pas le sujet ? Or, en ces temps de domination
normative de l'écologie, il est difficile de paraître opposé à un projet de cet
ampleur. Pour se justifier, la majorité évoque des "précautions
supplémentaires". En fait, il semblerait que le maire soit sensible aux
arguments des habitants des Goudes et de Callelongue qui se sentent menacés par
l'initiative.
On entend dans la vidéo, M. Mennucci "exiger" une explication de
vote sur le projet afin de montrer l'unité du groupe socialiste (liste Faire Gagner
Marseille) face aux hésitations du
maire.
Voilà pour le contexte.
Cet épisode montre le nouveau déséquilibre qui semble s'instaurer au sein des mondes politiques marseillais. M. Gaudin dispose de moins en moins de marges de manœuvre face au Conseil général, au Conseil Régional et à la Communauté urbaine détenus par l'opposition municipale. Un partage des tâches semble même se constituer entre leaders de l'opposition résumée comme suit par Rue 89 : "Jean-Noël Guérini passe généralement la première couche. Eugène Caselli, également élu, la seconde. Patrick Mennucci, président du groupe socialiste, assurant pour sa part les finitions." Cette vidéo nous montrerait donc les "finitions". Des finitions qui portent dans la mesure où M. Gaudin se voit contraint (après avoir été qualifié de "despote") non seulement d'accorder à l'opposition l'explication de vote qu'elle souhaitait et le vote sur le projet qui était préalablement refusé par le maire au prétexte que tout le monde était d'accord. En effet, le vote est unanime comme on le voit à la fin. Et M. Mennucci de conclure "voyez c'était pas la peine de s'énerver". Non, en effet. La séquence vise donc à montrer le basculement du lieu du pouvoir communal qui n'est plus municipale. Cependant, il ne s'agit pas de verser dans un institutionnalisme excessif (la configuration des institutions déterminerait des comportements), mais de comprendre comment les rôles des élites politiques locales se trouvent modifier par une situation nouvelle à Marseille : une cohabitation métropolitaine. Le paysage politique marseillais traditionnellement fragmenté se clarifie par une polarisation nette qui remet en question le thème du discours fédérateur avancé depuis la victoire au titre de capitale européenne de la culture.
mardi 23 décembre 2008
Où est l'agora marseillaise ?
Par Nicolas Maisetti le mardi 23 décembre 2008, 11:18
Une comparaison rapide entre les
dernières séances du
conseil municipal de Marseille et du
conseil de la communauté urbaine semblent montrer a priori l'éclatement des
configurations politiques locales. Cet échange politique territorialisé de
nature conflictuelle contraste avec le mot d'ordre du
"jouer collectif" qui inonde les discours politiques depuis la victoire de
Marseille-Provence au titre de capitale européenne de la culture en 2013. Ce
paradoxe pose la question du siège du pouvoir à Marseille : qui
décide ? Comment se construit la décision ? Les réponses à ces
questions déterminent directement les conditions de production des stratégies
et des politiques locales internationales.
Le conseil municipal est encore dominé par M. Gaudin. On se souvient des
films
de Michel Samson et de Jean-Louis Comolli, lorsque M. Gaudin, se présentant à
la mairie en 1988, déclare : "Maire c'est le plus beau des mandats !". Le
même Samson dans son
Gouverner Marseille (écrit avec Michel Péraldi) montre dans quelle mesure
l'Hôtel de ville est le lieu du pouvoir le plus convoité, le siège suprême de
la puissance quand bien même les ressources matérielles de la municipalité sont
désormais réduites au profit de la région depuis les lois de la
décentralisation de 2003 et de la communauté urbaine depuis la loi Chevènement
de 1999. Il semble toutefois que le pouvoir du maire n'a jamais été autant
contesté et fragile qu'en cette fin d'année 2008.
"Sous la stabilité, l'effervescence" pour reprendre une formule de Samson/Peraldi. Si M. Gaudin est élu en mars dernier pour un troisième mandat (le plus beau ?), le coup est passé près. M. Guérini fut donné gagnant par les sondages jusque dans l'entre deux tours. Le "découpage" pasquaien a fait le reste. Mais le maire de la ville-mère est désormais le seul de son camp parmi le quadriumvirat qui dirige le territoire marseillais.
Jean-Noël Guérini, le patron des socialistes marseillais, comme il est
coutume de le qualifier, dirige le puissant Conseil général (CG) des Bouches du
Rhônes.Le budget
2009, "plan de bataille contre la crise", s'élève à 2,215 milliards d’euros
(contre 1,653 milliard d'euros pour la mairie). Surtout, il investit les
ressources qui lui sont offertes par sa position au CG dans son opposition au
conseil municipal. Ainsi M. Guérini a-t-il présenté la semaine dernière un
généreux plan de relance pour Marseille dépassant les 500 millions d'euros. Ce
"cadeau" offert à M. Gaudin montre moins la générosité politique du Conseil
général que la localisation de la puissance économique dans la ville.
Cette stratégie est d'autant plus efficace que M. Guérini n'est pas isolé. A
la mairie, il bénéficie du travail de sape de Patrick Menucci. Je vous invite à
voir cette vidéo pour s'apercevoir des difficultés auxquelles sont confrontées
le maire.
Les socialistes bénéficient également de la majorité au Conseil régional
sous la présidence de Michel Vauzelle. M. Vauzelle est récemment intervenu dans
la crise sociale qui a perturbé la réouverture de la
ligne TER Aix-Marseille pour fustiger la direction de la SNCF.
Enfin, la communauté urbaine est aussi présidée par un socialiste, Eugène
Caselli, porté par des circonstances particulièrement confuse.
M. Muselier s'en souvient. Mais l'annulation de l'élection de Sylvie
Andrieux dans le 7ème secteur (13ème et 14ème arrondissements) risque de
perturber l'édifice
construit à MPM.
Au final, les analyses classiques sur le système politique marseillais qui font état de la fragmentation du pouvoir semblent particulièrement validées par la situation actuelle. Cette lecture prend le contrepied du discours sur le "jouer collectif" qui a pourtant été interprété comme la clé de la réussite de Marseille-Provence 2013. Toutefois, le multipositionnement des acteurs qui se retrouvent par le jeu du cumul des mandats dans des enceintes différenciées pour discuter de politiques publiques proches - certes avec des compétences parfois différentes - ,s'il brouille les cartes d'interprétation du pouvoir politique local, clarifie paradoxalement la nature des enjeux et du combat politique. Que M. Guérini préside la séance ou le groupe d'opposition, la lutte s'engage sur des termes équivalents. Et M. Gaudin semble de plus en plus isolé.
samedi 15 novembre 2008
Les bonnes nouvelles de Renaud Muselier
Par Nicolas Maisetti le samedi 15 novembre 2008, 17:41
Renaud Muselier vient de recevoir deux bonnes nouvelles.

Le 13 octobre
on apprend que le Maire de Marseille lui a confié une "délégation
spéciale de fonctions en ce qui concerne la préparation de la Ville de
Marseille pour devenir Capitale européenne de la Culture".
M. Muselier sera en fait chargé de la coordination entre les élus responsables
des dossiers culturels et internationaux. De même, ce titre lui assure une
visibilité auprès des secteurs associatifs et économiques locaux : il
serait leur interlocuteur privilégié à l'Hotel de Ville.
Certains mettent en perspective cette décision avec les nouveaux rapports
de force politiques à la mairie et à la communauté urbaine.
Certes.
Mais la seconde nouvelle apporte un nouvel éclairage sur cette nomination. M. Muselier, déjà vice-président de la Commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale, s'est vu chargé hier d'une mission par le Président de la République : créer un conseil culturel de l'Union pour la Méditerranée (UpM). Cette instance vise à "susciter toutes initiatives publiques et privées ayant pour objet le développement de la dimension culturelle de la politique méditerranéenne de la France, notamment dans le cadre" de l'UPM, et de mobiliser toutes les forces vives de la Méditerranée au service du projet Marseille Provence 2013, capitale européenne de la culture".
Quelques remarques en bref.
- Sur la vie politique marseillaise, cette double responsabilité
marque le retour de M. Muselier sur la scène politique marseillaise après son
échec à MPM. Ce retour s'effectue par "le haut" (nomination par le Maire et le
Président de la République) sur des dossiers inédits pour lui même s'il a été
Président d'Euroméditerranée. D'ailleurs sur son blog, M. Muselier met en
avant son expérience et son bilan à la tête de l'opération pour justifier de
ses compétences. Le problème : gère t-on la coordination d'acteurs
culturels comme le pilotage politique (et non opérationnel) d'un programme de
développement économique et d'aménagement urbain ?
- Sur le fond: La création d'un conseil culturel de l'UpM est révélateur de la manière dont l'Etat envisage ce projet et celui de Marseille 2013. Tout d'abord, l'Etat entend être omniprésent dans le contenu de Marseille 2013. Par ailleurs, ce contenu sera relié à l'objectif de l'UpM. Ce qui était loin d'être évident au départ : comment concilier l'animation d'évènements culturels locaux - certes à dimension macro-régionale - avec un projet intergouvernemental à forte connotation sécuritaire ? Enfin, mais cela est moins surprenant, si l'on en croit le communiqué, Marseille 2013 reposera sur une dynamique largement porté par le secteur privé. Nous aurons peut-être l'occasion d'y revenir.