La
désignation
en septembre dernier de la ville de Marseille du territoire
Marseille-Provence, comme Capitale européenne de la culture a suscité
l’enthousiasme mais aussi la surprise des observateurs et des acteurs de
l’actualité marseillaise. « Marseille 2013, c'est la victoire d'une
méthode : le jouer collectif, a déclaré M.
Pfister, le président de la candidature, c'est la réussite d'un
formidable élan du territoire Marseille-Provence, dont les acteurs politiques,
économiques et culturels de 130 communes ont su se rassembler autour d'un même
projet militant ». En conférence de presse ou sur leur blog personnel, les
trois élus principaux de la région se félicitent de cette unité retrouvée. Pour
M.
Gaudin, « c’est l'esprit d'équipe qui a gagné. Nous avons eu
l'appui de 80 collectivités qui ont toutes une richesse extraordinaire. Nous
nous sommes réunis et nous avons gagné » ;
M. Guérini, « ensemble, au-delà des clivages politiques, nous
avons su relever un véritable défi. Ensemble, je suis certain que nous ferons
gagner la culture dans les Bouches-du-Rhône et à Marseille » ; ou
M. Vauzelle , « la
victoire d’aujourd’hui est le résultat d’une démarche exemplaire de partenariat
entre les différentes collectivités dont la Région se félicite. C’est une belle
image de la politique et de notre région que nous avons offerte, en démontrant
notre capacité à travailler ensemble, élus de tous bords, acteurs culturels et
économiques, sur un projet majeur pour notre développement et notre
rayonnement ».
Cette unité davantage qu’un consensus semble avoir été assuré par le
pilotage du monde patronal local, métropolitain regroupé autour de la Chambre
de commerce et de son président Jacques Pfister, par ailleurs président de
l’association
Marseille-Provence 2013. La dépolitisation de la conduite du projet fut un
atout dans la candidature : elle a permis de désamorcer par avance les
rivalités et de surmonter la fragmentation politique. Ainsi, la gouvernance de
l’association assure la stricte égalité des collectivités locales et des
institutions partenaires dans la prise de décision. À l’image du projet de
Lille 2004, cette méthode a contribué à reconsidérer le pouvoir métropolitain
autour de représentations internationalisées et managériales à rebours du
folklore régional promues par certaines structures associatives culturelle
locales et par certains élus.
Les «Ateliers
de l’Euroméditerranée » imaginées par Jean Digne dans son projet de
« Mille Talents, Milles Projets, Mille Entreprises » entendent
développer dans les entreprises de Marseille, l’accueil et le travail en
résidence de créateurs et d’artistes internationaux. Il est révélateur de
souligner que le projet de M. Digne est issu d’une commande des « Mécènes du Sud » fondés par une dizaine
de grandes entreprises dont les activités sont tournées vers l’international et
qui fut le format de départ de la candidature.
On pourrait à l’envi insister sur la primauté des élites économiques
métropolitaines sur les mondes politiques marseillais. Cette primauté,
toutefois, ne doit pas nous conduire à conclure à la subordination des élus
face aux patrons. Ces derniers se sont appuyés sur les édiles et leurs
ressources pour relayer des intérêts partagés auprès des institutions
européennes. L’idée est en effet d’utiliser la culture comme un levier
d’attractivité et promotion de territoire. L’organisation d’évènements
culturels n’est pas la finalité de l’opération. Celle-ci réside davantage dans
la progression de l’agglomération marseillaise dans la hiérarchie des villes
européennes. Le
Club Ambition Top 20 mis en place par la Chambre de commerce organise des
road shows dans les villes européennes pour promouvoir la candidature
et occuper un rang supérieur dans la compétition territoriale. La trajectoire
de la candidature est ainsi un objet particulièrement intéressant pour observer
la pluralité des changements d’échelles qui président à la transformation des
pouvoirs urbains et à l’émergence d’une gouvernance métropolitaine à
Marseille.
Cette gouvernance n’est pas synonyme, nous le répétons car la notion de
gouvernance est parfois sujette à des interprétations en ce sens, d’une
évacuation du politique. La récente empoignade lors du
Conseil municipal de la ville de Marseille en début de semaine est là pour
en témoigner. La passe d’armes qui a opposé Renaud Muselier, délégué spécial de
la ville pour la Capitale européenne de la culture 2013, et Jean-Nöel Guerrini,
chef de file de l’opposition municipale, indique que nous sommes passés à une
autre phase dans le projet. Une phase propice au reclassement des acteurs
politiques.
La polémique porte sur une
information faisant état de la volonté de la mairie de mettre en place un
« guichet unique » qui permettrait de centraliser les
demandes de participation aux projets culturels et le cas échéant, de les
sélectionner. L’enjeu n’est pas mince : la mairie, qui a participé dans la
phase de la candidature à hauteur de 90% du financement de l’association,
entendrait décider seule de l’attribution du label et des financements
inhérents.
Le groupe socialiste réagit par une
lettre adressée à M. Gaudin et parue dans les quotidiens régionaux samedi
dernier appelant curieusement au « rassemblement ». L’issue de la
controverse n’est pas l’essentiel ici. Retenons que les élus sont de retour
sur le devant de la scène 4 ans avant le lancement des festivités officielles.
Cette lutte pour une potentielle récupération ne sera pas sans inquiéter les
chefs d’entreprise qui avaient tout mis en ouvre pour éviter les retombées
négatives de la division politique.
Une inconnue demeure, celle de l’exclusion du tissu associatif local de la définition du projet culturel. Thème sur lequel nous aurons probablement l’occasion d’y revenir.
En partenariat avec
Rue89 / Marseille 89 
