Ou plutôt en
page Trois. Pour la troisième fois depuis la rentrée, le «quotidien de
référence»,
Le Monde, a offert à la ville de Marseille l’honneur d’une pleine page dès
son ouverture. Mais après l’affaire Andrieux qui remet au goût du jour le
célèbre clientélisme et l’irruption des jeunes des quartiers Nord dans le
paysage du non moins célèbre grand banditisme, c’est un autre stigmate bien
connu des clichés sur la ville qui est mis à l’index : les grèves des
éboueurs qui provoquent une urgence politico-sanitaire.
Ce coup de projecteur médiatique n’est pas isolé - ni à la presse nationale
ni à la presse écrite. D'une part, il est relayé par la presse étrangère comme
le relève
La Provence. D'autre part, il prend une dimension nouvelle avec internet.
Ainsi, à l’issue d’une conversation de café probablement animée et portant sur
le thème de la «saleté dans la ville», un jeune informaticien marseillais
décide de créer un site participatif dans lequel les habitants sont appelés à
poster des photos montrant si possible « des rats crevés, des
poubelles renversées, des merdes de chiens sur le trottoir, des tags moches,
des plages poubelles et d'une façon générale tout ce qui fait de Marseille une
ville sale.» Une google map permet même de situer les principales zones
touchées par ces phénomènes. Sobrement intitulé «Merde in Marseille», ce site recense
selon les auteurs, plus de 700 visiteurs jours - indication avant la
publication d’un billet sur le site de
Marsactu. Il est même appelé à devenir une plateforme de mobilisation,
voire d’organisation d’un collectif.
Nonobstant les risques sanitaires qu’a engendré le conflit des agents
d’entretien - les syndicats ont d’ailleurs mis en avant cette raison pour
stopper le mouvement - l’épisode de vingt-quatre jours de grèves et les
reportages montrant les tas d’immondices dans les artères commerçantes de
Marseille fait peser une menace sur le travail de reconstruction symbolique de
son image entrepris par les élus locaux et les entreprises de la
métropole.
Il n’y a qu’à s’entretenir avec les élus locaux, les responsables
administratifs ou les chefs d’entreprise pour se rendre compte de l’importance
qu’à revêtu l’image véhiculée par un territoire. Elle est devenue un facteur
décisif de la réussite ou de l’échec imputé aux stratégies internationales. Si
l’attractivité d’un territoire ne se décrète pas par choix politique, elle
n’est pas non plus seulement le résultat de l’observation de variables
objectives établies par un investisseur étranger cherchant à localiser ses
activités et à minimiser ses coûts.
Elle est aussi, et peut-être surtout, le fait d’une perception dans laquelle
la réalité produit des effets incertains. Cette perception est d’autant
difficile à mesurer que les discours des entreprises qui justifient leur
implantation dans un territoire donné puisent un riche «vocabulaire de
motivations» pour reprendre l’expression d’Everett Hugues. Pour un Michael
O’Leary qui décide de quitter le terminal de Marseille-Provence parce qu’il est
mis en examen par la justice française, combien de Jacques Saadé qui décide de
s’implanter à Arenc pour des raisons sentimentales, parce que sa première
affaire, c’est ici qu’il l’a menée ?
Il est désormais établi dans les politique urbaines que «vendre la
ville» aux investisseurs étrangers, aux touristes et aux classes créatives
- définies moins selon des propriétés sociologiques ou professionnelles
(étudiants, travailleurs intellectuels) que par leur capacité à consommer et à
voter - implique de produire une politique de communication. La capacité de
positionnement de la ville dans les réseaux d’échanges économiques mondiaux,
ainsi que celle visant à s'inscrire avantageusement dans la compétition des
territoires est ainsi l’affaire d’une intégration économique et d’une
présentation de soi valorisante.
À Marseille, cette entreprise de construction d’une vitrine ou, pour
reprendre le terme goffmanien de «façade», se heurte non seulement aux
clichés - violence, affairisme et corruption, saleté - qui n’est pas propre à
la ville, mais s’applique avec la même consistance à ses voisines de la
Côte-d’Azur et du littoral transalpin, mais également à des phénomènes de
réalité qui sont déformés et grossis par ces clichés et aboutissant à leur
affermissement.
Prétendre qu’il existe un cercle vicieux de la construction de la
«mauvaise réputation» n’est pas nier les difficultés qui se posent en
terme de régulation de la violence, de l’échange politique ou de la gestion des
déchets. Toutefois, il est curieux de constater que ce problème est toujours
posé par les acteurs locaux comme une contrainte politique extérieure sans
qu’il soit articulé avec les possibilités d’une action publique.
Dans le cas de la «saleté» de la ville, l’illustration de ce
paradoxe réside dans le maintien historique de la pratique du
fini-parti. Se retranchant derrière des explications allant du «ça a
toujours été comme ça, vous ne pouvez pas comprendre, vous n’êtes pas
d’ici», au regret d’une «culture latine» de l’incivisme ou à
l’absence de responsabilité des syndicats - il n’y a qu’à voir sur
ce point les interventions des élus UMP à l’occasion de la corvée de ramassage
qu’ils se sont médiatiquement imposés - les élus locaux se montrent incapables
de considérer la situation sous l’angle de l’échec de la politique publique de
ramassage des déchets. Une analyse proche pourrait être menée relative au débat
sur la «mort» annoncée des activités portuaires imputé tantôt à la CGT
par les édiles, tantôt à la politique croisiériste menée par la ville pour le
syndicat.
Pour en revenir à notre objet, «vendre la ville», c’est dans le cas
de Marseille, «changer d’image», c’est-à-dire parvenir à établir une
signature marketing du territoire dans laquelle non seulement l’ensemble des
acteurs locaux puissent s’y reconnaître, y adhérer et participer à sa
diffusion, mais également qui correspondent aux attentes des investisseurs
potentiels. La difficulté réside dans l’ajustement nécessaire entre cette
entreprise de branding et les labellisations dont la ville et son
territoire font l’objet : ni trop éloignée du sens commun, ni trop proche
des stigmates, la «marque» territoriale est supposée articulée deux
réalités et deux temporalités contrastantes - celle qui pèse dans le présent et
celle qui doit se réaliser dans l’avenir.
C’est dans cette perspective que l’on peut comprendre dans quelle mesure la stratégie internationale d’un territoire est intrinsèquement liée à la réinvention de ce territoire et aux luttes pour la définition d’une réalité politique et sociale. Ces processus de réinvention sont supposés se départir d’une réalité perçue pour en façonner une autre. C’est là tout le défi des acteurs politiques et économiques qui, en lien avec la société civile, sont appelés à renégocier les termes d’un échange territorial pouvant conduire à la redéfinition d’une réalité sociale dans laquelle violence, affaires et saleté n’auront plus leur place.
Image tirée de la galerie de www.merdeinmarseille.org
Un
simple entrefilet dans La Provence de ce jour, mais un événement important pour
l’évolution de la politique internationale de Marseille :
Il y plus d'un an, je faisais état de
La série
télévisée Plus Belle la Vie (PBLV) diffusée sur France 3 tous les soirs de la
semaine réalise une audience supérieure au Journal télévisé de France 2 (selon