Il y a tout
juste un mois, le
discours de Grenoble du Chef de l’État a ouvert une séquence politique qui
n’en finit plus de provoquer les réactions les plus paradoxales. Les inflexions
sécuritaires du Chef de l’État ont suscité tantôt des
surenchères, tantôt des « malaises »
au sein de la majorité et du gouvernement - jusqu’à son
Chef, semble-t-il. Sur le plan localo-marseillais, la proposition, aussitôt
mise en œuvre par le Ministère de l’Intérieur, de
démanteler les camps Roms et de procéder à l’expulsion de ses occupants
étrangers, est actuellement l’objet d’une polémique mettant en scène le
Président du Conseil régional et un maire des Bouches-du-Rhône, puis un
représentant UMP du conseil municipal de Marseille... qui dépose plainte contre
son collègue arlésien et son propre parti.
En quoi, cette affaire nous informe des politiques locales
internationales ? Tout d’abord, elle contribue à saisir les enjeux de la
retraduction des politiques nationales à l’échelle locale. Ensuite, elle nous
montre que le facteur international influe sur la réception politique locale
dans le contexte marseillais.
Le discours des "frères Gitans"
Le
jeudi 26 août dernier, Michel Vauzelle, Président de la Région PACA et député
PS d’Arles et Hervé Schiavetti, maire PC d’Arles, organisent un
rassemblement devant le mémorial de Saliers à Arles afin de dénoncer la
politique du gouvernement en utilisant la symbolique du lieu où le régime de
Vichy avait installé un camp d’internement réservé aux tsiganes.
Dans son discours, Michel Vauzelle dénonce le fait de « désigner à
la vindicte populaire un peuple, une catégorie de population » comme
une remise en cause de « l’idéal républicain ». Rendant hommage
aux apports culturels du peuple tsigane qui renvoie à « une
philosophie de la vie, celle du voyage, où l’on ne sait pas d’où on vient, où
l’on va, mais où on chemine », il s’indigne : « nous sommes
tous des gens du voyage ». Évoquant enfin, le devoir de fraternité avec
« nos frères gitans », il conclue son propos sur la nécessité de
remplir « un devoir de vigilance » : « il en va de
l’avenir de notre peuple et de nos idéaux ».
Climat international pesant
Ce discours s’inscrit dans un climat international chargé dans lequel divers
acteurs prennent position sur ce dossier et critiquent le gouvernement. Un
communiqué de la
vice-Présidente de la Commission européenne, Viviane Reding, par ailleurs,
Commissaire à la justice, aux droits fondamentaux et à la citoyenneté,
« déplore que la rhétorique employée dans certains Etats membres les
semaines passées ait été ouvertement discriminatoire et en partie
provocante».
Ce communiqué fait suite à une
mise en garde adressé par la Commission le 17 août : « la
France doit respecter les règles concernant la protection des citoyens
européen » - rappelant que les Roms sont pour la plupart orignaires
de Bulgarie et de Roumanie, membres de l’Union européenne, et leurs
ressortissants bénéficient de la liberté de circulation dans l’espace
communautaire. Les expulsions sont donc proscrites sauf si la personne présente
une menace d’ordre public pour le pays. Or, et alors que les gouvernements
bulgares et roumains s'inquiètent,
le cabinet de Mme Reding affirme que « si un État procède à une
expulsion, il faut voir si c'est une décision proportionnée. Il faut regarder
chaque cas. On ne peut pas prendre une décision sur toute une population
».
Dans un
rapport du Comité pour l’élimination de la discrimination raciale, l’ONU
appelle la France à « éviter les rapatriements de Roms» notant une
«augmentation récente des actes et manifestations à caractère raciste et
xénophobe ».
Le pape, lui-même, s’était
prononcé, le dimanche 22 août, en faveur de l’accueil des
« légitimes diversités humaines », ce qui avait provoqué l’ire
d’une partie de la droite gouvernementale, mais également a permis à
l’épiscopat français de sortir de son silence pour condamner - parfois de
manière très
véhémente - la politique de Nicolas Sarkozy.
Retour sur la scène locale
Le lendemain du discours de Michel
Vauzelle, Roland Chassain, maire des Saintes-Marie-de-la-Mer, publie un
communiqué dénonçant « les propos scandaleux » du
Président du Conseil régional, qui se serait livré « à des exercices
de démagogie politique sur un site totalement inapproprié ». Le communiqué
conclue par cette phrase :
« Frère des gitans », « Président d’une grande région
musulmane »… les propos de Michel Vauzelle démontrent au moins une chose :
il n’est pas l’ami de la sécurité que l’on doit aux français, sans distinction
aucune.»
Hier, enfin, on apprend
que Maurad Goual, conseiller municipal marseillais du 5ème secteur, celui de
Guy Tessier, dépose plainte contre Roland Chassain pour « incitation à la
haine raciale, propos diffamatoire, propos injurieux ». Il explique son geste
par le fait qu’ :
« À un moment donné, il faudra que les responsables UMP locaux
s’affichent pour ou contre ces propos puisqu’on jusqu’à présent on a eu plutôt
droit à des silences". "C’est très dur aujourd’hui de trouver des gens de
confession musulmane à l’UMP car ils ont fui le parti depuis longtemps ;
je fais partie je crois des vestiges.»
Alors que M. Chassains se dit « convaincu que son souhait de se
porter partie civile est avant tout un moyen pour lui de se faire de la
publicité, ce qui est regrettable », M. Goual persiste :
«Tous les ténors marseillais du parti m'ont appelé aujourd'hui. Ils
souhaitent que je retire ma plainte, me disent que je suis un fou, un traître,
qu'on ne fait jamais ça à son parti. C'est beaucoup de pressions, beaucoup
d'énervement, mais en tout cas je tiens debout et je ne cèderai pas (...) Je
refuse de démissionner, j'ai proposé ma démission il y a six mois et elle a été
refusée. Aujourd'hui, ce n'est pas à moi de partir c'est à eux
».
M. Goual projète de « se rendre avec 300 à 500 personnes qui se
sont retrouvées dans (sa) démarche » à la fête départementale de
l'UMP, le 11 septembre à Méjanes (Saintes-Maries-de-la-mer), où le Premier
Ministre, François Fillon et plusieurs ministres, parlementaires et élus locaux
sont attendus.
Cette dissidence locale
renvoie aux propos d’un autre membre de l’UMP qui lors d’un débat sur
l’identité nationale, en janvier dernier, avaient vivement réagi à un dérapage
supposé du maire de Marseille regrettant que lorsque « les musulmans
sont heureux du match Egypte-Algérie (de novembre 2009), ils déferlent à 15 000
ou à 20 000 sur la Canebière, il n'y a que le drapeau algérien et il n'y a pas
le drapeau français, cela ne nous plaît pas .» Immédiatement après
cette sortie, quatre militants avaient quitté la salle, tandis que Guy Tessier
s’était dit « profondément blessé de l’amalgame entre les jeunes des
quartiers et les musulmans ».
Ces deux exemples témoignent du fait que les conditions spécifiques de la pénétration des facteurs internationaux sur le terrain marseillais autorisent des prises de position contradictoires et dissidentes au sein des organisations partisanes. En d’autres termes, si les partis ne parviennent pas complètement à articuler les enjeux internationaux avec les débats locaux, c’est parce que cette articulation trouve sa construction dans d’autres espaces et obéissent à d’autres logiques. On peut faire l’hypothèse que ceux-ci sont à rechercher dans la configuration des échanges politiques locaux particulièrement perméables aux phénomènes politiques internationaux tels que les migrations et la place des communautés nationales dans l’espace public.
Emile
Temime est mort le 18 novembre. MM. Gaudin et Vauzelle ont salué selon