Marseille internationale

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mardi 31 août 2010

Les « frères gitans » : les effets de la perméabilité des enjeux internationaux dans l’espace public local

A Il y a tout juste un mois, le discours de Grenoble du Chef de l’État a ouvert une séquence politique qui n’en finit plus de provoquer les réactions les plus paradoxales. Les inflexions sécuritaires du Chef de l’État ont suscité tantôt des surenchères, tantôt des « malaises » au sein de la majorité et du gouvernement - jusqu’à son Chef, semble-t-il. Sur le plan localo-marseillais, la proposition, aussitôt mise en œuvre par le Ministère de l’Intérieur, de démanteler les camps Roms et de procéder à l’expulsion de ses occupants étrangers, est actuellement l’objet d’une polémique mettant en scène le Président du Conseil régional et un maire des Bouches-du-Rhône, puis un représentant UMP du conseil municipal de Marseille... qui dépose plainte contre son collègue arlésien et son propre parti.

En quoi, cette affaire nous informe des politiques locales internationales ? Tout d’abord, elle contribue à saisir les enjeux de la retraduction des politiques nationales à l’échelle locale. Ensuite, elle nous montre que le facteur international influe sur la réception politique locale dans le contexte marseillais.

Le discours des "frères Gitans"

A Le jeudi 26 août dernier, Michel Vauzelle, Président de la Région PACA et député PS d’Arles et Hervé Schiavetti, maire PC d’Arles, organisent un rassemblement devant le mémorial de Saliers à Arles afin de dénoncer la politique du gouvernement en utilisant la symbolique du lieu où le régime de Vichy avait installé un camp d’internement réservé aux tsiganes.

Dans son discours, Michel Vauzelle dénonce le fait de « désigner à la vindicte populaire un peuple, une catégorie de population » comme une remise en cause de « l’idéal républicain ». Rendant hommage aux apports culturels du peuple tsigane qui renvoie à « une philosophie de la vie, celle du voyage, où l’on ne sait pas d’où on vient, où l’on va, mais où on chemine », il s’indigne : « nous sommes tous des gens du voyage ». Évoquant enfin, le devoir de fraternité avec « nos frères gitans », il conclue son propos sur la nécessité de remplir « un devoir de vigilance » : « il en va de l’avenir de notre peuple et de nos idéaux ».

Climat international pesant

 A Ce discours s’inscrit dans un climat international chargé dans lequel divers acteurs prennent position sur ce dossier et critiquent le gouvernement. Un communiqué de la vice-Présidente de la Commission européenne, Viviane Reding, par ailleurs, Commissaire à la justice, aux droits fondamentaux et à la citoyenneté, « déplore que la rhétorique employée dans certains Etats membres les semaines passées ait été ouvertement discriminatoire et en partie provocante».
Ce communiqué fait suite à une mise en garde adressé par la Commission le 17 août : « la France doit respecter les règles concernant la protection des citoyens européen » - rappelant que les Roms sont pour la plupart orignaires de Bulgarie et de Roumanie, membres de l’Union européenne, et leurs ressortissants bénéficient de la liberté de circulation dans l’espace communautaire. Les expulsions sont donc proscrites sauf si la personne présente une menace d’ordre public pour le pays. Or, et alors que les gouvernements bulgares et roumains s'inquiètent, le cabinet de Mme Reding affirme que « si un État procède à une expulsion, il faut voir si c'est une décision proportionnée. Il faut regarder chaque cas. On ne peut pas prendre une décision sur toute une population ».

Dans un rapport du Comité pour l’élimination de la discrimination raciale, l’ONU appelle la France à « éviter les rapatriements de Roms» notant une «augmentation récente des actes et manifestations à caractère raciste et xénophobe ».

Le pape, lui-même, s’était prononcé, le dimanche 22 août, en faveur de l’accueil des « légitimes diversités humaines », ce qui avait provoqué l’ire d’une partie de la droite gouvernementale, mais également a permis à l’épiscopat français de sortir de son silence pour condamner - parfois de manière très véhémente - la politique de Nicolas Sarkozy.

Retour sur la scène locale

A Le lendemain du discours de Michel Vauzelle, Roland Chassain, maire des Saintes-Marie-de-la-Mer, publie un communiqué dénonçant « les propos scandaleux » du Président du Conseil régional, qui se serait livré « à des exercices de démagogie politique sur un site totalement inapproprié ». Le communiqué conclue par cette phrase :

« Frère des gitans », « Président d’une grande région musulmane »… les propos de Michel Vauzelle démontrent au moins une chose : il n’est pas l’ami de la sécurité que l’on doit aux français, sans distinction aucune.»

Hier, enfin, on apprend que Maurad Goual, conseiller municipal marseillais du 5ème secteur, celui de Guy Tessier, dépose plainte contre Roland Chassain pour « incitation à la haine raciale, propos diffamatoire, propos injurieux ». Il explique son geste par le fait qu’ :

« À un moment donné, il faudra que les responsables UMP locaux s’affichent pour ou contre ces propos puisqu’on jusqu’à présent on a eu plutôt droit à des silences". "C’est très dur aujourd’hui de trouver des gens de confession musulmane à l’UMP car ils ont fui le parti depuis longtemps ; je fais partie je crois des vestiges.»

Alors que M. Chassains se dit « convaincu que son souhait de se porter partie civile est avant tout un moyen pour lui de se faire de la publicité, ce qui est regrettable », M. Goual persiste :

«Tous les ténors marseillais du parti m'ont appelé aujourd'hui. Ils souhaitent que je retire ma plainte, me disent que je suis un fou, un traître, qu'on ne fait jamais ça à son parti. C'est beaucoup de pressions, beaucoup d'énervement, mais en tout cas je tiens debout et je ne cèderai pas (...) Je refuse de démissionner, j'ai proposé ma démission il y a six mois et elle a été refusée. Aujourd'hui, ce n'est pas à moi de partir c'est à eux ».

M. Goual projète de « se rendre avec 300 à 500 personnes qui se sont retrouvées dans (sa) démarche » à la fête départementale de l'UMP, le 11 septembre à Méjanes (Saintes-Maries-de-la-mer), où le Premier Ministre, François Fillon et plusieurs ministres, parlementaires et élus locaux sont attendus.

Cette dissidence locale renvoie aux propos d’un autre membre de l’UMP qui lors d’un débat sur l’identité nationale, en janvier dernier, avaient vivement réagi à un dérapage supposé du maire de Marseille regrettant que lorsque « les musulmans sont heureux du match Egypte-Algérie (de novembre 2009), ils déferlent à 15 000 ou à 20 000 sur la Canebière, il n'y a que le drapeau algérien et il n'y a pas le drapeau français, cela ne nous plaît pas .» Immédiatement après cette sortie, quatre militants avaient quitté la salle, tandis que Guy Tessier s’était dit « profondément blessé de l’amalgame entre les jeunes des quartiers et les musulmans ».

Ces deux exemples témoignent du fait que les conditions spécifiques de la pénétration des facteurs internationaux sur le terrain marseillais autorisent des prises de position contradictoires et dissidentes au sein des organisations partisanes. En d’autres termes, si les partis ne parviennent pas complètement à articuler les enjeux internationaux avec les débats locaux, c’est parce que cette articulation trouve sa construction dans d’autres espaces et obéissent à d’autres logiques. On peut faire l’hypothèse que ceux-ci sont à rechercher dans la configuration des échanges politiques locaux particulièrement perméables aux phénomènes politiques internationaux tels que les migrations et la place des communautés nationales dans l’espace public.

vendredi 28 novembre 2008

Hommage à Emile Temime

t-temime_emile.jpgEmile Temime est mort le 18 novembre. MM. Gaudin et Vauzelle ont salué selon la Provence, "un historien de qualité". Le communiqué de la mairie déplore la perte d'un "grand nom du patrimoine culturel et social" marseillais et rappelle qu' "en grand visionnaire, son ouvrage publié en 2002, "Un rêve méditerranéen" sur une utopie conduisant à l'unité de la Méditerranée a jeté les bases de l'Union pour la Méditerranée où la cité phocéenne a joué un rôle clé." Michel Vauzelle a quant à lui rappelé que « l’un de ses plus grands apports a été son travail de recherche sur la décolonisation et les migrations internationales. Historien de grande qualité, il était aussi un homme de conviction et de combat. Nous partagions les mêmes valeurs.»,

Sur ce blog consacré aux Histoires Marseillaises, on pourra écouter un entretien avec l'historien des "migrances" intitulé "Marseille et ses migrations" et réalisé par Xavier Thomas.

On pourra aussi consulter cet article intitulé Repenser l’espace méditerranéen et qui interroge les visions et les positions méditerranéennes dans les années 30, en particulier au sein de la revue des Cahiers du Sud. L'article se termine par un extrait de Jeunesse de la Méditerranée de Gabriel Audisio :
" Je sais et je répète que les pays de la Méditerranée ont toujours été faits pour s’agréger l’un à l’autre aussi naturellement que la vigne à l’olivier se marie. Il a fallu notre sens moderne des nationalités et sa folle exaltation contemporaine, pour rompre en apparence cet enchantement. Ne pas confondre patrie et nationalisme. Je proteste contre la mar nostre des Provençaux, contre il mare nostro des Italiens, mauvais héritage du mare nostrum des Latins. A chacun la sienne, c’est-à-dire y compris celle des autres ? Non, il n’y a qu’une Méditerranée. Et je protesterais aussi fort contre ceux qui chercheraient, de ce sentiment de race, à tirer un autre racisme. Je ne veux retenir de la race que le rassemblement fraternel et non l’opposition. (…) Il y a déjà plus que des liens de chair et de sang entre ceux de mon peuple (...) Imagine-t-on qu’une folie meurtrière les puisse jeter les uns contre les autres ? On en frémit (...), et déjà l’on voit la terre des nécropoles plus vite soulevée par la protestation des morts que par les fratricides engins des vivants insensés. Non. Il n’y a qu’une Méditerranée, maternelle à tous les siens. Et rien ne m’empêchera d’avoir toujours les yeux du coeur fixés sur le phare le plus émouvant que mes frères aient allumé : le monument que les Génois élevèrent en leur ville al mare amico, symbole de la race bleue d’où je suis issu, la mer amie, notre amie, Notre Mère la Mer, aux pieds de qui je prononce mon credo : si la France est ma nation, si Marseille est ma cité, ma patrie, c’est la mer, la Méditerranée, de bout en bout."