La ville
de Marseille a fait l’objet en fin de semaine dernière d’un article élogieux
dans le
Wall Street Journal (sorte de La Tribune - Les Echos américains,
à la différence près que quand le premier met
la clé sous la porte et que le second diffuse 120 000 exemplaires, le WSJ
draine 1 700 000 lecteurs).
La symbolique du titre de presse (le journal du district financier de New
York, le plus important tirage des États-Unis) pourrait nous conduire à lire ce
papier sous l’angle de « Marseille vue par la corbeille mondialisée ».
Sans aller jusqu'à ce point, on peut y repérer trace d’une perception générale
de la ville (au sens, non pas de la totalité, mais au contraire des croyances
vagues et diffuses) . L’article nous fournit donc un cas exemplaire des effets
de la diffusion de l’image de Marseille. La question posée par ce type d’écrit
est donc celle de la performativité des discours des édiles et des élites
économiques qui se sont lancées depuis une décennie dans une course à la
rupture avec la mauvaise réputation. Ces rituels qui sont supposés faire ce
qu'ils disent emportent-ils des effets ?
L’article qui s’intitule le « renouveau culturel de Marseille »
est accompagné d’une très jolie photo qui devrait ravir promoteurs, urbanistes
et aménageurs d’Euroméditerranée, ainsi que membres du Mucem. En effet, elle
nous montre le « futur rendu du Mucem ». Pratique courante des
promoteurs-urbanistes-aménageurs ce qu’on nous montre de Marseille est une
ville qui n’existe pas. Ou pas encore. Plutôt, on projette dans le présent un
futur en image de synthèse pour affermir une image représentée, c’est-à-dire
pour rendre présent ce qui n’est pas là.
J’ai pris l’habitude de compter le temps qu’il faut à l’interlocuteur pour
mettre sur la table l’affaire des 2 600 ans d’histoire et du mythe de la
fondation phocéenne. Pour l’auteur de l’article, il a fallu 7 lignes. Avant, on
nous rappelle Alexandre Dumas et le comte de Monte-Christo (un renvoi, en
creux, de la propriété carcérale de Marseille ?). La première ligne m’a fait
penser à ce qu’une étude du LAMES sur « Marseille vue par les
Marseillais » identifiait comme des propriétés positives et qui sont
rattachées au climat ou aux objets urbains iconiques (le soleil, l’énergie de
ses habitants, le Vieux-port, et même le mistral).
Poursuivons. Le papier adopte sa ligne directrice dès son troisième
paragraphe. Il correspond ici à la vulgate des politiques urbaines qui nous
explique comment des initiatives « culturelles » - en fait, réduites
à la construction d’équipements (musée, salle de concert, galeries) - ont
permis d’enrayer un déclin industriel. La combinaison entre la transition
post-fordiste et la injonction
magique de la culture est sans surprise convoquée comme le résultat du
cycle vertueux associant développement économique local et changement de
l’image par les arts.
L’article donne ensuite la parole au maire. Celui-ci est appelé à commenter
la « course » qui sépare la ville de l’échéance de 2013, date à
laquelle elle sera Capitale européenne de la culture. Il lui est surtout
demandé de vanter les investissements consentis par le territoire. Plus tard
dans l’article, on nous rappellera ce qu’une lecture rapide aurait pu faire à
oublier, le chiffre de 600 millions d’euros avancé pour chiffrer le coût des
« 50 sites culturels » construits inclue les montants accordés par
l’État pour leur construction (pour le seul Mucem, sur les 175 millions d’euros
du coût total, 120 millions est assumé par l’État).
Conformément au récit des élites marseillais, l’article nous emmène sur la
nouvelle façade maritime qui est aussi une façade symbolique, celle d’une
nouvelle représentation de la ville à offrir aux investisseurs et aux
touristes. La Cité
de la Méditerranée correspond à cette entreprise symbolique, cognitive et
politique pour présenter un territoire susceptible d’être vendu aux tours
opérateurs et aux médias étrangers. De quoi cette façade est-elle
composée ? De bâtiments dédiés aux logements et aux bureaux qualifiés de
upmarket, comprenez plutôt, « haut de gamme », le nouvel horizon
des politiques urbaines.
Interrogeant Jean-François Chougnet, le patron de Marseille-Provence 2013, le journaliste apprend que
« l’exemple, c’est Barcelone ». L’exemple remplace la rhétorique du rival
ou du concurrent qui est massivement mobilisée par les discours locaux.
L’objectif est d’identifier un modèle de développement urbain reposant sur la
refondation physique du front de mer et symbolique de la présentation de la
ville, le tout enveloppé dans l’organisation d’événements à haute valeur
ajoutée médiatique, susceptible de diffuser le mot d’ordre standardisé de la
ville « moderne », « dynamique », « ouverte ».
Sur ce point, l’article fait référence aux starchitectes enrôlés
par la ville et les aménageurs et qui surenchérissent dans l’audace pour bâtir
des équipements culturels et accueillir des événements propices à promouvoir
une image conforme aux canons de la « ville créative » popularisés
par Richard Florida.
Rappelons que ces recettes managériales de l’instrumentalisation de la culture
à des fins mercantilistes insistent sur la consommation de biens culturels,
sans jamais poser la question de leur production et des conditions
d’appropriation de ces « produits » culturels
offshore.
La suite de l’article consacre de longs développement au Musée d’art contemporain de
Marseille, à l’impact que devrait avoir le Mucem sur les influences
touristiques et au geste architectural du FRAC - en précisant que les ouvertures sont
prévus pour «début 2013» (l’ouverture de l’année Capitale fera donc sans). Je
n’ai pas bien saisi le lien avec la Fondation Regards de Provence,
« la seule fondation d’art privée » - les membres de Mécénes du Sud (et parmi eux, Pernod-Ricard
qui anime la Fondation
Ricard) qui revendiquent la paternité de MP2013 apprécieront de se faire
voler ainsi la vedette.
Ils se consoleront peut-être de voir les Ateliers de
l’Euroméditerranée, pour lesquels ils ne sont pas pour rien, mentionnés
dans l’article. Ils se satisferont, surtout, de voir que la conception du rôle
du mécène et des acteurs privés est plébiscité par les artistes interrogées par
le journaliste du WSJ.
En somme, le papier promeut l’idée selon laquelle « Marseille se
réveille ». Ce discours n’est pas neuf. Il est celui de la majorité municipale
depuis son arrivée en 1995. Le contexte, rappelé en fin d’article, est
néanmoins propice à la diffusion d’un tel message. En effet, la conjonction de
l’organisation de la Capitale européenne de la culture et la recrudescence, au
moins médiatique, de la violence urbaine et des affaires poussent à braquer les
projecteurs sur la ville. Comme les deux faces de la médaille de l’image de
ville - qui n’est donc en rien homogène - la culture et la requalification
urbaine d’un côté, les kalachnikovs et la corruption des élus de l’autre
agissent, pour reprendre les termes si juste de l’appel du
OFF, comme dans « un aimant qui aurait le plus et le moins sur le même
côté. Et c’est cela qui précisément en fait sa particularité en France et même
peut être en Europe ».
Contrairement à la conclusion du WSJ selon laquelle « il est difficile d’être en désaccord » avec le slogan « Marseille on the move », confronté à l’injonction de « bouger » dans une direction à la fois invisibilisée et unidirectionnelle - celle qui fait de la culture l’instrument de la gentrification et le marketing urbain officiel, un outil de désidentification - il est parfaitement possible d'exprimer des doutes. Ce sont ces doutes face au « grand pari » (big gamble) de la Chambre de commerce qui entend enfin rompre avec l’image « infamante » (scurrilous) qu’il faudrait écouter. D’urgence.
Comme
dans toutes les bonnes séries, l’organisation de la Capitale européenne de la
culture apporte chaque semaine son lot de rebondissements. Après la démission
de Bernard Latarjet, on apprend dans
Rudy
Rucciotti a donc remporté son pari. Durant l’émission des
Dans deux
jours, ce jeudi 18 novembre, l’association Marseille-Provence 2013 tiendra un
Conseil d’administration très attendu par les artistes, les élus et les
observateurs du projet Capitale européenne de la culture, en particulier dans
le domaine de la programmation artistique. Deux ans après avoir été désigné par
le jury et à deux ans de l’échéance, les acteurs et le territoire de
Marseille-Provence 2013 font face à de nombreux tournants qui pourraient
précipiter ambitions et ambitieux hors de la route.
La 12ème
édition du
Un lieu
comme il en existe dans toute l’Europe du Nord depuis les années 1980, et qui
organisés derrière les
Les réactions des élus ont été directes. « ils ont fait peur aux
gens » (Eliane Zayan, conseillère municipale, déléguée aux arts de la
rue), « ils ont mis le feu dans le quartier. Un feu
thermonucléaire » (Bruno Gilles, maire des 4ème et 5ème
arrondissements ). L’édile interprète cet épisode comme le produit d’une
« inadéquation entre le quartier et le travail proposé » par
les artistes. Le CIQ de Vallier, Cinq-Avenue, Sébastopol le rejoint dans cette
analyse : « les gens ne sont pas encore tous prêts, à une époque
où les goûts sont quand même très standardisés. On souhaite pourtant animer le
quartier, créer des manifestations qui donnent l'occasion aux gens de se
rencontrer. On va d'ailleurs organiser le 9 octobre prochain, un grand marché
artisanal. »
Après une pause due à la campagne, ce blog reprend un peu d’activités. Et en
guise de reprise, un point sur les dernières évolutions et perspectives de la
Capitale européenne de la culture 2013.
Tout se
passe comme si nous ne
La hantise des VRP
d’Euroméditerranée chargés de « vendre » la ville aux
investisseurs qui semblait être assoupi a refait surface : la grève sur le
port. On se
Hugues
de Cibon a-t-il accepté une mission impossible en quittant son poste de
Directeur marketing d’Euromediterranée pour rejoindre l’équipe de Bernard
Latarjet et convaincre les entreprises de se « mobiliser
financièrement » derrière 2013 ? Rappelons qu’il s’agit de
trouver 15 à 20 % du financement global (évalué à 98 millions d’euros). Le
nouveau Directeur du mécénat et des relations avec le monde économique a
imaginé un
Au début de cette année, nous
écrivions
En cette
rentrée si calme que les
On
s'attendait à ce que la désignation de Marseille au titre de Capitale
européenne de la culture en 2013 provoque des tensions parmi les élus qui
souhaitent retirer les dividendes politiques du succès. C'est
Jean-Claude Gaudin a ouvert dimanche
dernier le premier évènement labellisé Capitale européenne de la culturel.
L'association Marseille-Provence 2013 avait choisi de soutenir la 6ème édition
du
On peut
tout de même se demander si, malgré les louables intentions de ses pères
fondateurs, Marseille Espérance serait autre chose qu'un outil politique au
service de la gestion clientélaire des communautés. "L'avenir de Marseille,
son dynamisme et sa prospérité, le bien-être de chacun, dépendent de la
revitalisation de l'économie, mais en même temps de la qualité des rapports
entre les communautés" déclare M. Vigouroux lors de la réunion inaugurale.
Élargi progressivement à d'autres cultes (jusqu'au Grand vénérable de la Pagode
de la Savine), Marseille Espérance déclare dans sa charte sa conviction dans
l'instauration "d'un dialogue et d'une meilleure compréhension entre tous
les Marseillais". À son arrivée à la mairie, Jean-Claude Gaudin décide de
continuer l'expérience qui se signale par des prises de position mises en scène
de manière spectaculaire : en 1996, le meurtre d'un jeune par un homme
d'origine maghrébine suscitant une violente campagne raciste de la part du
Front national ou les attentats du 11 septembre sont l'occasion pour Marseille
Espérance d'exprimer un "œcuménisme politique" selon l'expression de Samson et
Péraldi.
La

La série
télévisée Plus Belle la Vie (PBLV) diffusée sur France 3 tous les soirs de la
semaine réalise une audience supérieure au Journal télévisé de France 2 (selon
La
Crise est devenue depuis l'automne l'épicentre des discours politiques et
médiatiques. Elle est à la fois un contexte et un programme, une contrainte et
une ressource pour les politiques publiques et les luttes partisanes. Elle
permet de déverser des flots ininterrompus de commentaires et d'analyses, le
plus souvent évidemment contradictoires et prospectifs sur le mode de la
"faute" à qui et dans quand/comment/pourquoi on en "sort".
A l'occasion de la visite de la Ministre de la Culture à Marseille vendredi
dernier, le maire a souhaité faire le point sur l'avancée des travaux du Musée
des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée (MUCEM). En image
Cette
semaine un regard rapide sur l'actualité marseillaise internationalisée est
révélatrice des mouvements à 360° de ces activités.