Marseille internationale

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Tag - Marseille 2013

Fil des billets - Fil des commentaires

lundi 12 novembre 2012

Au troisième top, le territoire deviendra Capitale

A Ce vendredi aura lieu la présentation (définitive ?) du programme (définitif ?) de Marseille-Provence 2013 en présence du Ministre de la Culture (et du maire cette fois ?). Deux mois avant le lancement de l’année Capitale, les derniers doutes devraient être levés sur les événements et la livraison des équipements. Tout ou presque est déjà connu et visible sur le site de MP2013, (actuellement en maintenance) mais sait-on jamais ?, la réunion pourrait donner lieu à des surprises - depuis janvier 2006 et l’annonce officielle de la candidature, le projet en a tellement regorgé qu’il serait dommage et étonnant que tout se passe comme prévu.

Les détails concernant la soirée d’ouverture constituent l’un des moments les plus attendus de la conférence de presse de vendredi. Sur les 150 personnes environ qui travaillent désormais à la Maison Diamanté (contre moins de 60 il y a un an), une équipe de 6 personnes est entièrement dévouée à ce week-end du 12-13 janvier 2013, sous la direction de Bernard Souroque, le directeur artistique du Festival de jazz des cinq continents.

Cette ouverture se déroulera en 4 actes. Le premier, à Aix-en-Provence autour d’un « parcours d’art contemporain » et d’un survol de la ville par la patrouille de France ; le deuxième à Marseille, on y vient ; le troisième entre Istres et La Ciotat, Salon-de-Provence et Gardanne, pour une chasse au trésor ; le quatrième, enfin, à Arles, pour un spectacle pyrotechnique au bord du Rhône.

Le deuxième acte qui aura donc lieu à Marseille est décrit ainsi par la plaquette programmatique :

« Une grande clameur s’élève de Marseille à la tombée de la nuit, une vague sonore pour embraser le littoral du nord au sud, ouvrir une grande soirée de fête. Lancée par les cornes de brume des bateaux, suivie par les sirènes urbaines et les cloches des églises, la clameur des “sons de ville” est reprise par les “bouquets de clameurs” sonores et théâtralisés du public. Cet embrasement sonore fera-t-il disjoncter la ville ? »>

Le soir, donc, les habitants et les visiteurs venus pour l’occasion seront invités à se faire entendre. Je suis déjà curieux d’en savoir un peu plus sur la manière dont cette « invitation » sera formulée. Comment organiser la spontanéité, agencer de l’informel, normaliser l’exubérance, composer « l’excellence populaire » ? Comme un condensé des intentions contradictoires des entrepreneurs culturels et des managers de la fête.

Les publics seront rassemblés à trois endroits de la ville : les quartiers nord (le centre commercial du Grand littoral ?), le centre (Vieux-Port-Canebière), le Sud (les plages du Prado ?), ce qui donne une idée de l’appropriation de la division socio-spatiale, pourtant l’un des facteurs et l’un des produits de la fabrique des inégalités made in Marseille, dans les opérations visant les réduire.

Puis, la ville disjoncte. Concrètement, il se pourrait que le courant des éclairages publics soit coupé. Au sens figuré, bien sûr, disjoncter, c’est sauter les plombs, devenir fou, perdre la tête.

Pendant 10 minutes, la ville deviendra tout à la fois plongée dans le noir et appelée à devenir folle. 10 minutes d’obscurité pour 10 minutes de folie. Une folie comme parenthèse.

Curieux d’imaginer ce qui pourra se passer pour ceux, personnages ou réels fictifs, passés ou présents de Marseille pendant ces 10 minutes de coupure.

Est-ce que le juge Duchaîne s’accordera une pause ? Le décompte des règlements de compte sera-t-il déjà lancé douze jours après le réveillon ? En saura-t-on déjà plus sur les intentions des uns et des autres sur leur échéance Capitale, un dimanche de mars 2014 ? Quel sera le taux d’occupation des appartements de la Rue de la République ? Dix minutes de recueillement, peut-être, comme un bilan de « l’Histoire universelle de Marseille » avant d’engager ce fameux saut de 10 ans « de développement économique et culturel ». À la retombée de ce saut, que retenir des « retombées » promises ? Croient-ils vraiment à la nouvelle image après un clignement d’oeil ?

Pensées enfin à Fabio Montale dans son cabanon, une bouteille de Lagavulin à la main ; pensées aux Petits frères - leur sera-t-il possible de chouffer et de charbonner pendant ces 10 minutes ? Et Depé, l’entendra-t-on chanter une nouvelle fois ? Et Charly Bauer ? Et Louise Michel ? Et Barthélémy Guérini ? Et les autres bien sûr.

Puis, le courant sera rétabli et une nouvelle lumière devrait embraser la ville. Un courant rétabli partout ? Même là où les ascenseurs sont en panne depuis plusieurs mois ? La lumière sera faite. Même dans les dossiers où subsistent des zones d’ombres ? IAM se demandait comment les ombres devenaient lumière. À l’époque, on entendait :

« Vient le chaos puis le calme puis la lueur jaillit avec la pureté d'une étoffe versane Pouvoir et chimère, Argent et pierre, Pourquoi mystère, Ombre et lumière.»

Pour l’écho, on se rendra le 12 janvier prochain.

Le collègue Lagachon consacre son billet cette semaine à ces « 10 minutes de blackout »

mardi 31 janvier 2012

Quand le Wall Street Journal vient à Marseille : la culture, le mot d'ordre et les doutes

A La ville de Marseille a fait l’objet en fin de semaine dernière d’un article élogieux dans le Wall Street Journal (sorte de La Tribune - Les Echos américains, à la différence près que quand le premier met la clé sous la porte et que le second diffuse 120 000 exemplaires, le WSJ draine 1 700 000 lecteurs).

La symbolique du titre de presse (le journal du district financier de New York, le plus important tirage des États-Unis) pourrait nous conduire à lire ce papier sous l’angle de « Marseille vue par la corbeille mondialisée ». Sans aller jusqu'à ce point, on peut y repérer trace d’une perception générale de la ville (au sens, non pas de la totalité, mais au contraire des croyances vagues et diffuses) . L’article nous fournit donc un cas exemplaire des effets de la diffusion de l’image de Marseille. La question posée par ce type d’écrit est donc celle de la performativité des discours des édiles et des élites économiques qui se sont lancées depuis une décennie dans une course à la rupture avec la mauvaise réputation. Ces rituels qui sont supposés faire ce qu'ils disent emportent-ils des effets ?

L’article qui s’intitule le « renouveau culturel de Marseille » est accompagné d’une très jolie photo qui devrait ravir promoteurs, urbanistes et aménageurs d’Euroméditerranée, ainsi que membres du Mucem. En effet, elle nous montre le « futur rendu du Mucem ». Pratique courante des promoteurs-urbanistes-aménageurs ce qu’on nous montre de Marseille est une ville qui n’existe pas. Ou pas encore. Plutôt, on projette dans le présent un futur en image de synthèse pour affermir une image représentée, c’est-à-dire pour rendre présent ce qui n’est pas là.

J’ai pris l’habitude de compter le temps qu’il faut à l’interlocuteur pour mettre sur la table l’affaire des 2 600 ans d’histoire et du mythe de la fondation phocéenne. Pour l’auteur de l’article, il a fallu 7 lignes. Avant, on nous rappelle Alexandre Dumas et le comte de Monte-Christo (un renvoi, en creux, de la propriété carcérale de Marseille ?). La première ligne m’a fait penser à ce qu’une étude du LAMES sur « Marseille vue par les Marseillais » identifiait comme des propriétés positives et qui sont rattachées au climat ou aux objets urbains iconiques (le soleil, l’énergie de ses habitants, le Vieux-port, et même le mistral).

Poursuivons. Le papier adopte sa ligne directrice dès son troisième paragraphe. Il correspond ici à la vulgate des politiques urbaines qui nous explique comment des initiatives « culturelles » - en fait, réduites à la construction d’équipements (musée, salle de concert, galeries) - ont permis d’enrayer un déclin industriel. La combinaison entre la transition post-fordiste et la injonction magique de la culture est sans surprise convoquée comme le résultat du cycle vertueux associant développement économique local et changement de l’image par les arts.

L’article donne ensuite la parole au maire. Celui-ci est appelé à commenter la « course » qui sépare la ville de l’échéance de 2013, date à laquelle elle sera Capitale européenne de la culture. Il lui est surtout demandé de vanter les investissements consentis par le territoire. Plus tard dans l’article, on nous rappellera ce qu’une lecture rapide aurait pu faire à oublier, le chiffre de 600 millions d’euros avancé pour chiffrer le coût des « 50 sites culturels » construits inclue les montants accordés par l’État pour leur construction (pour le seul Mucem, sur les 175 millions d’euros du coût total, 120 millions est assumé par l’État).

Conformément au récit des élites marseillais, l’article nous emmène sur la nouvelle façade maritime qui est aussi une façade symbolique, celle d’une nouvelle représentation de la ville à offrir aux investisseurs et aux touristes. La Cité de la Méditerranée correspond à cette entreprise symbolique, cognitive et politique pour présenter un territoire susceptible d’être vendu aux tours opérateurs et aux médias étrangers. De quoi cette façade est-elle composée ? De bâtiments dédiés aux logements et aux bureaux qualifiés de upmarket, comprenez plutôt, « haut de gamme », le nouvel horizon des politiques urbaines.

Interrogeant Jean-François Chougnet, le patron de Marseille-Provence 2013, le journaliste apprend que « l’exemple, c’est Barcelone ». L’exemple remplace la rhétorique du rival ou du concurrent qui est massivement mobilisée par les discours locaux. L’objectif est d’identifier un modèle de développement urbain reposant sur la refondation physique du front de mer et symbolique de la présentation de la ville, le tout enveloppé dans l’organisation d’événements à haute valeur ajoutée médiatique, susceptible de diffuser le mot d’ordre standardisé de la ville « moderne », « dynamique », « ouverte ».

Sur ce point, l’article fait référence aux starchitectes enrôlés par la ville et les aménageurs et qui surenchérissent dans l’audace pour bâtir des équipements culturels et accueillir des événements propices à promouvoir une image conforme aux canons de la « ville créative » popularisés par Richard Florida. Rappelons que ces recettes managériales de l’instrumentalisation de la culture à des fins mercantilistes insistent sur la consommation de biens culturels, sans jamais poser la question de leur production et des conditions d’appropriation de ces « produits » culturels offshore.

La suite de l’article consacre de longs développement au Musée d’art contemporain de Marseille, à l’impact que devrait avoir le Mucem sur les influences touristiques et au geste architectural du FRAC - en précisant que les ouvertures sont prévus pour «début 2013» (l’ouverture de l’année Capitale fera donc sans). Je n’ai pas bien saisi le lien avec la Fondation Regards de Provence, « la seule fondation d’art privée » - les membres de Mécénes du Sud (et parmi eux, Pernod-Ricard qui anime la Fondation Ricard) qui revendiquent la paternité de MP2013 apprécieront de se faire voler ainsi la vedette.

Ils se consoleront peut-être de voir les Ateliers de l’Euroméditerranée, pour lesquels ils ne sont pas pour rien, mentionnés dans l’article. Ils se satisferont, surtout, de voir que la conception du rôle du mécène et des acteurs privés est plébiscité par les artistes interrogées par le journaliste du WSJ.

En somme, le papier promeut l’idée selon laquelle « Marseille se réveille ». Ce discours n’est pas neuf. Il est celui de la majorité municipale depuis son arrivée en 1995. Le contexte, rappelé en fin d’article, est néanmoins propice à la diffusion d’un tel message. En effet, la conjonction de l’organisation de la Capitale européenne de la culture et la recrudescence, au moins médiatique, de la violence urbaine et des affaires poussent à braquer les projecteurs sur la ville. Comme les deux faces de la médaille de l’image de ville - qui n’est donc en rien homogène - la culture et la requalification urbaine d’un côté, les kalachnikovs et la corruption des élus de l’autre agissent, pour reprendre les termes si juste de l’appel du OFF, comme dans « un aimant qui aurait le plus et le moins sur le même côté. Et c’est cela qui précisément en fait sa particularité en France et même peut être en Europe ».

Contrairement à la conclusion du WSJ selon laquelle « il est difficile d’être en désaccord » avec le slogan « Marseille on the move », confronté à l’injonction de « bouger » dans une direction à la fois invisibilisée et unidirectionnelle - celle qui fait de la culture l’instrument de la gentrification et le marketing urbain officiel, un outil de désidentification - il est parfaitement possible d'exprimer des doutes. Ce sont ces doutes face au « grand pari » (big gamble) de la Chambre de commerce qui entend enfin rompre avec l’image « infamante » (scurrilous) qu’il faudrait écouter. D’urgence.

jeudi 5 mai 2011

Marseille, ville arabe ?

A Comme dans toutes les bonnes séries, l’organisation de la Capitale européenne de la culture apporte chaque semaine son lot de rebondissements. Après la démission de Bernard Latarjet, on apprend dans La Provence que la ville de Marseille, par la voix de son adjointe déléguée au cinéma, Eliane Zayan, s’oppose à la volonté de l’Association Marseille-Provence 2013 (MP2013) d’inscrire dans la programmation officielle de l’année Capitale un Festival du cinéma arabe et souhaiterait que cet événement s’intitule le « Festival du film méditerranéen ».

La substitution du terme « arabe » par « méditerranéen » montre que, davantage qu’un conflit d’appréciations artistiques, ce débat entre l’Association MP2013 revêt des enjeux politiques et stratégiques - comme le reconnaît Thierry Roche, le directeur délégué de l’association lorsqu’il déclare «Nous jugeons de l’intérêt culturel, pas des arguments politiques», ce qui indique que des « arguments politiques » sont tenus. Ces enjeux sont à l’intersection entre la régulation sociale dans la ville et la présentation de soi externe proposé par les élites politiques municipales. En clair, il apparaît crucial pour ces dernières de faire apparaître Marseille comme une ville « méditerranéenne ».

Énoncé méditerranéen et renversement de stigmates

Aussi, cet épisode nous semble particulièrement révélateur des deux facettes de la gouvernance de Marseille. Sur le plan interne, il illustre les tentatives du pouvoir local de définir quels groupes plutôt que d’autres sont exclus, non seulement de la prise de décision, mais aussi des espaces d’incarnation de l’identité de la ville. Sur le plan externe, il suggère l’orientation des canaux de représentation la ville à l’extérieur qui suppose une définition plus ou moins unifiée d’une identité collective proposée à l’extérieur.

Or, cette définition unifiée repose sur un énoncé méditerranéen. Pourquoi rejeter le qualificatif « arabe » ? Pour éviter de « stigmatiser une communauté » affirme Mme Zayan. On peut néanmoins faire l’hypothèse suivante suivante fournie par un acteur culturel local dans un tout autre contexte :

« La Méditerranée, c’est une euphémisation, une façon de ne pas dire arabe ou Islam. Donc, c’est une façon d’inscrire dans un monde commun quelque chose qui, pour certains, fait problème et resurgît comme un problème à plusieurs moments. »

En d'autres termes, le passage d'arabe à méditerranée s'inscrit dans une stratégie de renversement de stigmates

Mais si la préférence méditerranéenne exprimée par la majorité municipale répondrait à une façon de résoudre un « problème », que peut-il donc être ? C’est ici qu’il faut introduire et articuler les doubles échelles évoquées.

Conflits partisans et Compétitions interterritoriales

Sur le plan strictement local, le choix de la présentation de soi méditerranéenne s’inscrit dans un contexte politique spécifique. L’euphémisation est une traduction du rapport entretenu entre la droite locale et l’extrême-droite et plus précisément les électeurs potentiels du Front national. L’argument du refus du communautarisme semble à première vue surprenant dans une ville qui reconnaît l’existence et la légitimité des communautés. Que l’on songe à Marseille Espérance ou à l’existence d’un conseiller du maire sur les questions communautaires.

Toutefois, quelques semaines seulement après la qualification au second tour des élections cantonales de la totalité des candidats FN dans les cantons de la ville, il semble que la ville donne des gages à ces électeurs lorsqu’elle souhaite un rapprochement du « festival avec d'autres associations, comme Horizontes del sur, pour ne pas présenter un festival communautaire ».

La dimension politique est renforcée par les déclaration d’un responsable de l’opposition, montrant ainsi que la présentation de soi de la ville est aussi affaire de compétition partisane. Patrick Mennuci, vice-Président du Conseil régional délégué à la culture, mais également Président du groupe socialiste au Conseil municipal de Marseille, interpelle en ces termes la mairie :

« Marseille est une ville arabe, en même temps qu'une ville méditerranéenne. Si l'on n'est pas capable de se regarder tels que nous sommes, nous reculons, et tous les beaux discours sur l'intégration sont dépassés. Marseille doit assumer pleinement sa part arabe. »

Assez révélateur du caractère potentiellement polémique pour la presse qui relaie ces propos : l’affirmation « Marseille est une ville arabe » est en gras dans l’article de La Provence, tout comme « festival communautaire » et, dans la première ligne, « Festival international du cinéma arabe ».

La volonté du pouvoir local d’offrir une présentation de la ville méditerranéenne plutôt qu’arabe ne s’inscrit pas seulement dans le contexte de la compétition politique, mais s’intègre dans des enjeux déterminés par la compétition inter-terrtoriale. Or, la propriété méditerranéenne apparaît plus rétributrice que la propriété arabe dans la mesure où elle s’intègre plus aisément dans une dynamique concurrentielle structuré par un cadre européen.

Dans le cadre de la candidature à la Capitale européenne de la culture, par exemple, les acteurs de la mobilisation reconnaissent que les premières moutures du dossier inclinait trop vers le Sud. Sous les recommandations d’interlocuteurs bruxellois, la dimension européenne fut finalement davantage mise en avant. De la même façon, alors que les Ateliers de la Méditerranée sont devenus les Ateliers de l’Euro-Méditerranée, la mairie souhaite que le Festival du film arabe devienne le Festival du film méditerranéen (et en fait euro-méditerranéen comme le montre la référence de Mme Zayan, à Horizontes del Sur, « lieu d'échange et de diffusion de la création hispanique »).

La simple querelle sur la dénomination d’une manifestation culturelle informe donc des conditions d’énonciation de la ville, de la manière dont ses élites envisagent son identité et des résonances sur la compétition démocratique et la course à l’attractivité. Elle montre enfin l’ampleur avec laquelle le récit méditerranéen s’est imposée dans la présentation de soi de son territoire.

jeudi 24 février 2011

Ce n'est pas pour la vanter...

A Les Matins de France Culture ont consacré une émission spéciale à Marseille-Provence Capitale européenne de la culture 2013. Ce jour, en effet, une conférence de presse devait dévoiler une partie de la programmation un état d'avancement du projet et le logo de la future Capitale. En attendant, un compte-rendu de ce qui s'est dit, je vous propose la retranscription de la chronique de Philippe Meyer :

« Auditeurs sachant auditer... Ce n’est pas pour la vanter, mais Marseille est une cité dont le nom provoque une résonance particulière, évoque des couleurs dissonantes. C’est la patrie de deux Edmond : Edmond de l’ombre, Edmond le sombre, Edmond Dantes, futur comte de Monte Christo ; Edmond le vibrant, Edmond le solaire, Edmond Rostand, père de Chantecler et de Cyrano. C’est une ville où les contrastes sont plus exagérés qu’ailleurs. La bonhomie y montre davantage de rondeur et la violence moins de scrupule. Marcel Pagnol et Mémé Guérini ; la plume et le stylet.

À Marseille, au cours de l’histoire, on a ratonné les immigrés et pas seulement les Arabes et on a accueilli et mélangé les Italiens et les Arméniens, les Levantins et les Grecs. C’est un peu notre Naples. C’est l’une des villes à avoir le plus longtemps résisté au pouvoir central et parisien. Sans monter sur des barricades. Plutôt en opposant aux directives venues la capitale, assez d’inertie, de mauvaise foi, d’arguties et d’entourloupes, pour que les réalisations soient modérées. Ainsi Marseille est l’une des dernière villes sur laquelle la main de l’énarque aura pu poser le pied.

De son côté la bourgeoisie marseillaise eut longtemps de la gêne à devoir avouer provenir d’une ville aussi peu raffinée. J’ai connu un garçon de l’une de ses bonnes familles qui, fréquentant le Lycée Thiers, le mieux doté de la capitale phocéenne, se lia d’amitié avec un camarade de classe fils d’un couple de concierges et doté d’un accent très prononcé qui finit par déteindre sur son ami grand bourgeois. Lorsque les parents du jeune homme bien né s’en avisèrent, ils résolurent d’envoyer leur fils en pension à Lausanne.

La chanson doit beaucoup à Marseille. Et plus encore les chanteurs. Les Marseillais étaient un public à l’italienne : connaisseur, gouailleur, sévère, implacable : "irritable et bon enfant" écrivait Colette. Encore les contrastes. La grande Thérésa, la première star de la chanson, y fut trouvé si médiocre par le public de l’Alcazar, qu’à sa deuxième représentation, elle fut accueillie par un troupeau ânesse. Aucune carrière ne pouvait devenir national, dans ce qu’on appelle aujourd’hui la variété, si elle ne s’était pas frottée à ce public de l’Alcazar.

La langue française doit à Marseille plus de mots que cette chronique ne saurait en contenir : "palanquée" qui désigne ce que peut soulever un palanque, "bouffer, "pétoche", "arpion", "balèze". Au milieu de la floraison contemporaine du polar, Marseille a son école. Celle où se croise les livres du regretté Jean-Claude Izzo, de Nadine Saffran, de Philippe Carrese, de Del Pappas. Plus d’un de ces auteurs de polar remettent à l’honneur et en circulation le goût de la langue et de l’image dont les Marseillais feignent de s’agacer quand nous les en créditons.

C’est que le Marseillais est un peu comme Cyrano. Les clichés à son propos, il se les sert lui-même, avec assez de verve, mais il ne permet pas qu’un autre les lui serve. Bravons cette allergie. N’y a-t-il pas une grande civilité à dire à quelqu’un qu’il est un niais en lui déclarant « le jour où il pleuvra de la soupe, tu seras le seul avec une fourchette ».

Et appuyons-nous sur un indigène, mon confrère Jean Construcci, à qui une professeur d’histoire raconta qu’à la question "pourquoi ne voit-on pas le Général de Gaulle sur le cliché de ceux qui partageaient le monde en zones d’influence à Yalta ?" Elle s’entendit répondre "Parce que c’était lui qui prenait la photo." Même le cancre à Marseille se doit d’être visité par l’inspiration. Le ciel vous tienne en joie. »

mardi 16 novembre 2010

Les tournants de 2013 : les leçons d’un débat

A Dans deux jours, ce jeudi 18 novembre, l’association Marseille-Provence 2013 tiendra un Conseil d’administration très attendu par les artistes, les élus et les observateurs du projet Capitale européenne de la culture, en particulier dans le domaine de la programmation artistique. Deux ans après avoir été désigné par le jury et à deux ans de l’échéance, les acteurs et le territoire de Marseille-Provence 2013 font face à de nombreux tournants qui pourraient précipiter ambitions et ambitieux hors de la route.

Au début du mois d’octobre, au théâtre L’Alhambra, le journal satirique Le Ravi et Radio Grenouille ont organisé un débat - La Grande Tchatche - sur ce sujet. Le plateau était composé des élus délégués à la Culture des trois collectivités principales : Renaud Muselier pour la ville, Michel Pezet pour le Conseil général, Patrick Menucci pour la Région. L’occasion de prises de positions spectaculaires et dissonantes.

Limites géographiques : retour à la ville

Notons d’abord la conception curieuse du projet de 2013 de la part des organisateurs du débat. Pourquoi en effet limiter le débat à l’espace marseillais, d’une part, et au champ politique, d’autre part ? Tout au long de la discussion, il ne sera en effet question que de Marseille, de Marseille et de Marseille. Même les tentatives de Michel Pezet de louer les mérites d’Aix et d’Arles ne poursuivront d’autres buts que de démontrer l’absence de politiques culturelles de la ville-centre.

Certes, il a été question du Grand Marseille, cher à Renaud Muselier. Mais une nouvelle fois pour réaffirmer que Marseille « qu’on le veuille ou non, est la ville-mère du département ». On ne peut qu’être inquiet pour l’avenir de 2013 lorsque l’on constate que le projet de territoire - développement territorial, intégration métropolitaine, échelles de projets... - se referme sur des limites administratives contre lesquelles il avait été pensé.

Frontières de champs : loghorrée du politique

On pourrait faire la même remarque s’agissant des champs. Pourquoi donner la parole à ceux - les élus - qui ont finalement été les plus marginalisés et bousculés par la construction de la candidature et du projet ? Le nom de Bernard Latarjet a été prononcé 24 fois au cours des 2 heures du débats. Son usage est commode pour les élus parce qu’il est polysémique : on peut s’en servir pour se défausser de responsabilités quitte à aboutir à des propositions absurdes - « on est là ce soir, mais on n’est pas là pour représenter Marseille 2013. Marseille 2013, c’est Bernard Latarjet et son équipe » ; « le patron c’est Bernard Latarjet » - on peut donc s’extérioriser de certains aspects pour les critiquer - « c’est peut-être la responsabilité de l’équipe de Bernard Latarjet, de ne pas être assez communicative » - ou en revendiquer d’autres, comme le dialogue véritable et sincère avec les artistes qui ne sont pas écoutés par l’association et qui se tournent vers les collectivités locales et leurs élus.

Plus surprenant, peut-être, le nom de Jacques Pfister n’a été prononcé que deux fois. Une fois par Renaud Muselier pour rappeler qu’il exerçait la Présidence de l’association Marseille-Provence 2013 et qu’il avait donné son accord à sa proposition de guichet unique - ce n’est pas vraiment, on s’en souvient, la version donnée à l’époque. Et une fois par le médiateur des débats pour évoquer l’ambition Top 20 de la Chambre de commerce, « Marseille-Provence 2013 ça va faire gagner 10 ans à Marseille, ça va placer Marseille dans le Top 20 des grandes métropoles ». C’est ce qui se dit, c’est ce que dit Jacques Pfister...», sèchement repris par Patrick Menucci « Ils disent la même chose pour le Conseil mondial de l’eau, la même chose pour le Stade Vélodrome, la même chose pour la Coupe du monde de rugby ».

Rien donc, sur l’impulsion managériale de la candidature, rien sur le rôle de la Chambre de commerce dans l’initiative, rien sur Mécènes du Sud, non plus. Pourtant, il a été question de mécénat dans le débat pour vanter ou nuancer les apports de la loi de 2004, et surtout pour porter une violente charge contre l’association et la Chambre qui peinent à trouver les 15 millions d’euros promis par le privé.

Au final, on a eu l’impression d’un milieu politique marseillo-marseillais parlant sur lui-même et déployant ce « flux de parole inutile », comme isolé du reste des parties, des territoires et des acteurs du projet. Il fut ainsi remarquable de constater que les deux premières prises de parole du « public » de l’Alhambra invitées à poser des questions aux élus présents furent le fait d’élus de la ville de Marseille ; en l’espèce, Monsieur Herman, adjoint à la culture, et Madame Imbert, adjointe à l’opéra, dont l’objet de leur intervention fut une mise au point politicienne, sur les atouts de Marseille et le dynamisme des politiques culturelles de la municipalité. Ils semblaient oublier un instant que le label de la Capitale européenne de la culture avait justement été attribué pour pallier aux insuffisances de dispositifs politiques et d’équipements dans le territoire et particulièrement dans la ville-centre - comme l’avait pourtant rappelé au début de la discussion Michel Pezet.

Crispations autour de la gouvernance : les temps du projet, les moyens d’une ambition

Le débat organisé par le Ravi n’aura cependant pas été sans enseignement sur la dynamique du projet 2013. Il a été l’occasion d’une sortie du bois de la part des élus socialistes qui ont exprimé, chacun à leur manière, des inquiétudes sur les délais, relayant en cela, et selon eux, l'incertitude qui pèse sur les acteurs culturels locaux.

En effet, à deux ans de l’échéance, ces derniers sont toujours en attente des résultats de l’appel à propositions qui s’est arrêté en juin dernier. Comme le résume Michel Pezet :

« Je comprends parfaitement le questionnement aujourd’hui de l’ensemble des structures culturelles qui se disent ‘qu’est ce qu’il va se passer ; à quelle sauce on va être mangé ; qu’est ce qu’on va faire ; comment seront budgétisé nos propres demandes ?’ C’est une véritable interrogation et c’est ce qu’on ressent partout lorsqu’on rencontre des structures culturelles, c’est la question qui est posée en disant ‘nous sommes très court maintenant sur la date et sur l’échéance, est-ce que je suis retenu, est-ce que je ne suis pas retenu ? Qu’est ce que je vais avoir ? Qu’est ce que c’est que la labellisation ?’ Il y a donc, là, une véritable interrogation.»

À ce titre, le Conseil d’administration de cette semaine devrait pouvoir apporter les premières éléments de réponse et les premiers avis des comités de pilotage chargés de sélectionner les projets. La programmation ne devrait cependant être fixée puisque certains de ces projets sélectionnés devront probablement revoir leur copie. Toutefois, comme l’a rappelé, un ancien conservateur de musée présent dans la salle, certains projets se montent en trois ans. Le temps de s’y mettre.

La deuxième interrogation fut soulevée par Patrick Mennucci et semble indiquer une rupture dans les positionnements politiques vis-à-vis de 2013. Jusqu’alors, en effet, le « splendide consensus » semblait prévaloir, le « jouer collectif » marcher à plein - malgré, il est vrai l'apparition de premières fissures dès l'annonce de l'attribution. De droite comme de gauche, les élus faisaient feu de tout bois pour présenter en interne et en externe le projet 2013 comme une chance historique pour le territoire en termes d’image et de développement économique.

Pour le vice-Président de la Région chargé de la culture - et on peut le penser, pour le Président Vauzelle - le moment semble être venu de nuancer les ambitions de 2013. À partir d’une démonstration quantitative et financière, Patrick Menucci s’est efforcé de ramener le projet à une augmentation très limitée des ressources publiques allouées à la culture. En effet, en comparant les 900 millions de subventions publiques investies sur la culture par la somme de toutes les collectivités locales du territoire Marseille-Provence sur 3 ans et les 80 millions d’argent public du budget total de la Capitale européenne de la culture, la valeur ajoutée de 2013 ne s’élève qu’à moins de 10%.

C’est sur ce point que le tandem Pfister-Latarjet a réagi face à cette nouvelle attaque du politique qu’on croyait mise en sourdine à la suite de l’échec du guichet unique, qui était en fait, une volonté de la part de Renaud Muselier et de la mairie de reprendre la main sur le processus décisionnel. Cette fois, ce n’est pas par un communique que l’exécutif de Marseille-Provence 2013 s’est exprimé, mais par quelques petites réflexions lâchées à l’occasion de la campagne électorale des CCI.

La réponse du tandem à la timidité des moyens de 2013 a d’abord porté sur la dimension symbolique du projet - « 2013, la symbolique d’une attente de projets partagés ». En outre, Jacques Pfister a rappelé que l’opération ne tient pas compte dans son budget des investissements consentis par les partenaires publics, y compris l’État, et privés à la construction des équipements (en particulier, le Mucem). Enfin, embrayant sur la sempiternelle formule « un euros investi, six euros de retombés », il a défendu l’hypothèse de l’effet levier induit par la dynamique de l’opération.

Néanmoins, si la volonté du Conseil régional était de prendre position sur le thème, « la Capitale européenne de la culture n’apportera rien de décisif au territoire », il ne s’y prendrait pas autrement. Est-ce un pari sur l’échec et la première étape d’une stratégie d’exit ? Est-ce une posture politique visant à limiter les rétributions politiques que pourraient s’attribuer les adversaires politiques en vue de l’élection municipale de 2014 ? Une façon, en quelque sorte, de geler les retombées politiques, positives ou négatives, de l’opération ? Assurément un autre de ces virages qui pourraient finir par donner le tournis à 2013.

Photo : Nathalie Crubézy du Collectif à-vif(s).

dimanche 26 septembre 2010

Marseille est-elle capable de faire la fête ?

A La 12ème édition du Festival Marsatac s’est achevée ce samedi et nul doute que les derniers concerts ont rassemblé encore davantage de monde que jeudi (3 000 personnes) et vendredi (10 000). Atteignant depuis l’édition 2007 la barre des 20 000 spectateurs et attirant l’avant-garde de la scène hip-hop, puis électronique et rock locale et nationale, le succès de la manifestation n’est plus à démontrer.

Profondément ancré dans le paysage culturel local et national, l’événement est cependant toujours aussi peu soutenu par le pouvoir municipal. Après le J4, la Cité Félix-Pyat, la recherche d’un lieu a constitué comme tous les ans le feuilleton de l’hiver. Le Palais des Sports et les quais du Port autonome avaient été envisagés par la municipalité sans réellement associer les organisateurs du Festival à la réflexion. « Marsatac à la rue », comme une antienne répétée tous les ans, mais qui ne parvient pas à décourager les spectateurs toujours aussi nombreux au fil des éditions. Les relations entre les organisateurs du festival et la mairie sont devenues un révélateur continu de la prise en charge politique d’un événement culturel à la fois exigeant et populaire, alors que se profile 2013 et le label de Capitale européenne de la culture.

En avril, la ville et Marsatac concluent un accord qui prévoie l’installation du Festival à la Friche de la Belle de mai. Polémique dans la polémique : ce ne sont pas les organisateurs qui l’annoncent officiellement, mais Maurice Di Nocera, l’adjoint délégué aux grands événements (on remarquera le découplage entre les affaires culturelles délégués à Daniel Herman et les grands événements) qui confirme une annonce du Secrétaire général de la ville, Jean-Claude Gondard : Marsatac sera pérennisé sur ce site.

Marsatac et la Friche de la Belle de Mai : système Friche et nouveau territoire de l’art

Marsatac à la Friche, comme un retour à l’origine du projet du système Friche : l’investissement par les acteurs culturels locaux d’un espace qui conserve les traces d’un travail désormais parti, la reconquête d’un lieu capitalistique qui devient territoire de l’art - le concept des Nouveaux Territoires de l’Art (NTA) renvoie à un rapport écrit par Fabrice Lextrait, administrateur de la Friche de la Belle de Mai, pour le Ministère de la Culture en 2001. À Marseille, c’est soixante structures associatives culturelles, trois cent à quatre cent personnes qui y travaillent au quotidien, des artistes qui passent en résidence, en diffusion ou en concert.

A Un lieu comme il en existe dans toute l’Europe du Nord depuis les années 1980, et qui organisés derrière les TransEurope Halles font valoir des expériences communes échappant au contrôle du pouvoir public et tentant d’ancrer la culture dans la ville, à partir de ses espaces les plus marginalisés. Le problème, c’est qu’en France, la densité du tissu institutionnel culturel public a plutôt retardé le développement d’initiatives individuelles. À Lyon, quand le pouvoir municipal tente de créer de toute pièce son artopole, les Subsistances, dans une ancienne caserne réhabilitée par la ville, les acteurs culturels ne se précipitent pas franchement dans cette friche officielle instituée par le haut.

À Marseille, le succès de la Friche de la Belle de Mai tient à l’investissement initial des acteurs culturels locaux et à l’accompagnement de la municipalité, en l’espèce Christian Poitevin, l’adjoint de Robert Vigouroux à la culture. Il tient aussi à l’identité territoriale du quartier de la Belle de Mai. Sa localisation arrière-portuaire a favorisé l’installation d’usines de raffinement de sucres et d’allumettes. Au XIXème, le quartier est ouvrier et peuplé d’immigrés italiens. Avec le déclin du système industrialo-portuaire, le quartier change de nature. La manufacture ferme dans les années 1930 et devient une friche industrielle jusque dans les années 1980 et l’arrivée des artistes. Au milieu des années 1990, enfin, la manufacture est rachetée par la ville qui y installe ses archives. Surtout, le quartier est intégré au périmètre de l’opération Euroméditerranée qui décide d’y implanter un pôle média à côté du pole culturel afin d’attirer les fameuses « classes créatives » et reprendre en main la destinée d’un lieu à fort potentiel gentrificateur.

« Désordre urbain » : ancrage politico-social des arts de la rue

Un autre événement culturel repose la question des rapports entre acteurs culturels, pouvoirs publics et populations locales et interroge la capacité de la ville « à faire la fête ». Dans le cadre du Festival « Préavis de désordre urbain », bénéficiant d’une subvention municipale de 3 000 euros, une troupe a créé la panique dans le quartier des Cinq-Avenues. Selon La Provence, un Père Noël armé d’une mitraillette en plastique s’est rendu au bureau de poste du quartier « effrayant notamment une personne âgée ». Plus tard, la police a du intervenir afin d’appréhender des filles dévêtues, allongées sur les rails du tramway. Vérifications faites, il s’agissait de performers appartenant successivement aux troupes d’Ornic’art et de Compagnie Terrain Vague.

A Les réactions des élus ont été directes. « ils ont fait peur aux gens » (Eliane Zayan, conseillère municipale, déléguée aux arts de la rue), « ils ont mis le feu dans le quartier. Un feu thermonucléaire » (Bruno Gilles, maire des 4ème et 5ème arrondissements ). L’édile interprète cet épisode comme le produit d’une « inadéquation entre le quartier et le travail proposé » par les artistes. Le CIQ de Vallier, Cinq-Avenue, Sébastopol le rejoint dans cette analyse : « les gens ne sont pas encore tous prêts, à une époque où les goûts sont quand même très standardisés. On souhaite pourtant animer le quartier, créer des manifestations qui donnent l'occasion aux gens de se rencontrer. On va d'ailleurs organiser le 9 octobre prochain, un grand marché artisanal. »

La movida marseillaise... jusqu’à minuit

C’est dans ce contexte défavorable que Domique Vlasto propose de trouver un site « pour créer une grande discothèque à ciel ouvert à Marseille ». Cette idée se situe dans le droit fil de la comparaison avec Barcelone, mais a suscité immédiatement des réactions hostiles, non seulement de la part des riverains et des CIQ, mais également des élus qui endossent dans un bel élan du jeu collectif cher à 2013 le syndrome NIMBY (not in my back yards / pas dans mon jardin) faisant écho à une récente manifestation organisée devant la mairie par les CIQ qui souhaitaient dénoncer les nuisances sonores subis durant l’été.

Dans sa dernière édition consacré à 2013, le Ravi évoquait cette question de la résistance anti-festive portée par les CIQ : « Nous ne sommes pas contre les manifestations et les fêtes, mais il faut que cela reste dans le respect de la vie de quartiers » déclare la présidente de la confédération, Monique Cordier, qui met en avant la Fête Bleue soutenu par les collectivités locales et la chambre de commerce en juin dernier : « Il y avait des milliers de jeunes, mais à minuit tout était fini. C’est une bonne heure ». La promesse d’une « guerre des tranchées » à l’encontre de Bernard Latarjet et de son équipe si cet exemple n’est pas suivi, sonne comme un rappel à l’ordre pour les artistes appeler à rester cantonnés sur le site de la Belle de mai et à limiter l’irrigation de la culture dans la ville à ce secteur.

Dans un morceau intitulé « Bus de nuit », Massilia Sound Sytem chantait :

Pour ma part je crois important, pour une ville qui se dit Etre un lieu prépondérant, la capitale du midi De faire en sorte que les gens, du moins ceux qui en ont envie Avec un minimum d'argent, puissent bouger toutes les nuits.

C’était en 1991.

Photo : © Franck Pennant (voir le photo-reportage ici)

vendredi 2 avril 2010

Marseille-Provence 2013 : ça se précise et ça se complique

A Après une pause due à la campagne, ce blog reprend un peu d’activités. Et en guise de reprise, un point sur les dernières évolutions et perspectives de la Capitale européenne de la culture 2013.

Deux moments importants se sont tenus au mois de mars en ce qui concerne Marseille-Provence 2013.

Les Ateliers de l'Euroméditerranée se dotent d'une Charte stratégique

Le 9 mars, la Chambre de commerce et l’association ont organisé une réunion précisant les contours des Ateliers de l’ Euro-Méditerranée. Point fort de la candidature, le principe est autant stratégique que culturel. On rappelle qu’il s’agit d’organiser des résidences d’artistes venus du Bassin méditerranéen au sein des entreprises locales. Mais comme le rappelle Bernard Latarjet dans la Provence, «ce qui distingue les ateliers des résidences classiques, c’est l’engagement sur la durée, un an, deux ou plus et un engagement de diffusion. C’est aussi leur dimension méditerranéenne, puisque nous voulons faire travailler des artistes des deux rives

En effet, l’idée est de contribuer à l’affichage géostratégique d’une opération vouée à remplir la case «culture» du Partenariat euro-méditerranéen (Processus de Barcelone : Union pour la Méditerranée). D’autre part, ces Ateliers reflètent le registre managérial de la mobilisation collective dans la mesure où ils illustrent l’implication du monde économique local dans le projet.

Cette initiative trouve en effet son origine dans les travaux de Mécènes du Sud, une organisation regroupant les entreprises marseillaise souhaitant promouvoir le territoire par la culture. Corinne Brenet, Présidente de Courtage de France, l’une des fondatrices de Mécènes du Sud, est ainsi devenue la responsable de la mission Entreprises 2013, qui au sein de la Chambre de commerce est chargée de promouvoir les Ateliers au sein des entreprises du territoire.

Le document stratégique adopté par l’association précise les objectifs et la méthodologie qui préside à l’octroi du label et des financements liés aux Ateliers. La production d’un Atelier résultera d’un accord entre la structure productrice (l’entreprise), le projet (l’artiste) et labellisation (l’association).

Le conseil d’administration : entre avancées et inquiétudes

Deuxième point fort, cette semaine a eu lieu le conseil d’administration de l’association qui a permis de remettre à plat un certain nombres de questions restées en suspens :

Le logo ? Le concours lancé en juillet 2009, s’étant avéré disatisfiant, l’identité visuelle de 2013 reste à construire (pourquoi, dès lors, ne pas conserver la charte graphique de la candidature qui a fait ses preuves et qui est désormais identifiée par les Marseillais ?)

Les équipements ? Malgré les recours, les chantiers du Mucem, le Centre régional de la Méditerranée sont désormais bien entamés. Il n’y a qu’à se rendre dans les jardins du Pharo et se tourner vers le J4 pour constater comment la ville se prépare physiquement à recevoir l’Europe de la culture dans moins de trois ans. Michel Pezet, représentant le département au sein du Conseil d’administration, a tout de même rafraîchi l’assistance en demandant «comment savoir où l’on en est puisque les manifestations de 2013 se feront dans des sites à construire». Dans un entretien à l’Observatoire méditerranéen, le nouveau chargé de la culture du Conseil général, confiait l’impression d'essoufflement de 2013, du au fait que les «élus traînaient les pieds». Par ailleurs, il constate, sans surprise, «la perplexité des acteurs culturels qui ne savent pas où déposer leurs dossiers» Au final, malgré les réunions avec les techniciens, «on ne sent pas qu’il se passe quelque chose»

Le pilotage institutionnel ? Du côté de l’association, on se réorganise en prévision de la phase de programmation qui débutera à partir de juillet où fois l’ensemble des dossiers déposés. Pascale Amenc Antoni, conseillère spéciale du directeur d’ITer, est nommée «administrateur indépendant» et sera chargée de l’animation d’un comité d’audit. Thierry Roche, conseiller technique à la mairie d’Aix-en-Provence est normmé directeur délégué aux relations institutionnelles et à la coordination des Ateliers de l’Euroméditerranée. Surtout, Ulrich Fuchs qui a l’expérience de la Capitale européenne, en étant directeur adjoint du directeur de la programmation de Linz l’année dernière, est engagé au titre de directeur général adjoint de la programmation. Occupera-t-il les fonctions de directeur artistique vacantes depuis le départ de Pierre Hivernat en juillet dernier (même s’il n’en avait pas formellement le titre) ?

lundi 18 janvier 2010

Frémissements sur le front des politiques locales internationales ? Partie 2

Deuxième volet de notre tour d’horizon des récents développements des politiques locales internationales marseillaises qui ne montrent pas que des signes de déblocage.

Euroméditerranée : de nouveaux tournants

A Tout se passe comme si nous ne cessions de décrire le lancement de la matérialisation de l’opération. Pour l’Établissement public, 2010 est une année charnière. Une autre. Au cours de l’année, en effet, un certain nombre de chantiers devraient être entamés et divers équipements livrés.

Citons la salle de spectacle (2 000 places) du Silo ; le Centre régional de la Méditerranée - surnommé par certaines mauvaises langues, la « Villa Vauzélia »; les travaux d’enfouissement de la passerelle sur le J4 et la réalisation de la Place de la Méditerranée qui fera la jonction entre les Docks et l’Euromed Center ; enfin, les désormais consensuelles Terrasses du Ports.

Ajoutons au tableau, l’extension du périmètre d’‘Euromediterranée qui marque autant la pérennisation du projet que la fin d’une phase. À ce titre, un bilan pourrait prochainement être tiré. Or, si le taux de remplissage qui reste satisfaisant et si le nombre de bureaux prévus n’est que légèrement en deça des attentes (360 000 m2 contre 500 000 attendus), il est difficile de mesurer l’impact direct de l’opération en terme de création d’emplois, et d'attractivité économique.

Quant à l’aménagement du territoire, le projet s’est pour l’instant « cantonné » à l’édification d’une grande tour, mais on cherche « l’architecture du quotidien » ou les « espaces publics de proximité » promis par le cahier des charges discursif de l’Établissement public.

La crise, certes, a « impacté », comme les économistes disent, le projet. Toutefois, elle a pu avoir quelques effets bénéfiques pour les pôles secondaires de l’économie-mondiale. Ainsi, certaines entreprises en difficultés se trouvent contraintes de délocaliser leurs sièges hors des grandes places. Marseille peut fournir de base de repli pour ces firmes qui souhaitent bénéficier de loyers moins onéreux.

Reprise des tensions sur le port

A La hantise des VRP d’Euroméditerranée chargés de « vendre » la ville aux investisseurs qui semblait être assoupi a refait surface : la grève sur le port. On se souvent de la tension survenue suite à la décision du groupe espagnol Boluda de retirer sa participation dans l’Union nationale marseillaise, entraînant la liquidation judiciaire de l’entreprise et la fin des activités de réparation navale sur le Port (Photo : S. Pagano / 20 Minutes).

Cette tension s’inscrivait dans le cadre de la réforme des Ports autonomes refusée par la CGT marseillaise jusqu’à la fin de l’été. L’accord signé entre dirigeants de la CGT et le nouveau Grand Port Maritime a pu faire croire, un temps, à la fin des hostilités et le début de la transposition de la nouvelle organisation des activités portuaires dans le bastion marseillais.

Toutefois, la situation sur le port s’est tendu sur un autre front au plein coeur de l’été : la décision protectionniste du gouvernement algérien de taxer les importations sur certain secteurs liés aux activités portuaires a mis à genoux l’économie marseillaise du commerce des engins de travaux publics d’occasion.

Six mois plus tard, alors que l’on croyait le contexte marseillaise isolé, c’est un mouvement national qui va perturber les activités du port. Le 4 janvier dernier, la Fédération nationale des Ports et docks (FNDP) a lancé un mot d’ordre de grève concernant les salariés des Grands Ports Maritimes. Cette grève a été particulièrement suivi, notamment à Marseille où aucune marchandise n’a été déchargée, même si, selon Reuters, « aucune incidence n’a pu être observé sur le trafic pétrolier des bassins de Fos et de Lavera ou sur la circulation des voyageurs ».

Les syndicats protestent contre l’application de la réforme : « alors que 30 000 emplois devaient être créés, nous sommes touchés par le chômage partiel et des départs non remplacés. Sur les investissements promis, nous ne voyons rien venir » a déclaré le secrétaire général de la CGT marseillaise. Cette action spectaculaire, renouvelé le 11 janvier, fait suite aux grèves, plus discrètes, du mois de novembre, mais tend à montrer une radicalisation du mouvement.

2013 : la Poste, premier sponsor

A Hugues de Cibon a-t-il accepté une mission impossible en quittant son poste de Directeur marketing d’Euromediterranée pour rejoindre l’équipe de Bernard Latarjet et convaincre les entreprises de se « mobiliser financièrement » derrière 2013 ? Rappelons qu’il s’agit de trouver 15 à 20 % du financement global (évalué à 98 millions d’euros). Le nouveau Directeur du mécénat et des relations avec le monde économique a imaginé un système permettant un engagement différencié des entreprises dans la Capitale européenne de la culture.

Le premier étage est composé du « Club des entreprises de Marseille-Provence 2013 » dont les membres participent à hauteur de 1 000 euros. Le deuxième regroupe les « Supporters » qui apportent une contribution supérieure. Enfin, les « Partenaires» concernent les donateurs les plus généreux. Cet étage distingue dans l’ordre croissant les « Partenaire projet», « Partenaire grands projets » et «Partenaire officiels ».

Or, l’association a inscrit à son tableau de chasse le premier des Partenaires officiels, happy few des événements culturels de 2013. Le Groupe La Poste, qui devient habitué des Capitales européennes de la culture françaises, puisque déjà présent à Lille en 2004, a déboursé les 1,5 Millions d’euros nécessaires pour faire partie des privilégiés. À la clé, une mise en avant de la marque dans les principaux supports de communication, une présence dans les manifestations et la possibilité d’utiliser le logo dans ses opérations publicitaires.

Pour Jacques Pfister, le Président de l’association et de la Chambre de commerce, cette signature « en annonce d’autres ». Il ne manque plus que l’engagement définitif de François Pinault qui aurait promis au maire de mettre à disposition une partie de ses collections pour mettre 2013 sur les bons rails managériaux. Pour la programmation artistique on attendra encore un peu.

mardi 15 décembre 2009

Bilan des enjeux locaux internationaux (2): Euroméditerranée

A Au début de cette année, nous écrivions ici que "2009 dev(r)ait être une année décisive" pour Euroméditerranée. Nous évoquions les question d'implantation sociale du projet, le commencement des chantiers architecturaux et d'aménagement et la mise en œuvre du programme d'extension.

Sur ces trois dossiers, il semble que l'Établissement Public soit confronté au défi du temps. On n'ignore plus que les grands projets urbains, qui s'imposent comme la norme de la production de la ville, obéissent à des temporalités contradictoires. La vision politique du projet urbain est supposée conférer une cohérence stratégique à un ensemblier de politiques publiques hétérogènes. Le politique ici n'est pas sensé donner seulement du souffle à une opération d'aménagement, mais doit l'inscrire dans une conception partagée de la cité, et qui soit projetable dans le temps. Cependant, les aménageurs ne peuvent négliger le rythme soutenu du calendrier électoral, qui ne coïncide pas avec la temporalité longue de la construction stratégique.

Cette dichotomie est également observable sur le plan de l'opérationnalisation. La contradiction que doit résoudre l'Établissement public est de matérialiser l'opération, c'est-à-dire de la rendre immédiatement visible aux destinataires (habitants, firmes, touristes), tout en mettant en œuvre des programmes aussi ambitieux que chronophages.

On le constate ainsi, ce n'est pas seulement le temps qui pose problème à la production des projets urbains. L'élargissement du système d'acteurs qui marque la nouvelle économie politique des villes - la gouvernance urbaine - redistribue les ressources de l'action collective et complexifie les processus décisionnels. Il serait naïf de considérer l'"rrupition" du marché dans la production des politiques urbaines comme une nouveauté ou un big bang. Néanmoins, il faut prendre la mesure de l'indifférenciation croissante des logiques privés et publiques particulièrement visibles dans les projets urbains en les inscrivant dans des logiques d'acteurs.

L'année 2009 pour Euroméditerranée est particulièrement révélatrice des questions que ces évolutions soulèvent. L'extension du périmètre est l'un de ces exemples. Évoquée il y a quelques billets, intéressons nous ici au Mucem.

Tout au long de l'année, le Mucem a été l'objet de nombreux soubresauts. En janvier, Nicolas Sarkozy annonce qu'il "croit beaucoup" au Musée. Quelques jours plus tard, dans le cadre du Plan de Relance, ses Ministres Patrick Devedjan (relance, justement) et Christine Albanel (culture) se rendent à Marseille pour confirmer l'engagement de l'État et le début du chantier pour juin. Au même moment, on apprend que deux associations locales - le CIQ du 2ème arrondissement et l'association des Jardins Portuaires - ont déposé un recours pour empêcher les travaux. Dans le Ravi de novembre, ils s'expliquent : "c'en sera fini du panorama sur la Méditerranée et des promenades en bord de mer", "on est peiné de s'attaquer à un projet culturel, mais le quartier est asphyxié par la circulation et le manque d'espaces verts". Résultats, le chantier n'a pas commencé en juin, mais en janvier - en effet, jusqu'au 31 décembre la place du J5 accueille le cirque Médrano. La livraison devrait être prévue en mai 2013. Cinq mois après le début des festivités de la Capitale européenne de la culture alors que le musée qui doit être, selon le Ministre, "beaucoup plus qu'un équipement culturel" est supposé "être le lieu-matrice d'une Méditerranée pleinement réconciliée". Il attendra encore un peu.

jeudi 10 septembre 2009

L'utilité économique de l'action culturelle

A En cette rentrée si calme que les blogueurs ont bien du mal à trouver un sujet de rentrée, on trouve dans le journal la Marseillaise un article relatant le succès de la saison touristique dans la région aixoise.

Ce qui a attiré notre attention, ce sont ces propos tenus par Michel Fraisset (directeur de l’Atelier Cézanne et adjoint de direction de l’Office du Tourisme d’Aix-en-Provence) :

"Les choses sont claires désormais. Sans sa nouvelle dimension culturelle, et j’entends par là sa programmation contemporaine ou moderne et pas seulement son patrimoine historique, une ville comme Aix-en-Provence aurait du mal à s’imposer touristiquement face aux grandes destinations balnéaires et aux nouvelles destinations nature. En fait la crise économique née de l’annulation des festivals lors de la grève des intermittents du spectacle aura provoqué un choc salutaire auprès des commerçants, des hôteliers et d’une façon général de tous les professionnels du tourisme. Ils venaient de toucher du doigt l’importance économique de l’action culturelle. Depuis les grandes expositions et les grands festivals ont fait la preuve éclatante de leur utilité en terme d’activité, d’emploi, de retombées économiques directes et indirectes. Personne ne peut plus alléguer que la culture c’est peu ou pas grand chose comme certains commerçants et hôteliers ont pu oser le dire il y a quelques années."

Trois éléments très importants relatifs aux rapports entre la culture et la production de la ville et qui montrent plus précisément l'usage purement économique et néo-managérial des politiques culturelles :

  • Le premier terme - en gras - renvoie à la culture comme levier de positionnement concurrentiel. Les politiques culturelles seraient désormais pensées comme un outil au service de la compétitivité des territoires en renforçant leur attractivité pour les visiteurs (touristes ou investisseurs).
  • Deuxièmement, la culture est désormais appréhendée par le politique comme une variable d'utilitarisme économique. On jauge la qualité d'un évènement culturelle à la performance économique induite ("les retombées").
  • Troisièmement, enfin, la focalisation néo-managériale de la culture contribue à désamorcer les oppositions. Elle produit du consensus. La culture ne divise plus, non pas tant pour des raisons esthétiques (les vieilles querelles artistiques) que pour des raisons de performance économique ("si l'expo crée de l'emploi, alors...").

On pouvait, de ce fait, attendre autre chose de la part des journalistes de la Marseillaise que ce commentaire conclusif : "La réflexion du très passionné directeur de l’Atelier Cézanne est d’autant plus pertinente qu’elle s’accompagne d’une bonne dose d’impertinence. Aix-en-Provence, comme d’autre grandes cités culturelles du Sud, se doit désormais d’intégrer économiquement le fait culturel.''...

Au final, la culture est effectivement devenue une dimension cruciale de l'action locale, dans la mesure où, en l'absence d'une loi de décentralisation des politiques culturelles, il s'agit pratiquement du seul domaine de compétence qui reste dans le giron communal. Elle serait ainsi un moyen pour le personnel politique d'affirmer des positions fragilisées par la construction intercommunale. Pour les élites économiques, la culture est essentielle, non seulement, comme on l'a rappelé, pour promouvoir un territoire et améliorer ses résultats économiques, mais également comme champ de socialisation et de légitimation. Les dispositions législatives encourageant le mécénat se multiplient et accompagnent le mouvement d'élitisation par la culture. À l'ombre des projets culturels d'envergure, on trouve un financier ou un chef d'entreprise. François Pinault n'a-t-il pas déjeuner avec Jean-Claude Gaudin, lui promettant de lui prêter ses collections d'art moderne en 2013 ?

Photo : Montage réalisée à partir d'une photographie réalisée pendant la soirée Mécènes du Sud intitulée, Le Château n'a rien perdu de son charme, ni le jardin de son éclat au Château Ricard le 25 juin 2008 et agitée par La Zouze-compagnie Christophe Haleb.

vendredi 24 juillet 2009

La Fête est-elle déjà finie pour 2013 ?

A On s'attendait à ce que la désignation de Marseille au titre de Capitale européenne de la culture en 2013 provoque des tensions parmi les élus qui souhaitent retirer les dividendes politiques du succès. C'est arrivé avec la polémique autour de la possible création d'un "guichet unique" qui, à la mairie et non au sein de l'association Marseille-Provence 2013, déciderait de l'attribution du label et de l'allocation des financements. Les choses se sont (pour l'instant) éclaircies avec la mise au point de Latarjet, directeur général de l'association. lors du dernier conseil d'administration de Marseille-Provence, au printemps : "On a perdu six mois, il est temps de se mettre au travail" avait-il déclaré.

Le travail risque cependant d'être perturbé par l'acte 2 de la contestation. Celle-ce ne provient pas des élus mais du monde associatif local. Nous avons largement évoqué les difficultés du tissu associatif local, tiers-secteur pris en tenaille entre la dynamique manageriale du projet culturel et les rapports traditionnels entretenus avec le politique. Si certaines associations de la Friche ont limité leur engagement dans la candidature à la participation aux réunions préparatoires, la plupart se sont tenues à l'écart ou ont été tenues à l'écart, attendant les contours concrets du dossier et les conditions d'accès aux diverses subventions. D'autres enfin ont été tentées de rejoindre l'initiative lilloise de la Fête est finie impulsée par les déçus de la capitale européenne de la culture nordiste en 2004. (l'illustration de ce billet est la couverture graphique de leur initiative)

Au début du mois de juillet, le conseil municipal qui a donné le feu au poudre. Une baisse générale de 15% des subventions culturelles a en effet été votée dans une relative indifférente. Le motif ? Le rééquilibrage des subventions. Comprenez : donnez plus aux associations "performantes" et moins aux autres. Aux dires de M. Daniel Herman, adjoint à la culture qui a succédé à Serge Botey à l'issue des dernières élections municipales (il n'a donc pas participé à l'aventure de la candidature), ce rééquilibrage s'effectuera en deux temps. En juillet, baisse générale ; en octobre, ré-injection. Les montants, bien sûr, n'ont pas encore été dévoilé, ni bien évidemment les critères d'une association culturelle "performante". Ce décalage dans le temps s'explique par une erreur technique : les dossiers n'ayant pas pu être présentés à temps. Cet épisode illustre-il l'amateurisme de l'équipe municipale qui trancherait avec le professionnalisme de la Chambre de commerce (son Président, Jacques Pfister, faut-il le rappeler, est à la tête de l'association Marseille-Provence 2013) ? Au contraire, est-il le signe d'une recomposition, par le haut, d'une clientèle culturelle ?

À ce stade, rien n'est moins sûr tant les relations entre les trois cercles de la politique culturelle à Marseille semble s'autonomiser. Le cercle politique est engagé dans une stratégie visant à capitaliser les ressources proprement politiques de la victoire. L'objectif est d'occuper l'espace médiatique pour apparaître comme le porteur véritable du projet. Renaud Muselier joue ici le premier rôle mais Daniel Herman pourrait contribuer à sa réussite. Reste à savoir comment les autres collectivités locales vont réagir. On pense principalement aux villes d'Aix et de Toulon et aux Conseils généraux, mais il ne faudrait pas oublier les petites collectivités locales qui ont montré à M. Muselier la réalité de leur pouvoir de nuisance quand Marseille souhaité imposer ses conditions. À ce titre, les modalités de la gouvernance de l'association Marseille-Provence 2013 où chaque collectivité locale dispose d'un droit de vote égal sont un rappel permanent aux désirs de la ville-centre.

Du côté de l'association Marseille-Provence, justement, la polémique lancée par le Ravi sur le licenciement des chargés de mission dès le lendemain de l'annonce de la victoire a laissé des traces. S'il s'est avéré finalement que seulement deux contrats "de petites mains" n'avaient pas été renouvelés, le fantasme d'un projet de "parisiens" pilotés par des technocrates extérieurs aux réalités locales est tenace. Il isole un peu plus Latarjet et son équipe du tissu associatif local. Une partie de celui-ci, réagissant à la coupe des 15%, a ainsi lancé une pétition en ligne qui s'interroge : "Est-ce ainsi que la ville de Marseille relève le défi de 2013 ?"

mercredi 20 mai 2009

Marseille Espérance : 2013, évènement cultu(r)el

a Jean-Claude Gaudin a ouvert dimanche dernier le premier évènement labellisé Capitale européenne de la culturel. L'association Marseille-Provence 2013 avait choisi de soutenir la 6ème édition du Colloque "Religion et culture, transmission et modernités" organisé par Marseille Espérance. Le programme complet ici.

Y-aurait il quelque chose de surprenant ou de choquant à donner le privilège du lancement de l'opération 2013 à un évènement à connotation religieuse ? Qu'est ce que cet évènement nous dit sur 2013 et sur Marseille ? Pour répondre à ces questions, il est évidemment indispensable de revenir sur la place de Marseille Espérance dans le dispositif local de la régulation politique, sociale et donc, culturel.

En 1990, au lendemain de la profanation du cimetière juif de Carpentras, le maire de Marseille, Robert-Paul Vigouroux décide de créer une structure informelle rassemblant les responsables locaux des religions principales de la ville. Les évêque catholique, orthodoxe et arménien, le pasteur protestant, le cheikh président de la Fédération des musulmans du sud de la France, un imam sénégalais, le grand rabbin de Marseille, ainsi que des associations laïcs (Radio Gazelle, association des Vietnamien de Marseille) inaugurent ce groupement.

À l'origine de ce dossier on trouve Bruno Étienne, universitaire, spécialiste des religions, récemment disparu et qui selon son collègue et ami, Franck Fregosi, "n'a cessé d'affirmer l'inexistence d'une communauté musulmane entendue comme un ensemble monolithique d'individus ayant les mêmes pratiques, défendant les mêmes intérêts et mus par le souci de l'unité communautaire". Ses travaux sur l'islam tendent à montrer que la religion n'est pas importée, mais qu'elle est retraduite par les conditions nationales et locales au sein desquelles elle s'exerce. En d'autre terme, l'islam, tel qu'il est pratiqué en France, est une religion française. En outre, il insistait dans ses travaux et son enseignement sur la dimension laïque de la religion, sur les espaces non strictement religieux investis par les membres des soi-disant "communautés".

A On peut tout de même se demander si, malgré les louables intentions de ses pères fondateurs, Marseille Espérance serait autre chose qu'un outil politique au service de la gestion clientélaire des communautés. "L'avenir de Marseille, son dynamisme et sa prospérité, le bien-être de chacun, dépendent de la revitalisation de l'économie, mais en même temps de la qualité des rapports entre les communautés" déclare M. Vigouroux lors de la réunion inaugurale. Élargi progressivement à d'autres cultes (jusqu'au Grand vénérable de la Pagode de la Savine), Marseille Espérance déclare dans sa charte sa conviction dans l'instauration "d'un dialogue et d'une meilleure compréhension entre tous les Marseillais". À son arrivée à la mairie, Jean-Claude Gaudin décide de continuer l'expérience qui se signale par des prises de position mises en scène de manière spectaculaire : en 1996, le meurtre d'un jeune par un homme d'origine maghrébine suscitant une violente campagne raciste de la part du Front national ou les attentats du 11 septembre sont l'occasion pour Marseille Espérance d'exprimer un "œcuménisme politique" selon l'expression de Samson et Péraldi.

Pourquoi avoir confié à Marseille Espérance la primeur du label Capitale européenne de la culture ? Donnons la parole à Bernard Latarjet, directeur général de l'association Marseille-Provence 2013, qui s'exprimait au mirco de Med'in Marseille : "Les religions sont des composantes essentielles des cultures. Elles sont même souvent fondatrices des cultures, spécialement en Méditerranée. Aujourd'hui, en Méditerranée, mais partout dans le monde, la question des rapports entre la culture et la religion, entre la révélation et la raison, entre la foi et la connaissance... Elles sont à la fois fondatrices des cultures de Méditerranée, qui doivent connaitre à Marseille-Provence en 2013 une illustration exemplaire, mais elles sont aussi une actualité de plus en plus importante. Oui, les religion auront une place importantes dans les célébrations de Marseille-Provence 2013."

Dans le droit fil de l'édition 2008 des Rencontres d'Averroès, cette initiative tend à souligner le rôle assigné à la religion dans le dialogue culturel euroméditerranéen. Un rôle que l'on voudrait le plus éloigné possible du discours des chocs de civilisation qui voyait dans le culte, une institution archaïque à l'origine des conflits et des résistances à un supposé progrès universel (le marché, la démocratie libérale, la laïcité occidentale). La ville, parce qu'elle est le réceptacle d'investissements pluri-cultuels - même lorsque cet investissement est alimenté par une récupération politique, contribue à déplacer le dialogue entre les religions sur le terrain de la culture. Elle constitue ainsi un espace privilégié, une alternative aux politiques et aux discours sécuritaires. En choisissant de labéliser un évènement de Marseille Espérance pour lancer la Capitale européenne de la culture, Marseille 2013 se place ainsi d'emblée sur le terrain euro-méditerranéen du dialogue, conformément au thème du "passeur-traducteur" cher à Étienne Balibar, sans oublier de s'adresser à ses populations. Premier défi relevé ?

mercredi 1 avril 2009

Marseille 2013 : les premières fissures du jouer collectif

A La désignation en septembre dernier de la ville de Marseille du territoire Marseille-Provence, comme Capitale européenne de la culture a suscité l’enthousiasme mais aussi la surprise des observateurs et des acteurs de l’actualité marseillaise. « Marseille 2013, c'est la victoire d'une méthode : le jouer collectif, a déclaré M. Pfister, le président de la candidature, c'est la réussite d'un formidable élan du territoire Marseille-Provence, dont les acteurs politiques, économiques et culturels de 130 communes ont su se rassembler autour d'un même projet militant ». En conférence de presse ou sur leur blog personnel, les trois élus principaux de la région se félicitent de cette unité retrouvée. Pour M. Gaudin, « c’est l'esprit d'équipe qui a gagné. Nous avons eu l'appui de 80 collectivités qui ont toutes une richesse extraordinaire. Nous nous sommes réunis et nous avons gagné » ; M. Guérini, « ensemble, au-delà des clivages politiques, nous avons su relever un véritable défi. Ensemble, je suis certain que nous ferons gagner la culture dans les Bouches-du-Rhône et à Marseille » ; ou M. Vauzelle , « la victoire d’aujourd’hui est le résultat d’une démarche exemplaire de partenariat entre les différentes collectivités dont la Région se félicite. C’est une belle image de la politique et de notre région que nous avons offerte, en démontrant notre capacité à travailler ensemble, élus de tous bords, acteurs culturels et économiques, sur un projet majeur pour notre développement et notre rayonnement ».

Cette unité davantage qu’un consensus semble avoir été assuré par le pilotage du monde patronal local, métropolitain regroupé autour de la Chambre de commerce et de son président Jacques Pfister, par ailleurs président de l’association Marseille-Provence 2013. La dépolitisation de la conduite du projet fut un atout dans la candidature : elle a permis de désamorcer par avance les rivalités et de surmonter la fragmentation politique. Ainsi, la gouvernance de l’association assure la stricte égalité des collectivités locales et des institutions partenaires dans la prise de décision. À l’image du projet de Lille 2004, cette méthode a contribué à reconsidérer le pouvoir métropolitain autour de représentations internationalisées et managériales à rebours du folklore régional promues par certaines structures associatives culturelle locales et par certains élus.

Les «Ateliers de l’Euroméditerranée » imaginées par Jean Digne dans son projet de « Mille Talents, Milles Projets, Mille Entreprises » entendent développer dans les entreprises de Marseille, l’accueil et le travail en résidence de créateurs et d’artistes internationaux. Il est révélateur de souligner que le projet de M. Digne est issu d’une commande des « Mécènes du Sud » fondés par une dizaine de grandes entreprises dont les activités sont tournées vers l’international et qui fut le format de départ de la candidature.

On pourrait à l’envi insister sur la primauté des élites économiques métropolitaines sur les mondes politiques marseillais. Cette primauté, toutefois, ne doit pas nous conduire à conclure à la subordination des élus face aux patrons. Ces derniers se sont appuyés sur les édiles et leurs ressources pour relayer des intérêts partagés auprès des institutions européennes. L’idée est en effet d’utiliser la culture comme un levier d’attractivité et promotion de territoire. L’organisation d’évènements culturels n’est pas la finalité de l’opération. Celle-ci réside davantage dans la progression de l’agglomération marseillaise dans la hiérarchie des villes européennes. Le Club Ambition Top 20 mis en place par la Chambre de commerce organise des road shows dans les villes européennes pour promouvoir la candidature et occuper un rang supérieur dans la compétition territoriale. La trajectoire de la candidature est ainsi un objet particulièrement intéressant pour observer la pluralité des changements d’échelles qui président à la transformation des pouvoirs urbains et à l’émergence d’une gouvernance métropolitaine à Marseille.

Cette gouvernance n’est pas synonyme, nous le répétons car la notion de gouvernance est parfois sujette à des interprétations en ce sens, d’une évacuation du politique. La récente empoignade lors du Conseil municipal de la ville de Marseille en début de semaine est là pour en témoigner. La passe d’armes qui a opposé Renaud Muselier, délégué spécial de la ville pour la Capitale européenne de la culture 2013, et Jean-Nöel Guerrini, chef de file de l’opposition municipale, indique que nous sommes passés à une autre phase dans le projet. Une phase propice au reclassement des acteurs politiques.

La polémique porte sur une information faisant état de la volonté de la mairie de mettre en place un « guichet unique » qui permettrait de centraliser les demandes de participation aux projets culturels et le cas échéant, de les sélectionner. L’enjeu n’est pas mince : la mairie, qui a participé dans la phase de la candidature à hauteur de 90% du financement de l’association, entendrait décider seule de l’attribution du label et des financements inhérents.

Le groupe socialiste réagit par une lettre adressée à M. Gaudin et parue dans les quotidiens régionaux samedi dernier appelant curieusement au « rassemblement ». L’issue de la controverse n’est pas l’essentiel ici. Retenons que les élus sont de retour sur le devant de la scène 4 ans avant le lancement des festivités officielles. Cette lutte pour une potentielle récupération ne sera pas sans inquiéter les chefs d’entreprise qui avaient tout mis en ouvre pour éviter les retombées négatives de la division politique.

Une inconnue demeure, celle de l’exclusion du tissu associatif local de la définition du projet culturel. Thème sur lequel nous aurons probablement l’occasion d’y revenir.

En partenariat avec Rue89 / Marseille 89 A

Photo : http://marseilleunautreregard.wordpress.com/

samedi 7 mars 2009

Plus belle la vie dans la mondialisation

1 La série télévisée Plus Belle la Vie (PBLV) diffusée sur France 3 tous les soirs de la semaine réalise une audience supérieure au Journal télévisé de France 2 (selon Médiamétrie, autour de 22% de part de marché, soit presque 6 millions de téléspectateurs). La suppression de la publicité sur le service public après 20H et l'avancée de l'horaire du programme a renforcé les inquiétudes dans les rédactions des JT. On apprend par ailleurs que le New York Times a consacré un long papier au phénomène.

La série, qui met en scène la ville de Marseille comme un personnage de fiction à part entière, est tournée dans les locaux de l'ancienne manufacture de tabac fermée en 1990 et laissée en friche. En 1992, l'association Système Friche Théâtre investit les lieux pour mettre en œuvre un projet de "conquête de nouveaux territoires de création" afin de "poser autrement les enjeux de production et dégager de l’espace et du temps pour les artistes." Le site est situé au cœur de la ville-centre paupérisée et dégradée par le déclin des activités industrielles. La conjonction des projets culturels et urbanistiques débouche sur la constitution d'un avant-pont des activités artistiques inscrit dans un pôle média connecté aux échanges et aux réseaux internationaux..

En effet, le site est intégré au périmètre de l'opération Euroméditerranée. Or, la Friche se situe clairement dans l'optique des objectifs promus par le projet de développement économique et de rénovation urbaine : revitaliser économiquement et architecturalement un hyper-centre jusqu'alors peu attractif dans la course aux territoires.

À côté des actifs culturels de la ville désormais agglomérés autour de la perspective de 2013 et du label de capitale européenne de la culturelle (MUCEM, Cité régionale de la Méditerranée, Rencontre d'Avérroès, etc.), la Friche de la Belle de Mai est conçue comme la bulle média de l'opération. Selon un membre de l'Établissement public "on y construit un pôle dédié au média et en particulier aux contenus pour mobile. Et là, clairement l’offre qu’on défend n’est pas une offre d’accès à un marché mais une offre d’accès à des compétences. On essaie d’attirer des entreprises qui feraient abstraction des marchés locaux pour se focaliser sur les compétences qui gravitent autour du pôle. Et là on se raccroche, on se connecte directement sur les pôles de compétitivité et on dit « voilà aujourd’hui Marseille est un pôle de référence sur les technologies mobiles et est capable de faire converger des contenus et des technologies dans une mobilité" (entretien). L'idée est de construire un pôle high-tech sur une friche industrielle à partir d'une action publique d'animation de la filière et des compétences, d'une part, et de promotion d'un quartier dans le cadre du marketing urbain, d'autre part. On comprend dès lors dans quelle mesure la conversion des économies d'accumulation de type fordistes en économies de la connaissance se construit aussi à l'échelle des quartiers.

Dans cette perspective, il n'est pas étonnant de constater que les producteurs de la série PBLV empruntent des techniques de fabrication à Hollywood. Selon le New York Times, "to keep creativity and consistency, Mr. Tomasini (ndla, coproducteur) adopted a practice from Hollywood: a team of 20 writers who create in workshops, producing carefully arced scripts. Mr. Besson (ndla: coproducteur) said that the challenge was to produce a “soap à l’américaine” but “keep an identity of our own, speaking with an accent while communicating to all of France.”

L'impact de la série est l'illustration des effets collusifs du local dans le global. Les studios de la Friche montrent, si besoin était, dans quelle mesure relater la vie quotidienne d'un quartier fictif -mais en même temps, tellement typique qu'il en devient plus "vrai"- peut produire des effets dans d'autres échelles, à conditions d'utiliser des moyens adaptés à l'économie-monde.

NB : La photo est extraite du travail réalisé par Pauline Daniel entre aout et septembre 2005 dans le cadre d'une commande publique de la DRAC PACA et de la ville de Marseille autour des mutations urbaines engendrées par le projet "Euroméditerranée". L'artiste met en perspective les "deux visages de la Belle de Mai", l'un formé par les habitants, l'autre, par les activités culturelles et de la haute technologie qui se sont récemment greffés au lieu. Son travail est à découvrir ici.

samedi 31 janvier 2009

Marseille face La Crise

a La Crise est devenue depuis l'automne l'épicentre des discours politiques et médiatiques. Elle est à la fois un contexte et un programme, une contrainte et une ressource pour les politiques publiques et les luttes partisanes. Elle permet de déverser des flots ininterrompus de commentaires et d'analyses, le plus souvent évidemment contradictoires et prospectifs sur le mode de la "faute" à qui et dans quand/comment/pourquoi on en "sort".

Permettez moi de ne pas m'adonner à ce genre d'exercice et de porter la discussion sur l'impact territoiralisé de la Crise, entendue comme le ralentissement général et durable de l'Économie (sur le plan théorique, j'invite le lecteur à prendre connaissance des travaux David Harvey sur cette question ou pour une perspective moins critique, ceux de Amin Ash, Allen Scott et Michael Keating).

Contrairement à certaines idées reçues concernant la mondialisation, l'économie n'est jamais devenue déterritorialisée. Les capitaux comme les travailleurs restent ancrés dans des lieux. Si la mobilité est effectivement un élément clé de compréhension des évolutions économiques, ce facteur, qui est loin d'être nouveau, ne remet pas en cause le principe de la territorialisation de la production et de la consommation (même si ces deux temporalités du processus se distinguent dans l'espace). Elle ne remet pas en question non plus le rôle décisif des instances politiques de décision : les traders n'ont pas remplacé les élus, ni le Marché, l'État. Ce ne sont pas seulement des comportements coupables qui sont à l'origine du Désastre mais une absence ou une faiblesse des dispositifs de régulation étatique ou interétatique.

Ceci posé, on peut se demander comment la Crise trouve un écho dans l'aire métropolitaine marseillaise. L'actualité ici n'est pas avare d'exemples. Les plus visibles concernent les fermetures d'usines, les chômages partiels, les grèves et les manifestations qui réclament le maintien de l'emploi ou du pouvoir d'achat. A ce jour, uniquement dans les Bouches du Rhône, la société de transport Transco la Phocéenne (130 employés à Fos et 150 au Havre) et Linpac Packaging (127 salariés à Tarascon menacés) se retrouvent en liquidation judiciaire tandis que Ascometal, Sibell, STMmicroélectronique et ArcelorMottal font l'objet de plans sociaux.

Moins visible, le contexte économique crée un climat d'incertitude autour des grands projets de la métropole. La dépendance du développement local et régional aux évolutions globales montre la nature et le degré d'intégration des espaces urbains à l'économie-monde. Les deux politiques locales internationales agglomérantes de la cité concernés, l'opération Euroméditerranée et la désignation de Marseille-Provence Capitale européenne de la culture, illustrent et précisent cette hypothèse. Si la Crise a des conséquences locales, elles ne sont pas uniformes et dépendent toujours des choix politiques. La "mondialisation" n'est pas un contexte ou une situation : comme le reste, elle procède de décisions politiques, pilotées au premier chef par les autorités stato-nationales.

Si la Crise ne remettra pas en cause les projets, risque-t-elle d'en atténuer l'ambition et l'impact ? Les équipements urbains et culturels que les autorités locales ont projeté et promis de se doter verront-ils le jour ?

Heureusement l'État est là, et tant pis pour ceux qui annonçaient sa fin. Patrick Devedijan, le Ministre de la Relance, était à Marseille hier pour confirmer l'engagement de l'État et annoncer des aides supplémentaires : 25 millions d'euros en tout, dont 6 millions d'euros pour l'Établissement public Euroméditerranée "pour conforter les constructions du MUCEM au J4" nous dit LCM et 7 Millions d'euros pour le Grand Port maritime. Des efforts financiers...dans le vide ?
Le deuxième élément d'actualité nous vient des différentes études statistiques de bilan. Surprise : la région PACA semble résister mieux que prévu (en tout cas mieux que d'autres) à la tempête financière qui a secoué les marchés.

La direction régionale de l'INSEE a publié une note de conjoncture qui montre que PACA et la Corse sont les seules régions françaises à finir l'année avec une création nette d'emploi en un semestre : "en Provence-Alpes-Côte d'Azur, comme en France, l'activité du troisième trimestre de 2008 a été moins défavorable que dans l'ensemble des économies avancées et émergentes. Dans l'industrie et le commerce de détail, la croissance du chiffre d'affaires régional s'est stabilisée. Les créations d'entreprises se sont maintenues et l'emploi salarié a continué de croître". La région est tirée vers le haut par le BTP et les services. Le district marseillais serait il enfin devenu tertiaire et dynamique ? Mais comme il est de coutume en pareille circonstance, les rapports restent contrastés et pessimistes pour l'avenir Certes l'emploi ne baisse pas mais ne s'améliore pas pour autant, les chiffres d'affaire des entreprises de construction sont entrés dans une phase de net repli : "l'activité a ralenti dans les services, la crise de la construction s'est accentuée et la baisse du taux de chômage s'est interrompue. Dans le sillage d'une conjoncture mondiale dégradée, les très sombres perspectives de l'économie nationale ne devraient pas épargner la région en 2009". Tous s'accordent donc à penser cependant que 2009 sera "annus horribilis" pour la région. L'intégralité du rapport de l'INSEE est visible ici.

Un dernier mot sur Marseille 2013 : les acteurs du projet, c'est à dire, faut-il le rappeler, concentrés autour de la Chambre de commerce et du monde patronal métropolitain, affichent une certaine sérénité face à la Crise : "L'objectif du mécénat est de l'ordre de 15% soit 15 millions d'euros, explique Bernard Latarjet dans le supplément de la Provence la semaine dernière. Nous ne sommes pas très inquiets sur les conséquences que pourraient avoir la crise sur le mécénat. Nous avons déjà perçu les premiers signes chez des candidats internationaux (...). La crise jouera sans doute davantage sur les financements des collectivités locales que sur l'implication du privé. A Lille en 2004, la contribution de l'État était de 20%, elle sera inférieure chez nous dans le contexte actuel". L'État, toujours lui...

En partenariat avec Rue89 / Marseille 89 A

lundi 26 janvier 2009

MUCEM, le recours

A A l'occasion de la visite de la Ministre de la Culture à Marseille vendredi dernier, le maire a souhaité faire le point sur l'avancée des travaux du Musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée (MUCEM). En image ici.
Visiblement énervé, le visage fermé, il ne déplore pas seulement la lenteur avec laquelle le projet a pris forme mais peste également a l'encontre des recours déposés au Tribunal administratif contre le permis de construire. Le commentaire de LCM nous rappelle que cette "embûche administrative" apparaît alors que "le planning a déjà pris du retard, les études techniques vont seulement commencer". Ainsi, les travaux ne devraient pas débuter avant "l'horizon 2010" selon la formule de l'architecte Rudy Ricciotti après la désignation des entrepreneurs. L'échéance étant évidement le deuxième semestre 2012 : personne n'imagine un MUCEM en travaux au moment du lancement des festivités de Marseille-Provence 2013.
Au-delà de la détermination des élus locaux et nationaux, jusqu'au premier d'entre eux, on peut se demander ce qui pousse des personnes à s'opposer à un projet si consensuel. S'agit d'un comité d'intérêt de quartier ? D'initiatives individuelles ? L'attaque contre le MUCEM serait-elle une tentative pour plomber Marseille 2013 ?
Cette obstacle n'est il que purement administratif ou est il le fait d'une mobilisation collective naissante ? L'unanimité qui a accompagné la candidature est elle déjà en train de se fissurer ? Cette pression est exercée sur l'État et les responsables locaux alors que le premier a confirmé son engagement financier malgré la crise. L'État se serait engagé sur une participation à hauteur de 70% des 175 millions d'euros de budget. Celui-ci bénéficiera par ailleurs de 5 millions d"euros supplémentaires grâce au Plan de Relance. Suffisant pour tenir les délais ?

dimanche 30 novembre 2008

Mouvements à 360°

C Cette semaine un regard rapide sur l'actualité marseillaise internationalisée est révélatrice des mouvements à 360° de ces activités.

- mercredi, la défaite de l'OM contre Liverpool précipite l'élimination du club de la plus prestigieuse des compétitions européennes. Toutefois, ce voyage n'est pas perdu pour tout le monde. Le match aura été l'occasion pour certains membres du comité de Marseille Provence 2013 de rencontrer leurs homologues de Liverpool Capitale européenne de la culture 2008. Les liens du réseau Cities on the Edge ont ainsi été réactivés. Pour plus d'infos, ici.

- samedi, 3 équipes d’urbanistes sont désignées pour dessiner l'extension d'Euroméditerranée presqu'un an après le décret du Premier ministre qui prévoit de générer 3,5 milliards d’euros d'investissements publics et privés supplémentaires portant donc à plus de 7 milliards d'euros les investissements sur 183 hectares supplémentaire au nord du périmètre actuel. On attendra le 18 décembre prochain pour connaître le nom des cabinets retenus et le contenu de leur projet.

- le lendemain, le festival de "l'Aïd dans la cité" battra son plein au Dôme sur le thème de "la Méditerranée dans tous ses états". Selon la présentation des organisateurs, ce festival vise " du Maghreb au Liban, en passant par la Turquie, l’Egypte et la Palestine, à déposer avec les vagues un peu de notre identité sur les rives du Lacydon. Certes, l’Histoire ne fut pas avare de confrontations parfois violentes entre peuples de la méditerranée, mais ceux-ci ont été capables de surmonter ce « choc des civilisations » pour produire des rencontres fécondes, comme l'expliquera Yasmina Khadra. Des contes libanais et palestiniens, des ateliers d’intiation à la calligraphie arabe et de musique Arabo Andalouse, de la musique maghrébine viendront alimenter cette croisière rêvée."

Sport, Culture, Méditerranée, Aménagement urbain et développement économique comme mises au points des activités internationales de la ville.

samedi 15 novembre 2008

Les bonnes nouvelles de Renaud Muselier

Renaud Muselier vient de recevoir deux bonnes nouvelles.

muselier.jpg

Le 13 octobre on apprend que le Maire de Marseille lui a confié une "délégation spéciale de fonctions en ce qui concerne la préparation de la Ville de Marseille pour devenir Capitale européenne de la Culture".
M. Muselier sera en fait chargé de la coordination entre les élus responsables des dossiers culturels et internationaux. De même, ce titre lui assure une visibilité auprès des secteurs associatifs et économiques locaux : il serait leur interlocuteur privilégié à l'Hotel de Ville.
Certains mettent en perspective cette décision avec les nouveaux rapports de force politiques à la mairie et à la communauté urbaine. Certes.

Mais la seconde nouvelle apporte un nouvel éclairage sur cette nomination. M. Muselier, déjà vice-président de la Commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale, s'est vu chargé hier d'une mission par le Président de la République : créer un conseil culturel de l'Union pour la Méditerranée (UpM). Cette instance vise à "susciter toutes initiatives publiques et privées ayant pour objet le développement de la dimension culturelle de la politique méditerranéenne de la France, notamment dans le cadre" de l'UPM, et de mobiliser toutes les forces vives de la Méditerranée au service du projet Marseille Provence 2013, capitale européenne de la culture".

Quelques remarques en bref.

- Sur la vie politique marseillaise, cette double responsabilité marque le retour de M. Muselier sur la scène politique marseillaise après son échec à MPM. Ce retour s'effectue par "le haut" (nomination par le Maire et le Président de la République) sur des dossiers inédits pour lui même s'il a été Président d'Euroméditerranée. D'ailleurs sur son blog, M. Muselier met en avant son expérience et son bilan à la tête de l'opération pour justifier de ses compétences. Le problème : gère t-on la coordination d'acteurs culturels comme le pilotage politique (et non opérationnel) d'un programme de développement économique et d'aménagement urbain ?

- Sur le fond: La création d'un conseil culturel de l'UpM est révélateur de la manière dont l'Etat envisage ce projet et celui de Marseille 2013. Tout d'abord, l'Etat entend être omniprésent dans le contenu de Marseille 2013. Par ailleurs, ce contenu sera relié à l'objectif de l'UpM. Ce qui était loin d'être évident au départ : comment concilier l'animation d'évènements culturels locaux - certes à dimension macro-régionale - avec un projet intergouvernemental à forte connotation sécuritaire ? Enfin, mais cela est moins surprenant, si l'on en croit le communiqué, Marseille 2013 reposera sur une dynamique largement porté par le secteur privé. Nous aurons peut-être l'occasion d'y revenir.