Marseille internationale

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mardi 1 juin 2010

Où l’on reparle du «Grand Marseille»

A À l’heure du Grand Paris et de la réforme des collectivités territoriales, l’idée de la morphologie métropolitaine de Marseille refait l’objet de débats au sein des acteurs politiques et économiques locaux.


Bien sûr, l’idée n’est pas neuve et l’histoire connue : les «métropoles d’équilibre» du Général de Gaulle, le refus de Defferre de constituer une communauté urbaine incluant les villes communistes de l’agglomération, le découplage entre la ville-centre et ses périphéries, le retard pris sur les modèles lillois, bordelais et lyonnais, la concurrence interterritoriale qui s’organise sur des aires géographiques intégrées plus vastes...

Quarante ans plus tard, l’enjeu du «Grand Marseille» réapparaît sur l’agenda politique local - et national - et on peut se demander si les termes ont vraiment changé.

Certes, Marseille s’est dotée en 2001 d’une communauté urbaine regroupant 18 communes pour un peu plus d’un million d’habitants. Chargée des compétences en matière de développement économique et d’aménagement urbain, elle est devenue le siège du pouvoir local au moins en ce qui concerne la production des politiques publiques.

En effet, le maire concerne les attributs de la souveraineté et de la légitimité municipale en dépit de sa perte d’influence réelle sur la conduite des affaires locales. En outre, la constitution de Marseille Provence Métropole n’a pas résolu le problème de la fragmentation politico-institutionnelle de l’agglomération tandis que les écarts entre la métropole technique (celle des déplacements liées au travail, au loisir et à l’habitat) et sa réalité juridique se sont accrus.

C’est pour répondre à ces deux types d’enjeux (alignement des structures institutionnelles sur les réalités politiques, d’une part et économiques, d’autre part) que les élus s’emparent de la question du «Grand Marseille» profitant du contexte national relatif aux futures dispositions prévue par la loi sur les collectivités territoriales.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce débat fait resurgir les vieux démons de la politique marseillaise. Les maires des petites communes s’inquiètent des conséquences de la création d’un « nouveau monstre administratif qui bride les communes et les vide de leur autorité ». À Aubagne, on organise un référendum consultatif pour savoir si « oui ou non, (les habitants souhaitent que) la commune (soit) absorbée dans la future métropole de Marseille ». On réactive la peur de l’impérium métropolitain marseillais. À Aix, on prévient qu’ « un ensemble autour de Marseille qui irait de l’étang de Berre jusqu’à La Ciotat et au Pays d’Aix, est envisageable seulement si les intercommunalités existantes conservent leur périmètre et leurs compétences ». Le « seulement » est important pusqu’il signifie que cet ensemble est... inenvisageable.

À Marseille, chacun y va de son périmètre. Pour Renaud Muselier, fondateur de l’association « Pensons le Grand Marseille » celui-ci irait jusqu’à Lyon. Pour Eugène Caselli, l’actuel Président (sans majorité) de la Communauté urbaine, il s’agit avant tout de corriger les effets d’archipel issus du découpage de 2001, mais se montre avant tout prudent au moment d’entamer les négociations avec les maires et les représentants des autres agglomérations. Quant à Jean-Noël Guérini, il se fait pour le moment discret, s’efforçant surtout de combattre la réforme présentée au Parlement, à partir de son mandat de sénateur. Néanmoins, le lancement du syndicat mixte des transports il y a tout juste un an préfigure la méthode employée par le Président du département : dessiner les contours d’une métropole fonctionnelle capable d’entraîner un alignement institutionnel et dépasser ainsi les conflits politiques.

Les choses s’accélèrent néanmoins. La semaine dernière, plusieurs réunions publiques ont permis de voir se dessiner certaines lignes de tension. L’Union pour les entreprises des Bouches-du-Rhône ont, sans surprise, plaidé pour une intégration fonctionnelle, fustigeant les blocages politiques.

Surtout, initiée par Renaud Muselier, une « Agora sur le Grand Marseille » s’est tenue vendredi dernier au Parc Chanot en présence du Ministre de l’économie, du préfet, d’un conseiller du Président Sarkozy...

À l’issue de cette rencontre, rien ne permet de dessiner les contours du futur « Grand Marseille », si ce n’est qu’il est devenu essentiel pour ces acteurs de ne pas apparaître comme les bâtisseurs d’un «Marseille en plus grand» qui ont précipité les échecs précédents et qui fabriquent les ressentiments futurs.

Si cette orientation devait se confirmer, elle pourrait être porteur d’une profonde recomposition du système politique local, en redistribuant les modalités qui organisent jusqu’à présent l’échange politique territorial. Enfin, elle pourrait favoriser l’émergence de nouveaux projets associant des acteurs, des institutions et des territoires sur des échelles à la fois plus variables et plus vastes, à l’image de la candidature à la Capitale européenne de la culture. Néanmoins, sur ce dossier comme sur d’autres, le « jouer collectif », cher à Jacques Pfister, le Président de la Chambre de commerce, est loin d’être stabilisé.

Crédit Image /Carte : AGAM

vendredi 23 octobre 2009

Réformes des collectivités territoriales : recentralisation ou modernité ?

A Le Chef de l’État a donc annoncé mardi l’intention du gouvernement de présenter le projet de loi portant réforme des collectivités territoriales. Il serait inscrit à l’ordre du jour des travaux de l’Assemblée nationale pour la mi-décembre. Ce projet de loi s’inspire des conclusions du rapport Balladur remis en mars dernier et dont la proposition majeure fut de lutter contre la fragmentation institutionnelle issue des vagues successives de la décentralisation.

La philosophie du projet est donc de chasser autant le « morcellement des structures » que « l’enchevêtrement des compétences ». Il s'agit de simplifier les procédures, d’améliorer la lisibilité démocratique, et, surtout, d’économiser les coûts et les ressources en évitant les doublons administratifs. Ce projet, qui se présente donc sous les auspices de la « modernisation » fait l’objet d’une très large protestation à gauche, mais aussi dans les rangs de la majorité.

Cette protestation s’organise autour d’une contestation d’un l’État central qui tenterait d’opérer « une reprise en main des collectivités locales ». Ce qui serait en jeu dans le redécoupage territorial consisterait en une tentative de l’État de redéfinir les règles du jeu – y compris sur le plan électoral – et de les imposer à des gouvernements locaux qui, depuis 1981, ont fait l’expérience de l’autonomie.

Alors modernité ou reprise en main autoritaire ?

Trois ambitions président ainsi à ce projet : outre la simplification, « l’adaptation de l’organisation territoriale à notre temps », formule curieuse pour évoquer les dynamiques urbaines et la mondialisation et qui justifierait le regroupement métropolitain ; et l’intercommunalité en zone rurale (que nous laisserons de côté dans ce billet).

Les trois temps de la réforme

Le premier élément de la loi, le plus spectaculaire aussi, est la création des « conseillers communautaires ». Élus sur la base des cantons sur une base à la fois majoritaire pour 80% d’entre eux et proportionnel pour les autres, les conseillers communautaires se substitueront aux conseillers régionaux et généraux…. sans remplacer ni l’un, ni l’autre. L’objectif est d’éviter les financements croisés entre les deux institutions : « «La solution, ce n'est pas la suppression du Département ou de la Région, mais le rapprochement des deux » a déclaré Nicolas Sarkozy. Ainsi, la clarification des compétences envisagée pourrait se traduire par un abandon de la clause de compétence générale attribuée aux collectivités locales. Celles-ci, hormis la commune qui la conserverait, ne pourront agir que dans un cadre de compétence spécifique. Le resserrement des compétences fait ainsi peser une lourde incertitude sur l’organisation de l’action publique locale.

Le deuxième point concerne les finances locales. Au nom, une nouvelle fois, de la mondialisation – plus précisément, de la lutte contre les effets de la délocalisation industrielle – la taxe professionnelle, présumée responsable de la perte de « 500 000 emplois en 15 ans », est sacrifiée. C’est le point le plus sensible de la réforme : on voit mal les élus locaux, largement présents dans l’hémicycle du fait du cumul des mandats, se couper les vivre sans protester. Et des protestations, il y en a à gauche et à droite. Selon Alain Juppé, le Président de la République « se fout du monde » ; Pierre Mauroy assure que ce dispositif « menottera financièrement les collectivités locales » ; le Président (PS) de la Région centre évoque un « hold up financier et électoral »…
L’idée implicite imputée par les élus en particulier régionaux au Chef de l’État est l’asphyxie financière des collectivités locales qui favoriserait une reconquête politique pour la droite – rappelons qu’avant les élections régionales de mars, la gauche gouverne 20 régions sur 22.

Troisième point qui nous intéresse ici, l’intégration métropolitaine. Le projet de réforme met en avant « la compétition entre les grandes agglomérations européennes ou internationales » afin de proposer « un nouveau cadre de gouvernance, plus adapté que celui des actuelles communautés urbaines ». Un statut de métropole serait donc institué pour les ensembles urbains de plus de 450 000 habitants qui se regrouperaient « sur la base du volontariat». Le nouvel EPCI disposerait de compétences élargies en matière de développement économique, d’urbanisme, d’habitat, de transport et d’infrastructures, d’éducation, dont certaines par transferts des départements et des régions. La loi distingue les « métropoles », au nombre de 13 ( Lille, Rouen, Strasbourg, Rennes, Nantes, Lyon, Grenoble, Bordeaux, Toulouse, Montpellier, Marseille, Toulon, Nice), et 8 « pôles métropolitains » qui regroupent des ensembles urbains autour d’une ville-centre moins importante (Metz-Nancy, Orléans-Tous, Besançon-Montbelliard, Annecy-Chalbéry, Biarritz-Pau). On remarque que parmi les 13 métropoles, 4 sont situés dans l’espace métropolitain méditerranéen : il n’est pas sûr que susciter une compétition régionale n’améliore la compétitivité européenne. Tout aussi curieux, les pôles métropolitains qui s’inscrivent dans le rayon d’influence d’une métropole comme à Dunkerque, Angers ou Auch. Le Grand Paris fait l’objet de dispositifs spécifiques.

Vieilles recettes, nouveau contexte

Cette réforme s’inscrit dans un contexte particulier dans lequel l’État a desserré son emprise sur les territoires. À la régulation croisée des années 1970 entre centre et périphéries a en effet succédé une ère d’autonomisation des systèmes locaux. Cette autonomie fut à l’origine le fait des initiatives locales accélérées par les réformes décentralisatrices. L’État semble toutefois revenir aux principes gaulliens qui s’appuyaient sur un volontarisme centralisateur chargé de moderniser l’organisation territoriale. Il est remarquable de constater que l’on revienne au thème des « métropoles d’équilibre » issu de la problématique des places centrales et qui a trouvé, dans les années 196O, une traduction dans la théorie des « pôles de croissance » de François Perroux. À l’époque, il s’agissait de favoriser la croissance d’aires métropolitaines dans un double renforcement des fonctions productives de leur périphérie et des capacités directionnelles de leur centre. Ces vieilles recettes sont ici appliquées moins pour réorganiser l’État territorial que pour contribuer à l’ouverture et à la compétitivité internationale des territoires, d’une part, et à la réduction des dépenses publiques d’autre part. On peut douter de la capacité de l’État à agir sur les territoires comme si les trente dernières années de consolidation de l’autonomie des gouvernements locaux n’était qu’une parenthèse à refermer. On peut également douter de la tentative étatique de renverser le cours d’une histoire administrative marquée par deux décennies de renforcement des pouvoirs et de la légitimité des systèmes locaux.

Aussi, et pour conclure, cette réforme comporte un contenu idéologique qui prescrit des fonctions spécifiques aux territoires. À la vision fonctionnelle et technique promue ici, et qui était déjà celle des aménageurs gaullistes, aurait pu s’opposer une vision sociale et politique de villes comme communautés capables de se mobiliser pour définir un intérêt local. Ce registre de légitimation semble perdre le pas face aux justifications techniques empruntés à la compétition territoriale et à la rationalisation des ressources.

Photo : E. FEFERBERG / AFP

vendredi 10 juillet 2009

Dépenses urbaines pour équipements métropolitains

A Hier, un conseil municipal extraordinaire de la ville de Marseille s’est réuni afin d’aborder une question unique : la rénovation du Stade Vélodrome. L’enceinte du boulevard Michelet accueille depuis 1937 les matchs de l’OM, mais, rénovée en 1998, elle ne semble plus adaptée aux exigences commerciales et sécuritaires. Surtout, dans la perspective de la candidature de la FFF à l’organisation de l’Euro 2016, c’est l’occasion de bénéficier de financements étatiques pour améliorer le confort des spectateurs et couvrir le stade.

Toutefois, dans son propos liminaire, M. le maire ne s’y est pas trompé : « c’est aussi un projet de développement économique et un enjeu de rayonnement pour Marseille ». Le groupe PS vote le texte proposé par la majorité au nom de la « gouvernance apaisée » initiée à la Communauté urbaine qui a mené des travaux exploratoires sur la question du stade. Adopté à l’unanimité, - les groupes Verts et certains Modem se sont abstenus - le projet prévoit un agrandissement et une couverture pour un montant de 150 millions d’euros financés par un partenariat public-privé. M. Gaudin a tracé deux lignes rouges : le nom restera inchangé, et la propriété du stade demeurera celle de la ville.

A Au-delà du cas du Stade Vélodrome, cette délibération pose la question du financement des équipements métropolitains dans une agglomération peu intégrée et singulièrement dans une ville-centre pauvre sur laquelle pèse la majeure partie du fardeau pour des charges qui dépassent l’usage strictement communal. Au cours des débats, Eugène Caselli a justement pointé le « manque de clarté sur le montant de la participation financière des collectivités locales ». Mais en tant que Président de la Communauté urbaine, ne pourrait on pas lui rétorquer que c’est à son institution de porter (au moins autant) le financement de grands équipements urbains de dimension métropolitaine ? Certes, ces infrastructures revêtent souvent une dimension symbolique pour la ville. Que l’on songe au Stade, à l’Opéra, aux parcs, aux bâtiments publics historiques, le patrimoine historique de la ville est en jeu et la volonté de la mairie de préserver ce lien d’appartenance se justifie.

C’est en fait tout l’enjeu de la construction de la métropole marseillaise qui se pose. Ses limites surtout. Pour schématiser les positions, les élus marseillais seraient partisans d’une grande métropole qui regrouperait les syndicats mixtes des eaux et des transports ainsi que les communautés urbaines de Marseille et d’Aix-en-Provence et, bien sûr, la communauté d’agglomération Ouest Étang de Berre, qui avec la ville de Fos-sur-Mer, et l’installation du Grand Port Maritime, engrange des recettes fiscales qui échappent à la ville centre et même à son groupement intercommunal. Selon un élu local, « Marseille a toutes les charges de centralité, opéra, stade, transports en commun, nous avons toutes les charges, mais nous n’avons pas la fiscalité afférente. Or, la fiscalité dans ces syndicats de commune est très importante, alors qu’ils n’ont pratiquement aucune charge. Donc, il faudrait réaliser une péréquation qui nous permettrait d’avoir une grande métropole marseillaise ayant des moyens très forts avec la manne de la zone de Fos-sur-Mer, qui nous permettrait de peser davantage dans l’échiquier politique et international ».

A Ce constat repose sur quatre chiffres : l’agglomération Ouest Étang de Berre, 90 000 habitants pour 115 millions d’euros de recettes de taxe professionnelle (TP) ; Marseille-Provence-Métropole, 1 million d’habitants pour 250 millions d’euros de recettes de TP. Un rapport démographique de 1 à 10 contre un rapport fiscal de 1 à 2.

Ce hiatus entre les ressources des périphéries et les charges de la ville-centre ne sont pas nouvelles à Marseille. Dès son installation, dans les années 1930, le port de Fos, conçu comme une annexe du port marseillais, s’est engagé dans le secteur des hydrocarbures, largement déconnecté de l’économie locale mais lié au reste de l’économie mondiale. À partir des années 1960, la disparition du système marseillais (port-commerce-cité) a encore accéléré le découplage entre Marseille et ses voisins. Découplage qui se traduit en termes politiques (mais pas forcément partisan). L’arrière-pays marseillais rejette toute forme d’imperium métropolitain qui serait exercé par la ville. L’échec retentissant de M. Muselier à MPM l’année dernière est le calque de cette fragmentation politique à l’échelle de la petite agglomération.

Si la fusion demeure taboue et impossible en l’état, la question posée est donc celle d’une coopération entre les intercommunalités (!) pour réaliser un « Grand Marseille ». L’idée n’est pas neuve. Le Conseil général des Bouches-du-Rhône a ainsi déposé un rapport en ce sens en…1919. Dans les années 1960, l’idée est relancée par l’État et les politiques des métropoles d’équilibre. Dans les années 1990, des experts locaux ont tenté de promouvoir une « aire métropolitaine marseillaise » correspondant aux enjeux de gestion de l’action publique territoriale qui exigent une étroite coopération intraterritoriale pour un meilleur positionnement dans la compétition interterritoriale. Les propositions du Comité Balladur semblent également aller dans le sens d’un regroupement des métropoles. Toutefois, elles ne préconisent pas de changer le périmètre institutionnel des agglomérations pour prendre la ressource où elle se trouve. Il est vrai que ce n’est qu’à Marseille que le problème se pose de cette manière.

jeudi 2 juillet 2009

LGV, le choix des métropoles: repenser l'économie du développement local

Le Ministre d'État de l'Écologie, de l’Energie, du Développement durable et de la Mer, en charge des technologies vertes et des négociations sur le climat (sic) a tranché. La Ligne à Grande Vitesse Sud-Est qui reliera Paris à Nice en 3h50, passera par Marseille et Toulon. Il a suivi sans surprise les conclusions du médiateur, Yves Cousquer. La décision confirme également l'engagement de l'État pour ce "projet majeur qui participera à la constitution de l'arc méditerranéen Barcelone-Marseille-Gênes."

Finalement passée assez inaperçu dans les médias, ce choix fait l’objet de la chronique matinale d’Olivier Duhamel sur France Culture. Il distingue 3 camps en présence qui défendent 3 logiques de développement local.


A Les opposants à la construction même du prolongement de la ligne
La cohorte habituelle des anti-TGV, écologistes, opposants au développement touristique et riverains.




A Les partisans du tracé nord à travers le Haut Var
Ce sont les partisans de chaque minute gagnée. Paris-Nice en 3h30 au lieu des 3h50 du tracé des métropoles (et des 5h30 actuellement). Ils ont avec eux l’argument financier (8milliards d’euros contre 15), même si le débat n’est semble-t-il pas tranché. Enfin, ils mettent en avant les difficultés techniques de la mise en chantier de la ligne sur un littoral très urbanisé. Cette option était ainsi défendu par le Préfet de Région, Michel Sapin.


A Les partisans du tracé des métropoles
Ceux-ci rétorquent la rentabilité de moyen-terme quand on leur parle du coût ; la protection de Sainte Victoire quand on leur parle d’environnement. Olivier Duhamel met en évidence à ce stade de sa chronique, la logique purement régionale de cette option. Si, Paris sera effectivement à 3h50 de Nice, l’essentiel est de rapprocher considérablement les distances entre les villes du littoral Marseille-Toulon-Nice. C’est la raison pour laquelle, les grands élus régionaux, ainsi que les milieux économiques locaux ont fait savoir leur préférence pour cette option et leur satisfaction de la voir retenue.

À l’issue de son raisonnement, il semble effectivement se détacher trois logiques de développement : localistes, centralistes et régionalistes.

Le chroniqueur s’arrête ici, essayons de poursuivre en analysant les rapports de force.

La logique localiste semble a priori marginalisée. Elle n’est pas majoritaire dans les enceintes politiques délibératives, elle ne trouve qu’un écho mesuré dans l’opinion. Elle s’exprime par des manifestations ponctuelles, des mobilisations collectives limitées à la défense d’un art de vivre traditionnel, où tout ce qui est perçu comme une modernité technologique est rejetée. Cette description est évidemment caricaturale et réductrice. Elle est pourtant celle qui est véhiculée par les médias dominants. Le succès électoral des listes écologistes en France lors des dernières élections européennes, l’importance institutionnelle croissante des enjeux de développement durable, le pouvoir de séduction des régulations politiques participatives alternatives devraient néanmoins nous conduire à une plus grande prudence. Et surtout à ne pas voir dans cette contestation contre le tout technologique, un mouvement confus animé par une poignée d’allumés désirant revenir à l’âge de pierre. La tentative de fendre le consensus développementaliste ou la croissance à tous crins semble avoir le sens de l’histoire à chaque secousse qui affecte les marchés financiers et par ricochet, l’économie réelle.

La logique centraliste croise la tradition jacobine de l’aménagement du territoire avec la pensée libérale du moindre coût. C’est incontestablement celle qui éprouve le plus de difficultés à se reconvertir aux nouveaux contextes : décentralisation et autonomie des pouvoirs locaux, re-régulation des marchés et relance économiques (certes davantage par l’investissement que par la consommation, par l’offre plutôt que par la demande). Son échec, qui s’étend peu à peu, montre la transformation des relations entre le centre et les périphéries. Paris n’exerce plus de la même façon des fonctions de commandement. À des rapports hiérarchiques succèdent des connexions en réseaux multipolarisés au sein desquels, les villes moyennes occupent de nouvelles centralités. Les périphéries nationales sont repensés dans un environnement géographique élargi : Marseille-Toulon-Nice redeviennent ainsi un axe pertinent reliant Rome demain, Barcelone après demain dans un axe est-ouest ; ainsi, que plus tard ( ?) les suds de la Méditerranée (même si l’on dépasse ici les strictes considérations ferroviaires).

C’est ainsi au triomphe de la logique régionale auquel nous semblons assister. L’impact du consensus entre élus locaux et régionaux au-delà des considérations partisanes montrent la force retrouvée de ce personnel politique, qui n'est plus seulement composé de notables, ni d'entrepreneurs politiques, gérants leurs fiefs comme des business à promouvoir et à défendre dans une compétition des territoires européanisés. Ils sont aussi des actionnaires de l’action publique, engageant des participations dans des projets urbains mis en œuvre par d’autres opérateurs (privés et transnationaux). Ils ont l’intention d’user de leur légitimité retrouvée et de leurs compétences inédites pour peser dans les négociations avec l’État central, qui n’est qu’un acteur parmi d’autres. Certes, les transferts de charge sont parfois plus importants que les transferts de compétence. Certes, les blocages sont encore nombreux. Mais si pour le Monde, « les collectivités locales rechignent à financer les grands projets », c’est surtout qu’elles s’attendent à prendre une part plus significative dans le cadrage de ces opérations.

La décision du tracé de la LGV Sud-est est ainsi un formidable laboratoire d’observation de ces nouvelles formes de relations centre-périphéries, au sein desquelles la régulation est transversale et le centre d’impulsion de plus en plus le fait de puissants pouvoirs métropolitains. Ce n’est pas moins toute la géographie et l’économie du développement local qui est à repenser.

mercredi 13 mai 2009

La recherche d'une marque

A Certaines villes n'ont pas besoin de label pour s'imposer dans la compétition des territoires. Leurs ressources et leur capacité de commandement suffisent à faire d'elles des places dominantes, des "villes globales" : New York (on se souvient toutefois du logo "I Love NY" imaginé Milton Glaser en 1977), Londres, Paris, Tokyo. D'autres ont besoin d'organiser des campagnes pour vendre la ville en mobilisant des images, des slogans ou des personnalités capables de représenter et de véhiculer le message.

L'office du tourisme de Lyon présente sa trouvaille marketing en forme d'anagramme : "Only Lyon". "Visible, claire, facilement repérable et mémorisable, cette nouvelle signature est à la fois moderne et compréhensible à travers le monde entier" apprend on sur leur site, "elle illustre la volonté de la métropole d'affirmer sa différence, ses valeurs, son identité, sa personnalité et son exclusivité. Sa stratégie vise à faire de Lyon un fleuron économique européen, en capitalisant sur son leadership (...). Cette nouvelle signature s'adresse en premier lieu aux décideurs et prescripteurs des grandes capitales européennes. Mais elle est aussi destinée aux Lyonnais pour exprimer leur fierté et leur identité, qui sont appelés à devenir les premiers ambassadeurs de leur ville en s'emparant de cette signature." Lyon est ainsi un cas d'école : le label doit être facile et percutant, moderne (?) et projetable en dehors de la ville, s'adresser aux habitants et aux décideurs internationaux.
À Barcelone, Manu Chao est convoqué pour vanter les "raisons qui font choisir" la capitale catalane dans un clip très efficace. Bordeaux met en avant de manière moins convaincante Le Port de la lune, son estuaire classé au patrimoine mondial de l'UNESCO.

Et Marseille dans tout cela ? Existe-t-il quelque chose comme une marque Marseille, un label de promotion de la ville à l'étranger et positionnant son territoire dans la compétition mondiale ? Un infographiste a réalisé pour une association humanitaire locale une affiche "Marseille is beautiful" collectant des photos de la vile. "Fiers d'être Marseillais", le slogan des supporters de l'OM - époque Tapie - a pu s'imposer également avant d'être récupéré par une entreprise commerciale et sombrer dans un goût douteux. Dans le cadre de la candidature de Marseille au titre de Capitale européenne de la culture, l'Agence Provence Promotion, portée par le Conseil général et soutenue par la Chambre de commerce et d'industrie, a lancé en 2007 une initiative devant aboutir sur une "Charte stratégique de communication du territoire". Il s’agit de créer une situation dans laquelle toutes les campagnes de communication des entreprises du territoire se réfèrent à une charte commune.

Ce qui est remarquable dans ses tentatives c'est qu'elle repose sur des acteurs extérieurs à la ville. La direction de la communication n'a pour l'instant pas jugé utile de se lancer dans une campagne de promotion à grande échelle, tandis que l'Office du Tourisme et des Congrès ne semble pas disposer d'un budget suffisant pour être à l'origine d'un projet de cette nature. Ainsi la labellisation de la ville est externalisé et échappe aux intérêts qui pourraient être défendus par une collectivité locale au profit d'acteurs informels ou économiques. En outre, les cibles de la communication urbaine à Marseille semblent tournées vers le local. On tente de convaincre les Marseillais d'être des acteurs de leur ville (lisez : "ramassez vos papiers s'il vous plait") et d'en être fiers alors même que le mouvement général du marketing urbain est tournés vers les "décideurs nationaux et étrangers" comme le rappelle la campagne lyonnaise. La tendance de l'internationalisation des espaces urbains se manifestent par un ensemble de politiques visant à attirer capitaux, investisseurs, touristes et emplois qualifiés sur un territoire élargi. À ce titre, l'usage d'outils de communication de portée mondiale s'imposent.

Le titre de Capitale européenne de la culture 2013 - par ailleurs officiel depuis hier et la réunion du Conseil Culture de l'UE - ainsi que l'opération Euroméditerranée semble pouvoir pallier à cette carence en élargissant le territoire considéré. Il s'agirait moins de promouvoir la ville à l'étranger que d'insister sur les atouts d'un territoire. L'exportation du périmètre de Marseille-Provence s'accompagnerait de l'invention d'un nouveau territoire métropolitain dont l'identité serait "euro-méditerranéenne". Après tout, la campagne "I Love NY" n'a-t-elle pas été commandé par l'État de New York et non sa ville ? Ou comment la construction et la promotion d'un nouveau territoire conduit à la redécouverte de la centralité de la ville-mère.

mardi 24 février 2009

Réforme des collectivités locales : changement d'échelle ou atteinte à la "souveraineté territoriale"?

A C'est le 3 mars qu'Édouard Balladur remettra les conclusions du Comité pour la réforme des collectivités locales qu'il préside. Plus d'une cinquantaine d'auditions ont été menées par ce comité qui est chargé par le Président de la République de formuler des propositions avec un objectif clair "on ne peut plus continuer ainsi". Dans l'émission allocution présidentielle Face à la crise, en effet, M. Sarkozy énumérait "communes, département, région, État, Europe, sans compter tous les pays, SROS et tous les étalons...les étages intermédiaires. Il va falloir que l'on trouve les voies et les moyens pour que le poids des dépenses publiques et des échelons territoriaux s'allègent dans notre pays".

Ainsi, dix ans après la Loi Chevènement sur les communautés urbaines, le dispositif législatif relatif à l'aménagement du territoire va encore changer. Si aujourd'hui comme hier, le mot d'ordre reste "clarté et économie d'échelles", il s'agit dans les réflexions du Gouvernement d'une opération anti-mille-feuille sur l'ensemble des échelons administratifs des collectivités locales.

Le Monde nous révèle en avant premier la teneur des propositions du Comité Balladur :

  • Passage de 22 à 15 Régions : Le Comité proposerait la fusion entre Rhône-Alpes et Auvergne, celle des deux Normandies, de la Bourgogne et de la Franche-Comté et un redécoupage des régions Picardie, Poitou-Charentes et Ile-de-France. L'argument du Comité semble être l'adaptation à une taille critique européenne afin de s'adapter à des enjeux concurrentiels que les régions ne peuvent assumer dans le cadre étriqué de leurs compétences et de leur frontière historique. Cette analyse n'est pas partagée par Michel Vauzelle. Depuis le début de l'année, le président de la Région PACA organise des États-Généraux du service public. Hier, se tenait à l'Hôtel de Région, une séance spécifique sur la réforme des collectivités locales. Au-delà de la mise en scène politique de l'opposition à Nicolas Sarkozy (selon Élisabeth Guigou, "les régions sont devenues insupportables au pouvoir actuel". M. Sarkozy "veut mettre la main sur des collectivités qui ne sont pas dirigées par des élus de la majorité"), une inquiétude réelle semble toucher les élus locaux et régionaux : "Nous vivons avec violence ce troisième acte de la décentralisation", a résumé Christophe Castaner (PS), vice-président du conseil régional et maire de Forcalquier qui qualifie la réforme voulue d’"attaque de la souveraineté territoriale". D'autres dénonçant la "guerre déclarée aux régions" s'appuient sur une possible dilution de l'échelon régional face aux autres aspects de la réforme.
  • Création d'un nouvel élu : le conseiller territorial: La guerre n'aura probablement pas lieu car le Comité semble avoir renoncé à proposer la suppression du département ( tarte à la crême des programmes de droit administratif, on parle de désormais pudiquement de fusion département/région). À la place, il proposerait de créer une nouvelle figure d'élu local: le conseiller territorial qui serait à la fois conseiller général et conseiller régional. Quand le cumul des mandats conduit ... à un mandat supplémentaire ! La Provence épaissit un peu plus la confusion : " En 2014, les citoyens auraient donc à voter pour des "conseillers territoriaux". Élus au scrutin de liste dans les zones urbaines et au scrutin uninominal dans les aires rurales, ils siégeraient à la fois à la Région et au Département."
  • Métropolisation : Dans la continuité des métropoles d'équilibre des années 1960, huit métropoles se verraient doter de compétences élargies en matière d'action sociale (Marseille, Lyon, Lille, Bordeaux, Nantes, Nice, Strasbourg et Toulouse). Selon Dominique Perben, "la clause de compétence générale des départements et des régions" serait ainsi remise en cause avec ce nouveau statut des métropoles voué à être élargi à d'autres villes.

Nous n'insistons pas ici sur la réforme du Grand Paris qui fera certainement l'objet d'attentions médiatiques et politiques particulières dans les prochains jours (autre paradoxe, pourquoi une réforme de l'organisation administrative du territoire censée progresser sur la voie de la décentralisation se cristallise sur la question de Paris ?). D'autres points sont par ailleurs encore en suspens, en particulier celui du redécoupage des circonscriptions électorales qui devraient attendre 2014. Conséquence, les conseillers régionaux élus en 2010 et généraux élus l'année suivante, devraient rendre leur mandat en 2014. Enfin, la commune devrait conserver son statut et ses principales attributions. La Révolution girondine attendra.

En partenariat avec Rue89 / Marseille 89 A

mercredi 11 février 2009

De retour de terrain

ADe retour de terrain, il est temps de reprendre le fil du blog et de faire le point sur mes cercles des politiques locales internationales.

La politique locale

En début de semaine, s'est tenu le conseil municipal (au passage on notera le relifting du site internet de la mairie). La vidéo du conseil est disponible ici.. Après la gouvernance partagée de la communauté urbaine, le jouer collectif de Marseille 2013, place à "la gouvernance décrispée" selon La Provence. Les termes évoluent - un peu- mais les faits restent proches : il s'agit de traduire le nouvel équilibre entre droite et gauche dans les institutions locales. Il s'agit également de montrer à l'intérieur et à l'extérieur que le gouvernement local peut produire du consensus sur les questions de développement économique et d'aménagement. On n'est pas loin de la gouvernance urbaine.
En question lundi, le tracé du tramaway entre la Canebière et la Castellane. Le groupe socialiste s'y était opposé (pour des raisons de coût, de doublon avec le métro,...) mais en échange de l'acceptation de 11 amendements sur 12 déposés, il vote le projet dans une ambiance de "simili consensus" selon Roland Blum. Nous avons déjà évoqué lors d'un précédent billet, le nouvel équilibre politique à Marseille qui réduit considérablement les marges de manœuvres de M. Gaudin. Comment interpréter autrement cette tendance après toutes ces prétendues concessions prétendument accordées à la prétendue opposition ? Mise à part le fait que ces concessions ne sont que des exigences obtenues par les véritables détenteurs du pouvoir urbain.

Les métropolisations

La question en haut de l'agenda métropolitain porte sur le trajet de la LGV. Aujourd'hui le ministre d’Etat, ministre de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement durable et de l’Aménagement du territoire (MEEDDAT) reçoit les élus de la région. Il y a l'enjeu financier bien sûr, 11 milliards environ pour le tracé du littoral contre 8 pour le tracé nord. Il y a l'enjeu stratégique aussi à travers la question de l'accessibilité transrégionale de la métropole marseillaise. La promotion du tracé des métropoles s'inscrit dans l'insertion de Marseille dans un axe horizontal Barcelone-Rome. Si Marseille joue la carte de la Méditerranée, elle ne néglige pas l'atout de l'Europe. Ou comment devenir la capitale euroméditerranéenne sans maîtriser les enjeux continentaux ?

Les marchés mondiaux

De nouvelles prises de positions mondiales pour CMA-CGM, en Syrie cette fois ; une exposition à la Chambre de commerce et d'industrie sur l'Art s'invite au bureau et le lancement des "Mission entreprises 2013" "fer de lance de l'action du monde de l'économie pour préparer 2013' ; enfin, l'Express et le Point consacrent leur une régionale au futur de Marseille. Les maquettes impressionnent : un petit aperçu ici

La diplomatie décentralisée

M. Guérini était en voyage officiel en fin de semaine dernière en Algérie. Il y a rencontré le Président algérien au cours d'un déjeuner d'Etat organisé en l'honneur de Raul Castro (?!). MM. Guérini et Bouteflika aurait "abordé l’Union pour la Méditerranée (UpM) en toute franchise". M. Guérini a tout juste admis "quelques désaccords". "Je crois que le rôle de l’Algérie est fondamental et nécessaire pour l’avenir de l’UpM" a déclaré le Président du Conseil général, l'UpM est interprétée comme une "véritable chance politique qui doit permettre de dépasser les blocages du processus de Barcelone". Les projets de coopération du Conseil général avec l'Etat algérien devrait porter sur "la définition de la politique de l’habitat, le logement, dans les domaines des transports et de la culture et conforter les relations dans le domaine de la santé.''

samedi 31 janvier 2009

Marseille face La Crise

a La Crise est devenue depuis l'automne l'épicentre des discours politiques et médiatiques. Elle est à la fois un contexte et un programme, une contrainte et une ressource pour les politiques publiques et les luttes partisanes. Elle permet de déverser des flots ininterrompus de commentaires et d'analyses, le plus souvent évidemment contradictoires et prospectifs sur le mode de la "faute" à qui et dans quand/comment/pourquoi on en "sort".

Permettez moi de ne pas m'adonner à ce genre d'exercice et de porter la discussion sur l'impact territoiralisé de la Crise, entendue comme le ralentissement général et durable de l'Économie (sur le plan théorique, j'invite le lecteur à prendre connaissance des travaux David Harvey sur cette question ou pour une perspective moins critique, ceux de Amin Ash, Allen Scott et Michael Keating).

Contrairement à certaines idées reçues concernant la mondialisation, l'économie n'est jamais devenue déterritorialisée. Les capitaux comme les travailleurs restent ancrés dans des lieux. Si la mobilité est effectivement un élément clé de compréhension des évolutions économiques, ce facteur, qui est loin d'être nouveau, ne remet pas en cause le principe de la territorialisation de la production et de la consommation (même si ces deux temporalités du processus se distinguent dans l'espace). Elle ne remet pas en question non plus le rôle décisif des instances politiques de décision : les traders n'ont pas remplacé les élus, ni le Marché, l'État. Ce ne sont pas seulement des comportements coupables qui sont à l'origine du Désastre mais une absence ou une faiblesse des dispositifs de régulation étatique ou interétatique.

Ceci posé, on peut se demander comment la Crise trouve un écho dans l'aire métropolitaine marseillaise. L'actualité ici n'est pas avare d'exemples. Les plus visibles concernent les fermetures d'usines, les chômages partiels, les grèves et les manifestations qui réclament le maintien de l'emploi ou du pouvoir d'achat. A ce jour, uniquement dans les Bouches du Rhône, la société de transport Transco la Phocéenne (130 employés à Fos et 150 au Havre) et Linpac Packaging (127 salariés à Tarascon menacés) se retrouvent en liquidation judiciaire tandis que Ascometal, Sibell, STMmicroélectronique et ArcelorMottal font l'objet de plans sociaux.

Moins visible, le contexte économique crée un climat d'incertitude autour des grands projets de la métropole. La dépendance du développement local et régional aux évolutions globales montre la nature et le degré d'intégration des espaces urbains à l'économie-monde. Les deux politiques locales internationales agglomérantes de la cité concernés, l'opération Euroméditerranée et la désignation de Marseille-Provence Capitale européenne de la culture, illustrent et précisent cette hypothèse. Si la Crise a des conséquences locales, elles ne sont pas uniformes et dépendent toujours des choix politiques. La "mondialisation" n'est pas un contexte ou une situation : comme le reste, elle procède de décisions politiques, pilotées au premier chef par les autorités stato-nationales.

Si la Crise ne remettra pas en cause les projets, risque-t-elle d'en atténuer l'ambition et l'impact ? Les équipements urbains et culturels que les autorités locales ont projeté et promis de se doter verront-ils le jour ?

Heureusement l'État est là, et tant pis pour ceux qui annonçaient sa fin. Patrick Devedijan, le Ministre de la Relance, était à Marseille hier pour confirmer l'engagement de l'État et annoncer des aides supplémentaires : 25 millions d'euros en tout, dont 6 millions d'euros pour l'Établissement public Euroméditerranée "pour conforter les constructions du MUCEM au J4" nous dit LCM et 7 Millions d'euros pour le Grand Port maritime. Des efforts financiers...dans le vide ?
Le deuxième élément d'actualité nous vient des différentes études statistiques de bilan. Surprise : la région PACA semble résister mieux que prévu (en tout cas mieux que d'autres) à la tempête financière qui a secoué les marchés.

La direction régionale de l'INSEE a publié une note de conjoncture qui montre que PACA et la Corse sont les seules régions françaises à finir l'année avec une création nette d'emploi en un semestre : "en Provence-Alpes-Côte d'Azur, comme en France, l'activité du troisième trimestre de 2008 a été moins défavorable que dans l'ensemble des économies avancées et émergentes. Dans l'industrie et le commerce de détail, la croissance du chiffre d'affaires régional s'est stabilisée. Les créations d'entreprises se sont maintenues et l'emploi salarié a continué de croître". La région est tirée vers le haut par le BTP et les services. Le district marseillais serait il enfin devenu tertiaire et dynamique ? Mais comme il est de coutume en pareille circonstance, les rapports restent contrastés et pessimistes pour l'avenir Certes l'emploi ne baisse pas mais ne s'améliore pas pour autant, les chiffres d'affaire des entreprises de construction sont entrés dans une phase de net repli : "l'activité a ralenti dans les services, la crise de la construction s'est accentuée et la baisse du taux de chômage s'est interrompue. Dans le sillage d'une conjoncture mondiale dégradée, les très sombres perspectives de l'économie nationale ne devraient pas épargner la région en 2009". Tous s'accordent donc à penser cependant que 2009 sera "annus horribilis" pour la région. L'intégralité du rapport de l'INSEE est visible ici.

Un dernier mot sur Marseille 2013 : les acteurs du projet, c'est à dire, faut-il le rappeler, concentrés autour de la Chambre de commerce et du monde patronal métropolitain, affichent une certaine sérénité face à la Crise : "L'objectif du mécénat est de l'ordre de 15% soit 15 millions d'euros, explique Bernard Latarjet dans le supplément de la Provence la semaine dernière. Nous ne sommes pas très inquiets sur les conséquences que pourraient avoir la crise sur le mécénat. Nous avons déjà perçu les premiers signes chez des candidats internationaux (...). La crise jouera sans doute davantage sur les financements des collectivités locales que sur l'implication du privé. A Lille en 2004, la contribution de l'État était de 20%, elle sera inférieure chez nous dans le contexte actuel". L'État, toujours lui...

En partenariat avec Rue89 / Marseille 89 A

lundi 15 décembre 2008

Ouverture de la ligne TER Aix-Marseille : un enjeu métropolitain

AC'est aujourd'hui que la ligne de TER reliant, en une demi-heure, Aix-en-Provence à Marseille devait être inaugurée.
La ligne avait fermé ses voies le 10 décembre 2006. La cause ? Les 3 500 voyageurs quotidiens qui empruntaient quotidiennement la ligne étaient insuffisants pour rentabiliser l'exploitation. La SNCF décidait d'entamer d'importants travaux de rénovation dont le coût est estimé à 160,5 millions d'euros, cofinancée par l'État (31,65%), la Région (31,65%), le Conseil général (31,65%) et le Réseau Ferré de France (5,05%). La desserte est ainsi passé de 47 à 97 trains quotidiens. Trois nouvelles gares ont été construites au nord de Marseille (St-Antoine, St-Joseph et Picon-Busserine).

Cette ouverture qui devait se placer sous le signe de la modernité, du service à la personne au site internet (avec blog,) est perturbée par une grève des agents de conduite à l'appel de Sud-Rail, de la CGT et de FO. La mise en place du cadencement en matière de TER et l'ouverture de la ligne Marseille-Aix sont à l'origine de ce mouvement.
Ce mouvement est à l'origine d'une polémique entre Michel Vauzelle, le président de la Région et Guillaume Pépy, le PDG de la SNCF. Selon M. Vauzelle : "Lors de la table ronde que j'ai organisée le 7 novembre, les responsables nationaux et régionaux de la SNCF avaient pris l'engagement de ne pas faire de la ligne Aix-Marseille un enjeu de productivité, afin de garantir la réussite de cette réouverture tant attendue. Or, il semble aujourd'hui que ces mêmes responsables soient revenus sur leur engagement et aient proposé aux agents de conduite une organisation du travail extrêmement tendue. Dans ces conditions, je ne peux qu'exprimer mon mécontentement, mon immense déception et mon incompréhension".

Réponse de M.Pépy : " M. Vauzelle est élu et c'est la collectivité qu'il préside qui a aujourd'hui autorité pour organiser les transports ferroviaires dans l'espace régional. A ce titre, je suis son fournisseur et il est mon client. En tant que chef d'entreprise, je n'ai pas pour habitude de répliquer aux critiques de mes clients et de polémiquer. La seule chose que je peux dire, c'est que les efforts que nous faisons en PACA sont réels. On a des cheminots extrêmement mobilisés dans la région. Ils sont tout sauf négligents, tout sauf désengagés, tous sauf indifférents à la qualité du service. Mais j'observe simplement qu'en PACA, l'exploitation est particulièrement difficile, avec une ligne côtière à voie unique très engorgée et des gares saturées. Nous payons donc cash le moindre incident technique. L'objectif, ce n'est pas de supprimer ces incidents - je mentirais si je m'engageais là dessus -, mais d'en limiter le nombre et, surtout, leurs conséquences sur l'ensemble du trafic et pour nos clients."

Au-delà de la polémique, la question posée par l'ouverture de la ligne Aix-Marseille pose la question de la métropolisation de la région urbaine marseillaise car comme le souligne M. Pépy (avec ses préoccupations propres) : "iI était aberrant d'avoir une ligne en si mauvais état entre les deux plus grandes villes des Bouches-du-Rhône dont l'attractivité n'est plus à démontrer. Du point de vue de la SNCF aussi, c'était une anomalie. Elle est désormais réparée."

Si la construction d’un ensemble métropolitain semble s’imposer c'est parce qu'il constitue la « ville réelle » en terme de gestion des politiques publiques. L’accélération des transferts de compétence à l’échelon métropolitain dessine les contours d’un nouveau régime urbain. Or, à Marseille, le découplage entre la « ville réelle » et la « cité centrale » rend – pour le moment – improbable la construction métropolitaine comme l'atteste la difficulté de relier les deux pôles les plus importants d'une agglomération en archipel.

A ce titre, je renvoie le lecteur vers les travaux et réflexions du Club de Réflexion de l'Aire métrpopolitaine marseillaise, "né du constat de l'absence d'une réflexion approfondie et partagée sur les questions d'aménagement, de développement économique, social, culturel à des échelles pertinentes' et aux deux ouvrages dont sont issus ces débats : La Métropole inachevée sous la direction de Jean Viard (1994) et Aire métropolitaine marseillaise, encore un effort dirigé par Paul Langevin et Edith Chouraqui en 2000. Si ces travaux datent un peu, ils restent d'actualité pour souligner la faiblesse de l'intégration métropolitaine et la gestion en archipels des problèmes.