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Tag - Méditerranée

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lundi 14 novembre 2011

La création de l’Agence des villes et territoires méditerranéens durables : nouvelle organisation internationale pour Marseille ?

A Après plusieurs années de discussions et d’études, l’Agence française des villes et territoires méditerranéens durables va voir le jour. Une convention constitutive du Groupement d’intérêt public (GIP) est signée le 21 octobre dernier nous apprend Econostrum. À l’origine de ce projet, l’Institut de la Méditerranée et le Conseil régional PACA, d’une part, et la DATAR d’autre part.

L’objectif assigné à cette structure est d’encourager le transfert de compétences en produisant une formation et un support d’ingénierie de projets urbains en Méditerranée. L’idée consiste à créer un dispositif de formation de cadres territoriaux, et d’assistance à l’élaboration de schémas d’aménagement du territoire.

Pour les observateurs de la présence des organisations internationales à Marseille, ces expressions ont un air de déjà vu. Il existe en effet une autre structure qui poursuit le même objectif de « mutualiser les compétences » dans le domaine de « l’ingénierie urbaine » afin de proposer aux « partenaires de l’espace méditerranéen » des « bonnes pratiques » dans la gestion territoriale.

Le Centre de Marseille pour l’intégration en Méditerranée (CMIM) issu de la refondation de la plate-forme de la Banque mondiale et pour lequel nous avons consacré plusieurs billets dans ce blog répondait précisément à cet enjeu. On peut donc se demander quelle est la raison d’être d’une nouvelle structure d’accompagnement des projets urbains en Méditerranée.

Pour répondre à cette question, il faut se souvenir des conditions de naissance du CMIM et en particulier de la main mise de la Banque mondiale sur un projet qui se voulait multi-partenarial. Certes, il intègre la Banque européenne d’investissement, le Plan Bleu, l’AFD et la plupart des institutions locales, mais sur deux points essentiels le pari n’a pas été tenu. Tout d’abord, sur le plan de la gouvernance, alors qu’une promesse d’offrir le poste de Directeur du CMIM avait été promis par la Banque à un non-membre de l’institution de Washington, il a finalement échu à Matts Karlson, pur produit de la maison, au grand dam de la BEI et de l’AFD. Deuxièmement, un rapide aperçu des chefs de file et des partenaires institutionnels des 14 programmes du CMIM montre la domination de la Banque dans leur production. Si « tout le monde est dedans ou presque », le ressenti d’une opération sur laquelle la Banque a la haute main a débouché sur la naissance d’un projet concurrent : la fameuse Agence des villes et territoires méditerranéens durables.

Sur ce point, la construction de l’Agence ne marque pas seulement la contestation du dispositif estampillé Banque mondiale, mais renvoie à des positionnements politiques. Elle montre que l’internationalisation des villes est aussi affaire de compétition partisane.

Au cours de notre enquête sur le CMIM, les fonctionnaires des Affaires internationales et du Conseil régional reconnaissaient les tensions suscitées par l’émergence de leur projet perçu comme concurrent par la Banque mais expliquait que la future agence devait se « lover » dans le CMIM. Malgré ces explications, la future plate-forme vise à repositionner l'institution régionale au centre du dispositif de production et d’exportation de l’expertise. En effet, les témoignages des fonctionnaires territoriaux ont exprimé un sentiment de prise en étau de la collectivité locale entre le marteau étatique et l’enclume Banque mondiale, sur des logiques bureaucratiques qui ne s’accordent pas toujours. La période de négociation du CMIM a ainsi pu laisser le sentiment aux acteurs locaux qu’ils étaient les oubliés de la négociation alors dominée par l’enjeu de la constitution de l’Union pour la Méditerranée.

Par ailleurs, L’une des justifications de la plate-forme PACA-DATAR fournie par le Conseil régional porte sur une contestation technique de l’approche de la Banque mondiale à qui il est reproché de proposer dans le CMIM davantage un support de policy papers, de séminaire, de l’échange d’expériences, de la comparaison, davantage qu’un dispositif d’accompagnement au montage de projets. A contrario, pour la BEI et la Banque mondiale, on reproche au projet Conseil régional-DATAR, l'obsolescence de son approche, montrant ainsi dans quelle mesure les controverses entre les institutions internationales se heurtent à l’épreuve du territoire dans lesquelles elles se déploient. L’approche multi-partenariale et multi-solutions proposée par le CMIM est interprétée par les collectivités locales comme la réponse de la Banque mondiale au manque de moyens financiers dont elle dispose. Pour chaque projet, les institutions partenaires devraient être sollicités pour le financement. Le rejet de la logique du trust fund se retourne contre la Banque accusée par les fonctionnaires du Conseil régional de « ne pas avoir un rond » et de faire de « l’affichage politique ».

Pour la Région, la plate-forme PACA-DATAR se présente comme la dimension technique et montage de projet du dispositif global face à la dimension expertise promue par le CMIM. On mesure l’ambiguïté et les luttes d’interprétation lorsqu’on se rappelle que le CMIM a justement reposé sur la justification d’apports de projets face au Secrétariat conjoint barcelonais réduit à une « usine d’estampillonage ». D’autres indices tendent pourtant à indiquer que ces positionnements combinent non seulement des divergences méthodologiques et techniques, mais également des rivalités politiques qui portent sur la revendication des initiatives de l’internationalisation du territoire. L’ambition de catalyser les ressources techniques des différentes institutions locales, nationales et mondiales se heurtent à la conflictualité politique marseillaise. Cette hypothèse conduit à replacer les dynamiques d’internationalisation des territoires dans leurs contextes politiques locaux. En l’espèce la fragmentation politique est un puissant obstacle à la mutualisation institutionnelle.

À l’origine du projet de Plate-forme des villes et territoires durables en Méditerranée se trouve Michèle Medvedowsky-Marchetti. Experte à la DATAR, elle est l’instigatrice de l’Institut des hautes études de développement et d’aménagement des territoires en Europe (IHEDT) construit sur le modèle de l’Institut des hautes études de la Défense nationale. L’idée est celle d’un think tank réunissant des praticiens qui organise des cycles de formation et produit une expertise sur un domaine spécifique. Par ailleurs, Mme Marchetti est l’épouse d’Alexandre Medvedowsky, tête de liste PS pour l’élection municipale d’Aix-en-Provence en 2008 et soutien politique de Michel Vauzelle. Aussi l’initiative du Conseil régional est-elle regardée comme étant politiquement guidée, d’une part, et méthodologiquement marquée par les pratiques « franco-françaises » de la DATAR d’où elle est issue. Les experts des bailleurs de fonds critiquent sur les deux fronts l’initiative concurrente de la plate-forme PACA-DATAR. D’une part, la techno-structure française ne serait pas adaptée au contexte méditerranéen. La planification aménagiste de la DATAR ne résisterait pas aux structures administratives du Maghreb et du Machrek. D’autre part, l’initiative est stigmatisée, par son sous-entendu politique qui irait à l’encontre de l’ambition affichée de mutualiser les ressources et les compétences des acteurs locaux quand la politisation les discriminerait :

« Derrière ça, il y a une dame qui s’appelle Michèle Medvedowsky-Marchetti qui est l’épouse du challenger de la maire d’Aix, qui a travaillé à la DATAR pendant de nombreuses années. (...). Cette initiative est donc très, très politique. Madame Medvedowsky, c’est le Parti socialiste à Aix. Ce n’est pas étonnant qu’elle soit avec la Région et pas avec le Département et qu’évidemment elle ne soit pas soutenue par la ville. La ville, c’est l’UMP, le Département, c’est Guérini et Guérini, ce n’est pas Vauzelle. » (membre du CMIM, décembre 2010)

L’Agence des villes et territoires méditerranéens durables, une nouvelle organisation internationale ? Peut-être. Elle n’en dévoile pas moins les enjeux politiques de l’internationalisation du territoire.

jeudi 5 mai 2011

Marseille, ville arabe ?

A Comme dans toutes les bonnes séries, l’organisation de la Capitale européenne de la culture apporte chaque semaine son lot de rebondissements. Après la démission de Bernard Latarjet, on apprend dans La Provence que la ville de Marseille, par la voix de son adjointe déléguée au cinéma, Eliane Zayan, s’oppose à la volonté de l’Association Marseille-Provence 2013 (MP2013) d’inscrire dans la programmation officielle de l’année Capitale un Festival du cinéma arabe et souhaiterait que cet événement s’intitule le « Festival du film méditerranéen ».

La substitution du terme « arabe » par « méditerranéen » montre que, davantage qu’un conflit d’appréciations artistiques, ce débat entre l’Association MP2013 revêt des enjeux politiques et stratégiques - comme le reconnaît Thierry Roche, le directeur délégué de l’association lorsqu’il déclare «Nous jugeons de l’intérêt culturel, pas des arguments politiques», ce qui indique que des « arguments politiques » sont tenus. Ces enjeux sont à l’intersection entre la régulation sociale dans la ville et la présentation de soi externe proposé par les élites politiques municipales. En clair, il apparaît crucial pour ces dernières de faire apparaître Marseille comme une ville « méditerranéenne ».

Énoncé méditerranéen et renversement de stigmates

Aussi, cet épisode nous semble particulièrement révélateur des deux facettes de la gouvernance de Marseille. Sur le plan interne, il illustre les tentatives du pouvoir local de définir quels groupes plutôt que d’autres sont exclus, non seulement de la prise de décision, mais aussi des espaces d’incarnation de l’identité de la ville. Sur le plan externe, il suggère l’orientation des canaux de représentation la ville à l’extérieur qui suppose une définition plus ou moins unifiée d’une identité collective proposée à l’extérieur.

Or, cette définition unifiée repose sur un énoncé méditerranéen. Pourquoi rejeter le qualificatif « arabe » ? Pour éviter de « stigmatiser une communauté » affirme Mme Zayan. On peut néanmoins faire l’hypothèse suivante suivante fournie par un acteur culturel local dans un tout autre contexte :

« La Méditerranée, c’est une euphémisation, une façon de ne pas dire arabe ou Islam. Donc, c’est une façon d’inscrire dans un monde commun quelque chose qui, pour certains, fait problème et resurgît comme un problème à plusieurs moments. »

En d'autres termes, le passage d'arabe à méditerranée s'inscrit dans une stratégie de renversement de stigmates

Mais si la préférence méditerranéenne exprimée par la majorité municipale répondrait à une façon de résoudre un « problème », que peut-il donc être ? C’est ici qu’il faut introduire et articuler les doubles échelles évoquées.

Conflits partisans et Compétitions interterritoriales

Sur le plan strictement local, le choix de la présentation de soi méditerranéenne s’inscrit dans un contexte politique spécifique. L’euphémisation est une traduction du rapport entretenu entre la droite locale et l’extrême-droite et plus précisément les électeurs potentiels du Front national. L’argument du refus du communautarisme semble à première vue surprenant dans une ville qui reconnaît l’existence et la légitimité des communautés. Que l’on songe à Marseille Espérance ou à l’existence d’un conseiller du maire sur les questions communautaires.

Toutefois, quelques semaines seulement après la qualification au second tour des élections cantonales de la totalité des candidats FN dans les cantons de la ville, il semble que la ville donne des gages à ces électeurs lorsqu’elle souhaite un rapprochement du « festival avec d'autres associations, comme Horizontes del sur, pour ne pas présenter un festival communautaire ».

La dimension politique est renforcée par les déclaration d’un responsable de l’opposition, montrant ainsi que la présentation de soi de la ville est aussi affaire de compétition partisane. Patrick Mennuci, vice-Président du Conseil régional délégué à la culture, mais également Président du groupe socialiste au Conseil municipal de Marseille, interpelle en ces termes la mairie :

« Marseille est une ville arabe, en même temps qu'une ville méditerranéenne. Si l'on n'est pas capable de se regarder tels que nous sommes, nous reculons, et tous les beaux discours sur l'intégration sont dépassés. Marseille doit assumer pleinement sa part arabe. »

Assez révélateur du caractère potentiellement polémique pour la presse qui relaie ces propos : l’affirmation « Marseille est une ville arabe » est en gras dans l’article de La Provence, tout comme « festival communautaire » et, dans la première ligne, « Festival international du cinéma arabe ».

La volonté du pouvoir local d’offrir une présentation de la ville méditerranéenne plutôt qu’arabe ne s’inscrit pas seulement dans le contexte de la compétition politique, mais s’intègre dans des enjeux déterminés par la compétition inter-terrtoriale. Or, la propriété méditerranéenne apparaît plus rétributrice que la propriété arabe dans la mesure où elle s’intègre plus aisément dans une dynamique concurrentielle structuré par un cadre européen.

Dans le cadre de la candidature à la Capitale européenne de la culture, par exemple, les acteurs de la mobilisation reconnaissent que les premières moutures du dossier inclinait trop vers le Sud. Sous les recommandations d’interlocuteurs bruxellois, la dimension européenne fut finalement davantage mise en avant. De la même façon, alors que les Ateliers de la Méditerranée sont devenus les Ateliers de l’Euro-Méditerranée, la mairie souhaite que le Festival du film arabe devienne le Festival du film méditerranéen (et en fait euro-méditerranéen comme le montre la référence de Mme Zayan, à Horizontes del Sur, « lieu d'échange et de diffusion de la création hispanique »).

La simple querelle sur la dénomination d’une manifestation culturelle informe donc des conditions d’énonciation de la ville, de la manière dont ses élites envisagent son identité et des résonances sur la compétition démocratique et la course à l’attractivité. Elle montre enfin l’ampleur avec laquelle le récit méditerranéen s’est imposée dans la présentation de soi de son territoire.

lundi 6 décembre 2010

De retour de la Semaine économique de la Méditerranée - Impressions

A Les 6ème Rendez-vous de la Méditerranée ont clôturé ce samedi la Quatrième Semaine économique de la Méditerranée (SEM). Au total 14 événements furent organisés - certains étalés sur plusieurs jours. Bref tour d’horizon de ces rencontres qui recouvrent, comme on le verra, des enjeux et des champs très hétérogènes.

Rencontres Euroméditerranéennes de la Mode - Cité Euroméditerranéenne de la Mode

Certains des événements pré-existent à la SEM. Cette pérennité prouve leur ancrage dans le paysage local des événements internationaux. Les Rencontres Euroméditerranéennes de la Mode se sont ainsi tenues pour la 7ème fois autour des thèmes de la formation et de la création industrielle. À l’occasion de l’édition 2010, la Cité Euroméditerranéenne de la Mode - qui regroupe les professionnels du textile et de l’habillement - s’est associée à l’Institut Mode Méditerranée pour créer la « Maison Méditerranéenne des Métiers de la mode » afin de poursuivre l’oeuvre fédératrice de ces deux structures. Ce produit est à la base de l’ambition de la SEM qui est de mutualiser les ressources afin de parvenir à l’émergence d’une institutionnalisation de pratiques communes.

Atelier Transports Urbains Durables - CMIM

La journée de lundi s’est poursuivie au Pharo avec l’organisation de deux ateliers, l’un portant sur les transports urbains durables et organisés par le Centre de Marseille pour l’intégration en Méditerranée (CMIM), et l’autre sur la situation économique des pays méditerranéens organisées conjointement par le CMIM, le réseau FEMISE et la Banque européenne d’investissement (BEI). Au-delà des résultats de ces réflexions et du contenu des rapports exposés, notons qu’ils illustrent des infléchissements importants de la SEM.

Tout d’abord, le choix du Pharo comme lieu quasi-unique pour la tenue des événements contraste avec l’éclatement géographique qui a caractérisé la première édition et la polarisation au sein de la Chambre de commerce qui a marqué la deuxième. Outre des considérations pratiques, la SEM gagne en visibilité tandis que les organisateurs ont répondu aux principales critiques faisant état de l’éclatement comme reflet de la fragmentation des initiatives, des institutions et des acteurs de la promotion internationale des ressources du territoire.

Enfin, la SEM a montré la place prise par le CMIM et ses partenaires, en particulier la BEI, dans les réflexions et l’expertise locale internationale un an après sa création. L’omniprésence de son Directeur, Matts Karlson, a pris le relais de la stratégie des grands témoins déjà présente dans les éditions précédentes. L’externalisation de la figure du « champion » de la SEM - si ce n’est de la politique locale internationale - fut visible par la langue -anglaise- employée par ce pur produit Banque mondiale. Il s’inscrivait dans la continuité des éditions 2008, dont le rôle fut tenu par un représentant de la Commission européenne, et 2009, avec la présence multiple du Vice-président de la BEI. L’importance du CMIM est le témoin ambivalent de l’ouverture du territoire marseillais, longtemps absente des politiques locales, en même temps que des dynamiques exogènes qui anime la production de son internationalisation.

Le lendemain mardi, le CMIM a eu l’occasion de présenter les premiers résultats de son travail exploratoire sur les programmes qui structurent son action - développement urbain, environnement, transports, formations, et nouvelles technologie. Au menu, principalement, les transports urbains et la mobilité (partenariat AFD et Plan Bleu, projet Medinas 2030) et les technologies de l’information et de la communication (partenariat PNUD, projet ISI@Med). Ces ateliers avaient ainsi valeur de test pour la méthodologie adoptée par le CMIM qui associe différents partenaires institutionnelles aux réflexions, souhaitant ainsi capitaliser les compétences et les approches de chacun. Une méthodologie qui articule en outre différents programmes afin de désectorialiser les politiques de développement urbain en Méditerranée.

Atelier Attractivité des Territoires - EPAEM / Région PACA

Le mercredi était consacré à l’enjeu de l’attractivité des territoires et s’ouvrait par une visite in situ du périmètre d’Euroméditerranée, l’occasion de déployer un discours d’institution composante essentielle des projets urbains. En liaison avec le Conseil régional, l’Établissement public a ensuite organisé un atelier relatif à la question des « facteurs d’attractivité des territoires » composé d’interventions très hétérogènes tentant de faire dialoguer perspectives théoriques et semi-savantes relatives aux stratégies de planification internationales très soldatossienne avec des témoignages de praticiens aussi divers qu’un architecte - le théâtral Massimiliano Fuksas - un fonctionnaire territorial de la région, un responsable du port de Tanger-Med etc. Le tout entrecoupé d’une prise de parole surprenante d’un journaliste vedette de BFM engagé dans un énoncé - involontaire - de tous les clichés sur Marseille et ne se rendant pas compte que son inventaire à la Prévert constituait en soi un autre de ces stigmates qu’il était en train de dénoncer.

Au final, on apprend peu de choses sur les facteurs - bâti, image, culture, logistique - et les enjeux - coopération et intégration territoriale - des politiques d’attractivité, en l’espèce, réduite à des présentations successives d’expériences séparées. Malgré la présence d’un animateur des « débats » emprunté à l’univers journalistique, le dispositif était sans doute trop contraignant pour engager un véritable dialogue et une discussion critique mettant en perspective les différents niveaux de présentation des initiatives et des enjeux.

Développement Durable - EPAEM / Région PACA / CMIM

Le jeudi mettait à l’honneur la thématique transversale de l’édition 2010 de la SEM - le développement durable. En premier lieu, le Conseil régional et l’Établissement public présentaient la dernière variation éco-friendly de l’opération Euroméditerranée. La mutualisation des opérations et des présentations n’excluait pas la poursuite d’un agenda propre à chaque institution. Aussi les aménageurs de l’EPAEM ont-il profité de l’événement pour lancer le réseau des opérateurs d’aménageurs urbains durables en Méditerranée, en partenariat avec l’incontournable CMIM tandis que le Conseil régional a pu présenter ses Pôles régionaux d’innovation et de développement économique solidaire (PRIDES).

En second lieu, l’ONUDI et le gouvernement Jordanien ont poursuivi les interrogations sur le développement éco-durable des villes méditerranéens et, sur un modèle désormais bien établi durant la SEM, ont institutionnalisé les réflexions en lançant un Forum Eco-Cité.

Forum Citoyen - Parlement Européen

La journée s’est terminée par le traditionnel Forum Citoyen du Parlement européen, déserté par les élus... et par moi-même, je ne me livrerai donc pas à de plus amples commentaires. Un compte-rendu est par ailleurs fourni par le Bureau de représentation du Parlement.

MedVentures - ANIMA

Le lendemain, Anima remettait les prix MedVentures - d’une valeur de 90 000 euros - à la Chambre de commerce qui récompense chaque année les meilleures starts-up du développement international en Méditerranée. Les trois lauréat furent une entreprise israélienne, EyalGPS « qui propose des solutions technologiques text to speech pour les smart phones à destination des conducteurs et déficients visuels » ; une entreprise libanaise, Ounousa, qui se présente comme « le premier réseau social de la communauté féminine » méditerranéen en langue arabe et une entreprise palestinienne, Addicts 123, qui intervient dans le secteur des réseaux d'énergies. 

Coopération Décentralisée et Développement Économique - CGLU / MAE

À l’instar du Forum Citoyen, je n’ai pas pu assister à la présentation de cet événement puisqu’occupé par la rencontre organisée par la Commission Med de CGLU et le Ministère des Affaires étrangères sur la coopération décentralisée et plus particulièrement sur les contributions économiques des autorités locales et régionales dans le cadre de l’Union pour la Méditerranée (UpM). Ici encore, rien de neuf, les orateurs ont présenté les points de vue de leurs institutions respectives. Le représentant de la Mission interministérielle pour l’UpM a exhorté les villes et les régions « à se battre pour prendre toute leur place » dans le processus ; celui du Secrétariat général a vanté les avancés du/des projets en dépit du blocage politique ; ceux des collectivités locales, leurs propres contributions au « dialogue euro-méditerranéen ». Nonobstant ces remarques attendues, l’atelier a démontré, si besoin était, l'immixtion profonde entre l’expression d’une solidarité internationale et les intérêts marchands de la coopération décentralisée euro-méditerranéenne.

Rendez-Vous de la Méditerranée - Cercle des Économistes

Cette semaine intense s’est donc achevée le samedi par la traditionnelle conférence organisée par le Cercle des économistes et la lecture de la Déclaration finale du Rendez-vous de la Méditerranée. Organisée autour de nombreux ateliers et réunissant un nombre impressionnant d’orateurs, plus de 50 cette année, la discussion s’est articulée autour de la dernière publication du FEMISE relative aux perspectives de «sortie» de crise des économies sud-méditerranéennes. Si la matinée était davantage consacrée à un tour d’horizon pays par pays et secteur par secteur de la situation macro-économique, par ailleurs peu réjouissante, du Bassin, les débats de l’après-midi ont porté sur les effets de l’UpM en matière de réorientation des stratégies économiques au Sud, illustrant des propos tenus la veille dans un autre contexte : « les projets n’attendent pas la paix ».

À l’issue de ce rapide tour de monde, gageons que l’unité de cette semaine n’est pas facile à dégager. Au-delà de l’hétérogénéité des flux de parole, des contributions et des thématiques, il est cependant apparu clairement qu’un équilibre incertain s’est installé entre le blocage politique de l’intégration en Méditerranée et les promesses des projets économiques engagés. La question reste néanmoins entière dans la mesure où l’échec du top-down fait peser une inquiétante hypothèque sur les timides avancées bottom-up. Trente mois après le lancement de l’UpM, l’agenda des projets concrets restent d’autant plus ouvert alors que celui de la diplomatie parait fermé.

Plus d'informations sur http://www.semaine-eco-med.com et les dossiers spéciaux : http://www.lejmed.fr/ ; http://www.econostrum.info/

Crédits photos : Commission Med CGLU

jeudi 21 octobre 2010

Le CMIM à mi-chemin

A Le 9 octobre 2009 la Banque mondiale et la Banque européenne d’investissement concluaient un protocole d’accord avec la France et cinq pays de la rive Sud de la Méditerranée - Egypte, Jordanie, Liban, Maroc et Tunisie - qui créent le Centre de Marseille pour l’intégration en Méditerranée (CMIM). Un an après sa création et un an avant l’audit de la Banque mondiale qui devra décider de sa pérennisation, l’occasion nous est donnée de revenir sur les activités de cette structure et sa place dans le dispositif international marseillais.

Le CMIM ne sort pas de nulle part. Entre 2004 et 2008, Marseille a accueilli une antenne de la Banque mondiale appelée KNA-MENA. Acronyme barbare qui désigne en fait son objet (Knowledge networks Agency - Agence pour le savoir et la mise en réseau de la connaissance) et sa cible géographique (Middle East and North Africa - Moyen-orient et Afrique du Nord). Il s’agit du bureau méditerranéen du ''World Bank Institut''' (WBI - Institut de la Banque mondiale), c’est-à-dire du volet expertise de la Banque - et non du volet prêt. L’objectif de l’Agence est d’identifier les besoins des pays du Sud de la Méditerranée et d’organiser des formations dans le secteur du renforcement institutionnel (capacity building dans le langage de la Banque).

Dans cette perspective, la ville se porte candidate pour offrir des locaux - la somptueuse bâtisse de la Villa Valmer -et accueille l’Agence de WBI qui y produit une expertise dans les domaines classiques de l’institution : la «bonne gouvernance», la formation des élites administratives et le développement urbain.

C’est ce dernier programme qui va prendre une importance décisive dans l’histoire de la présence de la Banque mondiale à Marseille dans la mesure où les enjeux urbains concentrent une attention croissante de la part des bailleurs de fond internationaux.

Très rapidement cependant l’Antenne est remise en question. Non pas tant par les acteurs locaux qui l’utilisent peu en dehors de l’habituel affichage - Il est certes chic de faire valoir auprès d’investisseurs étrangers la présence d’une organisation internationale, il l’est moins auprès du grand public pour qui la Banque mondiale est encore synonyme de grand méchant de la finance globale. Si la présence de l’Agence KNA-MENA est menacée en 2006-2007, ce n’est pas non plus en raison de la faiblesse de ses retombées en terme de projets - on a vu que ce n’était pas son objet-, mais parce que la Banque faisait face comme de nombreuses organisations internationales - et de nombreux États - à un souci d’économie. La spécificité marseillaise de la Banque mondiale - a pu passer pour une certaine incongruité.

L’échec d’une mission de préfiguration d’un outil plus opérationnel d’intervention sur les enjeux urbains a semblé sonner le glas de cette structure et il a fallu la convergence entre les programmes des Présidents Zoellick (le volet arabe de ses axes stratégiques) Sarkozy (la relance du partenariat euroméditerranéen et la création de l’Union pour la Méditerranée) pour rendre encore plus incongrue la disparition d’un centre de diffusion de l’expertise et de la connaissance dans un espace que l’on disait prioritaire et qui par ailleurs ne coûtait rien à la Banque - locaux mis à disposition, fonctionnaires nationaux détachés.

L’engagement de la Banque européenne d’investissement et de son vice-Président, de plus en plus Marseillais, Philippe de Fontaine-Vive aura fait le reste : le CMIM est créé. Détail mineur, mais révélateur de l’appropriation locale d’un projet international : la ville de Marseille, toujours propriétaire des locaux par ailleurs rénovés, a poussé jusqu’au bout pour que l’appellation conserve la présence de «Marseille». Problème insoluble de la traduction anglaise : essayez donc de dire Center for Mediterranean Integration en casant Marseille dedans. Un compromis est trouvé qui jongle entre les deux appellations.

14 programmes sont définis par le protocole qui portent sur cinq secteurs : développement urbain ; environnement et eau ; transport ; emploi et formation ; et innovation. Au-delà, des policy papers qui seront produits par la structure - 5 sont disponibles sur le site - celle-ci visera à construire une «culture institutionnelle commune», c’est-à-dire qu’elle sera également jugée à la capacité d’organiser le dialogue entre les institutions et les initiatives qui proviennent des acteurs locaux, nationaux ou mondiaux à destination de l’espace méditerranéen.

Ainsi, les 14 programmes sont portés chacun par une institution partenaire : l'Agence Française de Développement (AFD); la Banque Européenne d'Investissement (BEI), la Banque Mondiale, la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC), le Forum Euroméditerranéen des Institutions de Science Economiques (FEMISE), le Plan Bleu, le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD)... Reconnaissant à la fois la fragmentation, la redondance et la compétition entre les instituions et les initiatives, l’ambition du CMIM est d’introduire des process d’apprentissage mutuel entre les elles.

Sur ce plan-là, quelques incertitudes demeurent. La nomination d’un fonctionnaire de la Banque mondiale, Hans Karlson, à la tête du Centre a pu surprendre certains partenaires qui envisageaient une gouvernance plus ouverte. De même le projet de la Région PACA, en partenariat avec la DATAR, d’ouvrir sa propre plateforme de diffusion de l’expertise et de la mise en oeuvre de projets en Méditerranée dans le domaine de l’urbain pose la question de la possibilité d’émergence d’une mutualisation territorialisée des ressources expertes

lundi 17 mai 2010

Vers une macro-région en Méditerranée ?

A À l’issue de la deuxième édition du Forum des autorités locales et régionales de la Méditerranée qui s’est tenue à Barcelone au début de ce mois, les élus locaux et régionaux des deux rives ont adopté une Déclaration finale qui contient, sans surprise, un appel à une meilleure association des collectivités locales dans la poursuite de la mise en œuvre de l’Union pour la Méditerranée et dans la perspective des négociations de la programmation des fonds européens pour la période 2014-2020.

À ce sujet, la Déclaration encourage le Conseil européen à instaurer le concept de macro-région en Méditerranée, appelé à «renforcer le programme de coopération transfrontalière par bassin maritime associant les fonds FEDER et IEVP».

À ce jour, deux programmes européens distincts sont déployés en direction de la Méditerranée. Le Programme Med obéit à l’Objectif Coopération territoriale européenne et se déploie sur la rive Nord de la Méditerranée. Successeur des programmes Interreg, il est financé par les fonds FEDER. Le second programme, IEVP Bassin Maritime, s’inscrit dans la Politique européenne de voisinage, et non dans la Politique régionale, puisqu’il ne concerne que la rive Sud.

La Région Paca, autorité unique de gestion (AUG) du Programme Med - c’est-à-dire qu’elle héberge une équipe chargée de coordonner la mise en oeuvre des appels à projets - souhaite rompre avec la dichotomie entre deux initiatives parallèles en faisant la promotion d’une macro-région qui permettrait d’englober sous un programme unique les deux rives de la Méditerranée. Ainsi, elle a mis en place un Bureau de Liaison, située à Valence en Espagne, dont la mission est d’être le point de contact entra l’AUG du Programme Med et l’AUG du programme IEVP Bassin Maritime (la Région Sardaigne).

La macro-région est une expérience née autour de la Mer Baltique. L’idée des États-membres concernés (Pologne, Allemagne, Danemark, Suède, Finlande, Estonie, Lituanie et Lettonie) qui ont soumis l’initiative au Conseil, est de mettre en place une stratégie globale sur une région transnationale à partir des problèmes spécifiques qu’elle pose, quitte à sortir du cadre institutionnel des programmes européens supposés s’appliquer à toutes les zones en fonction des critères d’éligibilité. La macro-région modifie donc le sens de la territorialisation des programmes européens tels qu’ils sont traditionnellement définis par la politique régionale.

Dans sa Communication sur la Stratégie de l’UE à l’égard de la région de la Mer Baltique, la Commission s’enorgueillit de proposer pour « la première fois (...) ce type de stratégie globale à l’échelle d’une macrorégion Cette stratégie pourrait en inspirer d’autres dans des régions comme la Méditerranée ou le bassin du Danube. Elle constitue notamment une première étape dans l'application régionale de la politique maritime intégrée de l’Union. »

La macro-région est donc une nouvelle vision politique de l’Europe dans la mesure où elle entend territorialiser la mise en oeuvre des projets sur des bases trans-régionales. Elle ne correspond donc pas à l’antienne promue par l’Europe des Régions qui portait sur l’agencement de la subsidiarité de l’Europe au profit des peuples et des autorités régionales au sein de chaque État-membre.

L’un des principes de cette dynamique naissante est d’adapter les transferts institutionnels européens en fonction des spécificités géographiques propres aux «petites patries» européennes appartenant à différents États-nations.

Le problème posé par l’application du principe macro-régional en Méditerranée est qu’il implique la participation d’un nombre conséquent d’États non membres de l’UE. Certes, en ce qui concerne la Baltique, la macro-région prévoit des modes de coopération avec la Russie, la Norvège et l’Islande. En Méditerranée, il s’agit d’adapter ce schéma sur une base paritaire entre États-membres et pays-tiers - comme le tente avec difficultés l’Union pour la Méditerranée, bien que celle-ci reste pour l’heure dépourvu d’outils de financement et plombé par l’absence de dialogue politique.

La macro-région en Méditerranée, dont une formalisation est proposée par l'Institut de la Méditerranée, si elle se réalise, devrait être capable de fusionner les instruments financiers et juridiques, ainsi que l’inspiration qui président aux programmes de la politique régionale et de la politique voisinage. En somme, parvenir à organiser au Sud, l’intégration sans l’élargissement.

Pour l’heure, on ignore la réaction de la Commission à cette proposition d’étendre les politiques européennes au Sud dans le contexte confus des négociations de la programmation 2014-2020 et de la constitution du service de politique étrangère de Lady Ashton.

mardi 11 mai 2010

Barcelone, projection idéale-typique de Marseille

A Se rendre à Barcelone avec à l’esprit les comparaisons établies par les élites marseillaises est aux premiers abords un peu déroutant.

Juste avant l’atterrissage, on aperçoit une vaste étendue de porte-conteneurs qui contrastent avec la maigreur des Bassins est de la Joliette. Puis, en parcourant la ville ce ne sont pas les contrastes avec Marseille qui sautent aux yeux, mais les frontales oppositions.

Clichés contre clichés. Canebière contre Remblas ; Gaudi contre Haussman ; plaisance contre pêcheur ; puissance contre dénuement.

On comprend mal, dès lors, comment Barcelone est parvenue à devenir pour les responsables politiques et les acteurs du marché marseillais non pas une référence, mais un modèle à copier, un concurrent à dépasser.

On le comprend mieux si l’on considère la fabrique de Barcelone comme une projection idéal-typique du « nouvel esprit de Marseille ». La séparation sur trois sites, proches mais distincts, des activités portuaires - croisière, transports de passagers, stockage et circulation de la marchandise - fait penser aux discours marseillais relatifs à la séparation J4, Joliette et Fos.

L’utilisation du patrimoine architectural, la focale touristique et tertiaire du développement économique de la ville, les phénomènes de gentrification qui semblent ici pratiquement aboutie, la capacité à revendiquer avec succès l’attraction de centres de décision institutionnelle et d’« événements » dont chaque coin de Carrere vante la prochaine tenue constituent le programme de développement urbain marseillais. Les Volem un Barri Digne affiché sur les fenêtres des habitants du Barcelone gothique comme un encouragement au «nettoyage» du quartier ferait pâlir d’envie les promoteurs de Marseille-République qui se heurtent aux «J’y suis, j’y reste» des habitants de l’hyper-centre.

Il ne s’agit pas, dans ce billet, de céder à la tentation de la comparaison. Avant d’y séjourner brièvement, nous ne savions rien d’autres de Barcelone que ce qui est répété par les élites marseillaises ou ce qui relève du sens commun - le prisme identitaire catalan, la prospérité, l’autonomie.

Ce qui frappe à la visite rapide, c’est l’écho des discours et des projections marseillaises sur la morphologie urbaine barcelonaise. Si Marseille n’est en rien comparable à Barcelone - une évidence qui n’a pas encore été rappelée : si la majorité de la population barcelonaise n’est pas catalane, très peu de minorités visibles dans les Remblas - les élites marseillaises envisagent Barcelone comme un futur Marseille.

L’enjeu des urbanistes et des aménageurs, tel qu’il se laisse à voir dans les plaquettes d’Euroméditerranée par exemple, confond volontairement présent et avenir. Parler de Marseille en 2030 en utilisant le présent de l’indicatif rend en actes déjà produits des concrétisations à venir. Cette subtilité permet de répondre à la critique de l’absence de réalisation concrète d’un projet de grande ampleur aux perspectives lointaines. Elle rend présent ce qu’il est supposé advenir à Marseille. Comme une Barcelone projetée.

jeudi 22 avril 2010

La deuxième naissance du CMIM : signature stratégique ou ingénierie de projets ?

A Lancé officiellement en octobre dernier, le Centre de Marseille pour l'intégration en Méditerranée (CMIM) a connu cette semaine une série d'événements qui pourraient marquer une seconde naissance et un démarrage opérationnel des travaux.

De travaux justement, il est question. Lorsque l'on évoque, à propos du CMIM, une "refondation de la plate-forme de la Banque mondiale", il faut se rendre à la Villa Valmer pour constater la déclinaison physique de cette expression qui se traduit par une profonde rénovation de la vieille bâtisse du XIXème siècle. Rappelons que la Villa Valmer représente, depuis sa construction, une synecdoque du capitalisme marseillais. Abritant initialement la demeure d'un dirigeant d'une entreprise de sucre, davantage négociant qu'industriel, maîtrisant les outils de la spéculation plus que ceux de l'innovation, elle fut, jusque dans l'après-guerre, occupée par l'Agence d'urbanisme de Marseille. Le lieu fut alors le centre opérationnel et conceptuel de la fabrique de la ville. Symbole du déclassement d'une agence concurrencée par les orientations étatiques et privées, la Ville y installe l'École de la Marine marchande, comme une dernière tentative de lier Marseille au Port dans le contexte de deuil colonial. Alors que le municipalité songeait à y installer des studios de cinéma, elle décide de la mettre à disposition d'un Institut de la Banque mondiale au début des années 2000, dans le sillage d'une stratégie visant à polariser un certain nombre d'institutions internationales sur le site de la commune. Sur les conditions de transformation du bureau de la Banque mondiale en CMIM, je renvoie le lecteur à un billet précédent.

D'octobre 2009 à ce printemps, le CMIM restait en période de gestation. Si, sur le papier, programmes et partenaires étaient définis, les circuits de financement restaient à construire, la gouvernance demeurait en suspens (l'incertitude pesait sur le maintien de 'Marseille' dans la dénomination officielle) et on commençait à s'interroger sur le contenu opérationnel du projet. On se demandait en effet si le CMIM allait être une énième agence d'expertise et de réflexion ou, profitant de la dynamique politique sur la zone, si elle parviendrait à occuper le champs nettement moins saturé de la mise en œuvre de projets de développement économique en Méditerranée.

La Région Paca faisait alors savoir qu'elle disposait de son propre projet d'Agence Méditerranéenne des villes et territoires durables en partenariat avec l'AFD et la DATAR (délibération n°10-36 du 8 février 2010). Considérant le CMIM comme une structure de soutien au policy-thinking (organisation de séminaires, des échanges et des formations), la Région Paca entend inscrire sa contribution dans le montage de projets afin de s'implanter sur le marché de l'ingénierie urbaine en Méditerranéenne (non seulement dans les activités d'infrastructure, mais également dans le secteur des bureaux d'étude).

Le CMIM, quant à lui, semble davantage un centre tourné vers l'analyse et le partage d'informations. Un premier indice vient de nous être donné par la premier résultat concret du CMIM. Il ne s'agit pas d'un projet, mais d'une brochure (164 p.) appelée "Planifier et gérer un technopôle en Méditerranée". L'entête est occupée par la Banque européenne d'investissement, la Banque mondiale, Medibtikar (programme Euromed Innovation et technologie financé par la Commission européenne et géré par un Consortium basé au Caire) et la Ville de Marseille. On ne trouve dans le document nulle trace du CMIM, mais la publication fait l'objet d'une conférence de presse et est présentée comme la "première réalisation" du Centre.

Cette conférence de presse est l'occasion d'annoncer la nomination de Matts Karlson à la tête du CMIM. Ancien Ministre suèdois, Vice-président de la Banque mondiale et depuis 2007, Directeur du département Maghreb de la Banque, Karlson précise que le CMIM est "la première institution de la Banque dévouée seulement à la connaissance". Quelques phrases plus loin, il fixe les objectifs du Centre : "travailler sur un programme très concret qui sera évalué dès l’hiver 2011-2012 (...) ; contribuer à une convergence au sein de la région Méditerranée et apporter des réponses opérationnelles."

Pourtant, de réponses opérationnelles, il semble que le CMIM se traduise surtout par la mise en place d'une enceinte de discussions et d'échanges. Selon Philippe de Fontaine-Vive, le Vice-président de la BEI impliqué dans le projet, la vocation du Centre serait de devenir “le "réseau des réseaux”, pour poser ensemble avec tous les partenaires les questions et leur trouver des réponses, impulser des synergies, faire en sorte que le CMI devienne une signature, une référence systémique."

Le CMIM, une signature de plus apposée au bas d'une réflexion stratégique plutôt qu'une plateforme opérationnelle d'ingénierie de projets ?

mardi 13 octobre 2009

Semaine économique de la Méditerranée (4) : les rendez vous de la Méditerranée

A Dernier jour de la troisième édition de la Semaine économique de la Méditerranée avec les traditionnels « Rendez-vous de la Méditerranée » organisée par le Cercle des économistes au Palais du Pharo.

La crise économique en Méditerranée : Cassandre contre la résilience

S’appuyant sur un rapport du FEMISE intitulé « Les pays partenaires méditerranéens face à la crise », les experts de l’Institut de la Méditerranée et de la Banque européenne d’investissement ont mis en garde les représentants des pays du Sud (élus, banquiers centraux, chefs d’entreprise) contre les défis économiques qui les attendent. « Inquiétez-vous, la crise est devant vous » était en substance le message des premiers. « Rassurez-vous, notre pays se porte bien » réconfortaient les seconds s’appuyant sur l’apparente résilience des fondements macro-économiques et sur les chiffres de croissance fournis par la Banque mondiale et oscillant entre 3 et 4 % cette année. Comme le dit un ancien Premier ministre algérien, « on ne vit pas la crise de la même manière ».

Au cœur de l’incompréhension, la nature de la production des richesses au sud de la Méditerranée. Pour schématiser, selon les « experts du Nord », celle-ci est le fait des flux Nord-Sud qui vont se tarir : le transfert d’épargne des travailleurs immigrés au Nord, le tourisme, le commerce et les investissements directs à l’étranger. Ainsi, les économies du sud ne subiraient pas la crise du fait de leur intégration dans les marchés financiers mondiaux, mais par leur dépendance avec l’économie réelle du Nord.

Face à ce constat – on le rappelle retranscrit ici à grands traits et par ailleurs largement nuancé par les acteurs du Sud – l’Institut de la Méditerranée recommande la création d’une zone monétaire commune entre les pays de la rive Sud. L’idée est de mettre en place « des taux de change stabilisés entre les principales monnaies de la région, principalement autour de l’euro », ce qui passe par la mise en place « d’un dispositif institutionnalisé qui permette de faire jouer la solidarité entre banques centrales de la région ». Ce « serpent monétaire » méditerranéen, selon Econostrum, serait accompagné de la création d’une "Banque Méditerranéenne de Développement" sur le modèle de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement, pensée pour favoriser la transition économique des pays d’Europe centrale et orientale au début des années 1990.

L’Union pour la Méditerranée : discours contre la critique

Le deuxième temps fort de la journée était la venue d’Henri Guaino, Conseiller spécial de Nicolas Sarkozy et Président de la Mission interministérielle de l’Union pour la Méditerranée (UpM). On sentait M. Guaino agacé par les critiques qui accompagnent le projet. L’essentiel pour lui est qu’il continue d’exister « malgré tout », c’est-à-dire malgré ce scepticisme et malgré la guerre de Gaza de décembre 2008. Il a rappelé que l’UpM reposait sur le choix de mettre en œuvre une « logique de projets concrets » malgré la « logique de haine et de rancœur ». Tentons de reprendre les critiques traditionnellement formulées et d’analyser, rapidement, les réponses de M. Guaino.

L’UpM ne change rien à Barcelone

Qualifiant le Processus de Barcelone de projet « post-colonial», c’est-à-dire reposant sur une dynamique verticale, d’aide aux anciennes colonies, il a insisté sur la nature multilatérale, co-responsable et concrète de l’UpM contrastant avec les « dîners mondains » des Conférences de Barcelone.

L’UpM n’est pas visible

Constatant le manque de matérialité de l’UpM et le risque de délégitimation du projet aux yeux de l’opinion, il a plaidé sans surprise l’ambition d’un horizon de long terme qu’implique la dépollution de la Méditerranée, le plan solaire ou la conclusion d’une zone de libre échange.

L’UpM n’a pas d’argent

« Question stupide » pour M. Guaino. Le raisonnement approprié devrait être « un raisonnement d’entrepreneur » qui tenterait de définir d’abord les projets avant de s’interroger sur les moyens alloués. Cette réponse faisait écho à une remarque d’un élu du Sud de la Méditerranée, en l’absence de M. Guainon, regrettant le « vide politique » de l’UpM. Par ailleurs, il a rappelé la nécessité de créer des instruments financiers nouveaux, tels que le Fonds Inframed ou le projet de la Banque de la Méditerranée, également évoquée le matin.

L’UpM concerne autant Helsinki que Le Caire

Après avoir rappelé que le projet initial de la France ne devait intégrer que les pays européens riverains de la Méditerranée et qu’il n’avait pas entendu le soutien des pays du Sud à cette bouture de l’UpM au moment du compromis de Hanovre, il a souligné la logique de la « géométrie variable » de l’UpM. Ceux qui veulent travailler sur tel ou tel aspect ou projet le peuvent, les autres ne le font pas, mais ne peuvent bloquer la dynamique, ni récuser la participation d’un autre pays.

L’UpM ne sert à rien dans la crise économique

M. Guaino a saisi l’occasion de la tribune pour fournir son interprétation de la conjoncture mondiale, une « crise économique, écologique et, surtout, une crise des représentations collectives », dans un curieux réquisitoire contre la « mondialisation ». On rappelle qu’en 1987, M. Guaino était chargé de mission à la direction du Trésor et adjoint au secrétaire général du Club de Paris (chargé de renégocier la dette des pays débiteurs, le « Rotary Club », en somme, de l’élite mondialisée) ; qu’il a occupé les fonctions de responsable de la recherche finance au sein du groupe Louis Dreyfus et diverses autres au sein des activités banque d’affaire et de la direction générale de la MAAF ; et qu’il a enfin conseillé Charles Pasqua et Philippe Séguin avant de devenir la plume de Nicolas Sarkozy pendant la campagne présidentielle de 2007.

Converti à l’altermondialisme, donc, M. Guaino estime que le capitalisme, comme toutes formes d’activités humaines, doit être soumis à la morale. Le rôle du politique, dans ce cadre, est de donner une dimension collective, « une morale partagée » aux choix économiques individuels. La seule alternative au « changement ordonné et raisonnable » serait le « changement désordonné et déraisonnable » comparable aux années 1930. Le changement serait devant nous, soit on s’y adapte, soit il s’impose. Et le rôle de la Méditerranée dans ces considérations ? Il serait triple selon M. Guaino. L’UpM participerait à la construction d’un « système de valeur » contrastant avec le modèle dominant actuel du « cynisme » et de « l’appât du gain ». On retrouve ici le thème cher à M. Guaino, celui de la civilisation et de la civilité. (suis-je le seul à avoir entendu « haute culture » ?).

Deuxièmement, l’UpM serait le laboratoire idéal pour construire un nouveau « modèle économique », moteur d’une autre croissance (durable) et du co-développement. Enfin, l’UpM serait le trait d’union, l’espace de l’articulation euro-africaine. Sans l’évoquer directement, M. Guaino devait sans doute faire référence à l’immigration.

L’UpM ne résout pas le conflit israélo-palestinien

Sur l’ambiguïté originelle d’une telle perspective que l’on peut résumer par l’attitude des pays du Sud consistant à dire « on ne peut pas co-construire des projets concrets ensemble car cela donnerait l’impression de normaliser la situation avec Israël », M. Guaino a commencé par balayer cette formule indiquant que cela ne fait que naître des « double-victimes » : il n’y a pas de paix, et il n’y a pas de projets. Il a néanmoins reconnu l’immensité de la tâche de faire vivre des « projets vitaux » en situation de violence politique. L’essentiel pour lui est de faire perdurer le dialogue sur les questions non-stratégiques. Pourtant, à la fin de son discours, il a évoqué la possibilité d’aborder « prochainement » le problème du conflit israélo-palestinien « de face ». Cela signifie-t-il l’organisation d’un prochain Sommet de la Paix patronné par l’UpM ? Aucune question de la salle sur ce point, aucune reprise média. Une évolution à surveiller de près dans les prochains mois.

vendredi 9 octobre 2009

Semaine économique de la Méditerranée (3) : Centre de Marseille pour l'intégration en Méditerranée

A C’est donc aujourd’hui qu’a été officiellement lancé le Centre de Marseille pour l’intégration en Méditerranée (CMIM). La présentation qui en a été faite dans le cadre de la rencontre-débat organisée par CGLU a permis de lever – un peu – le voile sur la nature et les fonctions de cette structure.

Mais de structure il n’en est pas vraiment question. Les discussions ont semble-t-il été âpre entre la ville de Marseille, l’État, par l’intermédiaire de la DIACT et la Banque mondiale. La ville n’aurait pas souhaité voir se constituer une institution nouvelle qui aurait pu échapper à son propre agenda international. La DIACT avait dans ses cartons son propre projet de plateforme internationalisé, s’appuyant sur les ressources de la Caisse des dépôts et de consignation. La Banque, enfin, souhaitait refonder sa plateforme.

C’est dans les termes de cette refondation qu’il faut rechercher l’une des clés d’explication de la naissance du CMIM. « L’institut de la Banque mondiale » de la zone MENA (Middle East and North Africa) est installé à Marseille, sur le site de la Villa Valmer, depuis 2004. Il ne s’agit donc pas d’une antenne de la Banque mondiale, réservée aux capitales des pays du sud, destinataire des aides financières – et des capitales qui ont reçu l’aide du Plan Marshall. Les instituts de la Banque mondiale sont des bases de réflexion stratégique – learning activities dans le vocabulaire de la Banque – qui produisent de l’expertise et ne financent donc pas directement des projets.

En 2007, la question du maintien du bureau marseillais de la Banque s’est posé dans le contexte de crise de légitimité des institutions de Washington et de constat d’échec porté sur le Processus de Barcelone. Il a fallu l’élection à la Présidence de la République française de Nicolas Sarkozy pour changer la donne. Son projet d’Union de pour la Méditerranée, priorité diplomatique de son mandat, a, en effet, incontestablement relancé l’attention des bailleurs sur l’espace méditerranéen – au-delà des divisions qu’il a suscité en Europe et des difficultés auxquels il est confronté aujourd’hui.

C’est dans un cadre institutionnel reformaté en fonction de ce nouveau référentiel que la Banque mondiale a construit l’instrument du CMIM, un « think tank opérationnel », pour reprendre l’oxymore assumé de son directeur, Mats Karlsson. L’idée générale est de construire une plateforme de production d’idées et de financement de projets-cibles reposant sur la connaissance, l’apprentissage, l’innovation et l’intégration des économies des pays de la Méditerranée dans les marchés mondiaux. « Network among Networks », le CMIM a d’ores et déjà défini 5 axes ( urban and spatial development ; sustainable development ; transport and logistics; skills, employment and labor mobility challenges including youth ; et knowledge economy, innovation and technology) et 14 programmes afférents.

La question qui se pose est bien sûr celle de la complémentarité de cette plateforme avec les réseaux existants et de la compatibilité avec les agendas des uns et des autres. Certains se montrent déjà sceptiques dans la portée des financements promis et dans l’efficacité avec laquelle la greffe peut prendre.

Ancrer les économies des pays méditerranéens dans les marchés mondiaux est une cause ancienne et ambitieuse qui se heurte à de nombreux obstacles structurels (l’est-elle même souhaitable pour les sociétés du sud ?), mais intégrer les ambitions des coalitions marseillaises hétéroclites à un projet fédérateur, qui plus est, porté par une institution extérieure au territoire, est un défi d’une toute autre dimension.

jeudi 8 octobre 2009

Semaine économique de la Méditerranée (2) – Medinnov V

A Deuxième journée de la Semaine économique de la Méditerranée (SEM) avec au programme la poursuite des rencontres B2B et des ateliers entreprises (textile, médias, PME) sur les coursives de la Chambre de commerce.

Par ailleurs au Pharo se sont tenues les premières manifestations de l’axe gouvernance de la SEM. Si je n’ai pas pu me rendre au séminaire Médinas 2030 consacré aux « villes de Méditerranée : culture, héritage et modernité » (qui s’inscrit dans le cadre des projets déployés par le tout nouveau Centre de Marseille pour l’intégration en Méditerranée), j’ai pu assister à une partie du colloque Medinnov dont les problématiques ont porté sur les problématiques de l’innovation et les enjeux posés par l’économie de la connaissance en Méditerranée.

Les orateurs qui se sont succédé à la tribune ont exposé l’état d’avancement et les réflexions stratégiques des projets territoriaux liés à l’innovation. Face aux récits vantant les bienfaits des « parcs technologiques », des « réseaux » ou des « pépinières d’entreprises », des « transferts de technologie et incubation », le profane peut être saisi par les effets performatifs de cette « culture commune » militante. Il peut choisir de prendre au sérieux le contenu des discours partagés par les responsables des projets et des départements de développement économique des collectivités locales des deux rives de la Méditerranée. Il peut être confronté dès lors au risque d’être étourdi par les chiffres, les images et l’autosatisfaction des acteurs au point d’en oublier la crise économique et sociale qui frappe les économies urbaines (voir le travail d'Anima relatif à la Carte des investissements en Méditerranée).

À contrario, l’observateur-participant peut interroger par la bande des façades cette « Méditerranée de l’intelligence », pour reprendre le titre du colloque, et questionner la réalité des « nouveaux espaces de production » supposés naître des systèmes productifs locaux reposant sur l’innovation.

Lui apparaît, dès lors, un écrasant et déformant effet de standardisation produit par les présentations de ces « villes-nouvelles », un mode de production de la ville désincarnée, indifférenciée, indifférente aux configurations territoriales et déconnectée de tout ancrage social.

Au son du 4ème mouvement de la 9ème symphonie de Beethoven, qui fait plus penser à Orange Mécanique qu’à l’hymne européen, les parcs technologiques sont projetés sur grand écran. Ou plutôt les maquettes des futurs parcs technologiques. Au nord et au sud, les mêmes bâtiments, blancs, octogonaux, bordés d’arbres (qui « seront plantés en janvier » nous promet-on) et dont on devine « l’éco-performance ». On invite les entreprises (et les touristes) à s’implanter (et à visiter) ces territoires du futur et de l’innovation qui semblent présenter l’avantage de ne pas être habité.

Les offres sont « benchmarkés » sur des modèles virtuels, les services normés au sein de paysage sortis d’un pastiche de Blade Runner made in Hollywood-Sillcon Valley. Un Blade Runner inversé, une City of Quartz enchanté.

La culture, quand elle est évoquée, est un outil de promotion de cette économie de la lisibilité qui vise en premier lieu à « sortir de lot », un lot composé d’objets urbains semblables, mais engagés dans une féroce compétition.

Ces pôles urbains (urbs) IT évidés de leurs substance politique (civitas) pourrait être le reflet d’un capitalisme financier que l’on croyait à bout de souffle. Comme le Paris haussmanien décrit par Zola dans La Curée était le reflet du capitalisme industriel.

mercredi 7 octobre 2009

Semaine économique de la Méditerranée - lancement de Med Business Network

a C'est donc aujourd'hui qu'a débuté la troisième édition de la Semaine économique de la Méditerranée (SEM). Chefs d'entreprises et experts du milieu euro-méditerranéen se sont retrouvés ce matin à la Chambre de commerce et d'industrie de Marseille-Provence (CCIMP).

Med Village et B2B

L'idée des organisateurs de la SEM de créer un espace de rencontres entre ces décideurs se concrétise dans la mise à disposition au premier étage de salles consacrées aux rendez-vous entre partenaires. À l'accueil, un dossier est remis aux participants dans lequel est consigné les quelques 200 entreprises présentes. Sur les tables, des numéros qui correspondent à ces entreprises facilitent le repérage. On parle affaires, "contrats", "investissements directs étrangers", "cadres législatifs" ; on s'échange aussi les dernières nouvelles de la famille et des amis. Visiblement, on se connaît, mais on apprécie les facilités avec lesquelles on peut se rencontrer dans une unité de lieu et de temps.

Dans les couloirs attenants, le Med Village aligne les uns après les autres les partenaires-organisateurs de l'évènement. Des plaquettes de présentation sont mises à disposition. Des discussions peuvent s'engager avec les responsables, présentations powerpoint à l'appui. Bref, la SEM, c'est du Business To Business (B2B pour les initiés) et de la socialisation d'élites.

Les Atelier d'affaire

Au total, dans la journée, huit ateliers sont organisés dans les différentes salles du Palais de la Bourse : exploration des réseaux commerciaux transméditerranéens ; lutte contre le changement climatique ; l'export face au changement du cadre législatif algérien ; la Commission UpM du commerce extérieur français ; le partenariat d'entreprises Paca/Maghreb dans les secteurs de l'environnement et de l'énergie ; la mobilité du travail dans l'espace euromediterranéen ; les opportunités d'affaire en Tunisie ; et le trafic maritime en Méditerranée.

Ces réunions organisées par des institutions différentes (Top 20, CCI et réseaux de CCI, association Champs de Traverse, ONUDI, Invest in Med, Adeci, Ubifrance...) visent à renforcer la connaissance entre les acteurs et les contextes locaux pour créer de la confiance et ainsi favoriser les affaires dans un espace partagé.

Lancement de Med Business Network

C'est également cet esprit qui a présidé à la réunion de lancement de Med Business Network (MBN). Louis Allocio, vice-président de la CCIMP, assisté de Bernard Digoit, président de la Chambre française de commerce et d'industrie au Maroc, Foued Lakhoua, président de la Chambre tuniso-fraçaise de commerce et d'industrie, et jean-François Heugas, président de la Chambre française de commerce et d'industrie en Algérie ont présenté les grandes lignes de cette initiative.

Pour Marseille, le MBN vise à accompagner les entreprises locales dans leurs stratégies d'implantation des marchés du sud de la Méditerranée et à créer ainsi les conditions pour dynamiser les échanges commerciaux et industriels Nord / Sud, Sud / Nord et Sud / Sud. Surtout, il s'agit de susciter des synergies parmi des efforts éparpillés.

La volonté de coordonner des réseaux existants autour de logiques mutualistes rythmera, comme nous le verrons dans les prochains jours avec le CMIM, les discours des acteurs de cette édition de la SEM. La multiplication de ces efforts de coordination brouille, de ce fait, les ambitions initiales des uns et des autres. Et si ces "plateformes" ou autres "réseaux de réseaux" ne se situent pas exactement sur les mêmes champs, cette profusion d'agences coordinatrices ne contribue pas à clarifier les logiques d'internationalisation des acteurs économiques locaux. Les réseaux mis en place supposés clarifier et rendre plus lisibles l'espace méditerranéen intensifient la compétition entre les acteurs et les processus.

On peut se demander si cette concurrence permettra effectivement une relance des échanges dans un contexte de crise (thème qui sera au cœur des discussions ce samedi lors des Rendez-vous de la Méditerranée).

mercredi 30 septembre 2009

Semaine économique de la Méditerranée - édition 2009

A

C'est un peu plus tôt qu'à l'accoutumée que s'ouvrira la troisième édition de la Semaine économique de la Méditerranée (SEM), mercredi prochain.


L'idée ?
Pérenniser des rencontres entre décideurs politiques et économiques des deux rives de la Méditerranée autour de manifestations thématiques. Cette année, trois mots clés ont été retenus pour labelliser le rendez-vous : "business, financement, gouvernance".

L'histoire ?
Regrouper la même semaine des manifestations hétérogènes organisées par différentes institutions. À l'origine, le sommet euro-méditerranéen de l'investissement avait été lancé en 2005. À l'époque, la ville et la région avaient confié à l'hebdomadaire anglais The Economist le soin d'organiser cette rencontre qui a disparu de l'agenda cette année mais a permis aux acteurs de prendre date et de "renforcer la dynamique évènementielle" pour reprendre les termes d'un promoteur.

Les organisateurs ?
Participer à la présentation du territoire comme acteur social collectif. Aux collectivités territoriales - ville, région, communauté urbaine - (à noter que le conseil général n'est que "sponsors" alors que les autres sont "financeurs et organisateurs"), s'adjoignent l'Établissement public Euroméditerranée et le programme européen Invest in Med piloté par le consortium Med Alliance conduit par Anima. Enfin, au titre des "partenaires organisateurs", on note la présence de réseaux de chambres consulaires françaises au Maghreb (CCE, CFCIA, CTFCI) ou de dimension euroméditerranéenne (Ascame), les institutions internationales présentes à Marseille (Banque mondiale, BEI, Commission Med de CGLU, Onudi,), des instituts de conseil et d'expertise (Adeci, Cefim, Cercle des économistes, Club Ambition Top 20, Finances Conseil, Institut de la Méditerranée, le réseau entreprendre Marseille innovation, Ubi France), des agences extérieures à la scène locale (FD intelligence, FT Global Events) ainsi que le média Econostrum. Pour être complet, la Caisse des dépôts, l'association les champs de traverse (qui organise les universités d'été de l'agriculture en Paca), le technopôle Marseille-Provence à Château Gombert et la Cité euroméditerranéenne de la Mode sont également "partenaires organisateurs".

Les enjeux ?
Construire un "Davos" à l'échelle de la Méditerranée, c'est promouvoir le dynamisme économique de cet espace par les échanges économiques. C'est aussi faire exister ce territoire par la mise en réseau d'acteurs ; à ce titre la SEM constitue un espace de socialisation des élites euroméditerranéennes. L'organisation d'un "rendez-vous devenu incontournable", c'est enfin affirmer la centralité de Marseille au sein de cet espace. On retrouve ici les deux facettes de l'internationalisation de la ville : l'exposition avec la mise en scène de la ville comme nœud métropolitain d'échanges transnationaux - fonction d'accueil ; la diffusion de l'expertise et la valorisation des savoir-faire locaux - fonction de projection.

Le programme ?
La SEM commencera mercredi 7 octobre au Palais de la Bourse de Marseille avec les les Rencontres MedBusiness Network. Le réseau MedBusiness Network des institutions consulaires euroméditerranéennes sera officiellement lancé et suivi d'ateliers thématiques (investissement, commerce, agriculture, environnement, industrie, trafic maritime).
Le lendemain, les ateliers reprendront au Palais de la Bourse autour des questions des médias, du textile et de l'accompagnement des entreprises dans leur implantation en Méditerranée. Au Palais du Pharo, la 5ème édition du Colloque Medinov portera sur les enjeux liés aux outils financiers publics et privés, aux lieux d’ancrage tels que les parcs technologiques et les technopôles, ainsi qu'aux modèles d’organisation de croissance (clusters, pôle de compétitivité). Enfin, la ville de Marseille et la BEI organisent le séminaire Medinas consacré aux problématiques urbaines (gestion et réhabilitation des centres historiques).
Vendredi, se tiendra une conférence-débat portant sur l'"attractivité des territoires en Méditerranée" sous l'égide de la Commission Med de CGLU, de l'EPAEM et des collectivités locales.
Le samedi, enfin, les rendez-vous de la Méditerranée clôtureront, comme il en est désormais la tradition, cette semaine. Il s'agit de la grand messe politique de la SEM au cours de laquelle se succéderont à la tribune, les principaux élus du territoire, les responsables des agences d'expertise, Henri Guaino, conseiller spécial du Président Sarkozy est également attendu pour une intervention sur l'Union pour la Méditerranée.

Un bilan de cette riche semaine dans un prochain billet.

mardi 22 septembre 2009

Quand une loi de finances complémentaire algérienne inquiète les élus locaux

A Une récente décision du gouvernement algérien relative à l'organisation du trafic portuaire provoque des effets en chaîne sur l'économie méditerranéenne. L'observation de ce phénomène classique est l'occasion de revenir sur la nature des interdépendances entre les acteurs d'un système de plus en plus intégré.

1er étape : une loi adoptée en Algérie

Le 22 juillet dernier le gouvernement algérien adopte une loi de finances complémentaire (LFC). Effet direct du partage de l'espace méditerranéen, cette loi a des répercussions sur l'économie locale marseillaise. Selon le cabinet de conseil[ Francis Lefebvre, la LFC "reflète la volonté de favoriser le développement des industries locales en reconduisant les mesures d’aide à l’emploi et aux PME mais surtout en leur donnant un avantage relatif par rapport aux importations". Dans les faits, ces dispositions durcissent les modalités d'importation des marchandises (en particulier en imposant le très contraignant "crédit documentaire" comme moyen de paiement) et interdit de faire entrer des engins de travaux publics d'occasion.

2ème étape : les entreprises locales se mobilisent

L'Union Maritime et Fluviale Marseille-Fos saisit dès le 25 août le secrétaire d’Etat au Commerce extérieur, Anne-Marie Idrac, sur la menace que représente ce nouveau dispositif sur le dynamisme du port. Rappelons ici, que les chiffres d'août montre un recul de 13% du trafic du Grand port maritime par rapport à 2008. L'UMF, le Medef des entreprises portuaires locales, informe le Ministre qu' "avec plus de 8 millions de tonnes par an (hydrocarbures inclus), 10% du trafic total du port de Marseille-Fos repose sur les échanges avec l’Algérie (...) Dans les bassins Est de Marseille, 35 à 40 % des trafics sont destinés à l'Algérie (...) Ces mesures menacent directement l'activité dans les bassins Est de nombre de nos adhérents dont le chiffre d'affaires est pour certains à 75 % généré par les exportations sur l'Algérie. La lettre s'achève par un appel à "la France, 2ème partenaire mondial de l’Algérie, (pour qu'elle) entame des négociations pour que soient trouvées des solutions intermédiaires à ces mesures radicales qui pénalisent l’Algérie comme la France".

Selon l'UMF, ce n'est pas moins de quatre-cinquième du trafic qui serait menacé. Dans un milieu partagé par des acteurs interdépendants, on craint cet "avantage relatif", et on y voit surtout les signes d'un protectionnisme forcément dévastateur pour l'équilibre du système ailleurs en Méditerranée.

3ème étape : les élus prennent position

Le premier adjoint de M. Gaudin, Roland Blum, est le premier à monter au créneau et à mobiliser ce type d'argument : "C'est un sujet de forte inquiétude, la loi de finances algérienne étant assez inquiétante et pouvant avoir des répercussions importantes sur le trafic portuaire". Et M. Blum de dénoncer un "retour significatif à une politique de protectionnisme": "On ne peut pas, avec un pays avec lequel nous avons des relations aussi importantes, être dans une attitude de repli, nous avons besoin de relations d'ouverture".

4ème étape : la mission diplomatique décentralisée

Suite à cette déclaration, le premier adjoint envisage de se rendre à Alger le 20 octobre afin de négocier avec les opérateurs locaux et les élus algériens.

Cet épisode, s'il n'est pas révélateur de phénomènes nouveaux, illustre la recomposition du Bassin méditerranéen comme milieu, au sens biologique, c'est à dire comme un espace traversé par une dynamique d’interdépendances et de rencontres entre des représentations, des intérêts et des ressources permettant le maintien et la reproduction du système. Le champ d'intervention des élus locaux n'est plus limité au système purement local, mais envisage le dialogue et l'initiative dans un espace transantional élargi. Enfin, la chaîne de réaction montre l'indifférenciation croissante des logiques public / privé, dans la mesure, où le politique intervient en appui des intérêts privés dans la défense de l'outil portuaire marseillais.

mercredi 15 juillet 2009

Le "Centre de Marseille pour l’Intégration en Méditerranée", nouveau venu dans le paysage institutionnel internationalisé marseillais

A Le site Econostrum l’a révélée la semaine dernière, une nouvelle plateforme visant à renforcer la capacité d’expertise du territoire marseillais sera prochainement créé. Le « Centre de Marseille pour l’Intégration en Méditerranée » (CMIM) sera financé par la ville, qui mettra à disposition des locaux, et sera porté par la Banque européenne d’investissement, la Banque mondiale, l’Agence française de développement, le Plan Bleu , et, nouveauté dans le panorama des institutions partenaires du portage de projet de ce type, la Caisse des dépôts et consignations. Cette structure s’appuiera sur un réseau d’expertise économique existant, le Forum Euroméditerranéen des Instituts de Sciences Économiques (FEMISE), composé de centres de recherches économiques chargé de l’analyse économique du Processus de Barcelone et piloté par l’Institut de la Méditerranée. Sa vocation serait d’être un outil d’appui technique et méthodologique supposé favoriser la réalisation de prestation de montage de projets d’appui institutionnel ou de formation en direction de la rive sud de la Méditerranée. Pour plus d'information sur l'acte de naissance du CMIM, ici.

Cette initiative est l’exemple le plus récent de la stratégie de polarisation sur le site de Marseille d’institutions internationales. Le plus souvent agences d’expertise transnationales délocalisées, elles partagent la Méditerranée comme milieu et le rayonnement de l’expertise économique marseillaise comme objectfif. Elle s’inscit ainsi au point d’intersection des dynamiques suivantes :

  • les logiques politiques locales : faire de Marseille une « capitale » du Bassin méditerranée en y attirant des institutions internationales ; le label CMIM conserve le label « Marseille » qu’elle accole au terme de « Centre »
  • les logiques de métropolisation : accroître la capacité d’expertise d’un territoire qui dépasse le site de la commune ;
  • les logiques de la mondialisation : inscrire cette métropole « sur la carte » des flux d’échange (capitaux et ressources liées à l’expertise)
  • les logiques de la diplomatie décentralisée : prendre place dans la dimension projet de l’Union pour la Méditerranée qui poursuit l’objectif d’« intégrer » davantage les économies sud-méditerranéennes.

Au final, avec le CMIM, Marseille gagne en centralité, d’une part, et change d’échelle dans son positionnement géostratégique et dans son rayonnement économique, d’autre part. Il est remarquable de noter que le dispositif sera intégré au sein de la Villa Valmer.

A Cette bâtisse symbole de la bourgeoisie du XIXème siècle qui surplombe la corniche, accueille déjà des institutions internationales délocalisées. Rapide tour d’horizon :

Le Bureau de l’Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI), installé depuis 2004, s’insère dans le réseau des Bureaux de Promotion des Investissements et de la Technologie. L’objectif affiché est "de mobiliser et faciliter les investissements, les transferts de technologies et les partenariats entre les entreprises du sud de la France, vers les pays en développement du bassin méditerranéen".

Le Plan Bleu est le Centre d’activités régionales du Plan d’Action pour la Méditerranée, adopté par le Programme des Nations Unies pour l’Environnement.

La Banque mondiale fait partie du pôle Villa Valmer depuis 2003 et l’implantation de l’agence KNA-MENA à Marseille. Cette initiative a contribué à la création du réseau urbain Europe-MENA chargé d'animer un groupe d'experts travaillant sur des missions d’assistance technique.

Le bureau de l’Organisation internationale des migrations a davantage valeur de symbole et ses moyens limités ne lui permettent pas de jouer un rôle opérationnel majeur mais montre que le marqueur historique n’est pas négligé dans la constitution du réseau d’institutions internationales.

Enfin, la Commission Méditerranée de Cités et gouvernements locaux unis est la dernière arrivée. Mise en place en 2006, elle fonctionne comme une plateforme de concertation entre les élus des trois rives et joue un rôle clé dans l’organisation d’évènements internationaux comme le Forum des Autorités Locales et Régionales de la Méditerranée ou la Semaine économique de la Méditerranée.

Disséminées ailleurs sur le territoire de la ville, des agences d’expertise travaillant sur l’espace méditerranéen contribuent à faire de Marseille un centre d’impulsion et de diffusion du savoir-faire technique, censé irrigué le Bassin. Premièrement, on relève des agences d’expertise françaises implantées à Marseille.

L’Institut de Recherche et de Développement (IRD), ainsi que l’Agence inter-établissements de recherche pour le développement (AIRD) sont délocalisées dans le périmètre d’Euroméditerranée depuis septembre dernier.

Le Centre d’Etudes Financières, Economiques et Bancaires (CEFEB) qui émane de l’Agence Française de Développement (AFD) participe à la formation des cadres territoriaux dans les pays méditerranéens.

UBIFRANCE, l'Agence française pour le développement international des entreprises, établissement public industriel et commercial placé sous la tutelle de Bercy, a installé son pôle Grand Sud à Marseille. Chargée, d’une part, d’accompagner le développement économique des entreprises locales, l’agence tente d’agir sur le volet des échanges avec le sud de la Méditerrané.

Deuxièmement, on peut identifier des réseaux tournés plus directement vers l’espace méditerranéen et ses enjeux. Au côté de l’Institut de la Méditerranée, donc, qui pilote le FEMISE, la ville de Marseille est le siège du Conseil Mondial de l’Eau et le support à la désignation récente de la ville à l’accuile du Sommet mondial de l’Eau en 2012. Nous avons eu l’occasion de revenir au cours d’un précédent billet sur cette victoire qui se situe dans la continuité de l’ambition de capter les ressources expertes liées au thème de l’eau.

L’Institut Méditerranéen de l’Eau est une Organisation internationale Non Gouvernementale dotée d’un statut consultatif auprès du Conseil Economique et Social des Nations Unies. Elle constitue un important réseau d’experts rassemblant les opérateurs institutionnels et techniques dans le domaine de l’eau en Méditerranée. Son objet principal est le développement de la coopération transméditerranéenne entre les collectivités territoriales et les professionnels de l’eau, de l’assainissement et de l’irrigation.

Enfin, le panorama ne serait pas complet si l'on oubliait d'évoquer l’installation à Marseille du réseau ANIMA, plateforme qui dirige le consortium Med Alliance, pilotant la mise en œuvre du programme Invest in Med, financé à 75% par l’Union européenne sur la période 2008-2011, et qui témoigne de l’ancrage territorial des enjeux et des financements communautaires.

Le CMIM est une pierre de plus dans l’édifice visant à faire de Marseille une métropole euroméditerranéenne, c'est-à-dire un centre de diffusion et de commandement sur un espace fortement inégalitaire sur le plan économique et plus précisemment, la formation, l'appui institutionnel, le transfert technologique. L’expertise et la diffusion normative et technique nord-sud constituent le créneau investi massivement par les autorités locales qui entendent s’appuyer sur un dispositif dense associant entreprises, sociétés civiles et organisations internationales. Cette densité présente toutefois le risque de superposer des entités aux terrains et aux objectifs proches et ainsi de constituer un champ de concurrence entre les institutions. L’ère du trop-plein institutionnel sur l’objet vague de « l’expertise économique » succèderait à une absence d’initiatives de ce type sur la zone depuis le ralentissement des effets du Processus de Barcelone. Le problème de la coordination et de la mise en cohérence stratégique - la construction problématique d'un "réseau de réseaux" ou de structures de coordination des "plateformes" - se pose ainsi de front aux autorités locales qui délèguent de plus en plus la maîtrise d’ouvrage à ces institutions. La régulation actionnariale des pouvoirs publics locaux peut certes faire preuve d’efficacité pour articuler autour d’un lieu un nombre conséquent d’expériences, mais la prise de participation dilluée dans des ensembles institutionnels hétérogènes et potentiellement rivaux est un risque imprévisible pour leur portée opérationnelle et leur efficacité sur un terrain forcément encombré.