Comme
dans toutes les bonnes séries, l’organisation de la Capitale européenne de la
culture apporte chaque semaine son lot de rebondissements. Après la démission
de Bernard Latarjet, on apprend dans
La Provence que la ville de Marseille, par la voix de son adjointe déléguée
au cinéma, Eliane
Zayan, s’oppose à la volonté de l’Association Marseille-Provence 2013
(MP2013) d’inscrire dans la programmation officielle de l’année Capitale un
Festival du cinéma arabe et souhaiterait que cet événement s’intitule le
« Festival du film méditerranéen ».
La substitution du terme « arabe » par « méditerranéen »
montre que, davantage qu’un conflit d’appréciations artistiques, ce débat entre
l’Association MP2013 revêt des enjeux politiques et stratégiques - comme le
reconnaît Thierry Roche, le directeur délégué de l’association lorsqu’il
déclare «Nous jugeons de l’intérêt culturel, pas des arguments
politiques», ce qui indique que des « arguments
politiques » sont tenus. Ces enjeux sont à l’intersection entre la
régulation sociale dans la ville et la présentation de soi externe proposé par
les élites politiques municipales. En clair, il apparaît crucial pour ces
dernières de faire apparaître Marseille comme une ville
« méditerranéenne ».
Énoncé méditerranéen et renversement de stigmates
Aussi, cet épisode nous semble particulièrement révélateur des deux facettes
de la gouvernance de Marseille. Sur le plan interne, il illustre les tentatives
du pouvoir local de définir quels groupes plutôt que d’autres sont exclus, non
seulement de la prise de décision, mais aussi des espaces d’incarnation de
l’identité de la ville. Sur le plan externe, il suggère l’orientation des
canaux de représentation la ville à l’extérieur qui suppose une définition plus
ou moins unifiée d’une identité collective proposée à l’extérieur.
Or, cette définition unifiée repose sur un énoncé méditerranéen. Pourquoi
rejeter le qualificatif « arabe » ? Pour éviter de
« stigmatiser une communauté » affirme Mme Zayan. On peut
néanmoins faire l’hypothèse suivante suivante fournie par un acteur culturel
local dans un tout autre contexte :
« La Méditerranée, c’est une euphémisation, une façon de ne pas dire arabe ou Islam. Donc, c’est une façon d’inscrire dans un monde commun quelque chose qui, pour certains, fait problème et resurgît comme un problème à plusieurs moments. »
En d'autres termes, le passage d'arabe à méditerranée s'inscrit dans une
stratégie de renversement de stigmates
Mais si la préférence méditerranéenne exprimée par la majorité municipale
répondrait à une façon de résoudre un « problème », que peut-il
donc être ? C’est ici qu’il faut introduire et articuler les doubles
échelles évoquées.
Conflits partisans et Compétitions
interterritoriales
Sur le plan strictement local, le choix de la présentation de soi
méditerranéenne s’inscrit dans un contexte politique spécifique.
L’euphémisation est une traduction du rapport entretenu entre la droite locale
et l’extrême-droite et plus précisément les électeurs potentiels du Front
national. L’argument du refus du communautarisme semble à première vue
surprenant dans une ville qui reconnaît l’existence et la légitimité des
communautés. Que l’on songe à Marseille
Espérance ou à l’existence d’un conseiller du maire sur les questions
communautaires.
Toutefois, quelques semaines seulement après la qualification au second tour
des élections cantonales de la totalité des candidats FN dans les cantons de la
ville, il semble que la ville donne des gages à ces électeurs lorsqu’elle
souhaite un rapprochement du « festival avec d'autres associations,
comme Horizontes del sur, pour ne
pas présenter un festival communautaire ».
La dimension politique est renforcée par les déclaration d’un responsable de
l’opposition, montrant ainsi que la présentation de soi de la ville est aussi
affaire de compétition partisane. Patrick Mennuci, vice-Président du Conseil
régional délégué à la culture, mais également Président du groupe socialiste au
Conseil municipal de Marseille, interpelle en ces termes la
mairie :
« Marseille est une ville arabe, en même temps qu'une ville méditerranéenne. Si l'on n'est pas capable de se regarder tels que nous sommes, nous reculons, et tous les beaux discours sur l'intégration sont dépassés. Marseille doit assumer pleinement sa part arabe. »
Assez révélateur du caractère potentiellement polémique pour la presse qui
relaie ces propos : l’affirmation « Marseille est une ville
arabe » est en gras dans l’article de La Provence, tout comme
« festival communautaire » et, dans la première ligne,
« Festival international du cinéma arabe ».
La volonté du pouvoir local d’offrir une présentation de la ville
méditerranéenne plutôt qu’arabe ne s’inscrit pas seulement dans le contexte de
la compétition politique, mais s’intègre dans des enjeux déterminés par la
compétition inter-terrtoriale. Or, la propriété méditerranéenne apparaît plus
rétributrice que la propriété arabe dans la mesure où elle s’intègre plus
aisément dans une dynamique concurrentielle structuré par un cadre
européen.
Dans le cadre de la candidature à la Capitale européenne de la culture, par
exemple, les acteurs de la mobilisation reconnaissent que les premières
moutures du dossier inclinait trop vers le Sud. Sous les recommandations
d’interlocuteurs bruxellois, la dimension européenne fut finalement davantage
mise en avant. De la même façon, alors que les Ateliers de la Méditerranée sont
devenus les Ateliers
de l’Euro-Méditerranée, la mairie souhaite que le Festival du film arabe
devienne le Festival du film méditerranéen (et en fait euro-méditerranéen comme
le montre la référence de Mme Zayan, à Horizontes del Sur, « lieu
d'échange et de diffusion de la création hispanique »).
La simple querelle sur la dénomination d’une manifestation culturelle informe donc des conditions d’énonciation de la ville, de la manière dont ses élites envisagent son identité et des résonances sur la compétition démocratique et la course à l’attractivité. Elle montre enfin l’ampleur avec laquelle le récit méditerranéen s’est imposée dans la présentation de soi de son territoire.
Ou plutôt en
page Trois. Pour la troisième fois depuis la rentrée, le «quotidien de
référence»,
La
première quinzaine de juin a été l’occasion de voir ressurgir à Marseille le
vocable des «affaires» et du «banditisme». Il n’est pas question de lier des
affaires aussi diverses qu’un braquage, l’arrestation de présumés figures du
miieu et une enquête judiciaire impliquant des proches d’élus. Toutefois, la
dimension spectaculaire de ces événements et l’unité chronologique sont
susceptibles de réactiver la «mauvaise réputation» de la ville dans la mesure
où ils correspondent aux clichés régulièrement attachés. Cette séquence tombe
mal pour les édiles et les élites économiques locale qui dépensent une énergie
considérable pour changer l’image du territoire.
Il y plus d'un an, je faisais état de
Certaines villes n'ont pas besoin de label pour s'imposer dans la compétition
des territoires. Leurs ressources et leur capacité de commandement suffisent à
faire d'elles des places dominantes, des "villes globales" : New York (on
se souvient toutefois du logo "
Cette fois, c'est fini. Hier, mardi
10 mars, le Tribunal de commerce a prononcé la liquidation judiciaire de la
société Union Navale Marseille (UNM). Le Juge a refusé la solution du
redressement judiciaire proposée par les syndicats qui s'appuyaient sur
l'épaisseur du carnet de commande (2 millions d'euros, selon les avocats des
salariés) de l'entreprise de réparation navale (140 salariés). Retour sur un
conflit qui revêt à Marseille une dimension fortement symbolique et identitaire
au-delà des enjeux économiques.
La série
télévisée Plus Belle la Vie (PBLV) diffusée sur France 3 tous les soirs de la
semaine réalise une audience supérieure au Journal télévisé de France 2 (selon
Cette
semaine Marseille accueillait un match amical de football opposant la France et
l'Argentine. Officiellement, c'est l'Argentine qui recevait l'équipe de France
en vertu d'un accord passé entre les deux fédérations après un premier match au
Stade de France en février 2007. Mais pourquoi le choix s'est-il porté sur la
ville de Marseille ? Les Argentins préféraient disputer ce match en Europe
pour des raisons autant sportives (de nombreuses stars de l'équipe évoluent
dans les championnats européens tandis que les quatre meilleurs clubs argentins
disputent en ce moment les phases de poule de la Copa Libertadores) que
financières (l'exploitation commerciale des matchs des équipes nationales
brésiliennes et argentines sont vendues à une société privée qui gère les
droits d'image et de diffusion notamment). Plusieurs villes étaient en
concurrence mais c'est Marseille qui l'a emportée devant... Barcelone (comme on
se retrouve !).
Santos Mirasierra est condamné à 3 ans
et demi de prison ferme pour "atteintes à agents de l'autorité avec l'usage
d'un objet dangereux" et "blessures" envers un policer qui aurait reçu un
siège. Il ne s'agit pas de revenir sur