Marseille internationale

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jeudi 18 juin 2009

Olympique de Marseille : enjeu du pouvoir municipal ?

A La crise qui secoue l'OM suite à la démission-révocation de son Président, Pape Diouf est l'occasion d'une prise de parole insolite de la part des élites municipales.

Extrait :

Eugène Caselli, président de MPM (PS) : "Je salue le très grand dirigeant sportif, qui a été toujours exemplaire. Je regrette son départ."

- Jean-Noel Guérini, président du Conseil Général (PS) "Au terme d’une belle saison qui a permis à l’OM de retrouver pour la troisième saison consécutive la Ligue des champions, Robert Louis-Dreyfus, actionnaire principal, et Pape Diouf, président emblématique, n’ont pas donné suite à ce qui restera "une belle aventure". Le supporter que je suis le regrette, comme il a regretté le départ d’Eric Gerets. Alors que le club a retrouvé une stabilité financière et une crédibilité sportive, grâce au travail de Pape Diouf, j’espère que le climat de défiance qui s’est installé au cours de ces jours derniers ne se prolongera pas. Pour l’avenir de l’OM, par respect pour tous ceux qui s’enthousiasment pour un club unique en France, profondément ancré dans la vie quotidienne de tous les Marseillais et de tous habitants des Bouches-du-Rhône, il est vital que les enjeux sportifs ne passent pas au second plan. Tout en étant conscient des difficultés, j’espère que tout sera mis en œuvre pour conforter la place de l’OM au sommet de la hiérarchie du football français et européen en balayant toutes les suspicions qui nourrissent des réflexes d’un autre temps. Pour moi, l’OM doit atteindre cet objectif, au cœur d’un stade Vélodrome modernisé, qui appartient à tous les Marseillais."

- Richard Miron, adjoint aux sports (UMP) : "Cela fait partie de la vie d'une entreprise que de choisir avec qui l'on travaille. Je le remercie pour tout ce qu'il a fait. Je suis certain que son successeur saura trouver l'équilibre nécessaire pour ce club car l'OM représente l'image de Marseille."

- Jacques Pfister, président de la Chambre de commerce : "On est très attaché à l'OM car c'est le seul objet connu du monde entier que nous ayons. Quand vous allez en Afrique, en Chine, on vous en parle. C'est un capital qu'il faut préserver et qui doit retrouver de la stabilité et des résultats sportifs."

- Jacques Dallest, procureur de la République de Marseille : "C'est la continuité qui prime, que l'on soit Marseillais de souche ou d'adoption. Je souhaite que l'OM aille le plus loin possible dans le parfait respect de la déontologie, de la morale et de l'éthique sportive, avec des résultats positifs."

- Dominique Mattei, bâtonnier de Marseille : "J'espère que ce départ n'affectera pas le club de turbulences. Il est dommage que l'image de sérénité qui se dégageait de l'OM soit troublée par ce départ."

Jean-Claude Gaudin n'est pas en reste. Après un communiqué hier, il tenait une conférence de presse ce jour à l'occasion de la tournée des stades susceptibles d'accueillir l'Euro en 2016 organisée par les dirigeant du football français. L'occasion lui a été donnée de confirmer le fait "que le Vélodrome restera la propriété de la ville, tout comme la Commanderie". Façon de mettre fin, à l'hypothèse du naming et de réaffirmer le projet de partenariat public-privé (on évoque 160 millions d'euros) qui consiste à moderniser le stade, porter sa capacité à 70 000 places et couvrir l'enceinte. Visiblement excédé, il déclare n'avoir pas été informé de la décision de l'actionnaire majoritaire, Robert Louis-Dreyfus et se déclare "étonné que l'on s'en prenne à Monsieur Pape Diouf, dont nous avions le sentiment qu'il avait bien accompli les choses. Mais vous savez que sous la municipalité Gaudin, on ne mélange pas la politique et le football, c'était d'autres époques. Nous ne faisons pas cela.". Le maire rappelle alors un principe qui contraste avec la situation : "Je n'ai pas de commentaire à faire, je l'ai fait dans un communiqué (sic). On ne m'a pas donné un coup de fil, ni rien, on aurait pu le faire. On ne l'a pas fait, on ne l'a pas fait. Ne m'en faites pas dire plus".

Il en a dit pourtant davantage. L'Olympique de Marseille serait bien un enjeu du pouvoir municipal. La fonction d'intégration sociale est largement évoquée par les études sur le supporterisme à Marseille. La fonction politique l'est moins. Gaston Defferre avait l'habitude de revendiquer le titre de "Maire de l'OM" et l'arrivée de Bernard Tapie à la tête du club en 1986 est avant tout une décision politique inscrite dans l'exercice du pouvoir municipal. Cette vidéo disponible sur le site de l'INA est avec le recul édifiante. Le discours relatif à l'instrumentalisation du club comme vecteur de promotion de la ville est identique en tout point avec celui d'aujourd'hui. La municipalité a d'ailleurs exercé la présidence par intérim lors du dépôt de bilan soldant les années Tapie. Ce matin, sur les antennes de RMC, Renaud Muselier, longtemps dauphin de Jean-Claude Gaudin, a du décliner l'hypothèse de son arrivée à la tête du club évoquée par Le Parisien avançant l'idée que "cette activité était incompatible avec son engagement politique".

L'hypothèse de l'usage clientéliste de l'OM semble séduisante, mais un peu facile. Les spécificités locales ne suffisent pas à faire du football, une ressource clientélaire échangeable politiquement. Il est indéniable que la réputation de l'OM véhiculée par ses performances et par la notoriété de ses supporters (la fameuse ambiance du Vélodrome) est un atout dans la compétition territoriale offrant l'image d'une ville unifiée et bouillonnante et pouvant renforcer son attractivité. Il y a peut-être également aussi un peu de l'identification du club à la ville et du sentiment d'appartenance de ses habitants avec l'OM (on se souvient que lors du procès des comptes de l'OM en 2007, le procureur avait déclaré prendre en compte la spécificité de "l'institution sociale OM" dans son attitude dans les débats). La colère qui semble monter contre l'actionnaire majoritaire "suisse" et son conseil de surveillance "parisien" illustre moins un phénomène de xénophobie, qu'un patriotisme municipal exacerbé par un sentiment de dépossession du destin de la ville que l'on pourrait comparer avec les résistances qui commencent à émerger sur la transformation physique de la ville (port, Euroméditerranée) et le manque d'ancrage social des grands projets urbains. Les clubs de supporters - dont le pouvoir d'influence dans la gouvernance du club est comparable à celui des CIQ, par analogie, dans la municipalité - s'apprêtent à publier un communiqué commun où l'on sera attentif à l'expression de ce sentiment de dépossession. Qui pourrait aussi en dire davantage.

mercredi 1 avril 2009

Marseille 2013 : les premières fissures du jouer collectif

A La désignation en septembre dernier de la ville de Marseille du territoire Marseille-Provence, comme Capitale européenne de la culture a suscité l’enthousiasme mais aussi la surprise des observateurs et des acteurs de l’actualité marseillaise. « Marseille 2013, c'est la victoire d'une méthode : le jouer collectif, a déclaré M. Pfister, le président de la candidature, c'est la réussite d'un formidable élan du territoire Marseille-Provence, dont les acteurs politiques, économiques et culturels de 130 communes ont su se rassembler autour d'un même projet militant ». En conférence de presse ou sur leur blog personnel, les trois élus principaux de la région se félicitent de cette unité retrouvée. Pour M. Gaudin, « c’est l'esprit d'équipe qui a gagné. Nous avons eu l'appui de 80 collectivités qui ont toutes une richesse extraordinaire. Nous nous sommes réunis et nous avons gagné » ; M. Guérini, « ensemble, au-delà des clivages politiques, nous avons su relever un véritable défi. Ensemble, je suis certain que nous ferons gagner la culture dans les Bouches-du-Rhône et à Marseille » ; ou M. Vauzelle , « la victoire d’aujourd’hui est le résultat d’une démarche exemplaire de partenariat entre les différentes collectivités dont la Région se félicite. C’est une belle image de la politique et de notre région que nous avons offerte, en démontrant notre capacité à travailler ensemble, élus de tous bords, acteurs culturels et économiques, sur un projet majeur pour notre développement et notre rayonnement ».

Cette unité davantage qu’un consensus semble avoir été assuré par le pilotage du monde patronal local, métropolitain regroupé autour de la Chambre de commerce et de son président Jacques Pfister, par ailleurs président de l’association Marseille-Provence 2013. La dépolitisation de la conduite du projet fut un atout dans la candidature : elle a permis de désamorcer par avance les rivalités et de surmonter la fragmentation politique. Ainsi, la gouvernance de l’association assure la stricte égalité des collectivités locales et des institutions partenaires dans la prise de décision. À l’image du projet de Lille 2004, cette méthode a contribué à reconsidérer le pouvoir métropolitain autour de représentations internationalisées et managériales à rebours du folklore régional promues par certaines structures associatives culturelle locales et par certains élus.

Les «Ateliers de l’Euroméditerranée » imaginées par Jean Digne dans son projet de « Mille Talents, Milles Projets, Mille Entreprises » entendent développer dans les entreprises de Marseille, l’accueil et le travail en résidence de créateurs et d’artistes internationaux. Il est révélateur de souligner que le projet de M. Digne est issu d’une commande des « Mécènes du Sud » fondés par une dizaine de grandes entreprises dont les activités sont tournées vers l’international et qui fut le format de départ de la candidature.

On pourrait à l’envi insister sur la primauté des élites économiques métropolitaines sur les mondes politiques marseillais. Cette primauté, toutefois, ne doit pas nous conduire à conclure à la subordination des élus face aux patrons. Ces derniers se sont appuyés sur les édiles et leurs ressources pour relayer des intérêts partagés auprès des institutions européennes. L’idée est en effet d’utiliser la culture comme un levier d’attractivité et promotion de territoire. L’organisation d’évènements culturels n’est pas la finalité de l’opération. Celle-ci réside davantage dans la progression de l’agglomération marseillaise dans la hiérarchie des villes européennes. Le Club Ambition Top 20 mis en place par la Chambre de commerce organise des road shows dans les villes européennes pour promouvoir la candidature et occuper un rang supérieur dans la compétition territoriale. La trajectoire de la candidature est ainsi un objet particulièrement intéressant pour observer la pluralité des changements d’échelles qui président à la transformation des pouvoirs urbains et à l’émergence d’une gouvernance métropolitaine à Marseille.

Cette gouvernance n’est pas synonyme, nous le répétons car la notion de gouvernance est parfois sujette à des interprétations en ce sens, d’une évacuation du politique. La récente empoignade lors du Conseil municipal de la ville de Marseille en début de semaine est là pour en témoigner. La passe d’armes qui a opposé Renaud Muselier, délégué spécial de la ville pour la Capitale européenne de la culture 2013, et Jean-Nöel Guerrini, chef de file de l’opposition municipale, indique que nous sommes passés à une autre phase dans le projet. Une phase propice au reclassement des acteurs politiques.

La polémique porte sur une information faisant état de la volonté de la mairie de mettre en place un « guichet unique » qui permettrait de centraliser les demandes de participation aux projets culturels et le cas échéant, de les sélectionner. L’enjeu n’est pas mince : la mairie, qui a participé dans la phase de la candidature à hauteur de 90% du financement de l’association, entendrait décider seule de l’attribution du label et des financements inhérents.

Le groupe socialiste réagit par une lettre adressée à M. Gaudin et parue dans les quotidiens régionaux samedi dernier appelant curieusement au « rassemblement ». L’issue de la controverse n’est pas l’essentiel ici. Retenons que les élus sont de retour sur le devant de la scène 4 ans avant le lancement des festivités officielles. Cette lutte pour une potentielle récupération ne sera pas sans inquiéter les chefs d’entreprise qui avaient tout mis en ouvre pour éviter les retombées négatives de la division politique.

Une inconnue demeure, celle de l’exclusion du tissu associatif local de la définition du projet culturel. Thème sur lequel nous aurons probablement l’occasion d’y revenir.

En partenariat avec Rue89 / Marseille 89 A

Photo : http://marseilleunautreregard.wordpress.com/

mercredi 11 février 2009

De retour de terrain

ADe retour de terrain, il est temps de reprendre le fil du blog et de faire le point sur mes cercles des politiques locales internationales.

La politique locale

En début de semaine, s'est tenu le conseil municipal (au passage on notera le relifting du site internet de la mairie). La vidéo du conseil est disponible ici.. Après la gouvernance partagée de la communauté urbaine, le jouer collectif de Marseille 2013, place à "la gouvernance décrispée" selon La Provence. Les termes évoluent - un peu- mais les faits restent proches : il s'agit de traduire le nouvel équilibre entre droite et gauche dans les institutions locales. Il s'agit également de montrer à l'intérieur et à l'extérieur que le gouvernement local peut produire du consensus sur les questions de développement économique et d'aménagement. On n'est pas loin de la gouvernance urbaine.
En question lundi, le tracé du tramaway entre la Canebière et la Castellane. Le groupe socialiste s'y était opposé (pour des raisons de coût, de doublon avec le métro,...) mais en échange de l'acceptation de 11 amendements sur 12 déposés, il vote le projet dans une ambiance de "simili consensus" selon Roland Blum. Nous avons déjà évoqué lors d'un précédent billet, le nouvel équilibre politique à Marseille qui réduit considérablement les marges de manœuvres de M. Gaudin. Comment interpréter autrement cette tendance après toutes ces prétendues concessions prétendument accordées à la prétendue opposition ? Mise à part le fait que ces concessions ne sont que des exigences obtenues par les véritables détenteurs du pouvoir urbain.

Les métropolisations

La question en haut de l'agenda métropolitain porte sur le trajet de la LGV. Aujourd'hui le ministre d’Etat, ministre de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement durable et de l’Aménagement du territoire (MEEDDAT) reçoit les élus de la région. Il y a l'enjeu financier bien sûr, 11 milliards environ pour le tracé du littoral contre 8 pour le tracé nord. Il y a l'enjeu stratégique aussi à travers la question de l'accessibilité transrégionale de la métropole marseillaise. La promotion du tracé des métropoles s'inscrit dans l'insertion de Marseille dans un axe horizontal Barcelone-Rome. Si Marseille joue la carte de la Méditerranée, elle ne néglige pas l'atout de l'Europe. Ou comment devenir la capitale euroméditerranéenne sans maîtriser les enjeux continentaux ?

Les marchés mondiaux

De nouvelles prises de positions mondiales pour CMA-CGM, en Syrie cette fois ; une exposition à la Chambre de commerce et d'industrie sur l'Art s'invite au bureau et le lancement des "Mission entreprises 2013" "fer de lance de l'action du monde de l'économie pour préparer 2013' ; enfin, l'Express et le Point consacrent leur une régionale au futur de Marseille. Les maquettes impressionnent : un petit aperçu ici

La diplomatie décentralisée

M. Guérini était en voyage officiel en fin de semaine dernière en Algérie. Il y a rencontré le Président algérien au cours d'un déjeuner d'Etat organisé en l'honneur de Raul Castro (?!). MM. Guérini et Bouteflika aurait "abordé l’Union pour la Méditerranée (UpM) en toute franchise". M. Guérini a tout juste admis "quelques désaccords". "Je crois que le rôle de l’Algérie est fondamental et nécessaire pour l’avenir de l’UpM" a déclaré le Président du Conseil général, l'UpM est interprétée comme une "véritable chance politique qui doit permettre de dépasser les blocages du processus de Barcelone". Les projets de coopération du Conseil général avec l'Etat algérien devrait porter sur "la définition de la politique de l’habitat, le logement, dans les domaines des transports et de la culture et conforter les relations dans le domaine de la santé.''

mercredi 24 décembre 2008

Le parc national des calanques et le nouvel équilibre politique

A La vidéo postée lors du post précédent semble un peu confuse au Lecteur. Elle mérite donc un peu d'explication.

Au cours du dernier conseil municipal, une discussion a porté sur la création du parc national des calanques. L'ouverture de ce parc est prévu pour 2010 dans les calanques de Marseille, entre Marseille et Cassis, devenant ainsi le premier parc national péri-urbain d'Europe. Il est préparé depuis 1999 par un groupement d’intérêt public (GIP). Doté d'un financement propre, le GIP regroupe des représentants de l'État, des collectivités territoriales, du monde associatif et des propriétaires privés.

Un collectif est par ailleurs créé pour réclamer l'ouverture de ce parc et peser dans les négociations avec les élus locaux. En 1992, par exemple, la Ville de Marseille avait présenté un projet de modification du Plan d'occupation des Sols (POS). Retiré à la suite de la mobilisation du collectif, le nouveau zonage aurait autorisé la construction sur un périmètre initialement prévu pour accueillir le parc national alors que le site est classé depuis 1975 pour la partie terrestre et depuis 1976 pour la partie maritime. En outre, un dispositif législatif est censé protéger l'environnement dans cette zone (citons la Loi Littoral de 1986 et plus récemment la loi relative aux Parcs Nationaux de 2006 qui remplace la loi de 1960).

Pour résumer, on a donc un enjeu environnemental porté par une mobilisation collective de type associatif engagé dans des négociations avec les édiles qui poursuivent des intérêts contradictoires : pour schématiser, protection de l'environnement contre développement économique et aménagement urbain.

Le débat prend un tour politique. Le 15 décembre dernier, nous raconte Le Point, "la majorité du sénateur-maire UMP Jean-Claude Gaudin a approuvé avec des réserves l'avant-projet adopté le 10 octobre par le Groupement d'intérêt public des Calanques de Marseille à Cassis (GIP), portant notamment sur le classement en zone "coeur de parc" de certains espaces déjà urbanisés.". L'opposition enrage et entend faire voter un amendement pour supprimer les réserves. En fait, elle entend mettre la majorité devant une ambiguïté majeure : le sénateur-maire ne serait-il finalement pas purement opposé au parc ? M. Gaundin ne plombe-t-il pas le sujet ? Or, en ces temps de domination normative de l'écologie, il est difficile de paraître opposé à un projet de cet ampleur. Pour se justifier, la majorité évoque des "précautions supplémentaires". En fait, il semblerait que le maire soit sensible aux arguments des habitants des Goudes et de Callelongue qui se sentent menacés par l'initiative.

On entend dans la vidéo, M. Mennucci "exiger" une explication de vote sur le projet afin de montrer l'unité du groupe socialiste (liste Faire Gagner Marseille) face aux hésitations du maire.

Voilà pour le contexte.

Cet épisode montre le nouveau déséquilibre qui semble s'instaurer au sein des mondes politiques marseillais. M. Gaudin dispose de moins en moins de marges de manœuvre face au Conseil général, au Conseil Régional et à la Communauté urbaine détenus par l'opposition municipale. Un partage des tâches semble même se constituer entre leaders de l'opposition résumée comme suit par Rue 89 : "Jean-Noël Guérini passe généralement la première couche. Eugène Caselli, également élu, la seconde. Patrick Mennucci, président du groupe socialiste, assurant pour sa part les finitions." Cette vidéo nous montrerait donc les "finitions". Des finitions qui portent dans la mesure où M. Gaudin se voit contraint (après avoir été qualifié de "despote") non seulement d'accorder à l'opposition l'explication de vote qu'elle souhaitait et le vote sur le projet qui était préalablement refusé par le maire au prétexte que tout le monde était d'accord. En effet, le vote est unanime comme on le voit à la fin. Et M. Mennucci de conclure "voyez c'était pas la peine de s'énerver". Non, en effet. La séquence vise donc à montrer le basculement du lieu du pouvoir communal qui n'est plus municipale. Cependant, il ne s'agit pas de verser dans un institutionnalisme excessif (la configuration des institutions déterminerait des comportements), mais de comprendre comment les rôles des élites politiques locales se trouvent modifier par une situation nouvelle à Marseille : une cohabitation métropolitaine. Le paysage politique marseillais traditionnellement fragmenté se clarifie par une polarisation nette qui remet en question le thème du discours fédérateur avancé depuis la victoire au titre de capitale européenne de la culture.

mardi 23 décembre 2008

Où est l'agora marseillaise ?

athenes-agora-romaine-02.jpg Une comparaison rapide entre les dernières séances du conseil municipal de Marseille et du conseil de la communauté urbaine semblent montrer a priori l'éclatement des configurations politiques locales. Cet échange politique territorialisé de nature conflictuelle contraste avec le mot d'ordre du "jouer collectif" qui inonde les discours politiques depuis la victoire de Marseille-Provence au titre de capitale européenne de la culture en 2013. Ce paradoxe pose la question du siège du pouvoir à Marseille : qui décide ? Comment se construit la décision ? Les réponses à ces questions déterminent directement les conditions de production des stratégies et des politiques locales internationales.

Le conseil municipal est encore dominé par M. Gaudin. On se souvient des films de Michel Samson et de Jean-Louis Comolli, lorsque M. Gaudin, se présentant à la mairie en 1988, déclare : "Maire c'est le plus beau des mandats !". Le même Samson dans son Gouverner Marseille (écrit avec Michel Péraldi) montre dans quelle mesure l'Hôtel de ville est le lieu du pouvoir le plus convoité, le siège suprême de la puissance quand bien même les ressources matérielles de la municipalité sont désormais réduites au profit de la région depuis les lois de la décentralisation de 2003 et de la communauté urbaine depuis la loi Chevènement de 1999. Il semble toutefois que le pouvoir du maire n'a jamais été autant contesté et fragile qu'en cette fin d'année 2008.

"Sous la stabilité, l'effervescence" pour reprendre une formule de Samson/Peraldi. Si M. Gaudin est élu en mars dernier pour un troisième mandat (le plus beau ?), le coup est passé près. M. Guérini fut donné gagnant par les sondages jusque dans l'entre deux tours. Le "découpage" pasquaien a fait le reste. Mais le maire de la ville-mère est désormais le seul de son camp parmi le quadriumvirat qui dirige le territoire marseillais.

Jean-Noël Guérini, le patron des socialistes marseillais, comme il est coutume de le qualifier, dirige le puissant Conseil général (CG) des Bouches du Rhônes.Le budget 2009, "plan de bataille contre la crise", s'élève à 2,215 milliards d’euros (contre 1,653 milliard d'euros pour la mairie). Surtout, il investit les ressources qui lui sont offertes par sa position au CG dans son opposition au conseil municipal. Ainsi M. Guérini a-t-il présenté la semaine dernière un généreux plan de relance pour Marseille dépassant les 500 millions d'euros. Ce "cadeau" offert à M. Gaudin montre moins la générosité politique du Conseil général que la localisation de la puissance économique dans la ville.

Cette stratégie est d'autant plus efficace que M. Guérini n'est pas isolé. A la mairie, il bénéficie du travail de sape de Patrick Menucci. Je vous invite à voir cette vidéo pour s'apercevoir des difficultés auxquelles sont confrontées le maire.

Les socialistes bénéficient également de la majorité au Conseil régional sous la présidence de Michel Vauzelle. M. Vauzelle est récemment intervenu dans la crise sociale qui a perturbé la réouverture de la ligne TER Aix-Marseille pour fustiger la direction de la SNCF.

Enfin, la communauté urbaine est aussi présidée par un socialiste, Eugène Caselli, porté par des circonstances particulièrement confuse. M. Muselier s'en souvient. Mais l'annulation de l'élection de Sylvie Andrieux dans le 7ème secteur (13ème et 14ème arrondissements) risque de perturber l'édifice construit à MPM.

Au final, les analyses classiques sur le système politique marseillais qui font état de la fragmentation du pouvoir semblent particulièrement validées par la situation actuelle. Cette lecture prend le contrepied du discours sur le "jouer collectif" qui a pourtant été interprété comme la clé de la réussite de Marseille-Provence 2013. Toutefois, le multipositionnement des acteurs qui se retrouvent par le jeu du cumul des mandats dans des enceintes différenciées pour discuter de politiques publiques proches - certes avec des compétences parfois différentes - ,s'il brouille les cartes d'interprétation du pouvoir politique local, clarifie paradoxalement la nature des enjeux et du combat politique. Que M. Guérini préside la séance ou le groupe d'opposition, la lutte s'engage sur des termes équivalents. Et M. Gaudin semble de plus en plus isolé.