Lancé officiellement en
octobre dernier, le Centre de Marseille pour l'intégration en Méditerranée
(CMIM) a connu cette semaine une série d'événements qui pourraient marquer une
seconde naissance et un démarrage opérationnel des travaux.
De travaux justement, il est question. Lorsque l'on évoque, à propos du
CMIM, une "refondation de la plate-forme de la Banque mondiale", il
faut se rendre à la Villa Valmer pour constater la déclinaison physique de
cette expression qui se traduit par une profonde rénovation de la vieille
bâtisse du XIXème siècle. Rappelons que la Villa Valmer représente, depuis sa
construction, une synecdoque du capitalisme marseillais. Abritant initialement
la demeure d'un dirigeant d'une entreprise de sucre, davantage négociant
qu'industriel, maîtrisant les outils de la spéculation plus que ceux de
l'innovation, elle fut, jusque dans l'après-guerre, occupée par l'Agence
d'urbanisme de Marseille. Le lieu fut alors le centre opérationnel et
conceptuel de la fabrique de la ville. Symbole du déclassement d'une agence
concurrencée par les orientations étatiques et privées, la Ville y installe
l'École de la Marine marchande, comme une dernière tentative de lier Marseille
au Port dans le contexte de deuil colonial. Alors que le municipalité songeait
à y installer des studios de cinéma, elle décide de la mettre à disposition
d'un Institut de la Banque mondiale au début des années 2000, dans le sillage
d'une stratégie visant à polariser un certain nombre d'institutions
internationales sur le site de la commune. Sur les conditions de transformation
du bureau de la Banque mondiale en CMIM, je renvoie le lecteur à un
billet précédent.
D'octobre 2009 à ce printemps, le CMIM restait en période de gestation. Si,
sur le papier, programmes et partenaires étaient définis, les circuits de
financement restaient à construire, la gouvernance demeurait en suspens
(l'incertitude pesait sur le maintien de 'Marseille' dans la dénomination
officielle) et on commençait à s'interroger sur le contenu opérationnel du
projet. On se demandait en effet si le CMIM allait être une énième agence
d'expertise et de réflexion ou, profitant de la dynamique politique sur la
zone, si elle parviendrait à occuper le champs nettement moins saturé de la
mise en œuvre de projets de développement économique en Méditerranée.
La Région Paca faisait alors savoir qu'elle disposait de son propre projet
d'Agence Méditerranéenne des villes et territoires durables en partenariat avec
l'AFD et la DATAR (délibération
n°10-36 du 8 février 2010). Considérant le CMIM comme une structure de
soutien au policy-thinking (organisation de séminaires, des échanges
et des formations), la Région Paca entend inscrire sa contribution dans le
montage de projets afin de s'implanter sur le marché de l'ingénierie urbaine en
Méditerranéenne (non seulement dans les activités d'infrastructure, mais
également dans le secteur des bureaux d'étude).
Le CMIM, quant à lui, semble davantage un centre tourné vers l'analyse et le
partage d'informations. Un premier indice vient de nous être donné par la
premier résultat concret du CMIM. Il ne s'agit pas d'un projet, mais d'une
brochure (164 p.) appelée "Planifier
et gérer un technopôle en Méditerranée". L'entête est occupée par la Banque
européenne d'investissement, la Banque mondiale, Medibtikar (programme Euromed Innovation et
technologie financé par la Commission européenne et géré par un Consortium basé
au Caire) et la Ville de Marseille. On ne trouve dans le document nulle trace
du CMIM, mais la publication fait l'objet d'une conférence
de presse et est présentée comme la
"première réalisation" du Centre.
Cette conférence de presse est l'occasion d'annoncer la
nomination de Matts Karlson à la tête du CMIM. Ancien Ministre suèdois,
Vice-président de la Banque mondiale et depuis 2007, Directeur du département
Maghreb de la Banque, Karlson précise que le CMIM est "la première
institution de la Banque dévouée seulement à la connaissance". Quelques
phrases plus loin, il fixe les objectifs du Centre : "travailler sur
un programme très concret qui sera évalué dès l’hiver 2011-2012 (...) ;
contribuer à une convergence au sein de la région Méditerranée et apporter des
réponses opérationnelles."
Pourtant, de réponses opérationnelles, il semble que le CMIM se traduise surtout par la mise en place d'une enceinte de discussions et d'échanges. Selon Philippe de Fontaine-Vive, le Vice-président de la BEI impliqué dans le projet, la vocation du Centre serait de devenir “le "réseau des réseaux”, pour poser ensemble avec tous les partenaires les questions et leur trouver des réponses, impulser des synergies, faire en sorte que le CMI devienne une signature, une référence systémique."
Le CMIM, une signature de plus apposée au bas d'une réflexion stratégique plutôt qu'une plateforme opérationnelle d'ingénierie de projets ?

Le site
Cette
bâtisse symbole de la bourgeoisie du XIXème siècle qui surplombe la corniche,
accueille déjà des institutions internationales délocalisées. Rapide tour
d’horizon :