Marseille internationale

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lundi 14 novembre 2011

La création de l’Agence des villes et territoires méditerranéens durables : nouvelle organisation internationale pour Marseille ?

A Après plusieurs années de discussions et d’études, l’Agence française des villes et territoires méditerranéens durables va voir le jour. Une convention constitutive du Groupement d’intérêt public (GIP) est signée le 21 octobre dernier nous apprend Econostrum. À l’origine de ce projet, l’Institut de la Méditerranée et le Conseil régional PACA, d’une part, et la DATAR d’autre part.

L’objectif assigné à cette structure est d’encourager le transfert de compétences en produisant une formation et un support d’ingénierie de projets urbains en Méditerranée. L’idée consiste à créer un dispositif de formation de cadres territoriaux, et d’assistance à l’élaboration de schémas d’aménagement du territoire.

Pour les observateurs de la présence des organisations internationales à Marseille, ces expressions ont un air de déjà vu. Il existe en effet une autre structure qui poursuit le même objectif de « mutualiser les compétences » dans le domaine de « l’ingénierie urbaine » afin de proposer aux « partenaires de l’espace méditerranéen » des « bonnes pratiques » dans la gestion territoriale.

Le Centre de Marseille pour l’intégration en Méditerranée (CMIM) issu de la refondation de la plate-forme de la Banque mondiale et pour lequel nous avons consacré plusieurs billets dans ce blog répondait précisément à cet enjeu. On peut donc se demander quelle est la raison d’être d’une nouvelle structure d’accompagnement des projets urbains en Méditerranée.

Pour répondre à cette question, il faut se souvenir des conditions de naissance du CMIM et en particulier de la main mise de la Banque mondiale sur un projet qui se voulait multi-partenarial. Certes, il intègre la Banque européenne d’investissement, le Plan Bleu, l’AFD et la plupart des institutions locales, mais sur deux points essentiels le pari n’a pas été tenu. Tout d’abord, sur le plan de la gouvernance, alors qu’une promesse d’offrir le poste de Directeur du CMIM avait été promis par la Banque à un non-membre de l’institution de Washington, il a finalement échu à Matts Karlson, pur produit de la maison, au grand dam de la BEI et de l’AFD. Deuxièmement, un rapide aperçu des chefs de file et des partenaires institutionnels des 14 programmes du CMIM montre la domination de la Banque dans leur production. Si « tout le monde est dedans ou presque », le ressenti d’une opération sur laquelle la Banque a la haute main a débouché sur la naissance d’un projet concurrent : la fameuse Agence des villes et territoires méditerranéens durables.

Sur ce point, la construction de l’Agence ne marque pas seulement la contestation du dispositif estampillé Banque mondiale, mais renvoie à des positionnements politiques. Elle montre que l’internationalisation des villes est aussi affaire de compétition partisane.

Au cours de notre enquête sur le CMIM, les fonctionnaires des Affaires internationales et du Conseil régional reconnaissaient les tensions suscitées par l’émergence de leur projet perçu comme concurrent par la Banque mais expliquait que la future agence devait se « lover » dans le CMIM. Malgré ces explications, la future plate-forme vise à repositionner l'institution régionale au centre du dispositif de production et d’exportation de l’expertise. En effet, les témoignages des fonctionnaires territoriaux ont exprimé un sentiment de prise en étau de la collectivité locale entre le marteau étatique et l’enclume Banque mondiale, sur des logiques bureaucratiques qui ne s’accordent pas toujours. La période de négociation du CMIM a ainsi pu laisser le sentiment aux acteurs locaux qu’ils étaient les oubliés de la négociation alors dominée par l’enjeu de la constitution de l’Union pour la Méditerranée.

Par ailleurs, L’une des justifications de la plate-forme PACA-DATAR fournie par le Conseil régional porte sur une contestation technique de l’approche de la Banque mondiale à qui il est reproché de proposer dans le CMIM davantage un support de policy papers, de séminaire, de l’échange d’expériences, de la comparaison, davantage qu’un dispositif d’accompagnement au montage de projets. A contrario, pour la BEI et la Banque mondiale, on reproche au projet Conseil régional-DATAR, l'obsolescence de son approche, montrant ainsi dans quelle mesure les controverses entre les institutions internationales se heurtent à l’épreuve du territoire dans lesquelles elles se déploient. L’approche multi-partenariale et multi-solutions proposée par le CMIM est interprétée par les collectivités locales comme la réponse de la Banque mondiale au manque de moyens financiers dont elle dispose. Pour chaque projet, les institutions partenaires devraient être sollicités pour le financement. Le rejet de la logique du trust fund se retourne contre la Banque accusée par les fonctionnaires du Conseil régional de « ne pas avoir un rond » et de faire de « l’affichage politique ».

Pour la Région, la plate-forme PACA-DATAR se présente comme la dimension technique et montage de projet du dispositif global face à la dimension expertise promue par le CMIM. On mesure l’ambiguïté et les luttes d’interprétation lorsqu’on se rappelle que le CMIM a justement reposé sur la justification d’apports de projets face au Secrétariat conjoint barcelonais réduit à une « usine d’estampillonage ». D’autres indices tendent pourtant à indiquer que ces positionnements combinent non seulement des divergences méthodologiques et techniques, mais également des rivalités politiques qui portent sur la revendication des initiatives de l’internationalisation du territoire. L’ambition de catalyser les ressources techniques des différentes institutions locales, nationales et mondiales se heurtent à la conflictualité politique marseillaise. Cette hypothèse conduit à replacer les dynamiques d’internationalisation des territoires dans leurs contextes politiques locaux. En l’espèce la fragmentation politique est un puissant obstacle à la mutualisation institutionnelle.

À l’origine du projet de Plate-forme des villes et territoires durables en Méditerranée se trouve Michèle Medvedowsky-Marchetti. Experte à la DATAR, elle est l’instigatrice de l’Institut des hautes études de développement et d’aménagement des territoires en Europe (IHEDT) construit sur le modèle de l’Institut des hautes études de la Défense nationale. L’idée est celle d’un think tank réunissant des praticiens qui organise des cycles de formation et produit une expertise sur un domaine spécifique. Par ailleurs, Mme Marchetti est l’épouse d’Alexandre Medvedowsky, tête de liste PS pour l’élection municipale d’Aix-en-Provence en 2008 et soutien politique de Michel Vauzelle. Aussi l’initiative du Conseil régional est-elle regardée comme étant politiquement guidée, d’une part, et méthodologiquement marquée par les pratiques « franco-françaises » de la DATAR d’où elle est issue. Les experts des bailleurs de fonds critiquent sur les deux fronts l’initiative concurrente de la plate-forme PACA-DATAR. D’une part, la techno-structure française ne serait pas adaptée au contexte méditerranéen. La planification aménagiste de la DATAR ne résisterait pas aux structures administratives du Maghreb et du Machrek. D’autre part, l’initiative est stigmatisée, par son sous-entendu politique qui irait à l’encontre de l’ambition affichée de mutualiser les ressources et les compétences des acteurs locaux quand la politisation les discriminerait :

« Derrière ça, il y a une dame qui s’appelle Michèle Medvedowsky-Marchetti qui est l’épouse du challenger de la maire d’Aix, qui a travaillé à la DATAR pendant de nombreuses années. (...). Cette initiative est donc très, très politique. Madame Medvedowsky, c’est le Parti socialiste à Aix. Ce n’est pas étonnant qu’elle soit avec la Région et pas avec le Département et qu’évidemment elle ne soit pas soutenue par la ville. La ville, c’est l’UMP, le Département, c’est Guérini et Guérini, ce n’est pas Vauzelle. » (membre du CMIM, décembre 2010)

L’Agence des villes et territoires méditerranéens durables, une nouvelle organisation internationale ? Peut-être. Elle n’en dévoile pas moins les enjeux politiques de l’internationalisation du territoire.

jeudi 21 octobre 2010

Le CMIM à mi-chemin

A Le 9 octobre 2009 la Banque mondiale et la Banque européenne d’investissement concluaient un protocole d’accord avec la France et cinq pays de la rive Sud de la Méditerranée - Egypte, Jordanie, Liban, Maroc et Tunisie - qui créent le Centre de Marseille pour l’intégration en Méditerranée (CMIM). Un an après sa création et un an avant l’audit de la Banque mondiale qui devra décider de sa pérennisation, l’occasion nous est donnée de revenir sur les activités de cette structure et sa place dans le dispositif international marseillais.

Le CMIM ne sort pas de nulle part. Entre 2004 et 2008, Marseille a accueilli une antenne de la Banque mondiale appelée KNA-MENA. Acronyme barbare qui désigne en fait son objet (Knowledge networks Agency - Agence pour le savoir et la mise en réseau de la connaissance) et sa cible géographique (Middle East and North Africa - Moyen-orient et Afrique du Nord). Il s’agit du bureau méditerranéen du ''World Bank Institut''' (WBI - Institut de la Banque mondiale), c’est-à-dire du volet expertise de la Banque - et non du volet prêt. L’objectif de l’Agence est d’identifier les besoins des pays du Sud de la Méditerranée et d’organiser des formations dans le secteur du renforcement institutionnel (capacity building dans le langage de la Banque).

Dans cette perspective, la ville se porte candidate pour offrir des locaux - la somptueuse bâtisse de la Villa Valmer -et accueille l’Agence de WBI qui y produit une expertise dans les domaines classiques de l’institution : la «bonne gouvernance», la formation des élites administratives et le développement urbain.

C’est ce dernier programme qui va prendre une importance décisive dans l’histoire de la présence de la Banque mondiale à Marseille dans la mesure où les enjeux urbains concentrent une attention croissante de la part des bailleurs de fond internationaux.

Très rapidement cependant l’Antenne est remise en question. Non pas tant par les acteurs locaux qui l’utilisent peu en dehors de l’habituel affichage - Il est certes chic de faire valoir auprès d’investisseurs étrangers la présence d’une organisation internationale, il l’est moins auprès du grand public pour qui la Banque mondiale est encore synonyme de grand méchant de la finance globale. Si la présence de l’Agence KNA-MENA est menacée en 2006-2007, ce n’est pas non plus en raison de la faiblesse de ses retombées en terme de projets - on a vu que ce n’était pas son objet-, mais parce que la Banque faisait face comme de nombreuses organisations internationales - et de nombreux États - à un souci d’économie. La spécificité marseillaise de la Banque mondiale - a pu passer pour une certaine incongruité.

L’échec d’une mission de préfiguration d’un outil plus opérationnel d’intervention sur les enjeux urbains a semblé sonner le glas de cette structure et il a fallu la convergence entre les programmes des Présidents Zoellick (le volet arabe de ses axes stratégiques) Sarkozy (la relance du partenariat euroméditerranéen et la création de l’Union pour la Méditerranée) pour rendre encore plus incongrue la disparition d’un centre de diffusion de l’expertise et de la connaissance dans un espace que l’on disait prioritaire et qui par ailleurs ne coûtait rien à la Banque - locaux mis à disposition, fonctionnaires nationaux détachés.

L’engagement de la Banque européenne d’investissement et de son vice-Président, de plus en plus Marseillais, Philippe de Fontaine-Vive aura fait le reste : le CMIM est créé. Détail mineur, mais révélateur de l’appropriation locale d’un projet international : la ville de Marseille, toujours propriétaire des locaux par ailleurs rénovés, a poussé jusqu’au bout pour que l’appellation conserve la présence de «Marseille». Problème insoluble de la traduction anglaise : essayez donc de dire Center for Mediterranean Integration en casant Marseille dedans. Un compromis est trouvé qui jongle entre les deux appellations.

14 programmes sont définis par le protocole qui portent sur cinq secteurs : développement urbain ; environnement et eau ; transport ; emploi et formation ; et innovation. Au-delà, des policy papers qui seront produits par la structure - 5 sont disponibles sur le site - celle-ci visera à construire une «culture institutionnelle commune», c’est-à-dire qu’elle sera également jugée à la capacité d’organiser le dialogue entre les institutions et les initiatives qui proviennent des acteurs locaux, nationaux ou mondiaux à destination de l’espace méditerranéen.

Ainsi, les 14 programmes sont portés chacun par une institution partenaire : l'Agence Française de Développement (AFD); la Banque Européenne d'Investissement (BEI), la Banque Mondiale, la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC), le Forum Euroméditerranéen des Institutions de Science Economiques (FEMISE), le Plan Bleu, le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD)... Reconnaissant à la fois la fragmentation, la redondance et la compétition entre les instituions et les initiatives, l’ambition du CMIM est d’introduire des process d’apprentissage mutuel entre les elles.

Sur ce plan-là, quelques incertitudes demeurent. La nomination d’un fonctionnaire de la Banque mondiale, Hans Karlson, à la tête du Centre a pu surprendre certains partenaires qui envisageaient une gouvernance plus ouverte. De même le projet de la Région PACA, en partenariat avec la DATAR, d’ouvrir sa propre plateforme de diffusion de l’expertise et de la mise en oeuvre de projets en Méditerranée dans le domaine de l’urbain pose la question de la possibilité d’émergence d’une mutualisation territorialisée des ressources expertes

jeudi 22 avril 2010

La deuxième naissance du CMIM : signature stratégique ou ingénierie de projets ?

A Lancé officiellement en octobre dernier, le Centre de Marseille pour l'intégration en Méditerranée (CMIM) a connu cette semaine une série d'événements qui pourraient marquer une seconde naissance et un démarrage opérationnel des travaux.

De travaux justement, il est question. Lorsque l'on évoque, à propos du CMIM, une "refondation de la plate-forme de la Banque mondiale", il faut se rendre à la Villa Valmer pour constater la déclinaison physique de cette expression qui se traduit par une profonde rénovation de la vieille bâtisse du XIXème siècle. Rappelons que la Villa Valmer représente, depuis sa construction, une synecdoque du capitalisme marseillais. Abritant initialement la demeure d'un dirigeant d'une entreprise de sucre, davantage négociant qu'industriel, maîtrisant les outils de la spéculation plus que ceux de l'innovation, elle fut, jusque dans l'après-guerre, occupée par l'Agence d'urbanisme de Marseille. Le lieu fut alors le centre opérationnel et conceptuel de la fabrique de la ville. Symbole du déclassement d'une agence concurrencée par les orientations étatiques et privées, la Ville y installe l'École de la Marine marchande, comme une dernière tentative de lier Marseille au Port dans le contexte de deuil colonial. Alors que le municipalité songeait à y installer des studios de cinéma, elle décide de la mettre à disposition d'un Institut de la Banque mondiale au début des années 2000, dans le sillage d'une stratégie visant à polariser un certain nombre d'institutions internationales sur le site de la commune. Sur les conditions de transformation du bureau de la Banque mondiale en CMIM, je renvoie le lecteur à un billet précédent.

D'octobre 2009 à ce printemps, le CMIM restait en période de gestation. Si, sur le papier, programmes et partenaires étaient définis, les circuits de financement restaient à construire, la gouvernance demeurait en suspens (l'incertitude pesait sur le maintien de 'Marseille' dans la dénomination officielle) et on commençait à s'interroger sur le contenu opérationnel du projet. On se demandait en effet si le CMIM allait être une énième agence d'expertise et de réflexion ou, profitant de la dynamique politique sur la zone, si elle parviendrait à occuper le champs nettement moins saturé de la mise en œuvre de projets de développement économique en Méditerranée.

La Région Paca faisait alors savoir qu'elle disposait de son propre projet d'Agence Méditerranéenne des villes et territoires durables en partenariat avec l'AFD et la DATAR (délibération n°10-36 du 8 février 2010). Considérant le CMIM comme une structure de soutien au policy-thinking (organisation de séminaires, des échanges et des formations), la Région Paca entend inscrire sa contribution dans le montage de projets afin de s'implanter sur le marché de l'ingénierie urbaine en Méditerranéenne (non seulement dans les activités d'infrastructure, mais également dans le secteur des bureaux d'étude).

Le CMIM, quant à lui, semble davantage un centre tourné vers l'analyse et le partage d'informations. Un premier indice vient de nous être donné par la premier résultat concret du CMIM. Il ne s'agit pas d'un projet, mais d'une brochure (164 p.) appelée "Planifier et gérer un technopôle en Méditerranée". L'entête est occupée par la Banque européenne d'investissement, la Banque mondiale, Medibtikar (programme Euromed Innovation et technologie financé par la Commission européenne et géré par un Consortium basé au Caire) et la Ville de Marseille. On ne trouve dans le document nulle trace du CMIM, mais la publication fait l'objet d'une conférence de presse et est présentée comme la "première réalisation" du Centre.

Cette conférence de presse est l'occasion d'annoncer la nomination de Matts Karlson à la tête du CMIM. Ancien Ministre suèdois, Vice-président de la Banque mondiale et depuis 2007, Directeur du département Maghreb de la Banque, Karlson précise que le CMIM est "la première institution de la Banque dévouée seulement à la connaissance". Quelques phrases plus loin, il fixe les objectifs du Centre : "travailler sur un programme très concret qui sera évalué dès l’hiver 2011-2012 (...) ; contribuer à une convergence au sein de la région Méditerranée et apporter des réponses opérationnelles."

Pourtant, de réponses opérationnelles, il semble que le CMIM se traduise surtout par la mise en place d'une enceinte de discussions et d'échanges. Selon Philippe de Fontaine-Vive, le Vice-président de la BEI impliqué dans le projet, la vocation du Centre serait de devenir “le "réseau des réseaux”, pour poser ensemble avec tous les partenaires les questions et leur trouver des réponses, impulser des synergies, faire en sorte que le CMI devienne une signature, une référence systémique."

Le CMIM, une signature de plus apposée au bas d'une réflexion stratégique plutôt qu'une plateforme opérationnelle d'ingénierie de projets ?

mercredi 30 septembre 2009

Semaine économique de la Méditerranée - édition 2009

A

C'est un peu plus tôt qu'à l'accoutumée que s'ouvrira la troisième édition de la Semaine économique de la Méditerranée (SEM), mercredi prochain.


L'idée ?
Pérenniser des rencontres entre décideurs politiques et économiques des deux rives de la Méditerranée autour de manifestations thématiques. Cette année, trois mots clés ont été retenus pour labelliser le rendez-vous : "business, financement, gouvernance".

L'histoire ?
Regrouper la même semaine des manifestations hétérogènes organisées par différentes institutions. À l'origine, le sommet euro-méditerranéen de l'investissement avait été lancé en 2005. À l'époque, la ville et la région avaient confié à l'hebdomadaire anglais The Economist le soin d'organiser cette rencontre qui a disparu de l'agenda cette année mais a permis aux acteurs de prendre date et de "renforcer la dynamique évènementielle" pour reprendre les termes d'un promoteur.

Les organisateurs ?
Participer à la présentation du territoire comme acteur social collectif. Aux collectivités territoriales - ville, région, communauté urbaine - (à noter que le conseil général n'est que "sponsors" alors que les autres sont "financeurs et organisateurs"), s'adjoignent l'Établissement public Euroméditerranée et le programme européen Invest in Med piloté par le consortium Med Alliance conduit par Anima. Enfin, au titre des "partenaires organisateurs", on note la présence de réseaux de chambres consulaires françaises au Maghreb (CCE, CFCIA, CTFCI) ou de dimension euroméditerranéenne (Ascame), les institutions internationales présentes à Marseille (Banque mondiale, BEI, Commission Med de CGLU, Onudi,), des instituts de conseil et d'expertise (Adeci, Cefim, Cercle des économistes, Club Ambition Top 20, Finances Conseil, Institut de la Méditerranée, le réseau entreprendre Marseille innovation, Ubi France), des agences extérieures à la scène locale (FD intelligence, FT Global Events) ainsi que le média Econostrum. Pour être complet, la Caisse des dépôts, l'association les champs de traverse (qui organise les universités d'été de l'agriculture en Paca), le technopôle Marseille-Provence à Château Gombert et la Cité euroméditerranéenne de la Mode sont également "partenaires organisateurs".

Les enjeux ?
Construire un "Davos" à l'échelle de la Méditerranée, c'est promouvoir le dynamisme économique de cet espace par les échanges économiques. C'est aussi faire exister ce territoire par la mise en réseau d'acteurs ; à ce titre la SEM constitue un espace de socialisation des élites euroméditerranéennes. L'organisation d'un "rendez-vous devenu incontournable", c'est enfin affirmer la centralité de Marseille au sein de cet espace. On retrouve ici les deux facettes de l'internationalisation de la ville : l'exposition avec la mise en scène de la ville comme nœud métropolitain d'échanges transnationaux - fonction d'accueil ; la diffusion de l'expertise et la valorisation des savoir-faire locaux - fonction de projection.

Le programme ?
La SEM commencera mercredi 7 octobre au Palais de la Bourse de Marseille avec les les Rencontres MedBusiness Network. Le réseau MedBusiness Network des institutions consulaires euroméditerranéennes sera officiellement lancé et suivi d'ateliers thématiques (investissement, commerce, agriculture, environnement, industrie, trafic maritime).
Le lendemain, les ateliers reprendront au Palais de la Bourse autour des questions des médias, du textile et de l'accompagnement des entreprises dans leur implantation en Méditerranée. Au Palais du Pharo, la 5ème édition du Colloque Medinov portera sur les enjeux liés aux outils financiers publics et privés, aux lieux d’ancrage tels que les parcs technologiques et les technopôles, ainsi qu'aux modèles d’organisation de croissance (clusters, pôle de compétitivité). Enfin, la ville de Marseille et la BEI organisent le séminaire Medinas consacré aux problématiques urbaines (gestion et réhabilitation des centres historiques).
Vendredi, se tiendra une conférence-débat portant sur l'"attractivité des territoires en Méditerranée" sous l'égide de la Commission Med de CGLU, de l'EPAEM et des collectivités locales.
Le samedi, enfin, les rendez-vous de la Méditerranée clôtureront, comme il en est désormais la tradition, cette semaine. Il s'agit de la grand messe politique de la SEM au cours de laquelle se succéderont à la tribune, les principaux élus du territoire, les responsables des agences d'expertise, Henri Guaino, conseiller spécial du Président Sarkozy est également attendu pour une intervention sur l'Union pour la Méditerranée.

Un bilan de cette riche semaine dans un prochain billet.

mercredi 15 juillet 2009

Le "Centre de Marseille pour l’Intégration en Méditerranée", nouveau venu dans le paysage institutionnel internationalisé marseillais

A Le site Econostrum l’a révélée la semaine dernière, une nouvelle plateforme visant à renforcer la capacité d’expertise du territoire marseillais sera prochainement créé. Le « Centre de Marseille pour l’Intégration en Méditerranée » (CMIM) sera financé par la ville, qui mettra à disposition des locaux, et sera porté par la Banque européenne d’investissement, la Banque mondiale, l’Agence française de développement, le Plan Bleu , et, nouveauté dans le panorama des institutions partenaires du portage de projet de ce type, la Caisse des dépôts et consignations. Cette structure s’appuiera sur un réseau d’expertise économique existant, le Forum Euroméditerranéen des Instituts de Sciences Économiques (FEMISE), composé de centres de recherches économiques chargé de l’analyse économique du Processus de Barcelone et piloté par l’Institut de la Méditerranée. Sa vocation serait d’être un outil d’appui technique et méthodologique supposé favoriser la réalisation de prestation de montage de projets d’appui institutionnel ou de formation en direction de la rive sud de la Méditerranée. Pour plus d'information sur l'acte de naissance du CMIM, ici.

Cette initiative est l’exemple le plus récent de la stratégie de polarisation sur le site de Marseille d’institutions internationales. Le plus souvent agences d’expertise transnationales délocalisées, elles partagent la Méditerranée comme milieu et le rayonnement de l’expertise économique marseillaise comme objectfif. Elle s’inscit ainsi au point d’intersection des dynamiques suivantes :

  • les logiques politiques locales : faire de Marseille une « capitale » du Bassin méditerranée en y attirant des institutions internationales ; le label CMIM conserve le label « Marseille » qu’elle accole au terme de « Centre »
  • les logiques de métropolisation : accroître la capacité d’expertise d’un territoire qui dépasse le site de la commune ;
  • les logiques de la mondialisation : inscrire cette métropole « sur la carte » des flux d’échange (capitaux et ressources liées à l’expertise)
  • les logiques de la diplomatie décentralisée : prendre place dans la dimension projet de l’Union pour la Méditerranée qui poursuit l’objectif d’« intégrer » davantage les économies sud-méditerranéennes.

Au final, avec le CMIM, Marseille gagne en centralité, d’une part, et change d’échelle dans son positionnement géostratégique et dans son rayonnement économique, d’autre part. Il est remarquable de noter que le dispositif sera intégré au sein de la Villa Valmer.

A Cette bâtisse symbole de la bourgeoisie du XIXème siècle qui surplombe la corniche, accueille déjà des institutions internationales délocalisées. Rapide tour d’horizon :

Le Bureau de l’Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI), installé depuis 2004, s’insère dans le réseau des Bureaux de Promotion des Investissements et de la Technologie. L’objectif affiché est "de mobiliser et faciliter les investissements, les transferts de technologies et les partenariats entre les entreprises du sud de la France, vers les pays en développement du bassin méditerranéen".

Le Plan Bleu est le Centre d’activités régionales du Plan d’Action pour la Méditerranée, adopté par le Programme des Nations Unies pour l’Environnement.

La Banque mondiale fait partie du pôle Villa Valmer depuis 2003 et l’implantation de l’agence KNA-MENA à Marseille. Cette initiative a contribué à la création du réseau urbain Europe-MENA chargé d'animer un groupe d'experts travaillant sur des missions d’assistance technique.

Le bureau de l’Organisation internationale des migrations a davantage valeur de symbole et ses moyens limités ne lui permettent pas de jouer un rôle opérationnel majeur mais montre que le marqueur historique n’est pas négligé dans la constitution du réseau d’institutions internationales.

Enfin, la Commission Méditerranée de Cités et gouvernements locaux unis est la dernière arrivée. Mise en place en 2006, elle fonctionne comme une plateforme de concertation entre les élus des trois rives et joue un rôle clé dans l’organisation d’évènements internationaux comme le Forum des Autorités Locales et Régionales de la Méditerranée ou la Semaine économique de la Méditerranée.

Disséminées ailleurs sur le territoire de la ville, des agences d’expertise travaillant sur l’espace méditerranéen contribuent à faire de Marseille un centre d’impulsion et de diffusion du savoir-faire technique, censé irrigué le Bassin. Premièrement, on relève des agences d’expertise françaises implantées à Marseille.

L’Institut de Recherche et de Développement (IRD), ainsi que l’Agence inter-établissements de recherche pour le développement (AIRD) sont délocalisées dans le périmètre d’Euroméditerranée depuis septembre dernier.

Le Centre d’Etudes Financières, Economiques et Bancaires (CEFEB) qui émane de l’Agence Française de Développement (AFD) participe à la formation des cadres territoriaux dans les pays méditerranéens.

UBIFRANCE, l'Agence française pour le développement international des entreprises, établissement public industriel et commercial placé sous la tutelle de Bercy, a installé son pôle Grand Sud à Marseille. Chargée, d’une part, d’accompagner le développement économique des entreprises locales, l’agence tente d’agir sur le volet des échanges avec le sud de la Méditerrané.

Deuxièmement, on peut identifier des réseaux tournés plus directement vers l’espace méditerranéen et ses enjeux. Au côté de l’Institut de la Méditerranée, donc, qui pilote le FEMISE, la ville de Marseille est le siège du Conseil Mondial de l’Eau et le support à la désignation récente de la ville à l’accuile du Sommet mondial de l’Eau en 2012. Nous avons eu l’occasion de revenir au cours d’un précédent billet sur cette victoire qui se situe dans la continuité de l’ambition de capter les ressources expertes liées au thème de l’eau.

L’Institut Méditerranéen de l’Eau est une Organisation internationale Non Gouvernementale dotée d’un statut consultatif auprès du Conseil Economique et Social des Nations Unies. Elle constitue un important réseau d’experts rassemblant les opérateurs institutionnels et techniques dans le domaine de l’eau en Méditerranée. Son objet principal est le développement de la coopération transméditerranéenne entre les collectivités territoriales et les professionnels de l’eau, de l’assainissement et de l’irrigation.

Enfin, le panorama ne serait pas complet si l'on oubliait d'évoquer l’installation à Marseille du réseau ANIMA, plateforme qui dirige le consortium Med Alliance, pilotant la mise en œuvre du programme Invest in Med, financé à 75% par l’Union européenne sur la période 2008-2011, et qui témoigne de l’ancrage territorial des enjeux et des financements communautaires.

Le CMIM est une pierre de plus dans l’édifice visant à faire de Marseille une métropole euroméditerranéenne, c'est-à-dire un centre de diffusion et de commandement sur un espace fortement inégalitaire sur le plan économique et plus précisemment, la formation, l'appui institutionnel, le transfert technologique. L’expertise et la diffusion normative et technique nord-sud constituent le créneau investi massivement par les autorités locales qui entendent s’appuyer sur un dispositif dense associant entreprises, sociétés civiles et organisations internationales. Cette densité présente toutefois le risque de superposer des entités aux terrains et aux objectifs proches et ainsi de constituer un champ de concurrence entre les institutions. L’ère du trop-plein institutionnel sur l’objet vague de « l’expertise économique » succèderait à une absence d’initiatives de ce type sur la zone depuis le ralentissement des effets du Processus de Barcelone. Le problème de la coordination et de la mise en cohérence stratégique - la construction problématique d'un "réseau de réseaux" ou de structures de coordination des "plateformes" - se pose ainsi de front aux autorités locales qui délèguent de plus en plus la maîtrise d’ouvrage à ces institutions. La régulation actionnariale des pouvoirs publics locaux peut certes faire preuve d’efficacité pour articuler autour d’un lieu un nombre conséquent d’expériences, mais la prise de participation dilluée dans des ensembles institutionnels hétérogènes et potentiellement rivaux est un risque imprévisible pour leur portée opérationnelle et leur efficacité sur un terrain forcément encombré.