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Tag - Euroméditerranée

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lundi 20 septembre 2010

Semaine économique de la Méditerranée - nouvelle édition

A Pour la quatrième année consécutive, la Semaine économique de la Méditerranée réunira du 29 novembre au 4 décembre à Marseille, les décideurs économiques des deux rives.

Les thèmes des dernières années consacrées à l’innovation, au financement et à l’entreprise s’inscrivaient dans un contexte favorable de progression des Investissements directs à l’étranger au Maghreb et de relance du partenariat euro-méditerranée. Crise économique oblige et essoufflement de la dynamique UpM contrainte, le programme de cette année est placée sous le signe du développement durable.

Rappelons que la Semaine économique de la Méditerranée est née de l’initiative de l’établissement public Euroméditerranée (EPAEM) et d’ANIMA - association gérant le programme européen Invest In Med - qui souhaitaient donner de la cohérence et de la visibilité à un conglomérat d’événements économiques internationaux organisés à Marseille.

Soutenu et financé par la ville et le Conseil régional, ce rendez-vous participe à la construction de Marseille comme plateforme d’ingénierie économique et financière en Méditerranée. Surtout, elle s’inscrit dans le cadre de la compétition entre les territoires pour devenir le centre d’impulsion de l’expertise dans cet espace en construction. Aussi Barcelone a-t-elle sa propre Semaine économique de la Méditerranée - la Semaine méditerranéenne des leaders économiques.

Dès 2007, autour de 30 partenaires, 22 événements étaient organisés sur différentes sites de la ville. Cette première édition souffrait d’un éparpillement géographique, mais pouvait se vanter d’avoir su convaincre le prestigieux Institut Aspen ou l’hebdomadaire britannique The Economist d’organiser une conférence à côté de petits ateliers consacrés à des enjeux spécifiques.

En 2008, la CCI et le Bureau de représentation marseillais de la Commission européenne rejoignent Anima et l’EAPEM dans le Comité de pilotage de l’organisation et densifient le programme. L’année dernière, enfin, la Communauté urbaine Marseille-Provence-Métropole s’est impliquée davantage. À l’occasion de l’édition 2010, c’est la Commission Méditerranée de CGLU - qui organisait déjà chaque année sa propre rencontre durant la Semaine - qui succède à ANIMA en tant que coordinatrice de l'opération.

Alors que la Semaine était fortement marquée au cours des premières années par l’empreinte politico-institutionnelle, son programme a évolué pour laisser une place croissante aux mondes de l’entreprise (leur présence est passé de 200 participants en 2007 à plus de 500 l’année dernière).

L’une des ambitions de la Semaine économique de la Méditerranée est commune à de multiples initiatives locales internationales : il s’agit de regrouper autour d’une même table responsables politiques et opérateurs économiques du territoire. L’internationalisation des territoires - en l’espèce, dans sa fonction d’accueil des événements internationaux, mais un constat similaire pourrait être adressé dans sa fonction de projection - exerce une pression à la mutualisation des ressources publiques et privées afin qu’elles soient mises au service d’un projet incubateur d’initiatives stratégiques - positionnement, affichage, mais également lancements d’initiatives opérationnelles comme en témoigne le lancement de la plateforme MedBusiness Network autour des chambres de commerce euro-méditerranéennes l’an passé.

L’une des limites à cette invention de l’ambition stratégique à l’échelle du territoire marseillais est sans surprise sa fragmentation politique. L’absence d’un portage politique nuit à la visibilité de l’événement si bien que l’opération reste peu incarnée. Pour y remédier, les organisateurs ont fait appel, au cours des éditions précédentes, à des grands témoins qui suivaient et participaient à plusieurs rencontres de la Semaine et contribuaient à lui donner une unité et une relative cohérence. En 2008, le rôle fut assigné à Pierre Deusy, fonctionnaire de la Commission européenne - DG RELEX - responsable des questions économiques du partenariat euro-méditerranéen. En 2009, Philippe de Fontaine-Vice - vice-Président de la Banque européenne d’investissement - avait rempli cette tâche.
Dans les deux cas, il s’agissait de personnalités extérieures au contexte économique et politique local. Certes, Philippe de Fontaine-Vice n’a pas caché ses ambitions en se présentant sur la liste de Jean Roatta aux dernières élections municipales défait par Patrick Mennuci dans le 1er arrondissement : le score de la majorité municipale dans ce secteur n’a pas permis à Philippe de Fontaine-Vive, 9ème sur la liste, de faire son entrée au conseil municipal.

En 2009, la Semaine s’était choisie pour sous-titre « plateforme opérationnelle pour la Méditerranée » avec comme mot d’ordre « business, gouvernance, financement ». Cette année, on assiste à un retour à la modestie et à l'air du temps avec le slogan « ensemble, pour des projets économiques durables ». Le programme provisoire contient les événements désormais pérennes et dont l’origine précède la création de la Semaine économique : les Rendez-vous économiques de la Méditerranée (6ème édition) et la Rencontre de la Cité Euro-méditerranéenne de la Mode.
On constate l’absence du Colloque Medinnov qui en était à sa cinquième édition l’an dernier et la présence du nouveau venu dans le paysage institutionnel local international marseillais, le Centre de Marseille pour l’intégration en Méditerranée. Il organiserait trois « Rencontres Transports urbains durables» en partenariat avec l’AFD et des «Ateliers stratégiques» avec l’ISI@MED (Initiative Société de l'information pour la Méditerranée) produit du partenariat conclu entre le bureau du PNUD à Genève et feu le bureau de la Banque mondiale à Marseille. Enfin, la thématique développement durable est représenté par les Forum EcoCités de la fin de la Semaine.

Le contenu de ces manifestations reste à définir, mais on sait d’ores et déjà que deux sites sont privilégiés pour leur tenue : comme pour l’année dernier, le Palais du Pharo et le Palais de la Bourse permettront une meilleure polarisation spatiale des événements placés sous le signe de l’économie verte.

vendredi 2 juillet 2010

La fermeture des portes et l’ouverture du débat

A La rénovation du centre-ville de Marseille était à l’ordre du jour du conseil municipal du 21 juin dernier. À la lecture rapide des compte-rendus médiatiques du conseil apparaît quelques contradictions relatives à l’ambiance qui y résidait.

Pour La Provence, « Conseil municipal relativement calme ce matin à Marseille, pour évoquer notamment les marchés de restauration scolaire, le compte administratif ou enccore un projet immobilier à la place du Capitole sur la Canebière. C'est plutôt sur des sujets a priori consensuels ou hors ordre du jour que les piques ont fusé. De la simple vanne au règlement de compte bien senti.» En somme, «une ambiance de cour de récré» comme le titre de l’article l’annonce.

La Marseillaise propose un angle relatif au débat sur «l’accès à l’école des plus jeunes» et revient sur la passe d’armes opposant Samia Ghali et Patrick Mennucci, d’un côté et Danièle Casanova et Jean-Claude Gaudin, de l’autre.

Pour Masactu, dont l’intervention dans le débat public local ne correspond pas avec celles des médias traditionnels, le Conseil municipal aurait été «enflammé» par la question du logement dans le centre-ville.

La question est évidemment aussi ancienne que sujette à polémique. En jeu, la réhabilitation des quartiers du centre-ville soumis aux ambitions des promoteurs immobiliers souhaitant profiter de l’Opération Euroméditerranée pour accroître leurs bénéfices et à celles des élus de la majorité municipale souhaitant attirer des populations nouvelles et des électeurs - la fameuse et non moins introuvable gentrification. Face à eux, des collectifs d’habitants se sont mobilisés, en particulier l’association, recueillant la parole des locataires menacés d’expulsion par des «médiateurs» peu scrupuleux.

Il faut lire l’ouvrage de Jean-Stéphane Borja, Martine Derain et Véronique Manry, il faut écouter le documentaire sonore de création de Caroline Galmo accompagnant cet ouvrage - Attention à la fermeture des portes- transformations urbaines et mobilisation populaire : l’expérience de la rue de la République à Marseille, il faut voir enfin le chapitre du film de Denis Gheerbran - La République Marseille - consacré à la mobilisation contre l’opération de rénovation urbaine, pour saisir - un peu - ce qui se joue dans ces «politiques de déménagement des populations pauvres» (Marsactu), et dans ces révoltes parfois silencieuses, contre la brutalité de la rénovation immobilière.

Au cours de la séance du Conseil municipal, le Président du groupe majoritaire se défend « machine à déménager la population non. Machine à attirer les nouveaux habitants oui.» Avouons que la ligne de démarcation est ténue. En attendant les résultats des mesures annoncées en matière de logement social, l’un des effets les plus visibles de la mobilisation - outre les procès gagnés contre les promoteurs immobiliers dont certaines méthodes ont été invalidés par la justice - fut de donner la parole à cette frange des habitants le plus souvent considérés comme exclus - du débat public, des statistiques, des bureaux de vote, de l’accès aux diplômes et au marché de l’emploi.

lundi 18 janvier 2010

Frémissements sur le front des politiques locales internationales ? Partie 2

Deuxième volet de notre tour d’horizon des récents développements des politiques locales internationales marseillaises qui ne montrent pas que des signes de déblocage.

Euroméditerranée : de nouveaux tournants

A Tout se passe comme si nous ne cessions de décrire le lancement de la matérialisation de l’opération. Pour l’Établissement public, 2010 est une année charnière. Une autre. Au cours de l’année, en effet, un certain nombre de chantiers devraient être entamés et divers équipements livrés.

Citons la salle de spectacle (2 000 places) du Silo ; le Centre régional de la Méditerranée - surnommé par certaines mauvaises langues, la « Villa Vauzélia »; les travaux d’enfouissement de la passerelle sur le J4 et la réalisation de la Place de la Méditerranée qui fera la jonction entre les Docks et l’Euromed Center ; enfin, les désormais consensuelles Terrasses du Ports.

Ajoutons au tableau, l’extension du périmètre d’‘Euromediterranée qui marque autant la pérennisation du projet que la fin d’une phase. À ce titre, un bilan pourrait prochainement être tiré. Or, si le taux de remplissage qui reste satisfaisant et si le nombre de bureaux prévus n’est que légèrement en deça des attentes (360 000 m2 contre 500 000 attendus), il est difficile de mesurer l’impact direct de l’opération en terme de création d’emplois, et d'attractivité économique.

Quant à l’aménagement du territoire, le projet s’est pour l’instant « cantonné » à l’édification d’une grande tour, mais on cherche « l’architecture du quotidien » ou les « espaces publics de proximité » promis par le cahier des charges discursif de l’Établissement public.

La crise, certes, a « impacté », comme les économistes disent, le projet. Toutefois, elle a pu avoir quelques effets bénéfiques pour les pôles secondaires de l’économie-mondiale. Ainsi, certaines entreprises en difficultés se trouvent contraintes de délocaliser leurs sièges hors des grandes places. Marseille peut fournir de base de repli pour ces firmes qui souhaitent bénéficier de loyers moins onéreux.

Reprise des tensions sur le port

A La hantise des VRP d’Euroméditerranée chargés de « vendre » la ville aux investisseurs qui semblait être assoupi a refait surface : la grève sur le port. On se souvent de la tension survenue suite à la décision du groupe espagnol Boluda de retirer sa participation dans l’Union nationale marseillaise, entraînant la liquidation judiciaire de l’entreprise et la fin des activités de réparation navale sur le Port (Photo : S. Pagano / 20 Minutes).

Cette tension s’inscrivait dans le cadre de la réforme des Ports autonomes refusée par la CGT marseillaise jusqu’à la fin de l’été. L’accord signé entre dirigeants de la CGT et le nouveau Grand Port Maritime a pu faire croire, un temps, à la fin des hostilités et le début de la transposition de la nouvelle organisation des activités portuaires dans le bastion marseillais.

Toutefois, la situation sur le port s’est tendu sur un autre front au plein coeur de l’été : la décision protectionniste du gouvernement algérien de taxer les importations sur certain secteurs liés aux activités portuaires a mis à genoux l’économie marseillaise du commerce des engins de travaux publics d’occasion.

Six mois plus tard, alors que l’on croyait le contexte marseillaise isolé, c’est un mouvement national qui va perturber les activités du port. Le 4 janvier dernier, la Fédération nationale des Ports et docks (FNDP) a lancé un mot d’ordre de grève concernant les salariés des Grands Ports Maritimes. Cette grève a été particulièrement suivi, notamment à Marseille où aucune marchandise n’a été déchargée, même si, selon Reuters, « aucune incidence n’a pu être observé sur le trafic pétrolier des bassins de Fos et de Lavera ou sur la circulation des voyageurs ».

Les syndicats protestent contre l’application de la réforme : « alors que 30 000 emplois devaient être créés, nous sommes touchés par le chômage partiel et des départs non remplacés. Sur les investissements promis, nous ne voyons rien venir » a déclaré le secrétaire général de la CGT marseillaise. Cette action spectaculaire, renouvelé le 11 janvier, fait suite aux grèves, plus discrètes, du mois de novembre, mais tend à montrer une radicalisation du mouvement.

2013 : la Poste, premier sponsor

A Hugues de Cibon a-t-il accepté une mission impossible en quittant son poste de Directeur marketing d’Euromediterranée pour rejoindre l’équipe de Bernard Latarjet et convaincre les entreprises de se « mobiliser financièrement » derrière 2013 ? Rappelons qu’il s’agit de trouver 15 à 20 % du financement global (évalué à 98 millions d’euros). Le nouveau Directeur du mécénat et des relations avec le monde économique a imaginé un système permettant un engagement différencié des entreprises dans la Capitale européenne de la culture.

Le premier étage est composé du « Club des entreprises de Marseille-Provence 2013 » dont les membres participent à hauteur de 1 000 euros. Le deuxième regroupe les « Supporters » qui apportent une contribution supérieure. Enfin, les « Partenaires» concernent les donateurs les plus généreux. Cet étage distingue dans l’ordre croissant les « Partenaire projet», « Partenaire grands projets » et «Partenaire officiels ».

Or, l’association a inscrit à son tableau de chasse le premier des Partenaires officiels, happy few des événements culturels de 2013. Le Groupe La Poste, qui devient habitué des Capitales européennes de la culture françaises, puisque déjà présent à Lille en 2004, a déboursé les 1,5 Millions d’euros nécessaires pour faire partie des privilégiés. À la clé, une mise en avant de la marque dans les principaux supports de communication, une présence dans les manifestations et la possibilité d’utiliser le logo dans ses opérations publicitaires.

Pour Jacques Pfister, le Président de l’association et de la Chambre de commerce, cette signature « en annonce d’autres ». Il ne manque plus que l’engagement définitif de François Pinault qui aurait promis au maire de mettre à disposition une partie de ses collections pour mettre 2013 sur les bons rails managériaux. Pour la programmation artistique on attendra encore un peu.

mardi 15 décembre 2009

Bilan des enjeux locaux internationaux (2): Euroméditerranée

A Au début de cette année, nous écrivions ici que "2009 dev(r)ait être une année décisive" pour Euroméditerranée. Nous évoquions les question d'implantation sociale du projet, le commencement des chantiers architecturaux et d'aménagement et la mise en œuvre du programme d'extension.

Sur ces trois dossiers, il semble que l'Établissement Public soit confronté au défi du temps. On n'ignore plus que les grands projets urbains, qui s'imposent comme la norme de la production de la ville, obéissent à des temporalités contradictoires. La vision politique du projet urbain est supposée conférer une cohérence stratégique à un ensemblier de politiques publiques hétérogènes. Le politique ici n'est pas sensé donner seulement du souffle à une opération d'aménagement, mais doit l'inscrire dans une conception partagée de la cité, et qui soit projetable dans le temps. Cependant, les aménageurs ne peuvent négliger le rythme soutenu du calendrier électoral, qui ne coïncide pas avec la temporalité longue de la construction stratégique.

Cette dichotomie est également observable sur le plan de l'opérationnalisation. La contradiction que doit résoudre l'Établissement public est de matérialiser l'opération, c'est-à-dire de la rendre immédiatement visible aux destinataires (habitants, firmes, touristes), tout en mettant en œuvre des programmes aussi ambitieux que chronophages.

On le constate ainsi, ce n'est pas seulement le temps qui pose problème à la production des projets urbains. L'élargissement du système d'acteurs qui marque la nouvelle économie politique des villes - la gouvernance urbaine - redistribue les ressources de l'action collective et complexifie les processus décisionnels. Il serait naïf de considérer l'"rrupition" du marché dans la production des politiques urbaines comme une nouveauté ou un big bang. Néanmoins, il faut prendre la mesure de l'indifférenciation croissante des logiques privés et publiques particulièrement visibles dans les projets urbains en les inscrivant dans des logiques d'acteurs.

L'année 2009 pour Euroméditerranée est particulièrement révélatrice des questions que ces évolutions soulèvent. L'extension du périmètre est l'un de ces exemples. Évoquée il y a quelques billets, intéressons nous ici au Mucem.

Tout au long de l'année, le Mucem a été l'objet de nombreux soubresauts. En janvier, Nicolas Sarkozy annonce qu'il "croit beaucoup" au Musée. Quelques jours plus tard, dans le cadre du Plan de Relance, ses Ministres Patrick Devedjan (relance, justement) et Christine Albanel (culture) se rendent à Marseille pour confirmer l'engagement de l'État et le début du chantier pour juin. Au même moment, on apprend que deux associations locales - le CIQ du 2ème arrondissement et l'association des Jardins Portuaires - ont déposé un recours pour empêcher les travaux. Dans le Ravi de novembre, ils s'expliquent : "c'en sera fini du panorama sur la Méditerranée et des promenades en bord de mer", "on est peiné de s'attaquer à un projet culturel, mais le quartier est asphyxié par la circulation et le manque d'espaces verts". Résultats, le chantier n'a pas commencé en juin, mais en janvier - en effet, jusqu'au 31 décembre la place du J5 accueille le cirque Médrano. La livraison devrait être prévue en mai 2013. Cinq mois après le début des festivités de la Capitale européenne de la culture alors que le musée qui doit être, selon le Ministre, "beaucoup plus qu'un équipement culturel" est supposé "être le lieu-matrice d'une Méditerranée pleinement réconciliée". Il attendra encore un peu.

vendredi 27 novembre 2009

Barcelone, la rivale ?

A On pourrait à l’envi tenter d’objectiver la rivalité entre Barcelone et Marseille, la Catalogne et la Provence, l’Espagne et la France engagées dans une compétition pour l’exercice du leadership institutionnel dans l’espace méditerranéen et dans le contrôle des flux économiques maritimes. On pourrait au contraire montrer les effets performatifs d’une concurrence qui relève davantage du marketing urbain que d’une réalité économique. On pourrait, par ailleurs, tenter de décrire les limites, voire les dangers, des termes d’une compétition territoriale pour les équilibres sociaux internes et son non-sens alors que les territoires sont engagés dans des dynamiques croissantes de coopération. On pourrait enfin signaler la différence entre les échelles d’intervention des deux pôles dûe à des assises politiques et économiques qui n’appartiennent pas aux mêmes unités de grandeur au profit de la capitale catalane.

On préfèrera ici retranscrire la parole des acteurs marseillais qui se déploie sur l’une ou l’autre de ces modes de compréhension de la rivalité barcelonaise pour saisir la portée de cette concurrence.

« Barcelone s’est positionnée sur ce créneau en investissant l’espace culturel. Ici, à Marseille, nous entendons plutôt utiliser le développement économique et l’ingénierie financière en favorisant notamment l’installation dans notre ville d’institutions internationales spécialisées ». (Ville de Marseille, Mission Europe,)

« Marseille avait un peu tourné le dos à la Méditerranée pour se tourner vers l’intérieur et se rapprocher des grands pôles européens et ne pas apparaître comme le mauvais élève. Mais il y a eu une évolution de et les élus se sont rendu compte que la Méditerranée c’est notre champ et qu’elle peut être un atout y compris dans la perspective européenne. C’est là-dessus qu’on peut concurrencer Barcelone même si Barcelone est le premier pôle euro-méditerranéen, elle n’est pas une ville méditerranéenne, il n’y a pas de populations de la rive sud de la Méditerranéenne par exemple. C’est davantage une ville du sud de l’Europe qu’une ville Méditerranéenne qui fasse le lien entre les deux rives. Bien que sa dynamique soit plus importante, Marseille dans son identité est une vraie ville euroméditerranéenne. » (Ville de Marseille, Relations internationales)

« En 1995, l’Etat fait le constat au moment du lancement du Processus de Barcelone que la France avait une carte à jouer sur la Méditerranée. On a vu émerger des villes concurrents sur la Méditerranée, en l’occurrence Barcelone, qui commençait à s’afficher comme un pôle d’interface entre l’Europe et la Méditerranée et qui commençait à attirer des organisations internationales, des grands évènements, des entreprises. Pourtant, les autorités nationales ont commencé à percevoir comme légitime le faire de disposer aussi d’une interface euromediterranéenne. L’Etat se disait, « c’est curieux, j’ai une ville dont l’histoire, la localisation, l’activité s’est construit autour d’échanges avec le bassin méditerranée et malgré tout cette ville n’arrive pas à jouer le rôle que joue Barcelone ». Pourquoi ? » (Établissement public Euroméditerranée)

Quand on demande aux entreprises de différents continents, quels sont les villes qui peuvent prétendre à devenir hub entre l’Europe et la Méditerranée. Forcément, il y a Barcelone qui arrive en tête, mais juste après il y a Marseille. Alors, Ernst a refait une étude plus large où on est position un peu moins dominante. On voit Istanbul et Rome qui sont dans des positions significatives, mais ce qui est important c’est que le leadership de Marseille au niveau français est absolument incontesté. (Établissement public Euroméditerranée)

« Il faut que la ville regarde vers le Sud mais aussi vers l’Europe. À mon avis, c’est cet équilibre qu’il faut trouver. C’est un peu comme les bridges, ces appareils photos numériques qui sont l’intermédiaire entre le réflexe et le petit numérique. On doit trouver un compromis entre l’Europe et la Méditerranée. Parce qu’au fond Barcelone est une ville de la Méditerranée, mais qui n’est tournée que vers l’Europe. Nous, on est quand même plus tournés vers le Sud. L’ambition de cette ville, ce serait d’être cette tête de pont entre les deux rives. » (Chef d’entreprise, animateur du Club Ambition Top 20)

« Au moment du lancement du Processus de Barcelone, en 1995, le grand débat c’était de savoir qui de Marseille ou de Barcelone seraient la capitale de cet espace. Évidemment, on raisonne toujours en terme de capitale. Sachant que, et là c’est le Marseillais qui parle, le fait de se vouloir capitale, prétendre à être capitale montre bien qu’on ne l’est pas et c’est peut être la manifestation d’un complexe d’infériorité par rapport à Paris et d’autres. » (Conseil régional PACA, Mission Europe)

« Capitale est un peu le terme générique qui chapote toutes les ambitions. On l’utilise alternativement pour la culture, l’économie, le tourisme. On veut toujours être capitale de quelque chose et évidemment une capitale de tout. On est arrivé à synthétiser cela en disant « capitale euroméditerranéenne ». Je crois qu’il y a déjà une volonté d’afficher haut l’ambition. Quand on utilise le mot capitale, on est obligé d’obtenir des résultats (…). C’est une espèce de phare qui illumine tout le monde et qui est censé organiser des synergies. Dans le cas de Marseille, J’y vois ce rapport aux autres villes du Bassin méditerranéen. Alors, on pourrait parler de Barcelone, il se trouve aussi quelques capitales réelles, style Athènes. Il a bien fallu se hisser un petit peu au niveau. C’est donc l’idée qu’il y a certaines villes, certaines métropoles sur ce pourtour méditerranéen qui vont compter ou qui peuvent compter ; en se positionnant comme capitale, on se met d’emblée à leur niveau. » (Collaborateur d’élu)

« Les ambitions se définissent au regard des défis que l’on se pose, mais aussi aux concurrents que l’on se crée. Si vous abordez votre ambition politique sous l’angle de la concurrence avec Fos-sur-Mer, pour une métropole comme Marseille, et bien vous ne placez pas la barre très haute et vous n’allez pas faire rêver les gens. Mais sans même les faire rêver, vous n’allez pas mobiliser vos entreprises, votre secteur touristique, tout votre secteur économique. Il y a peu de chances qu’ils se bougent pour ravir la capitale de la pétanque à Aubagne. Si d’emblée vous affirmez « écoutez, nous, notre ambition, c’est d’être au même niveau que Barcelone », ma foi, les paupières se soulèvent un peu. On se dit « tiens, cela change », cela change, effectivement, de la rivalité avec Aix. Et pour placer la barre plus haut, vous changez les lignes politiques parce que d’un coup, en raisonnant comme cela, il y a tout un ensemble de problèmes qui paraissaient abscons et sans intérêt, qui deviennent visibles. De fait vous entrez dans une autre dimension. » (Collaborateur d’élu)

« Notre concurrent, c’est clairement Barcelone, plus que Gênes dont le port a été plombé par les dockers. J’espère que Marseille ne suivra pas le même chemin. Le vrai challenge c’est Barcelone. C’est un challenge qui est loin d’être gagné pour Marseille. Barcelone a des atouts importants, des atouts également concernant le maritime. Et la tradition. Il y a en Espagne, comme en Italie, mais surtout en Espagne, une tradition des grandes villes, de grandes régions. Barcelone, c’est la Catalogne. La région Catalogne par rapport à la région Paca, c’est dix ou quinze fois plus de budget. C’est une autonomie de gestion, de décision, de compétences, que n’ont pas les régions françaises. Et au niveau des villes, c’est la même chose. C’est notre concurrent, notre vrai concurrent et on va mettre du temps pour les rattraper. Les ports sont concurrents. Sur la captation de marchandises, nous sommes concurrents. Qui dit captation de marchandises, dit implantation d’investisseurs, d’acteurs portuaires, d’investisseurs économiques. C’est à nous de gagner des parts de marché. C’est donc un concurrent très, très important. Après, les conséquences s’enchaînent. Vous faites venir des entreprises, donc vous faites venir du monde, donc vous faites venir des gens qui s’y installent, donc vous créez des logements, donc vous faites venir des gens qui paient la taxe foncière et la taxe d’habitation, qui donc enrichissent la ville et c’est le cercle vertueux ou le cercle vicieux en sens inverse. » (Élu local)

« Barcelone a 10 ans d’avance sur tout le monde. Nous nous sommes beaucoup battus, pas contre Barcelone, parce qu’on n’a rien contre Barcelone, mais on trouvait anormal que Barcelone soit la capitale de l’Union pour la Méditerranée, compte tenu de ce qu’était Marseille. Ce n’est pas parce que l’on est Français, mais Marseille est la vraie capitale fédérative de la Méditerranée, du fait de son passé moyen-oriental et du fait de son présent maghrébin. Cela remonte à François Ier, les capitulations, les échelles du Levant, c’est une très vieille histoire et Marseille a joué traditionnellement son rôle. » (Réseau de collectivités locales)

« Barcelone joue sur une rivalité, qui, à mon avis, n’a pas de sens. Barcelone, Capitale de la Catalogne, nous, on n’est pas Capitale de la Provence, on est à part. Ni plus, ni moins. La puissance de l’économie de Barcelone qui équivaut à celle de Paris, n’a rien à voir avec nous. C’est une autre histoire. Mais Barcelone a des craintes. Parce que Barcelone qui s’est développée très tôt et intelligemment, mais a commis des erreurs de développement. Nous, ce qui a été notre faiblesse, le fait que l’on ait tardé, nous a permis de tirer des leçons qui sont profitables. En même temps, je pense qu’on ne peut pas s’inscrire en concurrence. Quand on se compare au foyer fiscal de Barcelone, il nous faudra cinquante ans pour y arriver. Dites-vous que Barcelone, c’est 3 millions d’habitants et 5 millions avec l’agglomération. Marseille c’est 800 000 habitants et 1 million et demi avec l’agglomération. C’est très insuffisant. Et dans le centre de Barcelone, c’est très riche. Après, c’est une autre histoire : sur l’aspect culturel par exemple, il y aurait beaucoup à en dire sur les effets du catalanisme ». (Ancien élu local)

Photo: Palais Pedralbes - Barcelone. Siège du Secrétariat Général de l'Union pour la Méditerranée

mardi 17 novembre 2009

Euroméditerranée sur la voie d’accélération ?

A Opération de requalification urbaine, outil de développement économique, levier de rayonnement international, vitrine de la métropolisation, alibi de la gentrification… Quel que soit le label apposé à Euroméditerranée, le projet semble entrer dans une phase plus opérationnelle.

L’ambiguïté d’une telle opération d’aménagement urbain – qui concerne la plupart des villes industrialo-portuaires selon des modalités très proches – réside dans le décalage entre les formulations stratégiques, d’une part, et les réalisations matérielles, d’autre part.

Les contraintes sur l’action politique

Le politique chargé d’exprimer les ambitions se heurte au moins à trois types de contraintes :

  • celle constituée par les experts, les bureaux d’études et les urbanistes, qui disposent de leur propre agenda et de leurs intérêts ;
  • celle constituée par les hiatus chronologiques entre le temps électoral (les élections municipales en 2014) et le temps du projet (la livraison d’Euroméditerranée étant prévue pour 2030) ; et
  • celle constituée, enfin, par l’environnement économique et institutionnelle, en l’espèce la crise économique et la réforme des collectivités territoriales qui renforcent le climat d’incertitude.

Ces formes non-exhaustives (on pourrait ajouter la fragmentation institutionnelle locale, les résistances de la société locale…) de contraintes pèsent sur la décision politique. Ces lourdeurs ne signifient obligatoirement l’existence de freins à la production des politiques d’aménagement et d’équipement. Elles peuvent se traduire, au contraire, suivant les contextes et les configurations territoriales, par davantage de souplesse et de flexibilité et ainsi par une accélération de la mise en œuvre du projet. Elles conduisent, en tous les cas, à modifier l’intervention du politique, qui doit faire face à une ouverture du système d’acteurs. Son rôle réside dans la coordination d’un réseau qu’il ne pilote pas plus qu’il ne l’anime.

Ces généralités méritent naturellement une attention plus précise sur les évolutions d’un cas particulier – voire une comparaison entre des cas.

À Marseille, les épisodes les plus récents d’Euroméditerranée peuvent fournir ce creuset empirique. Tentons de l’esquisser à partir des derniers éléments d’informations.

L’extension d’Euroméditerranée

Samedi dernier, l’Établissement Public d’Aménagement Euroméditerranée a annoncé le nom du lauréat du concours d’urbanisme portant sur les réalisations au sein du périmètre d’extension. C’est le bureau d’étude de François Leclerc qui a été choisi en fonction des objectifs environnementaux de son projet.

Rappelons que l’extension du périmètre est prévue par un décret du Premier ministre en date du 22 décembre 2007. Elle porte sur 169 hectares délimités par Cap Pinède et les Arnavaux au nord, le village du Canet à l’est et la tour CMA au sud. Il s’agit donc d’une pénétration de l’opération dans les quartiers nord de la ville (jusqu’à l’ancien ruisseau des Aygalades).

Le projet lauréat propose ainsi de repenser l’organisation des voies de communication reliant l’extérieur et le nord de la ville à son centre. L’autoroute A55 serait enfouie sous une corniche qui prolongerait le boulevard de Paris et le chemin de la Madrague-Ville. En outre, un jardin public – « la coulée verte » – serait construit entre le boulevard Ferdinand-de-Lesseps et la rue d’Anthoine.

Euroméditerranée n’étant plus à une contradiction près – à l’image du paradigme du développement durable – 14 hectares en bordure de la corniche devrait accueillir un palais des évènements, un casino cher à Renaud Muselier, un hôtel, des bureaux… d’ici à 2030. Coexisterait des dynamiques de préservation de l’environnement avec des équipements productifs ; ainsi qu’un processus d’éviction des classes populaires du centre vers la périphérie avec une intégration des quartiers défavorisés dans le périmètre du projet.

Le label eco-cité

L’extension semble consister un sensible tournant d’un projet d’abord conçu pour requalifier l’hyper-centre autour de la construction d’un quartier d’affaire. Il est question désormais de bâtir au sein d’Euroméditerranée, une éco-cité, c’est-à-dire d’adapter les objectifs économiques aux impératifs du développement durable, au cœur des quartiers les plus pauvres.

Ce tournant a reçu l’aval des plus hautes autorités de l’État : le 4 novembre dernier, le Ministre de l’Écologie, du Développement durable et de la Mer a décerné le label EcoCité au périmètre d’extension d’Euroméditerranée.

Matérialisation de l’opération

La veille, vendredi, le Président de l’Établissement public, Guy Tessier, a inauguré, en présence du maire le chantier de recul de l’autoroute A7 à la Porte d’Aix. Selon Guy Tessier : « la coupure de l’autoroute A7 constitue véritablement un des projets d’aménagement les plus emblématiques et les plus attendus des marseillaises et des marseillais, tant les enjeux, à l’échelle de la Ville et de son agglomération sont importants. »

L’enjeu sous-jacent est non moins essentiel : 15 ans après le lancement d’Euroméditerranée, il faut montrer aux habitants, aux décideurs économiques et aux autorités nationales, que le projet sort de terre, qu’il existe parce qu’il est visible. Cette visibilité devrait se concrétiser, en 2012, par la suppression de l’autoroute sur 400 mètres pour un montant de 20 millions d'euros (soit 50 000 euros le mètre, si l’on souhaite faire du mauvais esprit).

En fait, le chantier est plus ambitieux puisqu’il s’agit de transformer l’aspect physique et la composition sociale d’un lieu historique de la ville, celui de l’économie de bazar et des marchés informels.

mardi 23 juin 2009

Union pour la Méditerranée, des projets et la guerre

A L'Union pour la Méditerranée (UpM) fêtera les 13 et 14 juillet le premier anniversaire du Sommet de l'Élysée qui a relancé la politique méditerranéenne de l'Union européenne (UE). Il est évidemment tôt pour dresser un bilan, ou même mesurer sa portée. Mais cette année écoulée a contribué à éclaircir les attentes portée dans ce projet politique. À en montrer les facteurs de blocage également.

Dés l'été 2008, l'UpM a du faire face à des blocages politiques et des incertitudes stratégiques. La Commission européenne et certaines chancelleries européennes (en particulier les pays d'Europe centrale et orientale soutenus par Berlin, ainsi que pour des raisons différentes l'Espagne) ont vu d'un mauvais œil la "relève" du Processus de Barcelone. Certains ont interprété le projet, avec raison semble-t-il, comme une volonté de rééquilibrer le centre de gravité stratégique de l'Union vers le sud au dépend des efforts pour ancrer les pays de l'est, fraichement membres, dans la marché commun. D'autres, une initiative purement sarkozyste visant à revendiquer un leadership sur la politique de voisinage de l'UE. Du côté des Suds, la Turquie se montrait septiques quant à l'esprit d'un projet qui semblait surtout offrir à l'opinion publique européenne une alternative à son adhésion. La Libye était le seul pays de la rive sud à ne pas être représenté à son plus haut niveau pour protester contre une logique qui viserait à "disperser les rangs" des pays arabes.

L'UpM pouvait toutefois bénéficier de la bienveillance de l'Égypte, dans la mesure où cette initiative était l'occasion pour elle de consolider son autorité sur un bloc arabe dans les négociations avec les pays européens. Surtout, l'Allemagne s'est laissée finalement convaincre. Après avoir exprimée son "inquiétude" en décembre 2007, accusant Sarkozy de vouloir provoquer des torsions dans le projet européen, Angela Merkel se rallie à l'initiative Sarkozy lors du compromis d'Hanovre en mars 2008 à une condition essentielle qui allait changer l'orientation et la dimension du projet (ainsi que son nom : on passe significativement de l'Union Méditerranéenne à l'Union pour la Méditerranée). Il fallait pour préserver la nature de la construction européenne, que l'UpM ne concerne pas seulement pas les pays méditerranéens de l'UE dans une sorte de coopération renforcée, mais qu'elle fasse participer l'ensemble des pays membres de l'Union.

Ces blocages politiques surmontés, le "réhaussement" de la représentation politique est réalisée à Paris à l'issue des cérémonies du 14 juillet. L'UpM doit faire face un mois après son lancement aux premiers nuages stratégiques. La crise géorgienne qui éclate au début du mois d'août 2008 focalise l'attention et mobilise les énergies du Conseil présidé par la France. En septembre, c'est la crise financière qui fait passer au second plan les projets de développement nord/sud. En novembre, enfin, l'élection de Barack Obama à la Présidence des États-Unis, si elle suscite de nombreux espoirs relatifs à une attitude nouvelle du Département d'État sur les questions méditerranéennes et proche-orientales, active des réflexes d'attentisme qui sont peu propices à la mise en œuvre des nouveaux dispositifs prévus par l'UpM. Enfin, la présidence tchèque qui succède à la France à partir du premier semestre 2009 complique la gouvernance arrêtée à Marseille lors du Conseil des ministres de novembre. À côté dune co-présidence franco-égyptienne, l'UpM doit également compter sur un gouvernement tchèque peu enthousiaste envers la politique méditerranéenne de l'Union.

A Surtout, le 27 décembre 2008, l'armée israélienne déclenche une offensive sur Gaza et bloque, jusqu'à ce jour, toutes nouvelles négociations dans le cadre d'une UpM qui se vantait de réunir autour d'une même table, Israéliens et Palestiniens. Dernier épisode en date, le gouvernement israélien fraîchement élu semble remettre en cause les précédents accords diplomatiques conclus par son prédécesseur.

On touche ici au cœur de l'ambiguïté congénitale de l'UpM : l'affirmation conjointe de la mise en œuvre de projets concrets (low politics) souhaitant outre-passer la négociation décisive sur le conflit israélo-palestinien (high politics). Le problème, c'est que, tout particulièrement dans cette région, le second terme de l'équation détermine le reste. Penchons nous, cependant, un instant sur le "reste" afin de tester l'hypothèse suivante : en l'absence d'un règlement du conflit israélo-palestinien, l'UpM est-elle vouée à l'échec ?

Selon Pierre Beckouche, universitaire et expert au sein de l'IPEMED, la cause du déficit d'intégration et de développement économique de la zone MENA réside dans l'absence d'un système productif autonome et performant en Méditerranée. L'UpM est en effet conçue comme un outil, non de résolution des conflits - on l'a dit - mais comme une série d'instruments économiques et financiers contribuant à la mise en contact des entreprises, des associations et des autorités locales des deux rives dans le but de réaliser des projets de développement économiques sur la rive sud. Laissons de côté un instant, sans la perdre de vue, la nature post-coloniale (au sens littérale, "dispositifs d'après") d'un projet qui repose sur des relations asymétriques poursuivant la convergence normative et économique, pour ne pas dire un alignement conditionné des économies et des sociétés du sud sur celles du nord (les systèmes politiques autoritaires sont préservés afin de garantir la stabilité de ces pays et empêcher une menace terroriste islamiste, d'une part, et l'afflux de migrants, d'autre part).

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La croissance démographique des pays de la zone Med est de 1,5%, la croissance économique de 2%, soit largement supérieur aux taux que l'on connait en Europe. Les fonds Inframed qui sont sensés subventionner les projets d'infrastructure représenteraient 200 milliards d'euros selon la Caisse des dépôts, la Banque européenne d'investissement prévoit un besoin d'apport de plus de 250 milliards d'euros pour "mettre à niveau" les économies du sud. Le Plan Bleu estime à 50 milliards d'euros le coût d'adaptation de ces pays au changement climatique. On le voit, les perspectives de développement pour les pays du sud, et de business pour les entreprises du nord sont considérables et l'UpM a eu le mérite de braquer un projecteur sur ces attentes. Et les études d'Anima montrent, années après années, le formidable potentiel d'attractivité de ces pays du sud, pour les grands projets d'équipement ou pour des initiatives plus modestes de PME. Certes l'investissement direct à l'étranger a fléchi l'année dernière pour atteindre 40 milliards d'euros, soit une baisse de 35% par rapport à l'année précédente, mais comparée aux 3 milliards au début des années 1990, on peut affirmer que la zone a acquis une crédibilité inédite auprès des bailleurs et des porteurs de projets. La recherche de la compétence est désormais un argument avancé pour investir dans la rive sud davantage que celui du coût du travail. Couplé avec la proximité des marchés, la maîtrise des langues, la rive sud semble s'être engagée dans une dynamique positive appuyée par les dispositifs d'incitation économique, de canalisation de l'épargne, de sécurisation des investissements et de coordination politique de l'UpM.

Mais l'instabilité stratégique de la région remet en cause ce bel édifice. La "relève" semble tomber sur les mêmes embûches que son prédécesseur. Pour un avenir identique ?

samedi 21 mars 2009

Livre : "Gouverner la ville par projet" de Gilles Pinson

A Le thème de la gouvernance urbaine a connu un fort engouement académique depuis le milieu des années 1990, en particulier dans le sillage des travaux de Patrick Le Galès. Gilles Pinson inscrit son ouvrage sur les projets de ville dans cette perspective : la transformation et le retour au premier plan des villes européennes, entendues comme des acteurs collectifs, doivent être compris comme les produits de la "redistribution de l'autorité politique entre les niveaux territoriaux et de changement d'échelle des processus de gouvernement des sociétés européennes". L'idée de Pinson, commune aux tenants de la gouvernance urbaine, est d'articuler les échelles de gouvernement avec les formes de l'action publique. En d'autres termes, la description des modulations entre les espaces de la prise de décision permet de comprendre et d'expliquer les mutations de la décision même.

Facteurs exogènes et endogènes du "retour des villes européennes"

Ce livre envisage les transformations de l'État, l'européanisation des politiques locales et les conditions d'entrée des territoires dans les marchés mondiaux, d'une part, les nouveaux rôles politiques des élites locales, l'évolution des agendas urbains et leur impact sur la régulation sociale des espaces locaux, d'autre part, en s'appuyant sur des projets urbains dans 5 villes européennes : Manchester, Turin, Venise, Nantes et... Marseille ! Dans chacun des cas, l'auteur montre que ces deux séries de facteurs poussent les villes à se positionner sur une compétition territoriale. Ce marché des fonctions urbaines pousse les espaces urbains à développer des avantages comparatifs reposant sur un diagnostic partagé de ce que doit être la ville. À ce titre, la démarche de projet n'est pas séparable des réflexions relatives à la fabrication de l'identité des villes. Toutefois, l'analyse de l'entrée des territoires dans les flux d'échanges mondiaux s'accompagne d'une observation fine des transformations du pouvoir dans les villes. L'un des points forts de l'ouvrage est ce dialogue continu entre les explications exogènes et endogènes des démarches de projets et de la transformation de l'action publique locale.

Projets de ville et réseaux d'acteurs locaux

Les projets urbains visent moins pour l'auteur à résoudre des problèmes d'action publique (rénovation urbaine, développement économique, aménagement, construction d'équipements...) que de construire des systèmes d'acteurs capables de se mobiliser et de se coaliser de manière durable et stabilisée. Les projets ne font pas que produire une série de politique publique, ils produisent surtout des interdépendances entre des acteurs publics et privés, nationaux, régionaux et locaux. Le projet sert avant tout à mobiliser et à coordonner. L'une des conséquences de la pluralisation de l'action publique locale est le "décentrement" (une perte de centralité) des acteurs politiques et étatiques dans la définition des processus et du cadrage au profit des élites économiques et des démarches empruntées à la logique marchande. Nous serions passés (pour schématiser à grands traits) d'un modèle vertical et hiérarchique de l'action publique, piloté par l'Etat, à un modèle horizontal et pluraliste, orientée par le marché. La conclusion de l'auteur sur ce point prend à contre-pied le sens commun et une bonne partie des travaux existants. Selon Gille Pinson, cette situation plus confuse, aux acteurs et aux échelles enchâssés dans des dynamiques délibératives diffuses et extra-politiques, ne créent pas mécaniquement l'ingouvernementalité. Au contraire, la gouvernance urbaine peut produire une certaine efficacité politique et démocratique même si l'auteur ne néglige pas la portée souvent élitiste des projets urbains, dont les focales foncière et compétitive se traduisent par une marginalisation des catégories populaires.

Marseille et le contre-exemple Euroméditerranée

L'ouvrage présente 5 études de cas de projets, construits comme des "nouveaux instruments de politique ubaine". Le projet et le cas concret constituent le pivot de l'analyse à travers duquel sont expliqués les changements dans les échelles et les contenus de l'action publique locale. Au fil de la lecture, l'auteur nous propose des encadrés sur chacun des projets et confronte concrètement le cadrage analytique avec le terrain. Or, ce qui frappe dans le cas de Marseille, c'est que le projet Euroméditerranée fait figure de contre-exemple. Sur la conversion du capitalisme local au tournant post-fordiste, sur la mise sur l'agenda politique du projet, sur la réécriture de l'identité locale, sur le dialogue entre méta-projets et projets-opérationnels, sur la valorisation de l'enjeu de la constitution de la société locale en acteur collectif, sur les logiques délibératives, sur les demandes sociales exprimées... Euroméditerraée contraste avec les autres projets (Ile de Nantes, Porto-Marghera à Venise, les candidatures olympiques de Manchester, et le plan stratégique de Torino Internazionale). Cette singularité ne justifie pas une monographie des logiques marseillaises ?

lundi 26 janvier 2009

MUCEM, le recours

A A l'occasion de la visite de la Ministre de la Culture à Marseille vendredi dernier, le maire a souhaité faire le point sur l'avancée des travaux du Musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée (MUCEM). En image ici.
Visiblement énervé, le visage fermé, il ne déplore pas seulement la lenteur avec laquelle le projet a pris forme mais peste également a l'encontre des recours déposés au Tribunal administratif contre le permis de construire. Le commentaire de LCM nous rappelle que cette "embûche administrative" apparaît alors que "le planning a déjà pris du retard, les études techniques vont seulement commencer". Ainsi, les travaux ne devraient pas débuter avant "l'horizon 2010" selon la formule de l'architecte Rudy Ricciotti après la désignation des entrepreneurs. L'échéance étant évidement le deuxième semestre 2012 : personne n'imagine un MUCEM en travaux au moment du lancement des festivités de Marseille-Provence 2013.
Au-delà de la détermination des élus locaux et nationaux, jusqu'au premier d'entre eux, on peut se demander ce qui pousse des personnes à s'opposer à un projet si consensuel. S'agit d'un comité d'intérêt de quartier ? D'initiatives individuelles ? L'attaque contre le MUCEM serait-elle une tentative pour plomber Marseille 2013 ?
Cette obstacle n'est il que purement administratif ou est il le fait d'une mobilisation collective naissante ? L'unanimité qui a accompagné la candidature est elle déjà en train de se fissurer ? Cette pression est exercée sur l'État et les responsables locaux alors que le premier a confirmé son engagement financier malgré la crise. L'État se serait engagé sur une participation à hauteur de 70% des 175 millions d'euros de budget. Celui-ci bénéficiera par ailleurs de 5 millions d"euros supplémentaires grâce au Plan de Relance. Suffisant pour tenir les délais ?

mardi 6 janvier 2009

Enjeux locaux internationaux 2009 (2) : Euroméditerranée

AL'année 2009 devrait être une année décisive pour l'opération d'aménagement urbain et de développement économique Euroméditerranée. Lancé à la fin de l'année 1995, le projet visait "à faire de Marseille une métropole de premier plan au sein de la 'zone de prospérité partagée' décidée par l'Union Européenne et 12 pays méditerranéens dans le cadre du processus de Barcelone". Les objectifs poursuivis par l'Etablissement Public d'Aménagement (EPA), restés jusqu'alors sta(tis)tiques, tendaient à faire d'Euroméditerranée une initiative agrégeant diverses politiques publiques : attirer des populations nouvelles (10 000), créer et réhabiliter des logements (10 000), créer des emplois (20 000), attirer des entreprises par la construction de bureaux, de commerces et d'équipements publics. En clair, des logements et des emplois nouveaux pour transformer un hyper-centre, renouveler le tissu de population et d'entreprises implantées sur le site et ainsi changer l'image de la ville, la rendre plus attractive et "contribuer au rayonnement international de la métropole marseillaise en créant les équipements nécessaires dans le domaine de la culture, de l’économie et de la formation, et en veillant à la qualité urbaine et architecturale des nouveaux quartiers".

Toutefois, les promoteurs de l'opération prennent conscience des difficultés propres à des entreprises qui agissent sur l'existant urbain : des chantiers matériels et sociaux qui n'avancent pas comme prévu, des résistances insoupçonnées à la "modernité". L'EPAEM organise ainsi depuis trois ans des "journées découvertes" : "au menu de ces journées découvertes un parcours d’environ 1h30 avec une visite en bus du périmètre complétée par une présentation autour de la maquette, une exposition au Centre d’Information des Docks, et la diffusion d’un film. Les parcours et commentaires sont assurés par les cadres de l’Etablissement Public". L'année 2009 devrait voir se multiplier cette initiative qui avait trouvé son public (2 000 tickets vendus). Enfin, selon la Marseillaise, "des rencontres avec les acteurs associatifs de ces secteurs socialement et économiquement très fragiles seront entamées dès janvier 2009. Une période de concertation avec les habitants sera engagée à partir de janvier 2010, avant le lancement des travaux de la première ZAC, prévus en 2012."

Outre l'enjeu de l'appropriation populaire de l'opération, Euroméditerranée sera engagée, au cours de l'année, dans l'ouverture ou la livraison de chantiers majeurs. Citons pour l'ouverture, le Musée des Civilisations et de la Méditerranée qui a reçu les crédits suffisants du Ministère de la Culture et dont le titre de Capitale européenne de la culture 2013 a conforté ; le Centre Régional de la Méditerranée dont la maquette architecturale vaut le détour ; la passerelle de l'autoroute du littoral devrait -en fonction des retards- quant à elle être détruite pour céder la place à un tunnel, la Joliette devenant une esplanade ; la Tour CMA-CGM, tête de pont du nouveau waterfront, devrait être livrée à la fin de l'année ; enfin, la gare Saint Charles et ses alentours devraient voir leur rénovation -enfin- achevée.

Au rayon des départs de chantiers, l'année 2009 était prévu comme un accélérateur. On peut se demander cependant dans quelle mesure la crise économique remettra en cause les projets. Selon François Jaliot, directeur général de l'EPAEM, "certains gros paquebots, comme Euromed Center ou la tour Jean Nouvel perdent du temps, notamment à cause des recours déposés sur les permis de construire. Des retards préoccupants, car ils vont entraîner une panne d’offres, préjudiciable à l’emploi." Outre les bâtiments évoqués, les chantiers de SAS Suède (projet Constructa), l'hôpital Euroméditerranée et les logements de lîlot Bernard Dubois risquent de subir des retards.

Enfin, 2009 sera l'occasion de mettre en œuvre le projet d'extension -170 nouveaux hectares délimités au nord par Cap Pinède et les Arnavaux, au sud par le village du Canet et à l’est par Bougainville- décidé à la fin de l'année 2007 par le Premier Ministre. On connaît depuis quelques semaines le nom des cabinets d'urbanistes lauréats. Il s'agit de trois tandems. Le premier est constitué par A/NM/A dirigé par Nicolas Michelon qui a réalisé le quartier de l'Amphithéâtre à Metz ; ce cabinet sera épaulé par Laurent Hodebert, architecte-urbaniste marseillais et par le paysagiste Michel Corajoud (Grand Prix de l'Urbanisme. Grand Prix du Paysage). Le deuxième est constitué par Bruno Fortier et TN+ (Bruno Tanant et Jean-Christophe Nani) qui s'occupent actuellement du réaménagement du zoo de Vincennes. François Leclerq, accompagné par Rémy Marciano et Jacques Sbriglio formeront la troisième équipe (à leur actif, Lyon Confluence II et le Parc de la Reina Cristina à San Sebastian).
En 2009, l'EPAEM disposera d'un budget de 54 M€. Un plan d’investissement quadriennal prévoit, par ailleurs, 240 M€ d’investissements en travaux d’aménagement auxquels s’ajoutent 300 M€ d’équipements publics et 1 Md€ d’investissements privés.

jeudi 18 décembre 2008

Les projets de rénovation urbaine dans les villes portuaires européennes

Un article du Monde dans l'édition d'aujourd'hui tente de nous expliquer Comment Hambourg dessine la ville de demain. Il nous rappelle que "de Londres à Marseille, de Stockholm à Bilbao, de nombreuses villes d'Europe désireuses d'enrayer la spirale du déclin sont parties à la reconquête urbaine de leur zone portuaire historique". L'occasion nous est donnée de revenir brièvement sur quelques projets de rénovation urbaine dans les villes portuaires européennes, ou pourquoi Euroméditerranée n'est pas unique. Si le levier culturel semble être partagé, la nature des financement utilisés varient fortement.

AHambourg : Le projet HafenCity se déploie sur un périmètre de 157 hectares. Il s'agit d'une opération de développement économique et d'aménagement urbain qui s'inscrit dans le coeur historique de la ville au bord de l'Elbe. L'objectif est de construire une ville nouvelle reposant sur des logements, un quartier d'affaire, des commerces, des lieux de culture et de tourisme. Jusqu'ici, tout cela ressemble au projet marseillais. La différence majeure concerne la gouvernance de l'opération. Si Euroméditerranée est un Etablissement Public, HafenCity est géré par une entreprise privée HafenCity Gmbh. Au total, 5 Milliards d'euros d'argent privé seront injectés dans le projet d'ici 2020 contre 1,5 Milliards d'investissements publics. A terme, 12 000 habitants et 40 000 emplois supplémentaires devraient venir s'implanter le long des quais. Enfin, à noter qu'Hambourg se dotera lui aussi d'un grand muséee, l'Internationales Maritimes Museum.

ALiverpool : Avant le lancement en octobre dernier du projet "Liverpool One", la ville au bord de la Mersey n'avait pas subi de rénovation globale. En 2003, l'attribution du label capitale européenne de la culture 2008 a toutefois accéléré une profonde transformation de la ville. On trouve à l'origine le constat partagé par le sens commun à Marseille : déclin économique et démographique, altération de la substance urbaine, paupérisation du centre, dégradation architecturale, augmentation de la criminalité. Le financement des opérations de "régénération" urbaine provient de l'UE (environ 800 millions d'euros) et surtout d'une entreprise privée, Grosvenor (plus d'un milliard d'euros pour les 17 hectares de l'hypercentre). Capitale de la culture oblige, un Musée de l'esclavage et un Palais des Congrès ont ouvert leurs portes.

ABilbao : L'équipement emblématique de la rénovation urbaine de Bilbao est le musée Guggenheim inaugurée il y a onze ans désormais. Ce projet repose sur une reconversion industrielle d'un territoire souffrant dans le début des années 1990 d'un taux de chômage frôlant les 25%. Le musée Guggenheim est l'archétype d'une réussite en matière de transition urbaine. D'une part, l'image de la ville a changé. Physiquement, les architectes les plus réputés (Santiago Calatrava, Frank Gehry ) ont redéssiné la morphologie urbaine. En terme de notoriété, la ville a également vu se transformer les regards portés sur elle. L'impact économique de ces mutations est semble-t-il considérable : tourisme, 1,5 milliards de revenus générés (pour un investissment initial de 150 millions d'euros), création de 45 000 emplois directs. L'ouverture du musée a permis de stimuler le tissu industriel et de redynamiser l'économie locale qui atteint aujourd'hui une masse critique métropolitaine.

ALe Havre : Plus modeste, Le Havre a lancé en 2006 un projet de relance de ses chantiers maritimes, appelé Port 2000. Les travaux ont débuté en 2001 et ont nécessité 1,3 Milliards d'euros d'investissements publics. L'objectif est de parvenir à une augmentation substantielle des capacités d'accueil de conteneurs. L'opérateur marseillais CMA-CGM est le premier à avoir investi le flambant neuf "Terminal de France". La réforme des ports autonomes a semble -t-il quelque peu inquiété les syndicats de dockers dans la mesure où Port 2000 s'inscrit dans la progression de la privatisation des activités portuaires. L'idée sous-jacente de Port 2000 est de regagner des parts de marchés perdus dans la compétition avec les autres ports d'Europe. Le succès de Port 2000 pourrait se traduire par des retombées positives en marière d'emplois (on évoque le modeste chiffre de 2 500). Toutefois, et contrairement aux autres exemples évoqués, Le Havre ne déploie pas une approche intégrée de la rénovation urbaine (même si l'opération entend se montrer respectueuse de l'environnement). Il n'y a pas par exemple la volonté de redessiner le front de mer en faisant appel à des grands architectes. Si la porte Océane restera le monument havrais, il n'existe pas non plus de réflexion visant à doter la ville d'outils culturels métropolitains.

On pourrait poursuivre la liste des villes européennes post-portuaires engagées dans des réflexions stratégiques (Amsterdam, Gênes, Barcelone, Anvers, Rotterdam...). Elles visent à "refaire la ville sur la ville" et à accélérer la métropolisation en s'appuyant sur l'outil portuaire et en jouant sur le levier culturel pour produire des effets cliqués sur le développement économique et l'aménagement urbain. Le problème que ces opérations posent toutes à leur manière est celui des effets sur l'existant. A Marseille (comme ailleurs), le discours sur la modernisation de la Rue de la république ou du quartier de la Joliette (ou des rives de la Mersey etc.) s'accompagne d'opération spéculatives visant à accroître le niveau du foncier. L'objectif poursuivi dans ces villes est d'attirer des investisseurs, de leur offrir un parc immobilier innovant et des services internationalement immobiles. Les intentions de mixité sociale ne résistent pas à ces pratiques et on craint fort de voir les quartiers populaires historiques sur lesquels se greffent les opérations de rénovation urbaine non seulement disparaître ici (et avec eux la mémoire et la culture d'un quartier) mais aussi s'exporter sous une autre forme ailleurs, en périphérie.

mercredi 3 décembre 2008

Le port : des réalités contrastantes

A Alors que les cabinets d'urbanistes ont enfin été désignés dans le cadre de l'extension au nord d'Euroméditerranée, l'actualité du jour, liée au port, offre une mise au point contrastante. Des épiphénomènes contradictoires difficiles à interpréter mis bout à bout mais qui tendent à montrer une incertitude qui pèse sur le territoire portuaire marseillais. Certes les éléments listés ci-dessous ne sont pas d'importances similaires et même parfois anecdotiques mais révèlent certains traits caractéristiques d'une métropole qui se cherche :

- CMA CGM, le 3ème groupe mondial de transport maritime en conteneur, qui a récemment reçu l'autorisation d'exploiter le terminal de conteneurs du port de Tianjin en Chine, a lancé un projet de construction et d’exploitation d’un terminal à conteneurs en eaux profondes dans le port de Xiamen (22ème port mondial pour le trafic de conteneurs). Ce projet qui doit entrer dans une phase d'exploitation d'ici 2 ans a reçu l'aval des autorités chinoises. Cette implantation illusttre la bonne santé du groupe marseillais dirigé par Jacques Saadé.

- Le secrétaire d'Etat aux Transports, Dominique Bussereau, a annoncé ce matin que la France se verra doter d'une Ecole nationale unique de la Marine Marchande (EMM) qui se substituera aux quatres écoles existantes implantées au Havre, Marseille, Nantes et Saint-Malo. L'objectif du Ministre est "d'augmenter le nombre d'officiers de la marine marchande aujourd'hui formés dans l'Hexagone en créant une grande école attractive et reliée à l'Europe, qui réponde aux besoins des armateurs". Ceci n'est cependant pas sans soulever des questions et des inquiétudes : les 4 EMM accueillent au total près de 1 000 élèves officiers mais ne proposent pas toutes des formations identiques. Seules les EMM de Marseille et du Havre dispensent la formation des officiers de 1ère classe de la marine marchande (filière A), les EMM de Saint-Malo et de Nantes assurant la formation des officiers de la filière professionnelle (filière B). Une première annonce de M. Bussereau en avril dernier formulant le voeux de "renationaliser" les écoles de la marine marchande et de réduire à 2 le nombre de sites de formation avait suscité quelques remous ici ou (surtout en Bretagne).

- Une nouvelle encore plus inquiétante concerne la place du port marseillais dans la hiérachie nationale. On apprend en effet que le port de Marseille n'est plus leader sur les trafics Continent-Corse mais est désormais supplanté par Toulon qui totalise 22% du trafic à égalité avec Nice, contre 18% pour le port phocéen. Elle perd la première place qu'elle avait pourtant reconquis en 2007 après deux années de crise. Cette chute s'expliquerait par la perte de compétitivité du principal opérateur, la SNCM, face à Corsica Ferries. Cette nouvelle intervient dans le contexte de la réforme, contestée, de la gouvernance des ports autonomes qui laisserait plus de place au secteur privé et ne risque pas d'apaiser le climat social déjà marqué par une grève de 24h des agents de manutention jeudi dernier tandis que les personnels du terminal pétrolier de Lavera avaient pour leur part décidé d'observer quatre heures d'arrêt de travail en fin de service.

dimanche 30 novembre 2008

Mouvements à 360°

C Cette semaine un regard rapide sur l'actualité marseillaise internationalisée est révélatrice des mouvements à 360° de ces activités.

- mercredi, la défaite de l'OM contre Liverpool précipite l'élimination du club de la plus prestigieuse des compétitions européennes. Toutefois, ce voyage n'est pas perdu pour tout le monde. Le match aura été l'occasion pour certains membres du comité de Marseille Provence 2013 de rencontrer leurs homologues de Liverpool Capitale européenne de la culture 2008. Les liens du réseau Cities on the Edge ont ainsi été réactivés. Pour plus d'infos, ici.

- samedi, 3 équipes d’urbanistes sont désignées pour dessiner l'extension d'Euroméditerranée presqu'un an après le décret du Premier ministre qui prévoit de générer 3,5 milliards d’euros d'investissements publics et privés supplémentaires portant donc à plus de 7 milliards d'euros les investissements sur 183 hectares supplémentaire au nord du périmètre actuel. On attendra le 18 décembre prochain pour connaître le nom des cabinets retenus et le contenu de leur projet.

- le lendemain, le festival de "l'Aïd dans la cité" battra son plein au Dôme sur le thème de "la Méditerranée dans tous ses états". Selon la présentation des organisateurs, ce festival vise " du Maghreb au Liban, en passant par la Turquie, l’Egypte et la Palestine, à déposer avec les vagues un peu de notre identité sur les rives du Lacydon. Certes, l’Histoire ne fut pas avare de confrontations parfois violentes entre peuples de la méditerranée, mais ceux-ci ont été capables de surmonter ce « choc des civilisations » pour produire des rencontres fécondes, comme l'expliquera Yasmina Khadra. Des contes libanais et palestiniens, des ateliers d’intiation à la calligraphie arabe et de musique Arabo Andalouse, de la musique maghrébine viendront alimenter cette croisière rêvée."

Sport, Culture, Méditerranée, Aménagement urbain et développement économique comme mises au points des activités internationales de la ville.