Marseille internationale

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vendredi 28 mai 2010

Le For’UM : l’UpM et Marseille à la relance

A Quelques jours après l’annonce du report du Sommet des chefs d’État et de gouvernement de l’Union pour la Méditerranée (UpM), la co-Présidence franco-égyptienne a réuni, hier, bailleurs de fonds et investisseurs privés à Marseille.

Pour la Cellule de l’Élysée et son patron, Henri Guaino, l’objectif de la manifestation était de montrer la vitalité de l’initiative sur le plan des projets concrets contrastant avec ses blocages politiques. Pour la Chambre de commerce marseillaise (CCIMP), l’opportunité était belle de souligner la centralité de la ville dans les échanges euro-méditerranéens ; une manière de matérialiser les ambitions des élites politiques et des experts selon lesquelles Marseille est sensée jouée le rôle de «plate-forme d’ingénierie financière et technique» de la zone, laissant à Barcelone, celui de vitrine institutionnelle.

Le plateau

Du beau monde s’était déplacé au Palais de la Bourse : des Ministres français et égyptien ; un Commissaire européen et un haut fonctionnaire d’EuropeAid ; le Secrétaire général de l’UpM ; des représentants de la BEI et d’autres bailleurs de fonds publics (AFD, Banque mondiale, OCDE, INGD) et privés ; des représentants du patronat des deux rives ; des experts.

Une journée organisée en deux temps : les grands discours de cadrage le matin vantant le «bilan» (sic) et les perspectives du projet et les ateliers thématiques l’après-midi portant sur les domaines «concrets» de la coopération dans la région (investissement et financement de projets, énergie, transports et développement urbain, eau et environnement, développement économique des entreprises, développement humain et social).

Les discours

Le discours des décideurs politiques et économiques convergeaient sans surprise pour souligner les potentialités d’investissements en Méditerranée et la maintien de son attractivité due à une croissance supérieure de 6 points entre les pays de l’UE (-4,3%) et ceux du Sud (+2,3%). Quid des problèmes politiques (insécurité juridique, conflits frontaliers au Maghreb, blocage au Proche-Orient, incertitudes au Levant) ? «Largement surévalué» selon le MEDEF qui rappelle les bons classements du Maroc, de la Jordanie et de l’Egypte en termes d’audit et de sécurisation des transactions.

Le Ministre français du Commerce édicte la méthode, devenue lieu commun du partenariat euro-méditerranéen post-Barcelone : «nous ne tentons pas d’approche trop politique (souligné par nous), mais essayons de traiter les questions de façon bilatérale» et loue, au passage, l’approche des collectivités locales dans le cas de la gestion du problème lié à la LFC algérienne. Plus précis et plus incisif, Henri Guaino refuse de voir l’UpM «l’otage pour résoudre les problèmes politiques. La politique a été un moyen d’impulsion, elle est également une difficulté à résoudre».

On se souvient alors de la formule de Jean-Claude Gaudin dans sa conception, certes improvisée, de la diplomatie décentralisée :

«Nous ne souhaitons en aucun cas nous substituer aux États, quoi que nous ne ferions pas plus mal» (tenue lors du 1er Forum des Autorités Locales et Régionales, Marseille, 28 mai 2008) ;

et de celle, davantage formalisée, de Michel Vauzelle :

«Je fais de la diplomatie participative quand je dis à l’Etat ‘nous ne nous occupons pas des questions sensibles, nous vous les laissons : Palestine, Israël, Algérie, Sahara… Nous nous occupons des petites choses comme l’eau, les forêts…’ Nous tissons graduellement des liens entre le monde des affaires, les universitaires, les étudiants, les jeunes, les athlètes, les techniciens» (Entretien avec Michel Vauzelle, propos recueilli par Bruno Etienne et Thierry Fabre, La Pensée de midi, 21, avril 2007, pp. 110).

 Les annonces

À entendre les annonces, il semble qu’en attendant les projets et l’ouverture du dialogue politique, les fonds ne manquent pas en Méditerranée.

Alors que la BEI, la Caisse de dépôts et de consignation lancent InfraMed pour financer les projets d’infrastructure (doté de 385 millions d’euros et devant mobiliser 1 milliard d'euros à terme, la BEI, cette fois associée à l’AFD, ont créé un Fonds d’Amorçage de Réalisation et d’Orientation (FARO) destinée à aider les entreprises à s’implanter en Méditerranée (1 million d’euros). Ces initiatives complètent un dispositif composé de la Facilité d’investissement de soutien en Méditerranée (FISEM, 250 millions d’euros), de la Facilité euro-méditerranéenne d’investissement et de partenariat (FEMIP, environ 10 milliard d’euros depuis son lancement en 2002), sans oublier les financements issus des programmes opérationnels européens inscrits dans le cadre de la Politique de Voisinage (IEVP Bassin méditerranée, 173 millions pour la période 2007-2013).

Nonobstant les différences en termes de volume, d’acteurs et d’objectifs de ces fonds, l’addition, forcément trompeuse, de ces financements s’élève à 1,650 milliards d’euros (certes essentiellement dus à la FEMIP). Par ailleurs, gageons que ces financements ne concernent que les bailleurs de fond du Nord et occultent donc les montants investis par les fonds souverains du Golfe.

Ces derniers ne sont pas pour autant oubliés par les promoteurs de l’UpM. Christine Lagarde a ainsi tenté «une approche du Qatar pour un milliard» et Henri Guaino souhaité la bienvenue à tous les financements.

On peut néanmoins supposer que le rapport sur le cofinancement en Méditerranée qui sera prochainement remis par Charles Millaud au Président de la République cherche à structurer ces logiques et à coordonner ces institutions. La proposition de l'ancien Président du directoire des Caisses d'Épargne et de l'actuel adjoint au maire de Marseille chargé des relations économiques internationales, viserait à créer un nouvel établissement au sein duquel la BEI deviendrait l'actionnaire principal et qui serait appeler à exercer les missions de la FEMIP.

Et Marseille ?

Ne se contentant pas d’être les hôtes de la réunion, le réseau informel des experts locaux internationalisés (Institut de la Méditerranée, Anima, CMIM, Euromed Management) a décidé la création - encore une - d’un «Office de coopération économique pour la Méditerranée et les pays du Golfe». Par ailleurs, toujours en marge du For’UM, la CCIM a signé un accord de coopération avec son homologue milanaise.

Le For’UM n’a donc pas été qu’un contre-feux diplomatique à l’échec de la réunion de Barcelone - même si à en croire la Cellule de l’Élysée, le report n’est pas un échec, «bien au contraire» -, il a été l’occasion pour Marseille, c’est-à-dire, les acteurs et les institutions politiques et économiques du territoire, de consolider leur légitimité à intervenir sur ses sujets et à jouer un rôle de facilitateur du dialogue. En somme, d’être cette interface opérationnelle entre les deux rives.

Pour plus d'information sur le For'UM, voir les articles disponibles sur Econostrum.

mardi 13 octobre 2009

Semaine économique de la Méditerranée (4) : les rendez vous de la Méditerranée

A Dernier jour de la troisième édition de la Semaine économique de la Méditerranée avec les traditionnels « Rendez-vous de la Méditerranée » organisée par le Cercle des économistes au Palais du Pharo.

La crise économique en Méditerranée : Cassandre contre la résilience

S’appuyant sur un rapport du FEMISE intitulé « Les pays partenaires méditerranéens face à la crise », les experts de l’Institut de la Méditerranée et de la Banque européenne d’investissement ont mis en garde les représentants des pays du Sud (élus, banquiers centraux, chefs d’entreprise) contre les défis économiques qui les attendent. « Inquiétez-vous, la crise est devant vous » était en substance le message des premiers. « Rassurez-vous, notre pays se porte bien » réconfortaient les seconds s’appuyant sur l’apparente résilience des fondements macro-économiques et sur les chiffres de croissance fournis par la Banque mondiale et oscillant entre 3 et 4 % cette année. Comme le dit un ancien Premier ministre algérien, « on ne vit pas la crise de la même manière ».

Au cœur de l’incompréhension, la nature de la production des richesses au sud de la Méditerranée. Pour schématiser, selon les « experts du Nord », celle-ci est le fait des flux Nord-Sud qui vont se tarir : le transfert d’épargne des travailleurs immigrés au Nord, le tourisme, le commerce et les investissements directs à l’étranger. Ainsi, les économies du sud ne subiraient pas la crise du fait de leur intégration dans les marchés financiers mondiaux, mais par leur dépendance avec l’économie réelle du Nord.

Face à ce constat – on le rappelle retranscrit ici à grands traits et par ailleurs largement nuancé par les acteurs du Sud – l’Institut de la Méditerranée recommande la création d’une zone monétaire commune entre les pays de la rive Sud. L’idée est de mettre en place « des taux de change stabilisés entre les principales monnaies de la région, principalement autour de l’euro », ce qui passe par la mise en place « d’un dispositif institutionnalisé qui permette de faire jouer la solidarité entre banques centrales de la région ». Ce « serpent monétaire » méditerranéen, selon Econostrum, serait accompagné de la création d’une "Banque Méditerranéenne de Développement" sur le modèle de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement, pensée pour favoriser la transition économique des pays d’Europe centrale et orientale au début des années 1990.

L’Union pour la Méditerranée : discours contre la critique

Le deuxième temps fort de la journée était la venue d’Henri Guaino, Conseiller spécial de Nicolas Sarkozy et Président de la Mission interministérielle de l’Union pour la Méditerranée (UpM). On sentait M. Guaino agacé par les critiques qui accompagnent le projet. L’essentiel pour lui est qu’il continue d’exister « malgré tout », c’est-à-dire malgré ce scepticisme et malgré la guerre de Gaza de décembre 2008. Il a rappelé que l’UpM reposait sur le choix de mettre en œuvre une « logique de projets concrets » malgré la « logique de haine et de rancœur ». Tentons de reprendre les critiques traditionnellement formulées et d’analyser, rapidement, les réponses de M. Guaino.

L’UpM ne change rien à Barcelone

Qualifiant le Processus de Barcelone de projet « post-colonial», c’est-à-dire reposant sur une dynamique verticale, d’aide aux anciennes colonies, il a insisté sur la nature multilatérale, co-responsable et concrète de l’UpM contrastant avec les « dîners mondains » des Conférences de Barcelone.

L’UpM n’est pas visible

Constatant le manque de matérialité de l’UpM et le risque de délégitimation du projet aux yeux de l’opinion, il a plaidé sans surprise l’ambition d’un horizon de long terme qu’implique la dépollution de la Méditerranée, le plan solaire ou la conclusion d’une zone de libre échange.

L’UpM n’a pas d’argent

« Question stupide » pour M. Guaino. Le raisonnement approprié devrait être « un raisonnement d’entrepreneur » qui tenterait de définir d’abord les projets avant de s’interroger sur les moyens alloués. Cette réponse faisait écho à une remarque d’un élu du Sud de la Méditerranée, en l’absence de M. Guainon, regrettant le « vide politique » de l’UpM. Par ailleurs, il a rappelé la nécessité de créer des instruments financiers nouveaux, tels que le Fonds Inframed ou le projet de la Banque de la Méditerranée, également évoquée le matin.

L’UpM concerne autant Helsinki que Le Caire

Après avoir rappelé que le projet initial de la France ne devait intégrer que les pays européens riverains de la Méditerranée et qu’il n’avait pas entendu le soutien des pays du Sud à cette bouture de l’UpM au moment du compromis de Hanovre, il a souligné la logique de la « géométrie variable » de l’UpM. Ceux qui veulent travailler sur tel ou tel aspect ou projet le peuvent, les autres ne le font pas, mais ne peuvent bloquer la dynamique, ni récuser la participation d’un autre pays.

L’UpM ne sert à rien dans la crise économique

M. Guaino a saisi l’occasion de la tribune pour fournir son interprétation de la conjoncture mondiale, une « crise économique, écologique et, surtout, une crise des représentations collectives », dans un curieux réquisitoire contre la « mondialisation ». On rappelle qu’en 1987, M. Guaino était chargé de mission à la direction du Trésor et adjoint au secrétaire général du Club de Paris (chargé de renégocier la dette des pays débiteurs, le « Rotary Club », en somme, de l’élite mondialisée) ; qu’il a occupé les fonctions de responsable de la recherche finance au sein du groupe Louis Dreyfus et diverses autres au sein des activités banque d’affaire et de la direction générale de la MAAF ; et qu’il a enfin conseillé Charles Pasqua et Philippe Séguin avant de devenir la plume de Nicolas Sarkozy pendant la campagne présidentielle de 2007.

Converti à l’altermondialisme, donc, M. Guaino estime que le capitalisme, comme toutes formes d’activités humaines, doit être soumis à la morale. Le rôle du politique, dans ce cadre, est de donner une dimension collective, « une morale partagée » aux choix économiques individuels. La seule alternative au « changement ordonné et raisonnable » serait le « changement désordonné et déraisonnable » comparable aux années 1930. Le changement serait devant nous, soit on s’y adapte, soit il s’impose. Et le rôle de la Méditerranée dans ces considérations ? Il serait triple selon M. Guaino. L’UpM participerait à la construction d’un « système de valeur » contrastant avec le modèle dominant actuel du « cynisme » et de « l’appât du gain ». On retrouve ici le thème cher à M. Guaino, celui de la civilisation et de la civilité. (suis-je le seul à avoir entendu « haute culture » ?).

Deuxièmement, l’UpM serait le laboratoire idéal pour construire un nouveau « modèle économique », moteur d’une autre croissance (durable) et du co-développement. Enfin, l’UpM serait le trait d’union, l’espace de l’articulation euro-africaine. Sans l’évoquer directement, M. Guaino devait sans doute faire référence à l’immigration.

L’UpM ne résout pas le conflit israélo-palestinien

Sur l’ambiguïté originelle d’une telle perspective que l’on peut résumer par l’attitude des pays du Sud consistant à dire « on ne peut pas co-construire des projets concrets ensemble car cela donnerait l’impression de normaliser la situation avec Israël », M. Guaino a commencé par balayer cette formule indiquant que cela ne fait que naître des « double-victimes » : il n’y a pas de paix, et il n’y a pas de projets. Il a néanmoins reconnu l’immensité de la tâche de faire vivre des « projets vitaux » en situation de violence politique. L’essentiel pour lui est de faire perdurer le dialogue sur les questions non-stratégiques. Pourtant, à la fin de son discours, il a évoqué la possibilité d’aborder « prochainement » le problème du conflit israélo-palestinien « de face ». Cela signifie-t-il l’organisation d’un prochain Sommet de la Paix patronné par l’UpM ? Aucune question de la salle sur ce point, aucune reprise média. Une évolution à surveiller de près dans les prochains mois.

vendredi 9 octobre 2009

Semaine économique de la Méditerranée (3) : Centre de Marseille pour l'intégration en Méditerranée

A C’est donc aujourd’hui qu’a été officiellement lancé le Centre de Marseille pour l’intégration en Méditerranée (CMIM). La présentation qui en a été faite dans le cadre de la rencontre-débat organisée par CGLU a permis de lever – un peu – le voile sur la nature et les fonctions de cette structure.

Mais de structure il n’en est pas vraiment question. Les discussions ont semble-t-il été âpre entre la ville de Marseille, l’État, par l’intermédiaire de la DIACT et la Banque mondiale. La ville n’aurait pas souhaité voir se constituer une institution nouvelle qui aurait pu échapper à son propre agenda international. La DIACT avait dans ses cartons son propre projet de plateforme internationalisé, s’appuyant sur les ressources de la Caisse des dépôts et de consignation. La Banque, enfin, souhaitait refonder sa plateforme.

C’est dans les termes de cette refondation qu’il faut rechercher l’une des clés d’explication de la naissance du CMIM. « L’institut de la Banque mondiale » de la zone MENA (Middle East and North Africa) est installé à Marseille, sur le site de la Villa Valmer, depuis 2004. Il ne s’agit donc pas d’une antenne de la Banque mondiale, réservée aux capitales des pays du sud, destinataire des aides financières – et des capitales qui ont reçu l’aide du Plan Marshall. Les instituts de la Banque mondiale sont des bases de réflexion stratégique – learning activities dans le vocabulaire de la Banque – qui produisent de l’expertise et ne financent donc pas directement des projets.

En 2007, la question du maintien du bureau marseillais de la Banque s’est posé dans le contexte de crise de légitimité des institutions de Washington et de constat d’échec porté sur le Processus de Barcelone. Il a fallu l’élection à la Présidence de la République française de Nicolas Sarkozy pour changer la donne. Son projet d’Union de pour la Méditerranée, priorité diplomatique de son mandat, a, en effet, incontestablement relancé l’attention des bailleurs sur l’espace méditerranéen – au-delà des divisions qu’il a suscité en Europe et des difficultés auxquels il est confronté aujourd’hui.

C’est dans un cadre institutionnel reformaté en fonction de ce nouveau référentiel que la Banque mondiale a construit l’instrument du CMIM, un « think tank opérationnel », pour reprendre l’oxymore assumé de son directeur, Mats Karlsson. L’idée générale est de construire une plateforme de production d’idées et de financement de projets-cibles reposant sur la connaissance, l’apprentissage, l’innovation et l’intégration des économies des pays de la Méditerranée dans les marchés mondiaux. « Network among Networks », le CMIM a d’ores et déjà défini 5 axes ( urban and spatial development ; sustainable development ; transport and logistics; skills, employment and labor mobility challenges including youth ; et knowledge economy, innovation and technology) et 14 programmes afférents.

La question qui se pose est bien sûr celle de la complémentarité de cette plateforme avec les réseaux existants et de la compatibilité avec les agendas des uns et des autres. Certains se montrent déjà sceptiques dans la portée des financements promis et dans l’efficacité avec laquelle la greffe peut prendre.

Ancrer les économies des pays méditerranéens dans les marchés mondiaux est une cause ancienne et ambitieuse qui se heurte à de nombreux obstacles structurels (l’est-elle même souhaitable pour les sociétés du sud ?), mais intégrer les ambitions des coalitions marseillaises hétéroclites à un projet fédérateur, qui plus est, porté par une institution extérieure au territoire, est un défi d’une toute autre dimension.

jeudi 8 octobre 2009

Semaine économique de la Méditerranée (2) – Medinnov V

A Deuxième journée de la Semaine économique de la Méditerranée (SEM) avec au programme la poursuite des rencontres B2B et des ateliers entreprises (textile, médias, PME) sur les coursives de la Chambre de commerce.

Par ailleurs au Pharo se sont tenues les premières manifestations de l’axe gouvernance de la SEM. Si je n’ai pas pu me rendre au séminaire Médinas 2030 consacré aux « villes de Méditerranée : culture, héritage et modernité » (qui s’inscrit dans le cadre des projets déployés par le tout nouveau Centre de Marseille pour l’intégration en Méditerranée), j’ai pu assister à une partie du colloque Medinnov dont les problématiques ont porté sur les problématiques de l’innovation et les enjeux posés par l’économie de la connaissance en Méditerranée.

Les orateurs qui se sont succédé à la tribune ont exposé l’état d’avancement et les réflexions stratégiques des projets territoriaux liés à l’innovation. Face aux récits vantant les bienfaits des « parcs technologiques », des « réseaux » ou des « pépinières d’entreprises », des « transferts de technologie et incubation », le profane peut être saisi par les effets performatifs de cette « culture commune » militante. Il peut choisir de prendre au sérieux le contenu des discours partagés par les responsables des projets et des départements de développement économique des collectivités locales des deux rives de la Méditerranée. Il peut être confronté dès lors au risque d’être étourdi par les chiffres, les images et l’autosatisfaction des acteurs au point d’en oublier la crise économique et sociale qui frappe les économies urbaines (voir le travail d'Anima relatif à la Carte des investissements en Méditerranée).

À contrario, l’observateur-participant peut interroger par la bande des façades cette « Méditerranée de l’intelligence », pour reprendre le titre du colloque, et questionner la réalité des « nouveaux espaces de production » supposés naître des systèmes productifs locaux reposant sur l’innovation.

Lui apparaît, dès lors, un écrasant et déformant effet de standardisation produit par les présentations de ces « villes-nouvelles », un mode de production de la ville désincarnée, indifférenciée, indifférente aux configurations territoriales et déconnectée de tout ancrage social.

Au son du 4ème mouvement de la 9ème symphonie de Beethoven, qui fait plus penser à Orange Mécanique qu’à l’hymne européen, les parcs technologiques sont projetés sur grand écran. Ou plutôt les maquettes des futurs parcs technologiques. Au nord et au sud, les mêmes bâtiments, blancs, octogonaux, bordés d’arbres (qui « seront plantés en janvier » nous promet-on) et dont on devine « l’éco-performance ». On invite les entreprises (et les touristes) à s’implanter (et à visiter) ces territoires du futur et de l’innovation qui semblent présenter l’avantage de ne pas être habité.

Les offres sont « benchmarkés » sur des modèles virtuels, les services normés au sein de paysage sortis d’un pastiche de Blade Runner made in Hollywood-Sillcon Valley. Un Blade Runner inversé, une City of Quartz enchanté.

La culture, quand elle est évoquée, est un outil de promotion de cette économie de la lisibilité qui vise en premier lieu à « sortir de lot », un lot composé d’objets urbains semblables, mais engagés dans une féroce compétition.

Ces pôles urbains (urbs) IT évidés de leurs substance politique (civitas) pourrait être le reflet d’un capitalisme financier que l’on croyait à bout de souffle. Comme le Paris haussmanien décrit par Zola dans La Curée était le reflet du capitalisme industriel.

mercredi 7 octobre 2009

Semaine économique de la Méditerranée - lancement de Med Business Network

a C'est donc aujourd'hui qu'a débuté la troisième édition de la Semaine économique de la Méditerranée (SEM). Chefs d'entreprises et experts du milieu euro-méditerranéen se sont retrouvés ce matin à la Chambre de commerce et d'industrie de Marseille-Provence (CCIMP).

Med Village et B2B

L'idée des organisateurs de la SEM de créer un espace de rencontres entre ces décideurs se concrétise dans la mise à disposition au premier étage de salles consacrées aux rendez-vous entre partenaires. À l'accueil, un dossier est remis aux participants dans lequel est consigné les quelques 200 entreprises présentes. Sur les tables, des numéros qui correspondent à ces entreprises facilitent le repérage. On parle affaires, "contrats", "investissements directs étrangers", "cadres législatifs" ; on s'échange aussi les dernières nouvelles de la famille et des amis. Visiblement, on se connaît, mais on apprécie les facilités avec lesquelles on peut se rencontrer dans une unité de lieu et de temps.

Dans les couloirs attenants, le Med Village aligne les uns après les autres les partenaires-organisateurs de l'évènement. Des plaquettes de présentation sont mises à disposition. Des discussions peuvent s'engager avec les responsables, présentations powerpoint à l'appui. Bref, la SEM, c'est du Business To Business (B2B pour les initiés) et de la socialisation d'élites.

Les Atelier d'affaire

Au total, dans la journée, huit ateliers sont organisés dans les différentes salles du Palais de la Bourse : exploration des réseaux commerciaux transméditerranéens ; lutte contre le changement climatique ; l'export face au changement du cadre législatif algérien ; la Commission UpM du commerce extérieur français ; le partenariat d'entreprises Paca/Maghreb dans les secteurs de l'environnement et de l'énergie ; la mobilité du travail dans l'espace euromediterranéen ; les opportunités d'affaire en Tunisie ; et le trafic maritime en Méditerranée.

Ces réunions organisées par des institutions différentes (Top 20, CCI et réseaux de CCI, association Champs de Traverse, ONUDI, Invest in Med, Adeci, Ubifrance...) visent à renforcer la connaissance entre les acteurs et les contextes locaux pour créer de la confiance et ainsi favoriser les affaires dans un espace partagé.

Lancement de Med Business Network

C'est également cet esprit qui a présidé à la réunion de lancement de Med Business Network (MBN). Louis Allocio, vice-président de la CCIMP, assisté de Bernard Digoit, président de la Chambre française de commerce et d'industrie au Maroc, Foued Lakhoua, président de la Chambre tuniso-fraçaise de commerce et d'industrie, et jean-François Heugas, président de la Chambre française de commerce et d'industrie en Algérie ont présenté les grandes lignes de cette initiative.

Pour Marseille, le MBN vise à accompagner les entreprises locales dans leurs stratégies d'implantation des marchés du sud de la Méditerranée et à créer ainsi les conditions pour dynamiser les échanges commerciaux et industriels Nord / Sud, Sud / Nord et Sud / Sud. Surtout, il s'agit de susciter des synergies parmi des efforts éparpillés.

La volonté de coordonner des réseaux existants autour de logiques mutualistes rythmera, comme nous le verrons dans les prochains jours avec le CMIM, les discours des acteurs de cette édition de la SEM. La multiplication de ces efforts de coordination brouille, de ce fait, les ambitions initiales des uns et des autres. Et si ces "plateformes" ou autres "réseaux de réseaux" ne se situent pas exactement sur les mêmes champs, cette profusion d'agences coordinatrices ne contribue pas à clarifier les logiques d'internationalisation des acteurs économiques locaux. Les réseaux mis en place supposés clarifier et rendre plus lisibles l'espace méditerranéen intensifient la compétition entre les acteurs et les processus.

On peut se demander si cette concurrence permettra effectivement une relance des échanges dans un contexte de crise (thème qui sera au cœur des discussions ce samedi lors des Rendez-vous de la Méditerranée).

mardi 22 septembre 2009

Quand une loi de finances complémentaire algérienne inquiète les élus locaux

A Une récente décision du gouvernement algérien relative à l'organisation du trafic portuaire provoque des effets en chaîne sur l'économie méditerranéenne. L'observation de ce phénomène classique est l'occasion de revenir sur la nature des interdépendances entre les acteurs d'un système de plus en plus intégré.

1er étape : une loi adoptée en Algérie

Le 22 juillet dernier le gouvernement algérien adopte une loi de finances complémentaire (LFC). Effet direct du partage de l'espace méditerranéen, cette loi a des répercussions sur l'économie locale marseillaise. Selon le cabinet de conseil[ Francis Lefebvre, la LFC "reflète la volonté de favoriser le développement des industries locales en reconduisant les mesures d’aide à l’emploi et aux PME mais surtout en leur donnant un avantage relatif par rapport aux importations". Dans les faits, ces dispositions durcissent les modalités d'importation des marchandises (en particulier en imposant le très contraignant "crédit documentaire" comme moyen de paiement) et interdit de faire entrer des engins de travaux publics d'occasion.

2ème étape : les entreprises locales se mobilisent

L'Union Maritime et Fluviale Marseille-Fos saisit dès le 25 août le secrétaire d’Etat au Commerce extérieur, Anne-Marie Idrac, sur la menace que représente ce nouveau dispositif sur le dynamisme du port. Rappelons ici, que les chiffres d'août montre un recul de 13% du trafic du Grand port maritime par rapport à 2008. L'UMF, le Medef des entreprises portuaires locales, informe le Ministre qu' "avec plus de 8 millions de tonnes par an (hydrocarbures inclus), 10% du trafic total du port de Marseille-Fos repose sur les échanges avec l’Algérie (...) Dans les bassins Est de Marseille, 35 à 40 % des trafics sont destinés à l'Algérie (...) Ces mesures menacent directement l'activité dans les bassins Est de nombre de nos adhérents dont le chiffre d'affaires est pour certains à 75 % généré par les exportations sur l'Algérie. La lettre s'achève par un appel à "la France, 2ème partenaire mondial de l’Algérie, (pour qu'elle) entame des négociations pour que soient trouvées des solutions intermédiaires à ces mesures radicales qui pénalisent l’Algérie comme la France".

Selon l'UMF, ce n'est pas moins de quatre-cinquième du trafic qui serait menacé. Dans un milieu partagé par des acteurs interdépendants, on craint cet "avantage relatif", et on y voit surtout les signes d'un protectionnisme forcément dévastateur pour l'équilibre du système ailleurs en Méditerranée.

3ème étape : les élus prennent position

Le premier adjoint de M. Gaudin, Roland Blum, est le premier à monter au créneau et à mobiliser ce type d'argument : "C'est un sujet de forte inquiétude, la loi de finances algérienne étant assez inquiétante et pouvant avoir des répercussions importantes sur le trafic portuaire". Et M. Blum de dénoncer un "retour significatif à une politique de protectionnisme": "On ne peut pas, avec un pays avec lequel nous avons des relations aussi importantes, être dans une attitude de repli, nous avons besoin de relations d'ouverture".

4ème étape : la mission diplomatique décentralisée

Suite à cette déclaration, le premier adjoint envisage de se rendre à Alger le 20 octobre afin de négocier avec les opérateurs locaux et les élus algériens.

Cet épisode, s'il n'est pas révélateur de phénomènes nouveaux, illustre la recomposition du Bassin méditerranéen comme milieu, au sens biologique, c'est à dire comme un espace traversé par une dynamique d’interdépendances et de rencontres entre des représentations, des intérêts et des ressources permettant le maintien et la reproduction du système. Le champ d'intervention des élus locaux n'est plus limité au système purement local, mais envisage le dialogue et l'initiative dans un espace transantional élargi. Enfin, la chaîne de réaction montre l'indifférenciation croissante des logiques public / privé, dans la mesure, où le politique intervient en appui des intérêts privés dans la défense de l'outil portuaire marseillais.

jeudi 10 septembre 2009

L'utilité économique de l'action culturelle

A En cette rentrée si calme que les blogueurs ont bien du mal à trouver un sujet de rentrée, on trouve dans le journal la Marseillaise un article relatant le succès de la saison touristique dans la région aixoise.

Ce qui a attiré notre attention, ce sont ces propos tenus par Michel Fraisset (directeur de l’Atelier Cézanne et adjoint de direction de l’Office du Tourisme d’Aix-en-Provence) :

"Les choses sont claires désormais. Sans sa nouvelle dimension culturelle, et j’entends par là sa programmation contemporaine ou moderne et pas seulement son patrimoine historique, une ville comme Aix-en-Provence aurait du mal à s’imposer touristiquement face aux grandes destinations balnéaires et aux nouvelles destinations nature. En fait la crise économique née de l’annulation des festivals lors de la grève des intermittents du spectacle aura provoqué un choc salutaire auprès des commerçants, des hôteliers et d’une façon général de tous les professionnels du tourisme. Ils venaient de toucher du doigt l’importance économique de l’action culturelle. Depuis les grandes expositions et les grands festivals ont fait la preuve éclatante de leur utilité en terme d’activité, d’emploi, de retombées économiques directes et indirectes. Personne ne peut plus alléguer que la culture c’est peu ou pas grand chose comme certains commerçants et hôteliers ont pu oser le dire il y a quelques années."

Trois éléments très importants relatifs aux rapports entre la culture et la production de la ville et qui montrent plus précisément l'usage purement économique et néo-managérial des politiques culturelles :

  • Le premier terme - en gras - renvoie à la culture comme levier de positionnement concurrentiel. Les politiques culturelles seraient désormais pensées comme un outil au service de la compétitivité des territoires en renforçant leur attractivité pour les visiteurs (touristes ou investisseurs).
  • Deuxièmement, la culture est désormais appréhendée par le politique comme une variable d'utilitarisme économique. On jauge la qualité d'un évènement culturelle à la performance économique induite ("les retombées").
  • Troisièmement, enfin, la focalisation néo-managériale de la culture contribue à désamorcer les oppositions. Elle produit du consensus. La culture ne divise plus, non pas tant pour des raisons esthétiques (les vieilles querelles artistiques) que pour des raisons de performance économique ("si l'expo crée de l'emploi, alors...").

On pouvait, de ce fait, attendre autre chose de la part des journalistes de la Marseillaise que ce commentaire conclusif : "La réflexion du très passionné directeur de l’Atelier Cézanne est d’autant plus pertinente qu’elle s’accompagne d’une bonne dose d’impertinence. Aix-en-Provence, comme d’autre grandes cités culturelles du Sud, se doit désormais d’intégrer économiquement le fait culturel.''...

Au final, la culture est effectivement devenue une dimension cruciale de l'action locale, dans la mesure où, en l'absence d'une loi de décentralisation des politiques culturelles, il s'agit pratiquement du seul domaine de compétence qui reste dans le giron communal. Elle serait ainsi un moyen pour le personnel politique d'affirmer des positions fragilisées par la construction intercommunale. Pour les élites économiques, la culture est essentielle, non seulement, comme on l'a rappelé, pour promouvoir un territoire et améliorer ses résultats économiques, mais également comme champ de socialisation et de légitimation. Les dispositions législatives encourageant le mécénat se multiplient et accompagnent le mouvement d'élitisation par la culture. À l'ombre des projets culturels d'envergure, on trouve un financier ou un chef d'entreprise. François Pinault n'a-t-il pas déjeuner avec Jean-Claude Gaudin, lui promettant de lui prêter ses collections d'art moderne en 2013 ?

Photo : Montage réalisée à partir d'une photographie réalisée pendant la soirée Mécènes du Sud intitulée, Le Château n'a rien perdu de son charme, ni le jardin de son éclat au Château Ricard le 25 juin 2008 et agitée par La Zouze-compagnie Christophe Haleb.

mercredi 15 juillet 2009

Le "Centre de Marseille pour l’Intégration en Méditerranée", nouveau venu dans le paysage institutionnel internationalisé marseillais

A Le site Econostrum l’a révélée la semaine dernière, une nouvelle plateforme visant à renforcer la capacité d’expertise du territoire marseillais sera prochainement créé. Le « Centre de Marseille pour l’Intégration en Méditerranée » (CMIM) sera financé par la ville, qui mettra à disposition des locaux, et sera porté par la Banque européenne d’investissement, la Banque mondiale, l’Agence française de développement, le Plan Bleu , et, nouveauté dans le panorama des institutions partenaires du portage de projet de ce type, la Caisse des dépôts et consignations. Cette structure s’appuiera sur un réseau d’expertise économique existant, le Forum Euroméditerranéen des Instituts de Sciences Économiques (FEMISE), composé de centres de recherches économiques chargé de l’analyse économique du Processus de Barcelone et piloté par l’Institut de la Méditerranée. Sa vocation serait d’être un outil d’appui technique et méthodologique supposé favoriser la réalisation de prestation de montage de projets d’appui institutionnel ou de formation en direction de la rive sud de la Méditerranée. Pour plus d'information sur l'acte de naissance du CMIM, ici.

Cette initiative est l’exemple le plus récent de la stratégie de polarisation sur le site de Marseille d’institutions internationales. Le plus souvent agences d’expertise transnationales délocalisées, elles partagent la Méditerranée comme milieu et le rayonnement de l’expertise économique marseillaise comme objectfif. Elle s’inscit ainsi au point d’intersection des dynamiques suivantes :

  • les logiques politiques locales : faire de Marseille une « capitale » du Bassin méditerranée en y attirant des institutions internationales ; le label CMIM conserve le label « Marseille » qu’elle accole au terme de « Centre »
  • les logiques de métropolisation : accroître la capacité d’expertise d’un territoire qui dépasse le site de la commune ;
  • les logiques de la mondialisation : inscrire cette métropole « sur la carte » des flux d’échange (capitaux et ressources liées à l’expertise)
  • les logiques de la diplomatie décentralisée : prendre place dans la dimension projet de l’Union pour la Méditerranée qui poursuit l’objectif d’« intégrer » davantage les économies sud-méditerranéennes.

Au final, avec le CMIM, Marseille gagne en centralité, d’une part, et change d’échelle dans son positionnement géostratégique et dans son rayonnement économique, d’autre part. Il est remarquable de noter que le dispositif sera intégré au sein de la Villa Valmer.

A Cette bâtisse symbole de la bourgeoisie du XIXème siècle qui surplombe la corniche, accueille déjà des institutions internationales délocalisées. Rapide tour d’horizon :

Le Bureau de l’Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI), installé depuis 2004, s’insère dans le réseau des Bureaux de Promotion des Investissements et de la Technologie. L’objectif affiché est "de mobiliser et faciliter les investissements, les transferts de technologies et les partenariats entre les entreprises du sud de la France, vers les pays en développement du bassin méditerranéen".

Le Plan Bleu est le Centre d’activités régionales du Plan d’Action pour la Méditerranée, adopté par le Programme des Nations Unies pour l’Environnement.

La Banque mondiale fait partie du pôle Villa Valmer depuis 2003 et l’implantation de l’agence KNA-MENA à Marseille. Cette initiative a contribué à la création du réseau urbain Europe-MENA chargé d'animer un groupe d'experts travaillant sur des missions d’assistance technique.

Le bureau de l’Organisation internationale des migrations a davantage valeur de symbole et ses moyens limités ne lui permettent pas de jouer un rôle opérationnel majeur mais montre que le marqueur historique n’est pas négligé dans la constitution du réseau d’institutions internationales.

Enfin, la Commission Méditerranée de Cités et gouvernements locaux unis est la dernière arrivée. Mise en place en 2006, elle fonctionne comme une plateforme de concertation entre les élus des trois rives et joue un rôle clé dans l’organisation d’évènements internationaux comme le Forum des Autorités Locales et Régionales de la Méditerranée ou la Semaine économique de la Méditerranée.

Disséminées ailleurs sur le territoire de la ville, des agences d’expertise travaillant sur l’espace méditerranéen contribuent à faire de Marseille un centre d’impulsion et de diffusion du savoir-faire technique, censé irrigué le Bassin. Premièrement, on relève des agences d’expertise françaises implantées à Marseille.

L’Institut de Recherche et de Développement (IRD), ainsi que l’Agence inter-établissements de recherche pour le développement (AIRD) sont délocalisées dans le périmètre d’Euroméditerranée depuis septembre dernier.

Le Centre d’Etudes Financières, Economiques et Bancaires (CEFEB) qui émane de l’Agence Française de Développement (AFD) participe à la formation des cadres territoriaux dans les pays méditerranéens.

UBIFRANCE, l'Agence française pour le développement international des entreprises, établissement public industriel et commercial placé sous la tutelle de Bercy, a installé son pôle Grand Sud à Marseille. Chargée, d’une part, d’accompagner le développement économique des entreprises locales, l’agence tente d’agir sur le volet des échanges avec le sud de la Méditerrané.

Deuxièmement, on peut identifier des réseaux tournés plus directement vers l’espace méditerranéen et ses enjeux. Au côté de l’Institut de la Méditerranée, donc, qui pilote le FEMISE, la ville de Marseille est le siège du Conseil Mondial de l’Eau et le support à la désignation récente de la ville à l’accuile du Sommet mondial de l’Eau en 2012. Nous avons eu l’occasion de revenir au cours d’un précédent billet sur cette victoire qui se situe dans la continuité de l’ambition de capter les ressources expertes liées au thème de l’eau.

L’Institut Méditerranéen de l’Eau est une Organisation internationale Non Gouvernementale dotée d’un statut consultatif auprès du Conseil Economique et Social des Nations Unies. Elle constitue un important réseau d’experts rassemblant les opérateurs institutionnels et techniques dans le domaine de l’eau en Méditerranée. Son objet principal est le développement de la coopération transméditerranéenne entre les collectivités territoriales et les professionnels de l’eau, de l’assainissement et de l’irrigation.

Enfin, le panorama ne serait pas complet si l'on oubliait d'évoquer l’installation à Marseille du réseau ANIMA, plateforme qui dirige le consortium Med Alliance, pilotant la mise en œuvre du programme Invest in Med, financé à 75% par l’Union européenne sur la période 2008-2011, et qui témoigne de l’ancrage territorial des enjeux et des financements communautaires.

Le CMIM est une pierre de plus dans l’édifice visant à faire de Marseille une métropole euroméditerranéenne, c'est-à-dire un centre de diffusion et de commandement sur un espace fortement inégalitaire sur le plan économique et plus précisemment, la formation, l'appui institutionnel, le transfert technologique. L’expertise et la diffusion normative et technique nord-sud constituent le créneau investi massivement par les autorités locales qui entendent s’appuyer sur un dispositif dense associant entreprises, sociétés civiles et organisations internationales. Cette densité présente toutefois le risque de superposer des entités aux terrains et aux objectifs proches et ainsi de constituer un champ de concurrence entre les institutions. L’ère du trop-plein institutionnel sur l’objet vague de « l’expertise économique » succèderait à une absence d’initiatives de ce type sur la zone depuis le ralentissement des effets du Processus de Barcelone. Le problème de la coordination et de la mise en cohérence stratégique - la construction problématique d'un "réseau de réseaux" ou de structures de coordination des "plateformes" - se pose ainsi de front aux autorités locales qui délèguent de plus en plus la maîtrise d’ouvrage à ces institutions. La régulation actionnariale des pouvoirs publics locaux peut certes faire preuve d’efficacité pour articuler autour d’un lieu un nombre conséquent d’expériences, mais la prise de participation dilluée dans des ensembles institutionnels hétérogènes et potentiellement rivaux est un risque imprévisible pour leur portée opérationnelle et leur efficacité sur un terrain forcément encombré.

vendredi 26 juin 2009

Marseille, capitale mondiale de l'eau

A Vendredi dernier, 19 juin, la ville de Marseille a été désignée par le collège des Gouverneurs du Conseil mondial de l'eau pour accueillir le Forum mondial de l'eau en 2012. Elle était en concurrence avec la ville de Durban (Afrique du Sud) pour accueillir cet évènement. Pendant une semaine, les projecteurs seront braqués sur Marseille qui devrait accueillir plus de 20 000 participants, ainsi que des débats sur l'usage de cette ressource que l'on redécouvre à la lumière du paradigme du développement durable.

Cette victoire marque, selon le communiqué du Ministère de l'Écologie "la capacité de Marseille et de sa région à accueillir, avec convivialité, des évènements de dimension internationale". Avec convivialité, donc, Marseille poursuit sa stratégie d'accueil de grands évènements internationaux et de production d'une expertise mondiale sur des thématiques liées à son milieu ( eau, migrations) ou aux potentialités de croissance et de rayonnement (ingénierie financière, culture). Cette stratégie, enfin, trouve sa cohérence dans sa focale méditerranéenne et s'inscrit dans l'ambition de devenir capitale, c'est-à-dire un centre de commandement et de décision qui maîtrise les destinées de son espace proche.

Cette dimension stratégique ne doit toutefois pas cacher le fait que les acteurs locaux marseillais disposent d'une vraie expertise dans le domaine de la gestion de l'eau. On se souvient qu'en mars 2008, la région autonome de Catalogne - donc le rival barcelonais ! - soumise à une grave sécheresse avait demandé au Port autonome de Marseille ainsi qu’à la Société des Eaux de Marseille (SEM) l’envoi de centaines de milliers de mètres cubes d’eau par voie maritime afin de lui venir en aide. En 1983, déjà, ce sont les villes de Taragone (Espagne) et de Porto Vesme (Italie) qui avait bénéficié d'une livraison de 1,5 million de m3 d’eau brute de la part de la cité phocéenne.

La SEM, devenue Groupe des Eaux de Marseille, domine le marché provençal de la distribution d'eau potable, de collecte et de traite des eaux usées, domestiques et industrielles. Elle mène des actions internationalisées en direction du Maghreb et d'Amérique latine - et le cas échéant, aux villes des pays du sud de l'Europe. Elle forme par exemple les personnels locaux à la gestion de l'eau et de l'assainissement et procède à des transferts de technologie. Enfin, elle dispose d'une cellule humanitaire, "Water Help". On le voit à l'issue de cette description rapide, la SEM est un acteur local de premier plan dans la production et la diffusion d'une expertise compétitive sur une problématique de plus en plus sensible et stratégique et qui touche le cœur des fonctions locales, l'eau.

A Le groupe des Eaux de Marseille qui fédère 18 sociétés, dont deux à l'étranger, est le quatrième groupe français dans le secteur de l’eau, et s’articule autour de la Société des Eaux de Marseille, détenue à parts égales (48,83% chacune) par Veolia Eau et Lyonnaise des Eaux France. Le groupe emploie 850 salariés pour un chiffre d’affaires de 290 millions d'euro. Il est dirigé par Loïc Fauchon qui n'est pas un inconnu des mondes politiques marseillais. Son parcours est assez exemplaire de la manière dont les compétences sont investies, les ressources mobilisées et les relations entre l'expertise, le politique et le marché structurées.

À sa sortie de l'IEP d'Aix en Provence en 1970, il s'inscrit en thèse d'économie qu'il soutient quelques années plus tard et qui portait sur l'économie du tourisme. Il entre alors à la Préfecture de Région et s'occupe des questions de tourisme et de loisir. Il travaille un temps dans une entreprise d'informatique et crée une ONG, Transahara, qui organise des missions humanitaires d'urgence en Roumanie, en Bosnie, au Mali et en Tunisie. Après un passage dans un Syndicat mixte d'aménagement, il revient dans le secteur public en intégrant le cabinet du Président du Conseil régional de 1980 à 1983. Durant ce relatif court passage à la Région, il connaît deux Présidents, Gaston Defferre, puis Michel Pezet. En 1983, il devient Directeur de cabinet de Gaston Defferre à la mairie cette fois et occupe cette fonction auprès de Robert Vigouroux. En 1991, il est nommé brièvement Secrétaire général adjoint chargé des relations internationales. Durant cette période, il est élu maire de la ville de Trets (10 000 habitants). Il quitte la politique en 1991 pour entrer dans la SEM dont il prendra la direction en 1997. Enfin, en 2000, il devient gouverneur du Conseil mondial de l'eau dont le siège est à Marseille, puis Président depuis 2005.

Ce bref rappel biographique permet de comprendre comment le lien est assuré entre les univers politiques et économiques locaux et dans quelle mesure la thématique internationale (y compris dans sa dimension humanitaire) y est intégrée. Ses compétences et ses relations nouées tout au long de son parcours font de M. Fauchon, une pièce maîtresse du dispositif de rayonnement international de la ville qui trouve sa consécration dans le thème si important de l'eau avec la décision des Gouverneurs du Conseil faisant de Marseille, la Capitale mondiale de l'eau jusqu'en 2012.

mercredi 11 mars 2009

Réparations navales : les leçons d'une crise

A Cette fois, c'est fini. Hier, mardi 10 mars, le Tribunal de commerce a prononcé la liquidation judiciaire de la société Union Navale Marseille (UNM). Le Juge a refusé la solution du redressement judiciaire proposée par les syndicats qui s'appuyaient sur l'épaisseur du carnet de commande (2 millions d'euros, selon les avocats des salariés) de l'entreprise de réparation navale (140 salariés). Retour sur un conflit qui revêt à Marseille une dimension fortement symbolique et identitaire au-delà des enjeux économiques.

En janvier dernier, des revendications syndicales s'organisent pour dénoncer le recours de la société à la sous-traitance, entraînant, selon eux, des risques en termes de sécurité et de condition de travail. La problématique de la sous-traitance s'inscrit de manière plus générale dans la réforme des ports lancé en janvier 2008 par le gouvernement. Celle-ci repose sur le constat du manque de compétitivité des ports français et prévoit le transfert des activité de chargement à des entreprises privées et modifie le statut de certains personnels de manutention portuaire des Grands ports maritimes (nouveau nom des Ports autonomes). La CGT approuve l'accord-cadre en octobre 2008, soit dix mois après le lancement du processus et trois mois après le vote de la loi du 4 juillet 2008 portant réforme portuaire qui réformait la gouvernance et l'organisation des ports français dans l'optique d'une adaptation aux enjeux européens : il s'agit de se conformer aux dynamiques normatives communautaires.

En 2001, la Commission avait en effet présenté une proposition de directive concernant l’accès au marché des services portuaires, avant une deuxième version remaniée, en 2004. A la suite du rejet, à deux reprises, par le Parlement européen (en novembre 2003 et en janvier 2006) des “paquets portuaires”, la Commission décide, le 8 mars 2006, de retirer ses propositions. Dans sa communication au Conseil et au Parlement européen de juin 2006, au sujet de l’examen à mi-parcours du Livre blanc de 2001, la Commission, souligne la nécessité “d’exploiter pleinement les ouvertures de droit international” afin de favoriser l’émergence d’un marché intérieur de la navigation au sein de l’Union européenne. La création de cet “espace maritime commun” implique une réglementation et des infrastructures communes autorisant une continuité des solutions logistiques entre Etats membres, exploitant tous les modes de transport (maritime, fluvial et ferroviaire).

A ces phases communautaires et nationales a succédé une phase de négociations locales : les Grands Ports avaient jusqu'à janvier pour identifier les activités à transférer. À Marseille, et singulièrement en ce qui concerne l'UNM, cette négociation se déroule dans un climat de tension et de rapports de force. En février, l'UNM s'apprête à se séparer de sept de ses collaborateurs a qui il est reproché, le 17 janvier lors d'un mouvement de grève, d'avoir empêché plusieurs salariés d'entreprises sous-traitantes de travailler à bord de navires en réparation. La CGT dénonce de son côté un recours abusif à la sous-traitance et reproche à la direction de ne pas embaucher assez. Du côté, des fédérations d'entrepreneurs portuaires, on s'inquiète du format que prend la réforme en critiquant... l'État : "Nous avons rêvé que cela pourrait changer et que le transfert des outillages au privé permettrait d'aller vers davantage de fiabilité et de compétitivité. On sait faire. Mais le rêve s'est arrêté et nous pensons que l'État, au nom de l'intérêt national, va privilégier l'option d'une filiale dans laquelle il sera majoritaire. Et les opérateurs minoritaires" déclare à la Provence l'Union française des industries pétrolières (Ufip). La situation se crispe sur le terrain (grèves sporadiques, recours au Tribunal de Grande Instance...) et l'État ne parvient pas à jouer le rôle de médiateur - d'honest broker - dans cette affaire. Le 20 février, le TGI donne raison aux syndicalistes et demandent à l'UNM de réintégrer les salariés assignés par la direction pour "entrave à la liberté de travailler'".

La réaction du groupe espagnol Boluda ne se fait pas attendre. Le 4 mars, elle menace de mettre un terme aux activités de sa filiale marseillaise UNM, en demandant à la direction de déposer le bilan et de solliciter la liquidation judiciaire de l’entreprise. La situation se radicalise lorsque un groupe d'individus vêtus de cagoules et armés de masse investissent "Le Corse", en réparation sur le chantier, tentent de faire sauter les bouchons de nable scellés sur le métal et sans lesquels toute remise à l'eau est impossible. Surpris durant l'opération par le commandant, le commando a pris la fuite. L'affaire prend alors une tournure politique quand Roland Blum, 1er adjoint du maire de Marseille, et Dominique Vlasto, députée européenne et adjoint au Tourisme et au Congrès, interpellent le gouvernement. "Marseille, c'est la République, la réforme portuaire s'y appliquera aussi", déclare l'édile tandis que Madame Vlasto "n'accepte pas qu'une poignée de syndicalistes viennent casser l'économie d'une ville alors que comme dans la plupart des grandes métropoles, à Marseille l'économie passe par le tourisme. Ils mettent en péril une partie de l'emploi local" à la suite du blocage du terminal de croisière.

L'épilogue s'est donc joué au Tribunal de commerce qui a confirmé la liquidation judiciaire. Cette décision pose la question du maintien à Marseille des activités de réparation navale sur lesquelles s'est construit une partie de la prospérité du système industrialo-portuaire marseillais à partir du XIXème siècle. C'est l'identité économique du district qui est remis en cause par les évolutions du capitalisme mondial, la succession des étapes législatives et ses répercussions sociales. Une partie de la radicalisation du mouvement s'explique peut-être par cet enjeu culturel. La question qui se pose, en effet, est celle de l'usage de l'outil portuaire pour les métropoles engagés dans une compétition mondiale. Celui-ci doit-il continuer à jouer un rôle dans la production matérielle des richesses et donc continuer à s'articuler autour d'activités industrielles ? Ou doit-il être un instrument du marketing urbain, un dispositif essentiellement communicationnel chargé d'attirer les touristes ? Si la première option semble compromise aujourd'hui, le risque est de couper le fil qui unissait, certes de plus en plus difficilement depuis le déclin des performances du port de Marseille, les activités économiques et les ressources sociales et identitaires qui l'animaient.

Photo : Le Point © TSCHAEN/SIPA

mercredi 11 février 2009

De retour de terrain

ADe retour de terrain, il est temps de reprendre le fil du blog et de faire le point sur mes cercles des politiques locales internationales.

La politique locale

En début de semaine, s'est tenu le conseil municipal (au passage on notera le relifting du site internet de la mairie). La vidéo du conseil est disponible ici.. Après la gouvernance partagée de la communauté urbaine, le jouer collectif de Marseille 2013, place à "la gouvernance décrispée" selon La Provence. Les termes évoluent - un peu- mais les faits restent proches : il s'agit de traduire le nouvel équilibre entre droite et gauche dans les institutions locales. Il s'agit également de montrer à l'intérieur et à l'extérieur que le gouvernement local peut produire du consensus sur les questions de développement économique et d'aménagement. On n'est pas loin de la gouvernance urbaine.
En question lundi, le tracé du tramaway entre la Canebière et la Castellane. Le groupe socialiste s'y était opposé (pour des raisons de coût, de doublon avec le métro,...) mais en échange de l'acceptation de 11 amendements sur 12 déposés, il vote le projet dans une ambiance de "simili consensus" selon Roland Blum. Nous avons déjà évoqué lors d'un précédent billet, le nouvel équilibre politique à Marseille qui réduit considérablement les marges de manœuvres de M. Gaudin. Comment interpréter autrement cette tendance après toutes ces prétendues concessions prétendument accordées à la prétendue opposition ? Mise à part le fait que ces concessions ne sont que des exigences obtenues par les véritables détenteurs du pouvoir urbain.

Les métropolisations

La question en haut de l'agenda métropolitain porte sur le trajet de la LGV. Aujourd'hui le ministre d’Etat, ministre de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement durable et de l’Aménagement du territoire (MEEDDAT) reçoit les élus de la région. Il y a l'enjeu financier bien sûr, 11 milliards environ pour le tracé du littoral contre 8 pour le tracé nord. Il y a l'enjeu stratégique aussi à travers la question de l'accessibilité transrégionale de la métropole marseillaise. La promotion du tracé des métropoles s'inscrit dans l'insertion de Marseille dans un axe horizontal Barcelone-Rome. Si Marseille joue la carte de la Méditerranée, elle ne néglige pas l'atout de l'Europe. Ou comment devenir la capitale euroméditerranéenne sans maîtriser les enjeux continentaux ?

Les marchés mondiaux

De nouvelles prises de positions mondiales pour CMA-CGM, en Syrie cette fois ; une exposition à la Chambre de commerce et d'industrie sur l'Art s'invite au bureau et le lancement des "Mission entreprises 2013" "fer de lance de l'action du monde de l'économie pour préparer 2013' ; enfin, l'Express et le Point consacrent leur une régionale au futur de Marseille. Les maquettes impressionnent : un petit aperçu ici

La diplomatie décentralisée

M. Guérini était en voyage officiel en fin de semaine dernière en Algérie. Il y a rencontré le Président algérien au cours d'un déjeuner d'Etat organisé en l'honneur de Raul Castro (?!). MM. Guérini et Bouteflika aurait "abordé l’Union pour la Méditerranée (UpM) en toute franchise". M. Guérini a tout juste admis "quelques désaccords". "Je crois que le rôle de l’Algérie est fondamental et nécessaire pour l’avenir de l’UpM" a déclaré le Président du Conseil général, l'UpM est interprétée comme une "véritable chance politique qui doit permettre de dépasser les blocages du processus de Barcelone". Les projets de coopération du Conseil général avec l'Etat algérien devrait porter sur "la définition de la politique de l’habitat, le logement, dans les domaines des transports et de la culture et conforter les relations dans le domaine de la santé.''

samedi 31 janvier 2009

Marseille face La Crise

a La Crise est devenue depuis l'automne l'épicentre des discours politiques et médiatiques. Elle est à la fois un contexte et un programme, une contrainte et une ressource pour les politiques publiques et les luttes partisanes. Elle permet de déverser des flots ininterrompus de commentaires et d'analyses, le plus souvent évidemment contradictoires et prospectifs sur le mode de la "faute" à qui et dans quand/comment/pourquoi on en "sort".

Permettez moi de ne pas m'adonner à ce genre d'exercice et de porter la discussion sur l'impact territoiralisé de la Crise, entendue comme le ralentissement général et durable de l'Économie (sur le plan théorique, j'invite le lecteur à prendre connaissance des travaux David Harvey sur cette question ou pour une perspective moins critique, ceux de Amin Ash, Allen Scott et Michael Keating).

Contrairement à certaines idées reçues concernant la mondialisation, l'économie n'est jamais devenue déterritorialisée. Les capitaux comme les travailleurs restent ancrés dans des lieux. Si la mobilité est effectivement un élément clé de compréhension des évolutions économiques, ce facteur, qui est loin d'être nouveau, ne remet pas en cause le principe de la territorialisation de la production et de la consommation (même si ces deux temporalités du processus se distinguent dans l'espace). Elle ne remet pas en question non plus le rôle décisif des instances politiques de décision : les traders n'ont pas remplacé les élus, ni le Marché, l'État. Ce ne sont pas seulement des comportements coupables qui sont à l'origine du Désastre mais une absence ou une faiblesse des dispositifs de régulation étatique ou interétatique.

Ceci posé, on peut se demander comment la Crise trouve un écho dans l'aire métropolitaine marseillaise. L'actualité ici n'est pas avare d'exemples. Les plus visibles concernent les fermetures d'usines, les chômages partiels, les grèves et les manifestations qui réclament le maintien de l'emploi ou du pouvoir d'achat. A ce jour, uniquement dans les Bouches du Rhône, la société de transport Transco la Phocéenne (130 employés à Fos et 150 au Havre) et Linpac Packaging (127 salariés à Tarascon menacés) se retrouvent en liquidation judiciaire tandis que Ascometal, Sibell, STMmicroélectronique et ArcelorMottal font l'objet de plans sociaux.

Moins visible, le contexte économique crée un climat d'incertitude autour des grands projets de la métropole. La dépendance du développement local et régional aux évolutions globales montre la nature et le degré d'intégration des espaces urbains à l'économie-monde. Les deux politiques locales internationales agglomérantes de la cité concernés, l'opération Euroméditerranée et la désignation de Marseille-Provence Capitale européenne de la culture, illustrent et précisent cette hypothèse. Si la Crise a des conséquences locales, elles ne sont pas uniformes et dépendent toujours des choix politiques. La "mondialisation" n'est pas un contexte ou une situation : comme le reste, elle procède de décisions politiques, pilotées au premier chef par les autorités stato-nationales.

Si la Crise ne remettra pas en cause les projets, risque-t-elle d'en atténuer l'ambition et l'impact ? Les équipements urbains et culturels que les autorités locales ont projeté et promis de se doter verront-ils le jour ?

Heureusement l'État est là, et tant pis pour ceux qui annonçaient sa fin. Patrick Devedijan, le Ministre de la Relance, était à Marseille hier pour confirmer l'engagement de l'État et annoncer des aides supplémentaires : 25 millions d'euros en tout, dont 6 millions d'euros pour l'Établissement public Euroméditerranée "pour conforter les constructions du MUCEM au J4" nous dit LCM et 7 Millions d'euros pour le Grand Port maritime. Des efforts financiers...dans le vide ?
Le deuxième élément d'actualité nous vient des différentes études statistiques de bilan. Surprise : la région PACA semble résister mieux que prévu (en tout cas mieux que d'autres) à la tempête financière qui a secoué les marchés.

La direction régionale de l'INSEE a publié une note de conjoncture qui montre que PACA et la Corse sont les seules régions françaises à finir l'année avec une création nette d'emploi en un semestre : "en Provence-Alpes-Côte d'Azur, comme en France, l'activité du troisième trimestre de 2008 a été moins défavorable que dans l'ensemble des économies avancées et émergentes. Dans l'industrie et le commerce de détail, la croissance du chiffre d'affaires régional s'est stabilisée. Les créations d'entreprises se sont maintenues et l'emploi salarié a continué de croître". La région est tirée vers le haut par le BTP et les services. Le district marseillais serait il enfin devenu tertiaire et dynamique ? Mais comme il est de coutume en pareille circonstance, les rapports restent contrastés et pessimistes pour l'avenir Certes l'emploi ne baisse pas mais ne s'améliore pas pour autant, les chiffres d'affaire des entreprises de construction sont entrés dans une phase de net repli : "l'activité a ralenti dans les services, la crise de la construction s'est accentuée et la baisse du taux de chômage s'est interrompue. Dans le sillage d'une conjoncture mondiale dégradée, les très sombres perspectives de l'économie nationale ne devraient pas épargner la région en 2009". Tous s'accordent donc à penser cependant que 2009 sera "annus horribilis" pour la région. L'intégralité du rapport de l'INSEE est visible ici.

Un dernier mot sur Marseille 2013 : les acteurs du projet, c'est à dire, faut-il le rappeler, concentrés autour de la Chambre de commerce et du monde patronal métropolitain, affichent une certaine sérénité face à la Crise : "L'objectif du mécénat est de l'ordre de 15% soit 15 millions d'euros, explique Bernard Latarjet dans le supplément de la Provence la semaine dernière. Nous ne sommes pas très inquiets sur les conséquences que pourraient avoir la crise sur le mécénat. Nous avons déjà perçu les premiers signes chez des candidats internationaux (...). La crise jouera sans doute davantage sur les financements des collectivités locales que sur l'implication du privé. A Lille en 2004, la contribution de l'État était de 20%, elle sera inférieure chez nous dans le contexte actuel". L'État, toujours lui...

En partenariat avec Rue89 / Marseille 89 A

mercredi 3 décembre 2008

Le port : des réalités contrastantes

A Alors que les cabinets d'urbanistes ont enfin été désignés dans le cadre de l'extension au nord d'Euroméditerranée, l'actualité du jour, liée au port, offre une mise au point contrastante. Des épiphénomènes contradictoires difficiles à interpréter mis bout à bout mais qui tendent à montrer une incertitude qui pèse sur le territoire portuaire marseillais. Certes les éléments listés ci-dessous ne sont pas d'importances similaires et même parfois anecdotiques mais révèlent certains traits caractéristiques d'une métropole qui se cherche :

- CMA CGM, le 3ème groupe mondial de transport maritime en conteneur, qui a récemment reçu l'autorisation d'exploiter le terminal de conteneurs du port de Tianjin en Chine, a lancé un projet de construction et d’exploitation d’un terminal à conteneurs en eaux profondes dans le port de Xiamen (22ème port mondial pour le trafic de conteneurs). Ce projet qui doit entrer dans une phase d'exploitation d'ici 2 ans a reçu l'aval des autorités chinoises. Cette implantation illusttre la bonne santé du groupe marseillais dirigé par Jacques Saadé.

- Le secrétaire d'Etat aux Transports, Dominique Bussereau, a annoncé ce matin que la France se verra doter d'une Ecole nationale unique de la Marine Marchande (EMM) qui se substituera aux quatres écoles existantes implantées au Havre, Marseille, Nantes et Saint-Malo. L'objectif du Ministre est "d'augmenter le nombre d'officiers de la marine marchande aujourd'hui formés dans l'Hexagone en créant une grande école attractive et reliée à l'Europe, qui réponde aux besoins des armateurs". Ceci n'est cependant pas sans soulever des questions et des inquiétudes : les 4 EMM accueillent au total près de 1 000 élèves officiers mais ne proposent pas toutes des formations identiques. Seules les EMM de Marseille et du Havre dispensent la formation des officiers de 1ère classe de la marine marchande (filière A), les EMM de Saint-Malo et de Nantes assurant la formation des officiers de la filière professionnelle (filière B). Une première annonce de M. Bussereau en avril dernier formulant le voeux de "renationaliser" les écoles de la marine marchande et de réduire à 2 le nombre de sites de formation avait suscité quelques remous ici ou (surtout en Bretagne).

- Une nouvelle encore plus inquiétante concerne la place du port marseillais dans la hiérachie nationale. On apprend en effet que le port de Marseille n'est plus leader sur les trafics Continent-Corse mais est désormais supplanté par Toulon qui totalise 22% du trafic à égalité avec Nice, contre 18% pour le port phocéen. Elle perd la première place qu'elle avait pourtant reconquis en 2007 après deux années de crise. Cette chute s'expliquerait par la perte de compétitivité du principal opérateur, la SNCM, face à Corsica Ferries. Cette nouvelle intervient dans le contexte de la réforme, contestée, de la gouvernance des ports autonomes qui laisserait plus de place au secteur privé et ne risque pas d'apaiser le climat social déjà marqué par une grève de 24h des agents de manutention jeudi dernier tandis que les personnels du terminal pétrolier de Lavera avaient pour leur part décidé d'observer quatre heures d'arrêt de travail en fin de service.

mardi 18 novembre 2008

La Semaine économique de la Méditerranée

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Hier s'est ouvert à Marseille la Semaine économique de la Méditerranée (SEM). Certes, les sites Internet consacrés à Marseille préfèrent évoquer le tueur en série, la grève, le Congrès de Reims ou Plus belle la Vie en prime time. Pourtant, la deuxième édition de la SEM organisée par la Ville, la Région, Euroméditerranée et la Chambre de Commerce a pris une autre dimension. Alors que l'année dernière l’évènement était improvisée et organisé dans l'urgence, cette année il a changé de nature avec un volet innovation, un volet financement et un volet entreprise. La Banque mondiale, l'ONUDI, l'AFD, UbiFrance, ANIMA, les institutions européennes sont impliquées dans l'organisation.

Avec comme slogan "base opérationnelle de la Méditerranée", la ligne directrice, l'objectif commun et le sublime consensus des acteurs locaux sont respectés : la projection euro-méditerranéenne et le rayonnement économique sur cette zone. Le dossier souligne" l’alliance d’une solide expertise et de projets concrets et fédérateurs, la volonté politique affirmée des collectivités locales et régionales et la mobilisation de la société civile et des acteurs socio-économiques qui font la plateforme incontournable du développement économique en Méditerranée. L’objectif de la Semaine Economique de la Méditerranée est de rendre plus visible les nombreuses actions menées depuis le territoire qui participent au développement des économies méditerranéennes.

Voici le programme complet :

-Lundi : EuroMed Academy of Business ; Conférence sur la coopération transfrontalière dans le cadre de l'IEVP.

-Mardi : Formation en Méditerranée ; Accompagner les entreprises en Méditerranée ; EuroMed Academy of Business ; Conférence sur la coopération transfrontalière dans le cadre de l'IEVP; Atelier Formed ; Culture et échanges euro-méditerranéens.

-Mecredi : Med@gricolae ; Lancement du Portail Internet MedEurope Intern ; Innovation et Société dans le Bassin méditerranéen ; Trophées du compagnonnage industriel PACA / Maghreb.

- Jeudi : Forum Grand Maghreb ; 5èmes Rencontres de la Cité de la Mode ; Conférence Medibtikar ; Débat - Commission Méditerranée de CGLU ; Rencontre étudiante avec la BEI ; Rencontres Grands Comptes/PME Invest in Med ; Forum citoyen du Parlement Européen ; Lancement d'Econostrum.

-Vendredi : Euro-Mediterranean Government and Business Roundtable ; 4ème édition Forum Grand Maghreb ; Colloque Medinnov IV ; Réunion du Réseau des Villes Euromed ; Rendez-vous d’affaires ADECI – ONUDI ; La BEI rencontre les PME.

-Samedi : 4ème Rencontre de la Méditerranée