A Vendredi dernier, 19 juin, la ville de Marseille a été désignée par le collège des Gouverneurs du Conseil mondial de l'eau pour accueillir le Forum mondial de l'eau en 2012. Elle était en concurrence avec la ville de Durban (Afrique du Sud) pour accueillir cet évènement. Pendant une semaine, les projecteurs seront braqués sur Marseille qui devrait accueillir plus de 20 000 participants, ainsi que des débats sur l'usage de cette ressource que l'on redécouvre à la lumière du paradigme du développement durable.

Cette victoire marque, selon le communiqué du Ministère de l'Écologie "la capacité de Marseille et de sa région à accueillir, avec convivialité, des évènements de dimension internationale". Avec convivialité, donc, Marseille poursuit sa stratégie d'accueil de grands évènements internationaux et de production d'une expertise mondiale sur des thématiques liées à son milieu ( eau, migrations) ou aux potentialités de croissance et de rayonnement (ingénierie financière, culture). Cette stratégie, enfin, trouve sa cohérence dans sa focale méditerranéenne et s'inscrit dans l'ambition de devenir capitale, c'est-à-dire un centre de commandement et de décision qui maîtrise les destinées de son espace proche.

Cette dimension stratégique ne doit toutefois pas cacher le fait que les acteurs locaux marseillais disposent d'une vraie expertise dans le domaine de la gestion de l'eau. On se souvient qu'en mars 2008, la région autonome de Catalogne - donc le rival barcelonais ! - soumise à une grave sécheresse avait demandé au Port autonome de Marseille ainsi qu’à la Société des Eaux de Marseille (SEM) l’envoi de centaines de milliers de mètres cubes d’eau par voie maritime afin de lui venir en aide. En 1983, déjà, ce sont les villes de Taragone (Espagne) et de Porto Vesme (Italie) qui avait bénéficié d'une livraison de 1,5 million de m3 d’eau brute de la part de la cité phocéenne.

La SEM, devenue Groupe des Eaux de Marseille, domine le marché provençal de la distribution d'eau potable, de collecte et de traite des eaux usées, domestiques et industrielles. Elle mène des actions internationalisées en direction du Maghreb et d'Amérique latine - et le cas échéant, aux villes des pays du sud de l'Europe. Elle forme par exemple les personnels locaux à la gestion de l'eau et de l'assainissement et procède à des transferts de technologie. Enfin, elle dispose d'une cellule humanitaire, "Water Help". On le voit à l'issue de cette description rapide, la SEM est un acteur local de premier plan dans la production et la diffusion d'une expertise compétitive sur une problématique de plus en plus sensible et stratégique et qui touche le cœur des fonctions locales, l'eau.

A Le groupe des Eaux de Marseille qui fédère 18 sociétés, dont deux à l'étranger, est le quatrième groupe français dans le secteur de l’eau, et s’articule autour de la Société des Eaux de Marseille, détenue à parts égales (48,83% chacune) par Veolia Eau et Lyonnaise des Eaux France. Le groupe emploie 850 salariés pour un chiffre d’affaires de 290 millions d'euro. Il est dirigé par Loïc Fauchon qui n'est pas un inconnu des mondes politiques marseillais. Son parcours est assez exemplaire de la manière dont les compétences sont investies, les ressources mobilisées et les relations entre l'expertise, le politique et le marché structurées.

À sa sortie de l'IEP d'Aix en Provence en 1970, il s'inscrit en thèse d'économie qu'il soutient quelques années plus tard et qui portait sur l'économie du tourisme. Il entre alors à la Préfecture de Région et s'occupe des questions de tourisme et de loisir. Il travaille un temps dans une entreprise d'informatique et crée une ONG, Transahara, qui organise des missions humanitaires d'urgence en Roumanie, en Bosnie, au Mali et en Tunisie. Après un passage dans un Syndicat mixte d'aménagement, il revient dans le secteur public en intégrant le cabinet du Président du Conseil régional de 1980 à 1983. Durant ce relatif court passage à la Région, il connaît deux Présidents, Gaston Defferre, puis Michel Pezet. En 1983, il devient Directeur de cabinet de Gaston Defferre à la mairie cette fois et occupe cette fonction auprès de Robert Vigouroux. En 1991, il est nommé brièvement Secrétaire général adjoint chargé des relations internationales. Durant cette période, il est élu maire de la ville de Trets (10 000 habitants). Il quitte la politique en 1991 pour entrer dans la SEM dont il prendra la direction en 1997. Enfin, en 2000, il devient gouverneur du Conseil mondial de l'eau dont le siège est à Marseille, puis Président depuis 2005.

Ce bref rappel biographique permet de comprendre comment le lien est assuré entre les univers politiques et économiques locaux et dans quelle mesure la thématique internationale (y compris dans sa dimension humanitaire) y est intégrée. Ses compétences et ses relations nouées tout au long de son parcours font de M. Fauchon, une pièce maîtresse du dispositif de rayonnement international de la ville qui trouve sa consécration dans le thème si important de l'eau avec la décision des Gouverneurs du Conseil faisant de Marseille, la Capitale mondiale de l'eau jusqu'en 2012.