Difficile de ne pas revenir sur
la révolution tunisienne lorsqu’on prétend tenir un blog sur
l’internationalisation de Marseille. Sur les 600 000 Tunisiens résidant en
France, on estime à 8% la part de la diaspora ayant élu domicile à Marseille et
dans les Bouches-du-Rhône, soit près de 50 000 personnes. La ville occupe le
troisième rang national après Paris qui compte plus de 250 000 Tunisiens, et
Lyon, presque 75 000. Néanmoins, la structuration communautaire de l’échange
politique et social propre à la ville de Marseille rend leur présence plus
visible. En outre, ces chiffres fournis par l’Office des Tunisiens à l’étranger
ne peut prendre en compte la part des Français d’origine étrangère et la masse
des Franco-Tunisiens. En l’absence de statistiques ethniques, il est ainsi très
difficile de mesurer le phénomène. Néanmoins, le
Consulat général de Tunisie à Marseille recense exactement 82 580 personnes
dans sa circonscription qui comprend les départements des Bouches-du-Rhône, du
Var, du Vaucluse, du Gard, de l'Aude, des Pyrénées orientales, de l'Hérault et
de la Lozère.
Dans le champ médiatique, les
projecteurs se sont soudain braqués sur les
réactions de cette communauté. Dès l’annonce du départ de Zine El Abidine
Ben Ali, le vendredi 14 janvier, 2 000 Tunisiens (et/ou Franco-Tunisiens) ont
ainsi manifesté dans les rues
marseillaises pour célébrer la chute du dictateur (à
défaut de la chute de la dictature). Comme souvent dans le cas des
communautés marseillaises, la mobilisation fut permise par une association.
Ici, c’est le Collectif Maghreb Solidarité, récemment fondé et soutenu par le
Nouveau Parti Anticapitaliste et le Parti des Indigènes de la République, qui a
été en pointe organisant des rassemblements à Marseille dès le 10 janvier -
malgré l’absence d’autorisation préfectorale.
Par ailleurs, la révolution tunisienne a pu mettre en évidence le rôle
diplomatique endossé par Marseille. La ville est, en effet, la seconde ville du
pays en nombre de consulats (70). C’est donc devant le Consulat de Tunisie à
Marseille, Boulevard d’Athènes, qu’a eu lieu une manifestation ce lundi 17
janvier, relatée ainsi par l’AFP :
« Une quinzaine de Tunisiens se sont présentés lundi matin au consulat général de Tunisie à Marseille pour exiger des garanties, notamment la continuité des services publics, après le départ du président tunisien. Se présentant sous le nom "Comité tunisien pour la paix et la démocratie", les manifestants ont réclamé le départ des partisans du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCB) du président, affirmant que le consul général Mokhtar Bartegi était un proche du régime. Une altercation a éclaté dans les locaux du consulat, entre un des manifestants et un individu présenté comme proche du pouvoir par le comité. Des coups sans gravité ont été échangés. Les manifestants ont finalement pu rencontrer le consul général qui leur a garanti une continuité des services publics et l'inscription de tous les Tunisiens marseillais sur les listes électorales. »
Marseille accomplit ici un rôle de caisse de résonance des enjeux et des
conflits qui se déroulent ailleurs. Loin du discours sur la ville-globale qui
prétend traduire l’exercice d’une influence transnationale, Marseille
s’apparente à une ville-monde dans laquelle sa composition sociale résume le
monde qui l’entoure.
Le Point révèle que la manifestation des Tunisiens marseillais au Consulat
fut présentée par les protagonistes comme une volonté de se
« réapproprier » l’institution. Aussi, la ville-monde permet
de déplacer la mise en scène de conflits extra-territorialisés. Elle est une
tribune où se rejouent les passions collectives dont l’épicentre géographique
est ailleurs. Les propriétés de la ville-monde rendent possible la reproduction
des luttes et des passions collectives en d’autres lieux.
Marseille est également une interface physique entre la diaspora tunisienne
et le pays d’origine. Une fonction de passeurs des échanges transnationaux
s’ancre dans des pratiques et des dispositifs concrets. En l’espèce,
le terminal 1 de l’aéroport de Marseille-Provence est investi de Tunisiens,
exilés parfois depuis des dizaines d’années, et soudain désireux de rentrer au
pays pour « voir ça ». L’aéroport est la représentation physique de la
circulation des personnes entre territoires de migrations et rappelle, si
besoin était, que les dynamiques migratoires ne se résument pas à la présence
aux points d’arrivée, ni à la gestion policière des reconductions, mais
s’institutionnalisent à partir de modes de circulations complexes dont l’aller
est une composante essentielle du retour - et réciproquement.
Le milieu politique local allait-il rester muet face à l’écho qu’a donc
représenté, à Marseille, le changement de régime à Tunis ? Les cérémonies
des vœux qui se multiplient auraient pu fournir une occasion d’exprimer une
solidarité locale à l’égard de mouvements d’émancipation d’un peuple, qui est
loin de constituer l’étranger pour Marseille, mais une partie intégrante de son
histoire, de sa grammaire et de son imaginaire.
Marsactu a cherché en vain une trace de tels propos dans le discours du
maire intervenant pour inaugurer un Mémorial dédié à l’histoire de la
Marseillais, hymne national autant que chant de la liberté :
« Pas une phrase pour saluer le courage de la rue tunisienne, pas un
mot pour les dizaines de morts tombés sous les balles de la police et des
milices de Ben Ali. »
Pressé par les questions des journalistes, Jean-Claude Gaudin s’est aligné
sur la non-position de la diplomatie française, vantant les mérites d’une
non-ingérence et semblant presque regretter
la Chute :
« Il n’y a pas de révolution sans excès, la France n’est pas là pour favoriser les excès. »
Et sidérant :
« Si les intérêts des nombreux français qui sont là-bas ne sont pas pulvérisés et l’atteinte à leur liberté aussi, alors il est clair qu’il vaut mieux qu’un gouvernement nouveau s’installe en Tunisie. »
En "clair", donc, la liberté et la démocratie en Tunisie devraient dépendre des « intérêts français », condition de la bienveillance de la France à la révolution en cours. En ces temps encore incertains pour le peuple tunisien qui n’a pas encore tout à fait conquis la liberté pour laquelle elle se bat, les paroles du maire d’une ville-monde ont surtout été celles du Président de CIQ qu’il fut.
Jean-Claude Gaudin a ouvert dimanche
dernier le premier évènement labellisé Capitale européenne de la culturel.
L'association Marseille-Provence 2013 avait choisi de soutenir la 6ème édition
du
On peut
tout de même se demander si, malgré les louables intentions de ses pères
fondateurs, Marseille Espérance serait autre chose qu'un outil politique au
service de la gestion clientélaire des communautés. "L'avenir de Marseille,
son dynamisme et sa prospérité, le bien-être de chacun, dépendent de la
revitalisation de l'économie, mais en même temps de la qualité des rapports
entre les communautés" déclare M. Vigouroux lors de la réunion inaugurale.
Élargi progressivement à d'autres cultes (jusqu'au Grand vénérable de la Pagode
de la Savine), Marseille Espérance déclare dans sa charte sa conviction dans
l'instauration "d'un dialogue et d'une meilleure compréhension entre tous
les Marseillais". À son arrivée à la mairie, Jean-Claude Gaudin décide de
continuer l'expérience qui se signale par des prises de position mises en scène
de manière spectaculaire : en 1996, le meurtre d'un jeune par un homme
d'origine maghrébine suscitant une violente campagne raciste de la part du
Front national ou les attentats du 11 septembre sont l'occasion pour Marseille
Espérance d'exprimer un "œcuménisme politique" selon l'expression de Samson et
Péraldi.
Alors
que l'intervention israélienne à Gaza s'