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Tag - Communautés

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mercredi 20 mai 2009

Marseille Espérance : 2013, évènement cultu(r)el

a Jean-Claude Gaudin a ouvert dimanche dernier le premier évènement labellisé Capitale européenne de la culturel. L'association Marseille-Provence 2013 avait choisi de soutenir la 6ème édition du Colloque "Religion et culture, transmission et modernités" organisé par Marseille Espérance. Le programme complet ici.

Y-aurait il quelque chose de surprenant ou de choquant à donner le privilège du lancement de l'opération 2013 à un évènement à connotation religieuse ? Qu'est ce que cet évènement nous dit sur 2013 et sur Marseille ? Pour répondre à ces questions, il est évidemment indispensable de revenir sur la place de Marseille Espérance dans le dispositif local de la régulation politique, sociale et donc, culturel.

En 1990, au lendemain de la profanation du cimetière juif de Carpentras, le maire de Marseille, Robert-Paul Vigouroux décide de créer une structure informelle rassemblant les responsables locaux des religions principales de la ville. Les évêque catholique, orthodoxe et arménien, le pasteur protestant, le cheikh président de la Fédération des musulmans du sud de la France, un imam sénégalais, le grand rabbin de Marseille, ainsi que des associations laïcs (Radio Gazelle, association des Vietnamien de Marseille) inaugurent ce groupement.

À l'origine de ce dossier on trouve Bruno Étienne, universitaire, spécialiste des religions, récemment disparu et qui selon son collègue et ami, Franck Fregosi, "n'a cessé d'affirmer l'inexistence d'une communauté musulmane entendue comme un ensemble monolithique d'individus ayant les mêmes pratiques, défendant les mêmes intérêts et mus par le souci de l'unité communautaire". Ses travaux sur l'islam tendent à montrer que la religion n'est pas importée, mais qu'elle est retraduite par les conditions nationales et locales au sein desquelles elle s'exerce. En d'autre terme, l'islam, tel qu'il est pratiqué en France, est une religion française. En outre, il insistait dans ses travaux et son enseignement sur la dimension laïque de la religion, sur les espaces non strictement religieux investis par les membres des soi-disant "communautés".

A On peut tout de même se demander si, malgré les louables intentions de ses pères fondateurs, Marseille Espérance serait autre chose qu'un outil politique au service de la gestion clientélaire des communautés. "L'avenir de Marseille, son dynamisme et sa prospérité, le bien-être de chacun, dépendent de la revitalisation de l'économie, mais en même temps de la qualité des rapports entre les communautés" déclare M. Vigouroux lors de la réunion inaugurale. Élargi progressivement à d'autres cultes (jusqu'au Grand vénérable de la Pagode de la Savine), Marseille Espérance déclare dans sa charte sa conviction dans l'instauration "d'un dialogue et d'une meilleure compréhension entre tous les Marseillais". À son arrivée à la mairie, Jean-Claude Gaudin décide de continuer l'expérience qui se signale par des prises de position mises en scène de manière spectaculaire : en 1996, le meurtre d'un jeune par un homme d'origine maghrébine suscitant une violente campagne raciste de la part du Front national ou les attentats du 11 septembre sont l'occasion pour Marseille Espérance d'exprimer un "œcuménisme politique" selon l'expression de Samson et Péraldi.

Pourquoi avoir confié à Marseille Espérance la primeur du label Capitale européenne de la culture ? Donnons la parole à Bernard Latarjet, directeur général de l'association Marseille-Provence 2013, qui s'exprimait au mirco de Med'in Marseille : "Les religions sont des composantes essentielles des cultures. Elles sont même souvent fondatrices des cultures, spécialement en Méditerranée. Aujourd'hui, en Méditerranée, mais partout dans le monde, la question des rapports entre la culture et la religion, entre la révélation et la raison, entre la foi et la connaissance... Elles sont à la fois fondatrices des cultures de Méditerranée, qui doivent connaitre à Marseille-Provence en 2013 une illustration exemplaire, mais elles sont aussi une actualité de plus en plus importante. Oui, les religion auront une place importantes dans les célébrations de Marseille-Provence 2013."

Dans le droit fil de l'édition 2008 des Rencontres d'Averroès, cette initiative tend à souligner le rôle assigné à la religion dans le dialogue culturel euroméditerranéen. Un rôle que l'on voudrait le plus éloigné possible du discours des chocs de civilisation qui voyait dans le culte, une institution archaïque à l'origine des conflits et des résistances à un supposé progrès universel (le marché, la démocratie libérale, la laïcité occidentale). La ville, parce qu'elle est le réceptacle d'investissements pluri-cultuels - même lorsque cet investissement est alimenté par une récupération politique, contribue à déplacer le dialogue entre les religions sur le terrain de la culture. Elle constitue ainsi un espace privilégié, une alternative aux politiques et aux discours sécuritaires. En choisissant de labéliser un évènement de Marseille Espérance pour lancer la Capitale européenne de la culture, Marseille 2013 se place ainsi d'emblée sur le terrain euro-méditerranéen du dialogue, conformément au thème du "passeur-traducteur" cher à Étienne Balibar, sans oublier de s'adresser à ses populations. Premier défi relevé ?

mardi 20 janvier 2009

Marseille, Gaza et la gestion des "communautés"

) Alors que l'intervention israélienne à Gaza s'achève pour laisser la place médiatique à l'investiture du nouveau Président américain, une polémique est en train de se former à Marseille sur l'attitude des élus locaux pendant le conflit.

Le week end du 10 et 11 janvier, des manifestations se sont tenues dans la région marseillaise les unes pour dénoncer "l'agression israélienne", les autres pour soutenir "le peuple israélien bombardé par le Hamas". Les élus locaux se sont précipités en tête des cortèges dans une certaine confusion.
Rémi Leroux, de Rue89, évoque une répartition des rôles. Les membres du Nouveau Parti Anticapitaliste rejoints par des élus communistes manifestaient aux côtés des organisations palestiniennes alors que les élus de gouvernement (PS, UMP, Nouveau Centre) se sont rangés derrière les banderoles du Crif.

Quelques jours après, une "lettre ouverte de protestation contre la participation d’Elus Marseillais à la Manif du CRIJF du 11/01/2009" est diffusée sur le site de l'Etincelle ("Petit journal numérique des quartiers nord") : "C’est avec stupéfaction que nous avons appris votre participation à la manifestation organisée, le 11 Janvier 2009 par le Conseil Représentatif des Instances Juives de France, manifestation qui avait pour but de soutenir l’armée Israélienne dans l’agression qu’elle mène actuellement à Gaza. Nous citoyens marseillais, électeurs et électrices habitants les quartiers populaires, qui ont largement contribués à vos élections et réélections respectives, sommes ulcérés par la rupture de la neutralité républicaine qui prévaut dans ce type de question et qui aurait du vous amener à une immense retenue dans vos implications partisanes. En tant que simple citoyen le fait de soutenir le peuple palestinien ou l’armée Israélienne relève d’un choix personnel a défaut d’être un choix moral et il s’agit en démocratie d’un droit fondamental. En tant que grands Elu(e)s vous n’êtes pas sans savoir que la préoccupation actuelle des pouvoirs publiques français est le maintien de la cohésion sociale et la lutte contre « l’importation du conflit du Proche Orient » dans l’hexagone. Pensez-vous que le fait de défiler dans les rues de Marseille en manifestant pour soutenir les agissements criminels du gouvernement Israélien soit la marque d’une quelconque sagesse ou d’un courage particulier inhérent à la charge républicaine dont le peuple souverain vous a donner mandat (...) ?"
On note parmi les premiers signataires des intellectuels comme Vincent Geisser (sociologue travaillant sur les questions d'islamophobie et professeur à sciences po. aix), des associatifs comme Charles Hoareau (Président d'Agir Ensemble contre le Chômage) et des politiques comme Armelle Chevassu (candidate aux dernières municipales sur la liste antilibérale "Marseille contre attaque à gauche"), Otmane Aziz (régulièrement candidat Verts / Modem à Belsunze) et des entre-deux comme Nassurdine Haïdari (vice-président du CRAN et adjoint au maire du 1er secteur).

Le samedi suivant, le retour du bâton prend forme...en image. Le site Med'In Marseille ("média euroméditerranéen des diversités à Marseille") met en ligne des vidéos d'une rencontre entre élus, habitants et militants de l'association "Quartiers Nord, Quartiers Forts". On y voit toute la peine qu'éprouve les élus socialistes, et particulièrement Mme Sylvie Andrieux, présente à la manifestation du Crif et très chahutée à la réunion associative, à justifier leur présence à la manifestation du Crif : "La présence de toutes les institutions était justifiée pour dire haut et fort et réaffirmer... même si il y avait des désaccords, moi je peux vous dire qu'on a parlé 30 secondes chacun... et il a fallu que les gens rétablissent le calme...on n'a pas fait plaisir".

Le débat sur la prise de position des élus locaux marseillais sur le conflit israélo-palestinien peut être différemment interprété : S'agit-il de manière classique d'une tentative, en l'occurrence ratée, de "gestion de la symbolique communautaire" ? Pour reprendre l'analyse de Samson et Péraldi : "la gestion de la ville reste conçue par les élites locales comme celle d'un fragile patchwork ethnique ou religieux auquel il faut prêter une attention sans faille". L'illustration de cette gestion peut se trouver dans les stratégies de construction des listes d'éligibles et la représentation en leur sein des membres des "communautés" (processus particulièrement bien analysés par...Vincent Geisser). Les épisodes de la semaine dernière tendent à montrer que la gestion des "communautés imaginées" s'ancre aussi dans le contexte international. Elle ne relève pas du domaine exclusif des élections ou des grands projets institutionnels ( Grande Mosquée, Marseille Espérance...).
Le débat peut enfin faire l'objet d'une lecture intermestic. On peut en effet poser la question de l'enchevêtrement des enjeux mondiaux et locaux dans la gestion de la ville (et plus seulement des communautés). Dans quelle mesure l'impact des évènements de politique internationale se répercutent-ils dans le gouvernement local ? A contrario, quels sont les effets des mobilisations collectives (politiques ou citoyennes) sur le déroulement / la représentation / le règlement de conflits lointains ?

Photos : http://20minutes.marseillebondyblog.fr/