Hier, un
conseil municipal extraordinaire de la ville de Marseille s’est réuni afin
d’aborder une question unique : la rénovation du Stade Vélodrome.
L’enceinte du boulevard Michelet accueille depuis 1937 les matchs de l’OM,
mais, rénovée en 1998, elle ne semble plus adaptée aux exigences commerciales
et sécuritaires. Surtout, dans la perspective de la candidature de la FFF à
l’organisation de l’Euro 2016, c’est l’occasion de
bénéficier de
financements étatiques pour améliorer le confort des spectateurs et couvrir
le stade.
Toutefois, dans son propos liminaire, M. le maire ne s’y est pas
trompé : « c’est aussi un projet de développement économique et
un enjeu de rayonnement pour Marseille ». Le groupe PS vote le texte
proposé par la majorité au nom de la « gouvernance apaisée »
initiée à la Communauté urbaine qui a mené des travaux exploratoires sur la
question du stade. Adopté à l’unanimité, - les groupes Verts et certains Modem
se sont abstenus - le projet prévoit un agrandissement et une couverture pour
un montant de 150 millions d’euros financés par un partenariat public-privé. M.
Gaudin a tracé deux lignes rouges : le nom restera inchangé, et la
propriété du stade demeurera celle de la ville.
Au-delà du
cas du Stade Vélodrome, cette délibération pose la question du financement des
équipements métropolitains dans une agglomération peu intégrée et
singulièrement dans une ville-centre pauvre sur laquelle pèse la majeure partie
du fardeau pour des charges qui dépassent l’usage strictement communal. Au
cours des débats, Eugène Caselli a justement pointé le « manque de
clarté sur le montant de la participation financière des collectivités
locales ». Mais en tant que Président de la Communauté urbaine, ne
pourrait on pas lui rétorquer que c’est à son institution de porter (au moins
autant) le financement de grands équipements urbains de dimension
métropolitaine ? Certes, ces infrastructures revêtent souvent une
dimension symbolique pour la ville. Que l’on songe au Stade, à l’Opéra, aux
parcs, aux bâtiments publics historiques, le patrimoine historique de la ville
est en jeu et la volonté de la mairie de préserver ce lien d’appartenance se
justifie.
C’est en fait tout l’enjeu de la construction de la métropole marseillaise
qui se pose. Ses limites surtout. Pour schématiser les positions, les élus
marseillais seraient partisans d’une grande métropole qui regrouperait les
syndicats mixtes des eaux et des transports ainsi que les communautés urbaines
de Marseille et d’Aix-en-Provence et, bien sûr, la communauté d’agglomération
Ouest Étang de Berre, qui avec la ville de Fos-sur-Mer, et l’installation du
Grand Port Maritime, engrange des recettes fiscales qui échappent à la ville
centre et même à son groupement intercommunal. Selon un élu local,
« Marseille a toutes les charges de centralité, opéra, stade,
transports en commun, nous avons toutes les charges, mais nous n’avons pas la
fiscalité afférente. Or, la fiscalité dans ces syndicats de commune est très
importante, alors qu’ils n’ont pratiquement aucune charge. Donc, il faudrait
réaliser une péréquation qui nous permettrait d’avoir une grande métropole
marseillaise ayant des moyens très forts avec la manne de la zone de
Fos-sur-Mer, qui nous permettrait de peser davantage dans l’échiquier politique
et international ».
Ce
constat repose sur quatre chiffres : l’agglomération Ouest Étang de Berre,
90 000 habitants pour 115 millions d’euros de recettes de taxe professionnelle
(TP) ; Marseille-Provence-Métropole, 1 million d’habitants pour 250
millions d’euros de recettes de TP. Un rapport démographique de 1 à 10 contre
un rapport fiscal de 1 à 2.
Ce hiatus entre les ressources des périphéries et les charges de la
ville-centre ne sont pas nouvelles à Marseille. Dès son installation, dans les
années 1930, le port de Fos, conçu comme une annexe du port marseillais, s’est
engagé dans le secteur des hydrocarbures, largement déconnecté de l’économie
locale mais lié au reste de l’économie mondiale. À partir des années 1960, la
disparition du système marseillais (port-commerce-cité) a encore accéléré le
découplage entre Marseille et ses voisins. Découplage qui se traduit en termes
politiques (mais pas forcément partisan). L’arrière-pays marseillais rejette
toute forme d’imperium métropolitain qui serait exercé par la ville. L’échec
retentissant de M. Muselier à MPM l’année dernière est le calque de cette
fragmentation politique à l’échelle de la petite agglomération.
Si la fusion demeure taboue et impossible en l’état, la question posée est donc celle d’une coopération entre les intercommunalités (!) pour réaliser un « Grand Marseille ». L’idée n’est pas neuve. Le Conseil général des Bouches-du-Rhône a ainsi déposé un rapport en ce sens en…1919. Dans les années 1960, l’idée est relancée par l’État et les politiques des métropoles d’équilibre. Dans les années 1990, des experts locaux ont tenté de promouvoir une « aire métropolitaine marseillaise » correspondant aux enjeux de gestion de l’action publique territoriale qui exigent une étroite coopération intraterritoriale pour un meilleur positionnement dans la compétition interterritoriale. Les propositions du Comité Balladur semblent également aller dans le sens d’un regroupement des métropoles. Toutefois, elles ne préconisent pas de changer le périmètre institutionnel des agglomérations pour prendre la ressource où elle se trouve. Il est vrai que ce n’est qu’à Marseille que le problème se pose de cette manière.