A Rudy Rucciotti a donc remporté son pari. Durant l’émission des Matins de France culture consacré à Marseille-Provence 2013, le starchitecte français avait reconnu que Marseille :





« ce n’est pas Lille. À Lille, les choses sont cadrés, tout est dur et bien organisé, Martine Aubry est une maire fantastique qui tient ses troupes, qui tient tout le dispositif. On connaît le succès incroyable de Lille. Marseille, c’est improbable, on sent que c’est impossible. Moi, j’ai parié avec Latarjet qu’il allait démissionner avant 2013.»

Précisons que Bernard Latarjet n’a pas formellement démissionné mais selon les termes du communiqué de presse de l’association Marseille-Provence 2013 :

« À la demande de Bernard Latarjet, et à l’exemple de ce qui s’est fait dans plusieurs capitales européennes, les dispositions suivantes seront soumises à l’approbation du prochain Conseil d’administration : la nomination d’un nouveau directeur général opérationnel, sur proposition du président conformément aux statuts et la nomination de Bernard Latarjet en tant que conseiller placé auprès du Président, qui accompagnera le directeur général. »

Latarjet restera donc proche de son successeur qui sera probablement Jean-François Chougnet, ancien directeur général du Parc de la Villette qui était alors présidé par le même Barnard Latarjet. Cette situation fait dire à l’ancien patron de Marseille-Provence 2013 :

« Jamais il n'a été question de démission, ni de fatigue de ma part. Jamais, je n'ai songé à jeter l'éponge. Mes collaborateurs, le sénateur-maire de Marseille et le ministère savent que j'envisage, depuis quelques temps, une restructuration de l'équipe de Marseille-Provence 2013 qui sera soumise au conseil d'administration ».

Nonobstant, la mécanique de communication qui a présidé à cette décision (voir sur ce point le billet de Marsactu), c’est pourtant à une prise de distance de Latarjet auquel on assiste. Dans les séquences du projet Capitale, elle constitue à n’en pas douter une rupture. Elle clôture en effet une phase interminable de pré-programmation et inaugure, on l’espère, l’heure des choix définitifs des événements. Parallèlement, la décision surprise, quelques semaines seulement après la grande conférence de presse, est prise dans un contexte particulièrement difficile.

Le Monde publiait à la fin de la semaine dernière un papier décrivant le « malaise culturel local » révélé par Marseille-Provence 2013. Mis à bout à bout, une série d’événements récent dessine un panorama culturel effrayant : enchaînement symbolique d’intellectuels à l’opéra Bastille à Paris, suppression de subventions publiques à des associations culturelles (Centre international de poésie de Marseille, Pensée du Midi, AMI-Centre de développement pour les musiques actuelles) et donc suppressions programmées d’événements, crise des bibliothèques municipales...

Sur le plan de la gouvernance, ces épisodes sont à relier aux chantages exercés par certaines collectivités locales suspendant leur participation - et donc leur financement - à des retours sur investissement précisés, négligeant ainsi l’un des objectifs principaux du projet de territoire mutualisant les bénéfices.

La séquence qui s’ouvre avec le retrait de Latarjet est celle de toutes les incertitudes. Assiste-t-on à un surcroît de politisation du projet de Capitale, c’est-à-dire à une reprise en main par les collectivités locales lassées de voir l’opération lui échapper ? Ou au contraire, cette décision s’inscrit-elle dans le cadre de l’évolution régulière des Capitales européennes de la culture qui ont, pour la plupart, connu des bouleversements de gouvernance organisant la transition entre la phase de candidature et de programmation ?

Nous reviennent à l’esprit ces propos d’un membre de l’association tenus il y a près de 18 mois :

« Avant la désignation, les relations étaient conflictuelles et tendues entre Latarjet et les collectivités locales, surtout la ville, sauf que c’était Latarjet qui allait faire gagner et donc tout le monde fermait sa gueule jusqu’aux résultats. Et le jour du résultat… Ils n’ont pas attendu le lendemain… Le jour même des résultats... le soir, on a fait la fête, et certaines personnes à la mairie ont dit « maintenant, on a gagné, on vire tout le monde. On devient les directeurs ».

De ce point de vue, la séquence actuelle pourrait être celle du revanchisme des politiques - compris ici comme les élus et les responsables des services administratifs des collectivités locales - sur la dynamique managériale du projet Capitale. Pas sûr cependant que cette reprise en main s’accompagne d’un saut qualitatif pour l’intégration des acteurs culturels dont la réduction des subventions a surtout été utilisé comme un moyen de pressions sur l’association Marseille-Provence 2013.