A Les 6ème Rendez-vous de la Méditerranée ont clôturé ce samedi la Quatrième Semaine économique de la Méditerranée (SEM). Au total 14 événements furent organisés - certains étalés sur plusieurs jours. Bref tour d’horizon de ces rencontres qui recouvrent, comme on le verra, des enjeux et des champs très hétérogènes.

Rencontres Euroméditerranéennes de la Mode - Cité Euroméditerranéenne de la Mode

Certains des événements pré-existent à la SEM. Cette pérennité prouve leur ancrage dans le paysage local des événements internationaux. Les Rencontres Euroméditerranéennes de la Mode se sont ainsi tenues pour la 7ème fois autour des thèmes de la formation et de la création industrielle. À l’occasion de l’édition 2010, la Cité Euroméditerranéenne de la Mode - qui regroupe les professionnels du textile et de l’habillement - s’est associée à l’Institut Mode Méditerranée pour créer la « Maison Méditerranéenne des Métiers de la mode » afin de poursuivre l’oeuvre fédératrice de ces deux structures. Ce produit est à la base de l’ambition de la SEM qui est de mutualiser les ressources afin de parvenir à l’émergence d’une institutionnalisation de pratiques communes.

Atelier Transports Urbains Durables - CMIM

La journée de lundi s’est poursuivie au Pharo avec l’organisation de deux ateliers, l’un portant sur les transports urbains durables et organisés par le Centre de Marseille pour l’intégration en Méditerranée (CMIM), et l’autre sur la situation économique des pays méditerranéens organisées conjointement par le CMIM, le réseau FEMISE et la Banque européenne d’investissement (BEI). Au-delà des résultats de ces réflexions et du contenu des rapports exposés, notons qu’ils illustrent des infléchissements importants de la SEM.

Tout d’abord, le choix du Pharo comme lieu quasi-unique pour la tenue des événements contraste avec l’éclatement géographique qui a caractérisé la première édition et la polarisation au sein de la Chambre de commerce qui a marqué la deuxième. Outre des considérations pratiques, la SEM gagne en visibilité tandis que les organisateurs ont répondu aux principales critiques faisant état de l’éclatement comme reflet de la fragmentation des initiatives, des institutions et des acteurs de la promotion internationale des ressources du territoire.

Enfin, la SEM a montré la place prise par le CMIM et ses partenaires, en particulier la BEI, dans les réflexions et l’expertise locale internationale un an après sa création. L’omniprésence de son Directeur, Matts Karlson, a pris le relais de la stratégie des grands témoins déjà présente dans les éditions précédentes. L’externalisation de la figure du « champion » de la SEM - si ce n’est de la politique locale internationale - fut visible par la langue -anglaise- employée par ce pur produit Banque mondiale. Il s’inscrivait dans la continuité des éditions 2008, dont le rôle fut tenu par un représentant de la Commission européenne, et 2009, avec la présence multiple du Vice-président de la BEI. L’importance du CMIM est le témoin ambivalent de l’ouverture du territoire marseillais, longtemps absente des politiques locales, en même temps que des dynamiques exogènes qui anime la production de son internationalisation.

Le lendemain mardi, le CMIM a eu l’occasion de présenter les premiers résultats de son travail exploratoire sur les programmes qui structurent son action - développement urbain, environnement, transports, formations, et nouvelles technologie. Au menu, principalement, les transports urbains et la mobilité (partenariat AFD et Plan Bleu, projet Medinas 2030) et les technologies de l’information et de la communication (partenariat PNUD, projet ISI@Med). Ces ateliers avaient ainsi valeur de test pour la méthodologie adoptée par le CMIM qui associe différents partenaires institutionnelles aux réflexions, souhaitant ainsi capitaliser les compétences et les approches de chacun. Une méthodologie qui articule en outre différents programmes afin de désectorialiser les politiques de développement urbain en Méditerranée.

Atelier Attractivité des Territoires - EPAEM / Région PACA

Le mercredi était consacré à l’enjeu de l’attractivité des territoires et s’ouvrait par une visite in situ du périmètre d’Euroméditerranée, l’occasion de déployer un discours d’institution composante essentielle des projets urbains. En liaison avec le Conseil régional, l’Établissement public a ensuite organisé un atelier relatif à la question des « facteurs d’attractivité des territoires » composé d’interventions très hétérogènes tentant de faire dialoguer perspectives théoriques et semi-savantes relatives aux stratégies de planification internationales très soldatossienne avec des témoignages de praticiens aussi divers qu’un architecte - le théâtral Massimiliano Fuksas - un fonctionnaire territorial de la région, un responsable du port de Tanger-Med etc. Le tout entrecoupé d’une prise de parole surprenante d’un journaliste vedette de BFM engagé dans un énoncé - involontaire - de tous les clichés sur Marseille et ne se rendant pas compte que son inventaire à la Prévert constituait en soi un autre de ces stigmates qu’il était en train de dénoncer.

Au final, on apprend peu de choses sur les facteurs - bâti, image, culture, logistique - et les enjeux - coopération et intégration territoriale - des politiques d’attractivité, en l’espèce, réduite à des présentations successives d’expériences séparées. Malgré la présence d’un animateur des « débats » emprunté à l’univers journalistique, le dispositif était sans doute trop contraignant pour engager un véritable dialogue et une discussion critique mettant en perspective les différents niveaux de présentation des initiatives et des enjeux.

Développement Durable - EPAEM / Région PACA / CMIM

Le jeudi mettait à l’honneur la thématique transversale de l’édition 2010 de la SEM - le développement durable. En premier lieu, le Conseil régional et l’Établissement public présentaient la dernière variation éco-friendly de l’opération Euroméditerranée. La mutualisation des opérations et des présentations n’excluait pas la poursuite d’un agenda propre à chaque institution. Aussi les aménageurs de l’EPAEM ont-il profité de l’événement pour lancer le réseau des opérateurs d’aménageurs urbains durables en Méditerranée, en partenariat avec l’incontournable CMIM tandis que le Conseil régional a pu présenter ses Pôles régionaux d’innovation et de développement économique solidaire (PRIDES).

En second lieu, l’ONUDI et le gouvernement Jordanien ont poursuivi les interrogations sur le développement éco-durable des villes méditerranéens et, sur un modèle désormais bien établi durant la SEM, ont institutionnalisé les réflexions en lançant un Forum Eco-Cité.

Forum Citoyen - Parlement Européen

La journée s’est terminée par le traditionnel Forum Citoyen du Parlement européen, déserté par les élus... et par moi-même, je ne me livrerai donc pas à de plus amples commentaires. Un compte-rendu est par ailleurs fourni par le Bureau de représentation du Parlement.

MedVentures - ANIMA

Le lendemain, Anima remettait les prix MedVentures - d’une valeur de 90 000 euros - à la Chambre de commerce qui récompense chaque année les meilleures starts-up du développement international en Méditerranée. Les trois lauréat furent une entreprise israélienne, EyalGPS « qui propose des solutions technologiques text to speech pour les smart phones à destination des conducteurs et déficients visuels » ; une entreprise libanaise, Ounousa, qui se présente comme « le premier réseau social de la communauté féminine » méditerranéen en langue arabe et une entreprise palestinienne, Addicts 123, qui intervient dans le secteur des réseaux d'énergies. 

Coopération Décentralisée et Développement Économique - CGLU / MAE

À l’instar du Forum Citoyen, je n’ai pas pu assister à la présentation de cet événement puisqu’occupé par la rencontre organisée par la Commission Med de CGLU et le Ministère des Affaires étrangères sur la coopération décentralisée et plus particulièrement sur les contributions économiques des autorités locales et régionales dans le cadre de l’Union pour la Méditerranée (UpM). Ici encore, rien de neuf, les orateurs ont présenté les points de vue de leurs institutions respectives. Le représentant de la Mission interministérielle pour l’UpM a exhorté les villes et les régions « à se battre pour prendre toute leur place » dans le processus ; celui du Secrétariat général a vanté les avancés du/des projets en dépit du blocage politique ; ceux des collectivités locales, leurs propres contributions au « dialogue euro-méditerranéen ». Nonobstant ces remarques attendues, l’atelier a démontré, si besoin était, l'immixtion profonde entre l’expression d’une solidarité internationale et les intérêts marchands de la coopération décentralisée euro-méditerranéenne.

Rendez-Vous de la Méditerranée - Cercle des Économistes

Cette semaine intense s’est donc achevée le samedi par la traditionnelle conférence organisée par le Cercle des économistes et la lecture de la Déclaration finale du Rendez-vous de la Méditerranée. Organisée autour de nombreux ateliers et réunissant un nombre impressionnant d’orateurs, plus de 50 cette année, la discussion s’est articulée autour de la dernière publication du FEMISE relative aux perspectives de «sortie» de crise des économies sud-méditerranéennes. Si la matinée était davantage consacrée à un tour d’horizon pays par pays et secteur par secteur de la situation macro-économique, par ailleurs peu réjouissante, du Bassin, les débats de l’après-midi ont porté sur les effets de l’UpM en matière de réorientation des stratégies économiques au Sud, illustrant des propos tenus la veille dans un autre contexte : « les projets n’attendent pas la paix ».

À l’issue de ce rapide tour de monde, gageons que l’unité de cette semaine n’est pas facile à dégager. Au-delà de l’hétérogénéité des flux de parole, des contributions et des thématiques, il est cependant apparu clairement qu’un équilibre incertain s’est installé entre le blocage politique de l’intégration en Méditerranée et les promesses des projets économiques engagés. La question reste néanmoins entière dans la mesure où l’échec du top-down fait peser une inquiétante hypothèque sur les timides avancées bottom-up. Trente mois après le lancement de l’UpM, l’agenda des projets concrets restent d’autant plus ouvert alors que celui de la diplomatie parait fermé.

Plus d'informations sur http://www.semaine-eco-med.com et les dossiers spéciaux : http://www.lejmed.fr/ ; http://www.econostrum.info/

Crédits photos : Commission Med CGLU