A Le 9 octobre 2009 la Banque mondiale et la Banque européenne d’investissement concluaient un protocole d’accord avec la France et cinq pays de la rive Sud de la Méditerranée - Egypte, Jordanie, Liban, Maroc et Tunisie - qui créent le Centre de Marseille pour l’intégration en Méditerranée (CMIM). Un an après sa création et un an avant l’audit de la Banque mondiale qui devra décider de sa pérennisation, l’occasion nous est donnée de revenir sur les activités de cette structure et sa place dans le dispositif international marseillais.

Le CMIM ne sort pas de nulle part. Entre 2004 et 2008, Marseille a accueilli une antenne de la Banque mondiale appelée KNA-MENA. Acronyme barbare qui désigne en fait son objet (Knowledge networks Agency - Agence pour le savoir et la mise en réseau de la connaissance) et sa cible géographique (Middle East and North Africa - Moyen-orient et Afrique du Nord). Il s’agit du bureau méditerranéen du ''World Bank Institut''' (WBI - Institut de la Banque mondiale), c’est-à-dire du volet expertise de la Banque - et non du volet prêt. L’objectif de l’Agence est d’identifier les besoins des pays du Sud de la Méditerranée et d’organiser des formations dans le secteur du renforcement institutionnel (capacity building dans le langage de la Banque).

Dans cette perspective, la ville se porte candidate pour offrir des locaux - la somptueuse bâtisse de la Villa Valmer -et accueille l’Agence de WBI qui y produit une expertise dans les domaines classiques de l’institution : la «bonne gouvernance», la formation des élites administratives et le développement urbain.

C’est ce dernier programme qui va prendre une importance décisive dans l’histoire de la présence de la Banque mondiale à Marseille dans la mesure où les enjeux urbains concentrent une attention croissante de la part des bailleurs de fond internationaux.

Très rapidement cependant l’Antenne est remise en question. Non pas tant par les acteurs locaux qui l’utilisent peu en dehors de l’habituel affichage - Il est certes chic de faire valoir auprès d’investisseurs étrangers la présence d’une organisation internationale, il l’est moins auprès du grand public pour qui la Banque mondiale est encore synonyme de grand méchant de la finance globale. Si la présence de l’Agence KNA-MENA est menacée en 2006-2007, ce n’est pas non plus en raison de la faiblesse de ses retombées en terme de projets - on a vu que ce n’était pas son objet-, mais parce que la Banque faisait face comme de nombreuses organisations internationales - et de nombreux États - à un souci d’économie. La spécificité marseillaise de la Banque mondiale - a pu passer pour une certaine incongruité.

L’échec d’une mission de préfiguration d’un outil plus opérationnel d’intervention sur les enjeux urbains a semblé sonner le glas de cette structure et il a fallu la convergence entre les programmes des Présidents Zoellick (le volet arabe de ses axes stratégiques) Sarkozy (la relance du partenariat euroméditerranéen et la création de l’Union pour la Méditerranée) pour rendre encore plus incongrue la disparition d’un centre de diffusion de l’expertise et de la connaissance dans un espace que l’on disait prioritaire et qui par ailleurs ne coûtait rien à la Banque - locaux mis à disposition, fonctionnaires nationaux détachés.

L’engagement de la Banque européenne d’investissement et de son vice-Président, de plus en plus Marseillais, Philippe de Fontaine-Vive aura fait le reste : le CMIM est créé. Détail mineur, mais révélateur de l’appropriation locale d’un projet international : la ville de Marseille, toujours propriétaire des locaux par ailleurs rénovés, a poussé jusqu’au bout pour que l’appellation conserve la présence de «Marseille». Problème insoluble de la traduction anglaise : essayez donc de dire Center for Mediterranean Integration en casant Marseille dedans. Un compromis est trouvé qui jongle entre les deux appellations.

14 programmes sont définis par le protocole qui portent sur cinq secteurs : développement urbain ; environnement et eau ; transport ; emploi et formation ; et innovation. Au-delà, des policy papers qui seront produits par la structure - 5 sont disponibles sur le site - celle-ci visera à construire une «culture institutionnelle commune», c’est-à-dire qu’elle sera également jugée à la capacité d’organiser le dialogue entre les institutions et les initiatives qui proviennent des acteurs locaux, nationaux ou mondiaux à destination de l’espace méditerranéen.

Ainsi, les 14 programmes sont portés chacun par une institution partenaire : l'Agence Française de Développement (AFD); la Banque Européenne d'Investissement (BEI), la Banque Mondiale, la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC), le Forum Euroméditerranéen des Institutions de Science Economiques (FEMISE), le Plan Bleu, le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD)... Reconnaissant à la fois la fragmentation, la redondance et la compétition entre les instituions et les initiatives, l’ambition du CMIM est d’introduire des process d’apprentissage mutuel entre les elles.

Sur ce plan-là, quelques incertitudes demeurent. La nomination d’un fonctionnaire de la Banque mondiale, Hans Karlson, à la tête du Centre a pu surprendre certains partenaires qui envisageaient une gouvernance plus ouverte. De même le projet de la Région PACA, en partenariat avec la DATAR, d’ouvrir sa propre plateforme de diffusion de l’expertise et de la mise en oeuvre de projets en Méditerranée dans le domaine de l’urbain pose la question de la possibilité d’émergence d’une mutualisation territorialisée des ressources expertes