Marseille est-elle capable de faire la fête ?
Par Nicolas Maisetti le dimanche 26 septembre 2010, 17:20 - Lien permanent
La 12ème
édition du Festival Marsatac s’est
achevée ce samedi et nul doute que les derniers concerts ont rassemblé encore
davantage de monde que jeudi (3 000 personnes) et vendredi (10 000). Atteignant
depuis l’édition 2007 la barre des 20 000 spectateurs et attirant l’avant-garde
de la scène hip-hop, puis électronique et rock locale et nationale, le succès
de la manifestation n’est plus à démontrer.
Profondément ancré dans le paysage culturel local et national, l’événement
est cependant toujours aussi peu soutenu par le pouvoir municipal. Après le J4,
la Cité Félix-Pyat, la recherche d’un lieu a constitué comme tous les ans le
feuilleton
de l’hiver. Le Palais des Sports et les quais du Port autonome avaient été
envisagés par la municipalité sans réellement associer les organisateurs du
Festival à la réflexion. « Marsatac à la rue », comme une antienne répétée
tous les ans, mais qui ne parvient pas à décourager les spectateurs toujours
aussi nombreux au fil des éditions. Les relations entre les organisateurs du
festival et la mairie sont devenues un révélateur continu de la prise en charge
politique d’un événement culturel à la fois exigeant et populaire, alors que se
profile 2013 et le label de Capitale européenne de la culture.
En avril, la ville et Marsatac concluent un accord qui prévoie
l’installation du Festival à la Friche de la Belle de mai. Polémique dans la
polémique : ce ne sont pas les organisateurs qui l’annoncent
officiellement, mais Maurice Di Nocera, l’adjoint délégué aux grands événements
(on remarquera le découplage entre les affaires culturelles délégués à Daniel
Herman et les grands événements) qui confirme une annonce du Secrétaire général
de la ville, Jean-Claude Gondard : Marsatac sera pérennisé sur ce
site.
Marsatac et la Friche de la Belle de Mai : système Friche et
nouveau territoire de l’art
Marsatac à la Friche, comme un retour à l’origine du projet du système Friche :
l’investissement par les acteurs culturels locaux d’un espace qui conserve les
traces d’un travail désormais parti, la reconquête d’un lieu capitalistique qui
devient territoire de l’art - le concept des Nouveaux Territoires de l’Art
(NTA) renvoie à un rapport
écrit par Fabrice Lextrait, administrateur de la Friche de la Belle de Mai,
pour le Ministère de la Culture en 2001. À Marseille, c’est soixante structures
associatives culturelles, trois cent à quatre cent personnes qui y travaillent
au quotidien, des artistes qui passent en résidence, en diffusion ou en
concert.
Un lieu
comme il en existe dans toute l’Europe du Nord depuis les années 1980, et qui
organisés derrière les TransEurope Halles
font valoir des expériences communes échappant au contrôle du pouvoir public et
tentant d’ancrer la culture dans la ville, à partir de ses espaces les plus
marginalisés. Le problème, c’est qu’en France, la densité du tissu
institutionnel culturel public a plutôt retardé le développement d’initiatives
individuelles. À Lyon, quand le pouvoir municipal tente de créer de toute pièce
son artopole, les Subsistances, dans une
ancienne caserne réhabilitée par la ville, les acteurs culturels ne se
précipitent pas franchement dans cette friche officielle instituée par le
haut.
À Marseille, le succès de la Friche de la Belle de Mai tient à
l’investissement initial des acteurs culturels locaux et à l’accompagnement de
la municipalité, en l’espèce Christian Poitevin, l’adjoint de Robert Vigouroux
à la culture. Il tient aussi à l’identité territoriale du quartier de la Belle
de Mai. Sa localisation arrière-portuaire a favorisé l’installation d’usines de
raffinement de sucres et d’allumettes. Au XIXème, le quartier est ouvrier et
peuplé d’immigrés italiens. Avec le déclin du système industrialo-portuaire, le
quartier change de nature. La manufacture ferme dans les années 1930 et devient
une friche industrielle jusque dans les années 1980 et l’arrivée des artistes.
Au milieu des années 1990, enfin, la manufacture est rachetée par la ville qui
y installe ses archives. Surtout, le quartier est intégré au périmètre de
l’opération Euroméditerranée qui décide d’y implanter un pôle média à côté du pole culturel
afin d’attirer les fameuses « classes créatives » et reprendre en
main la destinée d’un lieu à fort potentiel gentrificateur.
« Désordre urbain » : ancrage politico-social des arts de
la rue
Un autre événement culturel repose la question des rapports entre acteurs
culturels, pouvoirs publics et populations locales et interroge la capacité de
la ville « à faire la fête ». Dans le cadre du Festival
« Préavis de
désordre urbain », bénéficiant d’une subvention municipale de 3 000 euros,
une troupe a créé la panique dans le quartier des Cinq-Avenues. Selon La Provence, un Père
Noël armé d’une mitraillette en plastique s’est rendu au bureau de poste du
quartier « effrayant notamment une personne âgée ». Plus tard, la
police a du intervenir afin d’appréhender des filles dévêtues, allongées sur
les rails du tramway. Vérifications faites, il s’agissait de
performers appartenant successivement aux troupes d’Ornic’art et de Compagnie Terrain
Vague.
Les réactions des élus ont été directes. « ils ont fait peur aux
gens » (Eliane Zayan, conseillère municipale, déléguée aux arts de la
rue), « ils ont mis le feu dans le quartier. Un feu
thermonucléaire » (Bruno Gilles, maire des 4ème et 5ème
arrondissements ). L’édile interprète cet épisode comme le produit d’une
« inadéquation entre le quartier et le travail proposé » par
les artistes. Le CIQ de Vallier, Cinq-Avenue, Sébastopol le rejoint dans cette
analyse : « les gens ne sont pas encore tous prêts, à une époque
où les goûts sont quand même très standardisés. On souhaite pourtant animer le
quartier, créer des manifestations qui donnent l'occasion aux gens de se
rencontrer. On va d'ailleurs organiser le 9 octobre prochain, un grand marché
artisanal. »
La movida marseillaise... jusqu’à minuit
C’est dans ce contexte défavorable que Domique Vlasto propose de trouver un
site « pour créer une grande discothèque à ciel ouvert à
Marseille ». Cette idée se situe dans le droit fil de la comparaison avec
Barcelone, mais a suscité immédiatement des
réactions hostiles, non seulement de la part des riverains et des CIQ, mais
également des élus qui endossent dans un bel élan du jeu collectif cher à 2013
le
syndrome NIMBY (not in my back yards / pas dans mon jardin)
faisant écho à une récente manifestation organisée devant la mairie par les CIQ
qui souhaitaient dénoncer les nuisances sonores subis durant l’été.
Dans sa dernière édition consacré à 2013, le Ravi évoquait cette question de la résistance
anti-festive portée par les CIQ : « Nous ne sommes pas contre les
manifestations et les fêtes, mais il faut que cela reste dans le respect de la
vie de quartiers » déclare la présidente de la confédération, Monique
Cordier, qui met en avant la Fête
Bleue soutenu par les collectivités locales et la chambre de commerce en
juin dernier : « Il y avait des milliers de jeunes, mais à minuit
tout était fini. C’est une bonne heure ». La promesse d’une
« guerre des tranchées » à l’encontre de Bernard Latarjet et
de son équipe si cet exemple n’est pas suivi, sonne comme un rappel à l’ordre
pour les artistes appeler à rester cantonnés sur le site de la Belle de mai et
à limiter l’irrigation de la culture dans la ville à ce secteur.
Dans un morceau intitulé « Bus
de nuit », Massilia Sound Sytem chantait :
Pour ma part je crois important, pour une ville qui se dit Etre un lieu prépondérant, la capitale du midi De faire en sorte que les gens, du moins ceux qui en ont envie Avec un minimum d'argent, puissent bouger toutes les nuits.
C’était en 1991.
Photo : © Franck Pennant (voir le photo-reportage ici)
Commentaires
les pompiers avaient fixé la jauge maximale à 9500 et on ne peut pas imaginer qu'on dépasse cette limite (plus d'assurance en cas d'incident). Donc 3000 + 2x9500, cela fait 22000 personnes maximum ce qui rend le lieu un peu étroit pour un festival aussi réputé que Marsatac
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