Si on parle de Marseille, par exemple
Par Nicolas Maisetti le mercredi 25 août 2010, 15:16 - Lien permanent
" J'ai ressenti une
très grande peur aux dernières élections présidentielles (de 1988). Je me suis
dit que si Chirac était élu, j'irais vivre au Portugal, je ne voulais pas vivre
dans un pays qui ressemble à la Suisse. Le seul sang qui nous vienne, qui nous
nourrisse un peu, c'est le sang des immigrés. On commence à le reconnaître
aujourd'hui ; il faut le reconnaître encore davantage. Je peux tout autant
parler des Blancs, mais il est vrai que le sang de notre peuple, aujourd'hui
est noir et arabe. Je ne dis pas que cette réalité est définitive ; elle
est telle pour la génération que nous vivons. Le sang neuf naît de cette
présence des Noirs et des Arabes ; il ne naît pas de la France profonde
qui est le désert ; là, rien ne vit et, s'il se passe quelque chose, c'est
toujours à cause des immigrés. Si on parle de Marseille, par exemple, ce n'est
pas aux Blancs de Marseille qu'on fera allusion."
Bernard-Marie Koltès, Entretien avec Véronique Hotte, Théâtre Pubiic, novembre-décembre1988, repris in Une Part de ma vie, Entretiens (1983-1989), Minuit, p. 126-127.