A " J'ai ressenti une très grande peur aux dernières élections présidentielles (de 1988). Je me suis dit que si Chirac était élu, j'irais vivre au Portugal, je ne voulais pas vivre dans un pays qui ressemble à la Suisse. Le seul sang qui nous vienne, qui nous nourrisse un peu, c'est le sang des immigrés. On commence à le reconnaître aujourd'hui ; il faut le reconnaître encore davantage. Je peux tout autant parler des Blancs, mais il est vrai que le sang de notre peuple, aujourd'hui est noir et arabe. Je ne dis pas que cette réalité est définitive ; elle est telle pour la génération que nous vivons. Le sang neuf naît de cette présence des Noirs et des Arabes ; il ne naît pas de la France profonde qui est le désert ; là, rien ne vit et, s'il se passe quelque chose, c'est toujours à cause des immigrés. Si on parle de Marseille, par exemple, ce n'est pas aux Blancs de Marseille qu'on fera allusion."

Bernard-Marie Koltès, Entretien avec Véronique Hotte, Théâtre Pubiic, novembre-décembre1988, repris in Une Part de ma vie, Entretiens (1983-1989), Minuit, p. 126-127.