A La première quinzaine de juin a été l’occasion de voir ressurgir à Marseille le vocable des «affaires» et du «banditisme». Il n’est pas question de lier des affaires aussi diverses qu’un braquage, l’arrestation de présumés figures du miieu et une enquête judiciaire impliquant des proches d’élus. Toutefois, la dimension spectaculaire de ces événements et l’unité chronologique sont susceptibles de réactiver la «mauvaise réputation» de la ville dans la mesure où ils correspondent aux clichés régulièrement attachés. Cette séquence tombe mal pour les édiles et les élites économiques locale qui dépensent une énergie considérable pour changer l’image du territoire.

Lundi 31 mai, un commando de six personnes attaquent à l’arme lourde un fourgon de convoyeur de fonds contenant près de huit millions d’euros. La scène qui se déroule à proximité des bassins du radoub du port en fin de matinée est filmée par les badauds. Cent cartouches de kalachnikov sont retrouvés sur les lieux où aucun blessé n’est à déplorer. L’enquête s’oriente vers la piste du «banditisme de cité», le mode opératoire faisant davantage penser à un «braquage de bazar» plutôt qu’à des professionnels. Si cette hypothèse se confirme, la question sera de savoir comment les malfrats ont pu avoir accès aux explosifs et aux compétences pour les utiliser. Enfin, cette affaire bat en brèche la thèse du modèle d’intégration marseillais dont se se vante les élites politiques depuis les émeutes parisiennes de décembre 2005 : «La violence des cités est plus meurtrière que celle du banditisme classique, estime un ancien commandant de police de la brigade de répression du banditisme. Et le problème, c'est qu'on tend de plus en plus vers ce type de braquages. Les grandes équipes, corses notamment, sont aujourd'hui sous les verrous. La place est donc libre.»

Encore plus libre, peut-être, depuis l’arrestation des-dits «parrains marseillais» le 7 juin. Bernard Barresi, recherché depuis dix-huit, Michel et Gérard Campanella sont interpellés alors qu’ils s’apprêtaient à passer un après-midi en famille sur le yacht Atlas. Les perquisitions menées à la suite du coup de filet conduisent les enquêteurs à trouver 200 000 euros en liquide, des faux papiers, des armes, des montres de luxe, des véhicules... des indices qui pourraient permettre de prouver des irrégularités entre le train de vie et les revenus de personnes soupçonnées de rackets, d’exploitation de machines à sous et de blanchiments. L’opération ne s’est pas résumée au spectacle d’une arrestation sur des bateaux de luxe mais a impliqué au total une vingtaine interpellations, dont celle d’Alexandre Rodriguez, 25 ans, Président du directoire de la société éponyme de yacht de luxe, l’un des leaders du marché, et potentielle vitrine du croisiérisme marseillais, malgré des difficultés financières récentes qui semblaient avoir été surmontées.

Dernier épisode, Bakchich établit un lien entre un marché public de sécurité passé par le conseil général des Bouches-du-Rhône et Carole-Evelyne Serrano, la compagne de Bernard Barresi, également mise en examen après l’arrestation de ce dernier. Gérante de la boîte de sécurité Alba Sécurité, elle s’est vue attribuée le «gardiennage sureté sécrurité des sites déconcentrés du Conseil général». Si le contrat, qui a fait l’objet d’un appel d’offres, n’est pas visé par la justice, ces liens s’ajoutent à l’affaire qui secoue le Conseil général depuis plus d’un an. À ce propos, un proche d’Alexandre Guérini, Eric Pascal, dirigeant d’une entreprise de ramassage d’ordures - Quayras - a été mis en examen cette même semaine dans le cadre de l’enquête relative aux marchés publics des ordures.

On le comprend rien ne relie ces épisodes et rien n’indique que le contrat passé entre le Conseil général et «Mme Barresi» soit entaché d’irrégularité. Ils posent néanmoins le problème de la réactivation des images négatives qui collent à Marseille et sont susceptibles de pénaliser l’attractivité du territoire tant recherché.

Comme le suggère un membre d’une institution publique locale travaillant sur cet aspect :

« L’image pour l’international c’est essentiel, parce qu’il faut être attractif. Rayonner, c’est une chose, mais pour rayonner, il faut être attractif. (...). Et ça participe de la perception de Marseille. Les gens qui viennent de loin, la perception de Marseille, c’était quoi ? C’était toujours la même. Les Marseillais, à tort, en plus ont souffert de la perception French connection, Spirito, Carbone, Borsalino. Mais Marseille, ce n’est plus ça, aujourd’hui, ce n’est plus ça du tout.»

Photo : François Spirito et Paul Carbone