Retour aux affaires
Par Nicolas Maisetti le dimanche 13 juin 2010, 13:25 - Lien permanent
La
première quinzaine de juin a été l’occasion de voir ressurgir à Marseille le
vocable des «affaires» et du «banditisme». Il n’est pas question de lier des
affaires aussi diverses qu’un braquage, l’arrestation de présumés figures du
miieu et une enquête judiciaire impliquant des proches d’élus. Toutefois, la
dimension spectaculaire de ces événements et l’unité chronologique sont
susceptibles de réactiver la «mauvaise réputation» de la ville dans la mesure
où ils correspondent aux clichés régulièrement attachés. Cette séquence tombe
mal pour les édiles et les élites économiques locale qui dépensent une énergie
considérable pour changer l’image du territoire.
Lundi 31 mai, un commando de six personnes attaquent à l’arme lourde un
fourgon de convoyeur de fonds contenant près de huit millions d’euros. La
scène qui se déroule à proximité des bassins du radoub du port en fin de
matinée est filmée par les badauds. Cent cartouches de kalachnikov sont
retrouvés sur les lieux où aucun blessé n’est à déplorer. L’enquête s’oriente
vers la piste du «banditisme de cité», le mode opératoire faisant davantage
penser à un «braquage de bazar» plutôt qu’à des professionnels. Si cette
hypothèse se confirme, la question sera de savoir comment les malfrats ont
pu avoir accès aux explosifs et aux compétences pour les utiliser. Enfin, cette
affaire bat en brèche la thèse du modèle d’intégration marseillais dont se se
vante les élites politiques depuis les émeutes parisiennes de décembre
2005 : «La violence des cités est plus meurtrière que celle du banditisme
classique, estime un ancien commandant de police de la brigade de répression du
banditisme. Et le problème, c'est qu'on tend de plus en plus vers ce type de
braquages. Les grandes équipes, corses notamment, sont aujourd'hui sous les
verrous. La place est donc libre.»
Encore plus libre, peut-être, depuis l’arrestation
des-dits «parrains marseillais» le 7 juin. Bernard Barresi, recherché depuis
dix-huit, Michel et Gérard Campanella sont interpellés alors qu’ils
s’apprêtaient à passer un après-midi en famille sur le yacht Atlas. Les
perquisitions menées à la suite du coup de filet conduisent les enquêteurs à
trouver 200 000 euros en liquide, des faux papiers, des armes, des montres de
luxe, des véhicules... des indices qui pourraient permettre de prouver des
irrégularités entre le train de vie et les revenus de personnes soupçonnées de
rackets, d’exploitation de machines à sous et de blanchiments. L’opération ne
s’est pas résumée au spectacle d’une arrestation sur des bateaux de luxe mais a
impliqué au total une vingtaine interpellations, dont celle d’Alexandre
Rodriguez, 25 ans, Président du directoire de la société éponyme de yacht
de luxe, l’un des leaders du marché, et potentielle vitrine du croisiérisme
marseillais, malgré des difficultés financières récentes qui semblaient avoir
été surmontées.
Dernier épisode, Bakchich
établit un lien entre un marché public de sécurité passé par le conseil général
des Bouches-du-Rhône et Carole-Evelyne Serrano, la compagne de Bernard Barresi,
également mise en examen après l’arrestation de ce dernier. Gérante de la boîte
de sécurité Alba Sécurité, elle s’est vue attribuée le «gardiennage sureté
sécrurité des sites déconcentrés du Conseil général». Si le contrat, qui a fait
l’objet d’un appel d’offres, n’est pas visé par la justice, ces liens
s’ajoutent à l’affaire
qui secoue le Conseil général depuis plus d’un an. À ce propos, un proche
d’Alexandre Guérini, Eric Pascal, dirigeant d’une entreprise de ramassage
d’ordures - Quayras - a été mis en examen cette même semaine dans le cadre de
l’enquête relative aux marchés publics des ordures.
On le comprend rien ne relie ces épisodes et rien n’indique que le contrat
passé entre le Conseil général et «Mme Barresi» soit entaché d’irrégularité.
Ils posent néanmoins le problème de la réactivation des images négatives qui
collent à Marseille et sont susceptibles de pénaliser l’attractivité du
territoire tant recherché.
Comme le suggère un membre d’une institution publique locale travaillant sur
cet aspect :
« L’image pour l’international c’est essentiel, parce qu’il faut
être attractif. Rayonner, c’est une chose, mais pour rayonner, il faut être
attractif. (...). Et ça participe de la perception de Marseille. Les gens qui
viennent de loin, la perception de Marseille, c’était quoi ? C’était
toujours la même. Les Marseillais, à tort, en plus ont souffert de la
perception French connection, Spirito, Carbone, Borsalino. Mais Marseille, ce
n’est plus ça, aujourd’hui, ce n’est plus ça du tout.»
Photo : François Spirito et Paul Carbone