A À l’heure du Grand Paris et de la réforme des collectivités territoriales, l’idée de la morphologie métropolitaine de Marseille refait l’objet de débats au sein des acteurs politiques et économiques locaux.


Bien sûr, l’idée n’est pas neuve et l’histoire connue : les «métropoles d’équilibre» du Général de Gaulle, le refus de Defferre de constituer une communauté urbaine incluant les villes communistes de l’agglomération, le découplage entre la ville-centre et ses périphéries, le retard pris sur les modèles lillois, bordelais et lyonnais, la concurrence interterritoriale qui s’organise sur des aires géographiques intégrées plus vastes...

Quarante ans plus tard, l’enjeu du «Grand Marseille» réapparaît sur l’agenda politique local - et national - et on peut se demander si les termes ont vraiment changé.

Certes, Marseille s’est dotée en 2001 d’une communauté urbaine regroupant 18 communes pour un peu plus d’un million d’habitants. Chargée des compétences en matière de développement économique et d’aménagement urbain, elle est devenue le siège du pouvoir local au moins en ce qui concerne la production des politiques publiques.

En effet, le maire concerne les attributs de la souveraineté et de la légitimité municipale en dépit de sa perte d’influence réelle sur la conduite des affaires locales. En outre, la constitution de Marseille Provence Métropole n’a pas résolu le problème de la fragmentation politico-institutionnelle de l’agglomération tandis que les écarts entre la métropole technique (celle des déplacements liées au travail, au loisir et à l’habitat) et sa réalité juridique se sont accrus.

C’est pour répondre à ces deux types d’enjeux (alignement des structures institutionnelles sur les réalités politiques, d’une part et économiques, d’autre part) que les élus s’emparent de la question du «Grand Marseille» profitant du contexte national relatif aux futures dispositions prévue par la loi sur les collectivités territoriales.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce débat fait resurgir les vieux démons de la politique marseillaise. Les maires des petites communes s’inquiètent des conséquences de la création d’un « nouveau monstre administratif qui bride les communes et les vide de leur autorité ». À Aubagne, on organise un référendum consultatif pour savoir si « oui ou non, (les habitants souhaitent que) la commune (soit) absorbée dans la future métropole de Marseille ». On réactive la peur de l’impérium métropolitain marseillais. À Aix, on prévient qu’ « un ensemble autour de Marseille qui irait de l’étang de Berre jusqu’à La Ciotat et au Pays d’Aix, est envisageable seulement si les intercommunalités existantes conservent leur périmètre et leurs compétences ». Le « seulement » est important pusqu’il signifie que cet ensemble est... inenvisageable.

À Marseille, chacun y va de son périmètre. Pour Renaud Muselier, fondateur de l’association « Pensons le Grand Marseille » celui-ci irait jusqu’à Lyon. Pour Eugène Caselli, l’actuel Président (sans majorité) de la Communauté urbaine, il s’agit avant tout de corriger les effets d’archipel issus du découpage de 2001, mais se montre avant tout prudent au moment d’entamer les négociations avec les maires et les représentants des autres agglomérations. Quant à Jean-Noël Guérini, il se fait pour le moment discret, s’efforçant surtout de combattre la réforme présentée au Parlement, à partir de son mandat de sénateur. Néanmoins, le lancement du syndicat mixte des transports il y a tout juste un an préfigure la méthode employée par le Président du département : dessiner les contours d’une métropole fonctionnelle capable d’entraîner un alignement institutionnel et dépasser ainsi les conflits politiques.

Les choses s’accélèrent néanmoins. La semaine dernière, plusieurs réunions publiques ont permis de voir se dessiner certaines lignes de tension. L’Union pour les entreprises des Bouches-du-Rhône ont, sans surprise, plaidé pour une intégration fonctionnelle, fustigeant les blocages politiques.

Surtout, initiée par Renaud Muselier, une « Agora sur le Grand Marseille » s’est tenue vendredi dernier au Parc Chanot en présence du Ministre de l’économie, du préfet, d’un conseiller du Président Sarkozy...

À l’issue de cette rencontre, rien ne permet de dessiner les contours du futur « Grand Marseille », si ce n’est qu’il est devenu essentiel pour ces acteurs de ne pas apparaître comme les bâtisseurs d’un «Marseille en plus grand» qui ont précipité les échecs précédents et qui fabriquent les ressentiments futurs.

Si cette orientation devait se confirmer, elle pourrait être porteur d’une profonde recomposition du système politique local, en redistribuant les modalités qui organisent jusqu’à présent l’échange politique territorial. Enfin, elle pourrait favoriser l’émergence de nouveaux projets associant des acteurs, des institutions et des territoires sur des échelles à la fois plus variables et plus vastes, à l’image de la candidature à la Capitale européenne de la culture. Néanmoins, sur ce dossier comme sur d’autres, le « jouer collectif », cher à Jacques Pfister, le Président de la Chambre de commerce, est loin d’être stabilisé.

Crédit Image /Carte : AGAM