A Quelques jours après l’annonce du report du Sommet des chefs d’État et de gouvernement de l’Union pour la Méditerranée (UpM), la co-Présidence franco-égyptienne a réuni, hier, bailleurs de fonds et investisseurs privés à Marseille.

Pour la Cellule de l’Élysée et son patron, Henri Guaino, l’objectif de la manifestation était de montrer la vitalité de l’initiative sur le plan des projets concrets contrastant avec ses blocages politiques. Pour la Chambre de commerce marseillaise (CCIMP), l’opportunité était belle de souligner la centralité de la ville dans les échanges euro-méditerranéens ; une manière de matérialiser les ambitions des élites politiques et des experts selon lesquelles Marseille est sensée jouée le rôle de «plate-forme d’ingénierie financière et technique» de la zone, laissant à Barcelone, celui de vitrine institutionnelle.

Le plateau

Du beau monde s’était déplacé au Palais de la Bourse : des Ministres français et égyptien ; un Commissaire européen et un haut fonctionnaire d’EuropeAid ; le Secrétaire général de l’UpM ; des représentants de la BEI et d’autres bailleurs de fonds publics (AFD, Banque mondiale, OCDE, INGD) et privés ; des représentants du patronat des deux rives ; des experts.

Une journée organisée en deux temps : les grands discours de cadrage le matin vantant le «bilan» (sic) et les perspectives du projet et les ateliers thématiques l’après-midi portant sur les domaines «concrets» de la coopération dans la région (investissement et financement de projets, énergie, transports et développement urbain, eau et environnement, développement économique des entreprises, développement humain et social).

Les discours

Le discours des décideurs politiques et économiques convergeaient sans surprise pour souligner les potentialités d’investissements en Méditerranée et la maintien de son attractivité due à une croissance supérieure de 6 points entre les pays de l’UE (-4,3%) et ceux du Sud (+2,3%). Quid des problèmes politiques (insécurité juridique, conflits frontaliers au Maghreb, blocage au Proche-Orient, incertitudes au Levant) ? «Largement surévalué» selon le MEDEF qui rappelle les bons classements du Maroc, de la Jordanie et de l’Egypte en termes d’audit et de sécurisation des transactions.

Le Ministre français du Commerce édicte la méthode, devenue lieu commun du partenariat euro-méditerranéen post-Barcelone : «nous ne tentons pas d’approche trop politique (souligné par nous), mais essayons de traiter les questions de façon bilatérale» et loue, au passage, l’approche des collectivités locales dans le cas de la gestion du problème lié à la LFC algérienne. Plus précis et plus incisif, Henri Guaino refuse de voir l’UpM «l’otage pour résoudre les problèmes politiques. La politique a été un moyen d’impulsion, elle est également une difficulté à résoudre».

On se souvient alors de la formule de Jean-Claude Gaudin dans sa conception, certes improvisée, de la diplomatie décentralisée :

«Nous ne souhaitons en aucun cas nous substituer aux États, quoi que nous ne ferions pas plus mal» (tenue lors du 1er Forum des Autorités Locales et Régionales, Marseille, 28 mai 2008) ;

et de celle, davantage formalisée, de Michel Vauzelle :

«Je fais de la diplomatie participative quand je dis à l’Etat ‘nous ne nous occupons pas des questions sensibles, nous vous les laissons : Palestine, Israël, Algérie, Sahara… Nous nous occupons des petites choses comme l’eau, les forêts…’ Nous tissons graduellement des liens entre le monde des affaires, les universitaires, les étudiants, les jeunes, les athlètes, les techniciens» (Entretien avec Michel Vauzelle, propos recueilli par Bruno Etienne et Thierry Fabre, La Pensée de midi, 21, avril 2007, pp. 110).

 Les annonces

À entendre les annonces, il semble qu’en attendant les projets et l’ouverture du dialogue politique, les fonds ne manquent pas en Méditerranée.

Alors que la BEI, la Caisse de dépôts et de consignation lancent InfraMed pour financer les projets d’infrastructure (doté de 385 millions d’euros et devant mobiliser 1 milliard d'euros à terme, la BEI, cette fois associée à l’AFD, ont créé un Fonds d’Amorçage de Réalisation et d’Orientation (FARO) destinée à aider les entreprises à s’implanter en Méditerranée (1 million d’euros). Ces initiatives complètent un dispositif composé de la Facilité d’investissement de soutien en Méditerranée (FISEM, 250 millions d’euros), de la Facilité euro-méditerranéenne d’investissement et de partenariat (FEMIP, environ 10 milliard d’euros depuis son lancement en 2002), sans oublier les financements issus des programmes opérationnels européens inscrits dans le cadre de la Politique de Voisinage (IEVP Bassin méditerranée, 173 millions pour la période 2007-2013).

Nonobstant les différences en termes de volume, d’acteurs et d’objectifs de ces fonds, l’addition, forcément trompeuse, de ces financements s’élève à 1,650 milliards d’euros (certes essentiellement dus à la FEMIP). Par ailleurs, gageons que ces financements ne concernent que les bailleurs de fond du Nord et occultent donc les montants investis par les fonds souverains du Golfe.

Ces derniers ne sont pas pour autant oubliés par les promoteurs de l’UpM. Christine Lagarde a ainsi tenté «une approche du Qatar pour un milliard» et Henri Guaino souhaité la bienvenue à tous les financements.

On peut néanmoins supposer que le rapport sur le cofinancement en Méditerranée qui sera prochainement remis par Charles Millaud au Président de la République cherche à structurer ces logiques et à coordonner ces institutions. La proposition de l'ancien Président du directoire des Caisses d'Épargne et de l'actuel adjoint au maire de Marseille chargé des relations économiques internationales, viserait à créer un nouvel établissement au sein duquel la BEI deviendrait l'actionnaire principal et qui serait appeler à exercer les missions de la FEMIP.

Et Marseille ?

Ne se contentant pas d’être les hôtes de la réunion, le réseau informel des experts locaux internationalisés (Institut de la Méditerranée, Anima, CMIM, Euromed Management) a décidé la création - encore une - d’un «Office de coopération économique pour la Méditerranée et les pays du Golfe». Par ailleurs, toujours en marge du For’UM, la CCIM a signé un accord de coopération avec son homologue milanaise.

Le For’UM n’a donc pas été qu’un contre-feux diplomatique à l’échec de la réunion de Barcelone - même si à en croire la Cellule de l’Élysée, le report n’est pas un échec, «bien au contraire» -, il a été l’occasion pour Marseille, c’est-à-dire, les acteurs et les institutions politiques et économiques du territoire, de consolider leur légitimité à intervenir sur ses sujets et à jouer un rôle de facilitateur du dialogue. En somme, d’être cette interface opérationnelle entre les deux rives.

Pour plus d'information sur le For'UM, voir les articles disponibles sur Econostrum.