A C'était dans l'air du temps depuis un moment, c'est désormais officiel : le sommet de l'Union pour la Méditerranée (UpM) n'aura pas lieu. Du moins, pas le 7 juin et pas à Barcelone qui exerce la Présidence de l'Union européenne (UE). En langage diplomatique, le sommet n'est pas annulé, mais "reporté" à novembre. Le temps assure la Présidence égyptienne et le gouvernement espagnol - et la France qui exerce pourtant encore la co-Présidence ? - de "donner du temps aux pourparlers indirects" avant donc, si l'on comprend bien, de donner une chance au dialogue direct.

Il nous revient à l'esprit la phrase d'Henri Guaino lors du lancement de l'UpM, phrase qu'il répétait souvent l'année dernière lorsque les ennuis commençaient à s'accumuler sur son projet : "le vrai bilan de l'UpM sera dressé deux ans après son lancement". Deux ans, on y est.

Du côté du dialogue politique, les Ministérielles se sont annulées les unes après les autres, la guerre de Gaza ayant empêché tout contact entre Palestiniens et Israéliens. En ce qui concerne, la mise en œuvre de projets "concrets", les financements sont toujours attendus comme une réponse à une autre antienne d'Henri Guaino "la définition des projets d'abord, le montant des financements après".

Par ailleurs, la Commission européenne a bien d'autres préoccupations en matière de politique étrangère et méditerranéenne que d'alimenter la dynamique d'une UpM auquelle elle n'a jamais cru. Catherine Ashton est en train de mettre en place le grand service diplomatique de l'UE supposé remplacer les anciens découpages administratifs (DG Relex, AidCo, EuropAid...). Les arbitrages sur la politique méditerranéenne qui sont en train de se tenir sont probablement plus décisifs que les soubresauts de l'UpM. Au côté de ces enjeux bureaucratiques, demeure les négociations qui s'ouvrent sur le cadre budgétaire de la période 2014-2020. Assistera-t-on à un rééquilibrage de la Politique de Voisinage entre l'Est et l'Ouest ? Verra-t-on se concrétiser - ou s'initier - l'idée de macro-région aux échelles de la Méditerranée comme nous le suggérions dans un précédent billet ?

La primauté de ces enjeux sur l'avenir de l'UpM ne signifie pas qu'il faille dénier à ce projet toute résonance politique. En premier lieu, le grand mérite de l'initiative sarkozyste aura été de braquer les projecteurs sur cette région. Finalement, il s'agissait moins de relancer le Processus de Barcelone - l'UpM est, à cet égard, enlisée dans les mêmes contradictions et les mêmes impasses - que d'inscrire cette région sur l'agenda stratégique de l'UE, des bailleurs de fond et des investisseurs privés. Certes, la Banque mondiale ou les fonds souverains du Golfe n'ont pas attendu le discours de Toulon pour financer des projets, l'Europe l'a peut-être attendu davantage.

Deux ans après son lancement, de l'UpM, il reste des structures institutionnelles chargées de financer des projets mais qui se trouvent privées à la fois de financement et de projets. On peut se demander à l'infini quelles sont les raisons qui ont précipité son échec : ambition franco-française ; opposition allemande à la maquette initiale qui aurait pourtant favorisé les coopérations renforcées ; situation géo-politique pour le moins instable au Proche-Orient ; cadre juridique imprécis et articulation avec les politiques européennes incertaine...
Il n'en demeure pas moins que les échecs répétés des projets institutionnels intergouvernementaux ne parviendront pas à tuer l'idée selon laquelle la coopération en Méditerranée demeure une ardente obligation pour la paix, la sécurité et la prospérités sur les deux rives.

Lieux communs sans aucun doute. Tellement communs qu'aucune réponse n'a pu être apporté et trop peu de progrès enregistrés depuis le lancement de la première initiative européenne dans cette région, la Politique méditerranéenne globale. C'était en 1972.