A À l’issue de la deuxième édition du Forum des autorités locales et régionales de la Méditerranée qui s’est tenue à Barcelone au début de ce mois, les élus locaux et régionaux des deux rives ont adopté une Déclaration finale qui contient, sans surprise, un appel à une meilleure association des collectivités locales dans la poursuite de la mise en œuvre de l’Union pour la Méditerranée et dans la perspective des négociations de la programmation des fonds européens pour la période 2014-2020.

À ce sujet, la Déclaration encourage le Conseil européen à instaurer le concept de macro-région en Méditerranée, appelé à «renforcer le programme de coopération transfrontalière par bassin maritime associant les fonds FEDER et IEVP».

À ce jour, deux programmes européens distincts sont déployés en direction de la Méditerranée. Le Programme Med obéit à l’Objectif Coopération territoriale européenne et se déploie sur la rive Nord de la Méditerranée. Successeur des programmes Interreg, il est financé par les fonds FEDER. Le second programme, IEVP Bassin Maritime, s’inscrit dans la Politique européenne de voisinage, et non dans la Politique régionale, puisqu’il ne concerne que la rive Sud.

La Région Paca, autorité unique de gestion (AUG) du Programme Med - c’est-à-dire qu’elle héberge une équipe chargée de coordonner la mise en oeuvre des appels à projets - souhaite rompre avec la dichotomie entre deux initiatives parallèles en faisant la promotion d’une macro-région qui permettrait d’englober sous un programme unique les deux rives de la Méditerranée. Ainsi, elle a mis en place un Bureau de Liaison, située à Valence en Espagne, dont la mission est d’être le point de contact entra l’AUG du Programme Med et l’AUG du programme IEVP Bassin Maritime (la Région Sardaigne).

La macro-région est une expérience née autour de la Mer Baltique. L’idée des États-membres concernés (Pologne, Allemagne, Danemark, Suède, Finlande, Estonie, Lituanie et Lettonie) qui ont soumis l’initiative au Conseil, est de mettre en place une stratégie globale sur une région transnationale à partir des problèmes spécifiques qu’elle pose, quitte à sortir du cadre institutionnel des programmes européens supposés s’appliquer à toutes les zones en fonction des critères d’éligibilité. La macro-région modifie donc le sens de la territorialisation des programmes européens tels qu’ils sont traditionnellement définis par la politique régionale.

Dans sa Communication sur la Stratégie de l’UE à l’égard de la région de la Mer Baltique, la Commission s’enorgueillit de proposer pour « la première fois (...) ce type de stratégie globale à l’échelle d’une macrorégion Cette stratégie pourrait en inspirer d’autres dans des régions comme la Méditerranée ou le bassin du Danube. Elle constitue notamment une première étape dans l'application régionale de la politique maritime intégrée de l’Union. »

La macro-région est donc une nouvelle vision politique de l’Europe dans la mesure où elle entend territorialiser la mise en oeuvre des projets sur des bases trans-régionales. Elle ne correspond donc pas à l’antienne promue par l’Europe des Régions qui portait sur l’agencement de la subsidiarité de l’Europe au profit des peuples et des autorités régionales au sein de chaque État-membre.

L’un des principes de cette dynamique naissante est d’adapter les transferts institutionnels européens en fonction des spécificités géographiques propres aux «petites patries» européennes appartenant à différents États-nations.

Le problème posé par l’application du principe macro-régional en Méditerranée est qu’il implique la participation d’un nombre conséquent d’États non membres de l’UE. Certes, en ce qui concerne la Baltique, la macro-région prévoit des modes de coopération avec la Russie, la Norvège et l’Islande. En Méditerranée, il s’agit d’adapter ce schéma sur une base paritaire entre États-membres et pays-tiers - comme le tente avec difficultés l’Union pour la Méditerranée, bien que celle-ci reste pour l’heure dépourvu d’outils de financement et plombé par l’absence de dialogue politique.

La macro-région en Méditerranée, dont une formalisation est proposée par l'Institut de la Méditerranée, si elle se réalise, devrait être capable de fusionner les instruments financiers et juridiques, ainsi que l’inspiration qui président aux programmes de la politique régionale et de la politique voisinage. En somme, parvenir à organiser au Sud, l’intégration sans l’élargissement.

Pour l’heure, on ignore la réaction de la Commission à cette proposition d’étendre les politiques européennes au Sud dans le contexte confus des négociations de la programmation 2014-2020 et de la constitution du service de politique étrangère de Lady Ashton.