A Se rendre à Barcelone avec à l’esprit les comparaisons établies par les élites marseillaises est aux premiers abords un peu déroutant.

Juste avant l’atterrissage, on aperçoit une vaste étendue de porte-conteneurs qui contrastent avec la maigreur des Bassins est de la Joliette. Puis, en parcourant la ville ce ne sont pas les contrastes avec Marseille qui sautent aux yeux, mais les frontales oppositions.

Clichés contre clichés. Canebière contre Remblas ; Gaudi contre Haussman ; plaisance contre pêcheur ; puissance contre dénuement.

On comprend mal, dès lors, comment Barcelone est parvenue à devenir pour les responsables politiques et les acteurs du marché marseillais non pas une référence, mais un modèle à copier, un concurrent à dépasser.

On le comprend mieux si l’on considère la fabrique de Barcelone comme une projection idéal-typique du « nouvel esprit de Marseille ». La séparation sur trois sites, proches mais distincts, des activités portuaires - croisière, transports de passagers, stockage et circulation de la marchandise - fait penser aux discours marseillais relatifs à la séparation J4, Joliette et Fos.

L’utilisation du patrimoine architectural, la focale touristique et tertiaire du développement économique de la ville, les phénomènes de gentrification qui semblent ici pratiquement aboutie, la capacité à revendiquer avec succès l’attraction de centres de décision institutionnelle et d’« événements » dont chaque coin de Carrere vante la prochaine tenue constituent le programme de développement urbain marseillais. Les Volem un Barri Digne affiché sur les fenêtres des habitants du Barcelone gothique comme un encouragement au «nettoyage» du quartier ferait pâlir d’envie les promoteurs de Marseille-République qui se heurtent aux «J’y suis, j’y reste» des habitants de l’hyper-centre.

Il ne s’agit pas, dans ce billet, de céder à la tentation de la comparaison. Avant d’y séjourner brièvement, nous ne savions rien d’autres de Barcelone que ce qui est répété par les élites marseillaises ou ce qui relève du sens commun - le prisme identitaire catalan, la prospérité, l’autonomie.

Ce qui frappe à la visite rapide, c’est l’écho des discours et des projections marseillaises sur la morphologie urbaine barcelonaise. Si Marseille n’est en rien comparable à Barcelone - une évidence qui n’a pas encore été rappelée : si la majorité de la population barcelonaise n’est pas catalane, très peu de minorités visibles dans les Remblas - les élites marseillaises envisagent Barcelone comme un futur Marseille.

L’enjeu des urbanistes et des aménageurs, tel qu’il se laisse à voir dans les plaquettes d’Euroméditerranée par exemple, confond volontairement présent et avenir. Parler de Marseille en 2030 en utilisant le présent de l’indicatif rend en actes déjà produits des concrétisations à venir. Cette subtilité permet de répondre à la critique de l’absence de réalisation concrète d’un projet de grande ampleur aux perspectives lointaines. Elle rend présent ce qu’il est supposé advenir à Marseille. Comme une Barcelone projetée.