Les Régions et l’Europe
Par Nicolas Maisetti le jeudi 18 février 2010, 12:17 - Lien permanent
À moins
d’un mois des élections régionales, les enjeux de la campagne s’éclaircissent
un peu. Selon les observateurs et les acteurs politiques, ils sont nationaux -
qui de l’UMP ou du PS sortira en tête ? Le Président Sarkozy sera-t-il
affaibli par le scrutin ? Quid de l’état du Front national ? de la
recomposition de l’extrême-gauche ?.... - ou locaux - quelle sera l’identité de
celui qui prendra la tête de la région ?
Déplaçons le regard un instant vers un enjeu de campagne jamais évoqué par
les candidats et qui ne produit pas moins d’effets sur l’avenir des
régions : leur place en Europe et le dialogue entretenu avec les
institutions communautaires.
Le projet de réforme des collectivités territoriales n’évoque l’Europe qu’à
demi-mot, aucune des 20 proposition du rapport
Balladur n’en fait référence. Pourtant, les autorités régionales sont
confrontées à un tournant dans leur rapport à l’Europe.
Depuis les années 1980, l’Union européenne, pour les régions, se résumait à
un guichet finançant des dépenses de développement et d’aménagement. Même si
elles n’ont pas complètement disparu, les élargissements successifs ont conduit
à un tarissement de ce type de ressources pour les régions
françaises.
Parallèlement, et décentralisation aidant, le droit communautaire a
directement porté sur des compétences relevant des collectivités locales et
régionales. Le rapport des régions à la norme, non pas seulement lors de sa
digestion, mais également dès la phase de fabrication a considérablement évolué
depuis une dizaine d’années. Les régions sont directement branchées sur
l’Europe sans que l’on en parle.
Afin d’illustrer ce commentaire, aperçu rapide des relations entre l’Europe
et la région Paca.
Les fonds structurels
En matière de gestion des programmes européens, le Conseil régional dispose
d’une Mission Europe chargée du pilotage, de l’animation et de la coordination
des programmes auxquels la Région participe. Pour la période de programmation
2007-2013, les fonds européens accordés à la Région sont en effet directement
gérés par chacune des Directions opérationnelles concernées et non par la
Mission Europe. Cette gestion décentralisée du financement de la coopération
européenne est ainsi l’aboutissement d’une évolution qui a vu progressivement
les bureaux des relations internationales des collectivités locales irriguer
les autres services et visant à l’appropriation progressive d’une culture
administrative européenne commune.
Pour la période de
programmation 2007-2013, la Région PACA est impliquée dans onze Programmes
Opérationnels (PO) pour un montant total supérieur à un milliard
d’euros.
Les PO les plus importants financièrement relèvent de l’Objectif de
compétitivité régionale (FEDER, 302 millions d’euros), de l’Objectif emploi
(FSE 285 millions d’euros), et de l’Objectif développement rural (FEADER, 104
millions d’euros).
Les autres concernent des programmes interrégionaux, tels que le PO
interrégional Massif des Alpes (35 millions d’euros) et le PO plurirégional
Rhône (35 millions d’euros). Le PO pêche atteint, pour sa part, 2,5 millions
d’euros. Enfin, quatre PO sont liés à l’Objectif Coopération territoriale
européenne : le programme transfrontalier ALCOTRA (150 millions d’euros)
entre la France et l’Italie ; le programme transnational MED (193 millions
d’euros) pour lequel la Région assume l’Autorité Unique de Gestion,
c’est-à-dire un rôle de coordination nationale des projets ; le programme
transnational ESPACE ALPIN (98 millions d’euros) ; le programme
interrégional IV C, pour lequel la Région assure la mission de coordination des
treize régions du sud de la France.
Enfin, PACA est partie prenante du programme de l’Instrument européen de
voisinage et de partenariat pour le Bassin maritime Méditerranéen d’un montant
total de 172 millions d’euros – qui remplace les anciens fonds MEDA prévus par
le Processus de Barcelone.
Les normes européennes en Région - La Région à
Bruxelles
Le tournant de l’attitude régionale à l’égard de l’Europe est constitué par
l’échec du référendum sur le Traité constitutionnel européen en 2005. Un
constat a été fait au niveau de l’administration centrale que la position de
l’État sur les enjeux européens n’était pas toujours relayée par les discours
des autorités locales qui pouvaient utiliser l’Europe comme le bouc émissaire
de difficultés exogènes.
A contrario, les régions n’étaient impliquées ni dans le processus
décisionnel européen, ni dans les négociations interministérielles dégageant
les positions françaises à défendre à Bruxelles. Les conséquences de cette
situations sont nombreuses : affaiblissement des positions françaises
vis-à-vis de l’UE, faible légitimité de normes européennes contestées
localement, crédibilité mauvaise de l’Europe vis-à-vis du citoyen.
L’exemple le plus connu de ces couacs fut l’infraction relative à
l’intercommunalité. En l’espèce, l’État français et les autorités locales se
retrouvaient pour contester la vision libérale européenne de l’intercommunalité
supposée se plier aux règles du marché intérieur, mais chacun plaidait la cause
avec des argumentaires juridiques différents et parfois contradictoires si bien
que la position française ne pouvait être défendue... car elle n’existait
pas.
Afin de résoudre ce problème, un double mouvement est engagé : une
association croissante des élus locaux et régionaux aux discussions
interministérielles, d’une part, et une mobilisation accrue de ces élus en vue
d’exercer un lobbying sur les institutions communautaires, d’autre
part.
En ce qui concerne le premier volet, le Président Chirac a lancé le
mouvement en 2005 lors de la
Conférence des ambassadeurs en appelant à la « concertation »
avec les collectivités locales sur les questions européennes. Il s’agissait de
compléter le dispositif de négociations horizontales et sectorielles -
Ministère par Ministère - par des cycles de négociations verticales - État -
régions.
La cellule chargée de mener à bien ce travail est située au sein du Secrétariat générale des
affaires européennes, rattaché au Premier Ministre. Celle-ci s’appuie
désormais non pas sur des relations bilatérales avec les Présidents de région,
mais sur des réseaux constituées par les associations d’élus : AMF, ADF,
ARF pour ne citer que les plus importantes.
En ce qui concerne la région Paca, son Président Michel Vauzelle, a fait le
choix de s’appuyer sur un réseau lui permettant de défendre un positionnement
stratégique : en l’espèce la Commission Interméditerranéenne de la Conférence
des Régions Périphériques et Maritimes, qu’il préside. Il utilise ce
réseau, non seulement pour intervenir, sur des négociations nationales relevant
des enjeux régionaux méditerranéens dans le cadre du schéma du two level
game (négociation nationale > élaboration d’une position commune >
négociation intergouvernementale), mais également pour défendre directement ses
positions à Bruxelles.
On pressent la limite de l’exercice de la concertation du SGAE. Peut-être
celle-ci intervient-elle avec un temps de retard dans la mesure où les régions
s’organisent de plus en plus pour exercer un lobbying sur les institutions de
Bruxelles. Il n’y a qu’à observer le contenu de la déclaration finale de
l’assemblée générale de la Commission interméditerranéene du 17 juillet 2009
sur « le
rôle et la place des régions dans l’UpM» pour se rendre compte du fait que
les régions n’attendent plus de l’État qu’il défende à sa place les intérêts
régionaux.
Il y aurait donc effectivement des « intérêts régionaux » propres,
séparables des intérêts de l’État, qui, à la différence de la période
précédente, se structurent et s’organisent en dehors des arènes
institutionnelles étatiques.
Ils mériteraient peut-être d’être exposés à l’électeur.