La cahoteuse réforme des collectivités territoriales
Par Nicolas Maisetti le mercredi 27 janvier 2010, 19:29 - Lien permanent
Le processus de réformes des collectivités territoriales est entré dans une
nouvelle phase avec la discussion au Parlement du volet consacré à
l’organisation de la nouvelle architecture institutionnelle.
Rappelons que quatre textes sont au programmes : relatifs à l'élection des
membres des conseils des collectivités territoriales et des établissements
publics de coopération intercommunale ; à l'élection des conseillers
territoriaux et au renforcement de la démocratie locale ; à l’organisation
de la concomitance des renouvellements des conseils généraux et des conseils
régionaux ; et à la réforme des collectivités territoriales per
se.
Le Parlement a déjà voté la suppression de la taxe professionnelle et son
remplacement par le dispositif de la «contribution économique
territoriale» à l’occasion du vote de la loi de finance 2010 en décembre
dernier. Cette refondation de l’architecture financière avait,
on s’en souvient, suscité l’opposition d’une partie de la majorité inquiète
du manque à gagner que pourrait constituer cette suppression pour les
collectivités locales. Jean-Pierre Raffarin était par ailleurs intervenu pour
regretter que le débat des finances ait eu lieu avant celui sur les
compétences.
En outre, l’Assemblée nationale a adopté en première lecture, hier, le
texte déjà voté au Sénat organisant la concommitance des renouvellements
des conseils généraux et des conseils régionaux qui réduit le mandat des
membres de ces deux assemblées afin de permettre l’expiration simultanée des
mandats en mars 2014.
Dans cet entrecroisement de textes entre les deux assemblées sur l’objet de la
réforme des collectivités territoriales, le Sénat a engagé le débat sur la
composition des conseils généraux et régionaux et du nombre de conseillers
territoriaux. En juin, le dernier volet de cette réforme devrait s’achever avec
le débat relatif au mode d’élection de ces derniers. Les textes se succèdent,
les oppositions s’organisent et l’incertitude politique et juridique demeure
dans la perspective des élections régionales de mars, d’une part, et dans
l’attente d’une possible saisine du Conseil constitutionnel, d’autre
part.
Comme souvent en matière de processus législatif, l’adoption d’une partie du
dispositif permet d’éclairer les éléments de blocage du débat. Celui-ci semble
se cristalliser autour du rôle du futur conseiller territorial.
Pour
Pierre Mauroy, membre du comité Balladur, dont le
rapport remis au Président de la République a servi de base au projet de
loi, ce point illustre « l’affaiblissement des assemblées »
locales et la « recentralisation » de l’organisation
territoriale de l’État.
Laurent Fabius évoque une « loi de régression territoriale et
financière ». Rejoints par des élus de la majorité, ils défendent le
maintien de la spécificité des missions du conseil général et du conseil
régional et s’opposent à l’argument de la « simplification
administrative », gage d’une réduction des coûts et d’une meilleure
lisibilité de la responsabilité démocratique (3 000 conseillers territoriaux
devant « remplacer » les 6 000 conseillers régionaux et
généraux). L’une des critiques les plus vives concerne à ce titre le mode de
scrutin de ces futurs conseillers territoriaux. Accusé d’obéir à des impératifs
électoraux, le projet prévoit une élection au scrutin uninominal à un tour - le
modèle britannique du winner takes all - et tendrait ainsi à
bipolariser la vie politique locale.
Enfin, certaines voix se sont élevées pour regretter le manque d’ambition en
matière de réforme de l’intercommunalité. En effet,
le projet de loi ne transforme pas le statut juridique des groupements de
communes qui restent des Établissements publics de coopération intercommunale
et non des collectivités territoriales à part entière dotées d’une compétence
générale. Si cette vision est conforme aux voeux formulées par l’AMF,
c’est une version moins « ambitieuse », pour reprendre les termes
de
Jean-Jacques Hyest, Président (UMP) de la Commission des Lois du Sénat, que
celle contenue dans le rapport Balladur qui sera discutée.
Au final, « il n’y a pas de majorité » sur le texte affirme
Gérard Larcher, le Président du Sénat. Cette situation de blocage se
traduit par la crispation des positions :
l’UMP accuse le PS d’utiliser l’argent publique à des fins de propagande
politiques dénigrant la réforme. Pour certains sénateurs, ce n’est pas tout à
fait exact (cf.
cette passe d'arme). L’enjeu du processus de réforme apparaît plus
clairement à mesure que les forces partisanes s’organisent pour la campagne
électorale.