Bilan des enjeux locaux internationaux (3) : la dipliomatie décentralisée
Par Nicolas Maisetti le mercredi 30 décembre 2009, 10:13 - Lien permanent
2009 a semblé montrer les limites de la
diplomatie décentralisée marseillaise. Le dialogue entre les autorités locales
et régionales de la Méditerranée s'est en effet heurtée, d'une part, au retour
des questions sécuritaires dans la région et aux blocages consécutifs à la
logique projet de l'Union pour la Méditerranée. D'autre part, la
"diplomatie participative" chère à Michel Vauzelle n'est pas parvenue
à anticiper les effets des mesures protectionnistes en Algérie. L'activisme
international des élus locaux et régionaux a pu paraître cantonné à des appels
vains à la médiation ou à l'intervention de l'État. Contrairement aux
prophéties, celui-ci a donc encore de beaux jours devant lui. "Le cadavre
de l'État bouge encore", nous rappelle cette année de diplomatie
décentralisée. Celui du protectionnisme et des égoïsmes nationaux
aussi.
L'Union pour la Méditerranée : l'impasse de la logique
projet
La guerre de Gaza, on l'a dit, a considérablement remis en
cause les ambitions du projet français. Celles-ci reposaient sur le constat
d'un double échec : ceux d'Oslo et de Barcelone. Oslo, car de processus de
paix dans la région, il ne reste ni processus, ni paix, pour reprendre un adage
désormais partagé sur le terrain. L'échec de Barcelone, ce fut la conjonction
de la mauvaise volonté des bailleurs (États, Commission européenne) et de la
logique sécuritaire des négociations reposant sur l'équation suivante :
lutte contre l'immigration + lutte contre l'islamisme = stabilité des régimes
autoritaires du Sud et absence d'intégration des marchés et de développement
économique).
L'idée de Nicolas Sarkozy (mise en forme par Henri Guaino) était de prendre
acte de ce double échec. Il s'agissait de repenser le dialogue
euroméditerranéen sur une perspective de plus long terme et d'orienter les
enjeux vers les considérations économiques. L'erreur originelle fut de croire,
en libéral wilsonien, que le progrès économique allait automatiquement créer
les conditions pour la paix et la sécurité ; que la guerre allait attendre
que se concluent les business deal.

Cette idée a fait long feu et l'exercice est facile aujourd'hui de lui
reprocher les sous-bassements théoriques. Il n'en demeure pas moins qu'elle
aura permis d'attirer l'attention des bailleurs sur la région dans une
perspective moins huntingtoniennne que le Grand
Moyen Orient de Georges W. Bush. La perspective de la Présidence espagnole de l'Union européenne et de
l'anniversaire du Processus de Barcelone, sans oublier l'ouverture prochaine
(?) du siège du Secrétariat général de l'UpM au Palais Pedralbes, pourraient
même ouvrir la porte à des progrès.
L'initiative française aura par ailleurs permis aux autorités locales et régionales de la rive nord de repenser leurs stratégies méditerranéennes. Le deuxième Forum des Autorités Locales et Régionales de la Méditerranée qui aura lieu à Barcelone au début du mois de mai sera l'occasion de constater les évolutions en ce domaine. À Marseille, les autorités locales se sont rapprochées des États dans leur approche de la diplomatie décentralisée et ne s'interdisent plus de sortir de la coopération d'autorités locales à autorités locales comme la loi l'autorise.
La loi de finances complémentaire algérienne : essai grandeur nature
Au cœur de l'été, la décision du gouvernement algérien de durcir les
conditions d'importation des marchandises portuaires a suscité parmi les
autorités locales et les entreprises marseillaises l'incompréhension, la
panique, puis la frustration de ne pouvoir rien faire.
Du côté des entreprises, l'Union Maritime et Fluviale Marseille-Fos a alerté
le Secrétaire d'État au Commerce extérieur, bientôt imité par les élus locaux.
Un bel exemple de "jouer collectif" tant l'enjeu paraissait
considérable pour l'économie locale portuaire dont 40% de l'activité était
orientée vers l'Algérie. À la fin de l'automne, "les quatre cinquièmes du
trafic avaient disparu", déclare un porte-parole de l'organisation
patronale à l'AFP, citant notamment l'exemple de la compagnie maritime Marfret.
Bernard Vidil, son Président, évoque un "recul massif" de l'activité,
soulignant, "sur le port, c'est le désarroi total".

Après une visite éclair de Anne-Sophie Idrac à Marseille, certainement pour
rappeler que l'Algérie étant un pays souverain et que ses décisions ne pouvait
faire l'objet de négociation, surtout en temps de crise économique, les élus
locaux ont organisé une rencontre avec les autorités algériennes. Celle-ci a
finalement eu lieu au début du mois de décembre. Pour quels résultats ?
"Nous avons dit à M. le Premier ministre que nous avons le plus grand
respect pour la souveraineté et les choix du gouvernement algérien" a
déclaré Michel Vauzelle, qui a souhaité s'exprimer au nom de la "France
méditerranéenne". Jean-Noël Guérini précise "nous acceptons la LFC
algérienne et les contraintes qu'elle peut imposer aux entreprises françaises
notamment portuaires. Mais nous avons dit au Premier ministre que ces
entreprises s'adaptent".
La délégation marseillaise entend surtout se servir de cette leçon en
améliorant ses outils de veille et en renforçant la coopération
institutionnelle avec son partenaire algérien qui se situe moins que jamais
dans les Wilaya, mais dans les cabinets ministériels. Une Maison
Marseille-Provence-Algérie devrait ainsi être construite prochainement et gérée
par la Chambre de commerce de Marseille ; deux groupes de travail
réunissant les acteurs des deux ports et des deux institutions consulaires
devraient également voir le jour ; enfin, le premier adjoint du maire -
absent, il a promis de se rendre à Alger au début de l'année 2010 - a proposé
la mise en place d'un bureau de représentation économique de l'Algérie à
Marseille : "Nous voulons que le gouvernement algérien et la banque
centrale d'Algérie autorisent l'ouverture d'un bureau de représentation à
Marseille qui pourrait être tenu par la Société générale, qui est candidate.
Ces bureaux pourraient accueillir les entreprises algériennes qui travaillent
en France et aider les entreprises françaises désireuses de travailler en
Algérie. Cette représentation pourrait donc générer un flux financier entre les
deux pays".
Propos recueillis par Econostrum et Algeria Watch