Bilan des enjeux locaux internationaux (2): Euroméditerranée
Par Nicolas Maisetti le mardi 15 décembre 2009, 17:26 - Lien permanent
Au début de cette année, nous
écrivions ici
que "2009 dev(r)ait être une année décisive" pour Euroméditerranée. Nous
évoquions les question d'implantation sociale du projet, le commencement des
chantiers architecturaux et d'aménagement et la mise en œuvre du programme
d'extension.
Sur ces trois dossiers, il semble que l'Établissement Public soit confronté
au défi du temps. On n'ignore plus que les grands projets urbains, qui
s'imposent comme la norme de la production de la ville, obéissent à des
temporalités contradictoires. La vision politique du projet urbain est supposée
conférer une cohérence stratégique à un ensemblier de politiques publiques
hétérogènes. Le politique ici n'est pas sensé donner seulement du souffle à une
opération d'aménagement, mais doit l'inscrire dans une conception partagée de
la cité, et qui soit projetable dans le temps. Cependant, les aménageurs ne
peuvent négliger le rythme soutenu du calendrier électoral, qui ne coïncide pas
avec la temporalité longue de la construction stratégique.
Cette dichotomie est également observable sur le plan de l'opérationnalisation. La contradiction que doit résoudre l'Établissement public est de matérialiser l'opération, c'est-à-dire de la rendre immédiatement visible aux destinataires (habitants, firmes, touristes), tout en mettant en œuvre des programmes aussi ambitieux que chronophages.
On le constate ainsi, ce n'est pas seulement le temps qui pose problème à la production des projets urbains. L'élargissement du système d'acteurs qui marque la nouvelle économie politique des villes - la gouvernance urbaine - redistribue les ressources de l'action collective et complexifie les processus décisionnels. Il serait naïf de considérer l'"rrupition" du marché dans la production des politiques urbaines comme une nouveauté ou un big bang. Néanmoins, il faut prendre la mesure de l'indifférenciation croissante des logiques privés et publiques particulièrement visibles dans les projets urbains en les inscrivant dans des logiques d'acteurs.
L'année 2009 pour Euroméditerranée est particulièrement révélatrice des questions que ces évolutions soulèvent. L'extension du périmètre est l'un de ces exemples. Évoquée il y a quelques billets, intéressons nous ici au Mucem.
Tout au long de l'année, le Mucem a été l'objet de nombreux soubresauts. En janvier, Nicolas Sarkozy annonce qu'il "croit beaucoup" au Musée. Quelques jours plus tard, dans le cadre du Plan de Relance, ses Ministres Patrick Devedjan (relance, justement) et Christine Albanel (culture) se rendent à Marseille pour confirmer l'engagement de l'État et le début du chantier pour juin. Au même moment, on apprend que deux associations locales - le CIQ du 2ème arrondissement et l'association des Jardins Portuaires - ont déposé un recours pour empêcher les travaux. Dans le Ravi de novembre, ils s'expliquent : "c'en sera fini du panorama sur la Méditerranée et des promenades en bord de mer", "on est peiné de s'attaquer à un projet culturel, mais le quartier est asphyxié par la circulation et le manque d'espaces verts". Résultats, le chantier n'a pas commencé en juin, mais en janvier - en effet, jusqu'au 31 décembre la place du J5 accueille le cirque Médrano. La livraison devrait être prévue en mai 2013. Cinq mois après le début des festivités de la Capitale européenne de la culture alors que le musée qui doit être, selon le Ministre, "beaucoup plus qu'un équipement culturel" est supposé "être le lieu-matrice d'une Méditerranée pleinement réconciliée". Il attendra encore un peu.