Semaine économique de la Méditerranée (4) : les rendez vous de la Méditerranée
Par Nicolas Maisetti le mardi 13 octobre 2009, 16:03 - Lien permanent
Dernier jour de la troisième édition de la Semaine économique de la
Méditerranée avec les traditionnels « Rendez-vous de la
Méditerranée » organisée par le Cercle des économistes au
Palais du Pharo.
La crise économique en Méditerranée : Cassandre contre la
résilience
S’appuyant sur un rapport du FEMISE
intitulé « Les pays partenaires méditerranéens face à la crise »,
les experts de l’Institut de la
Méditerranée et de la Banque européenne
d’investissement ont mis en garde les représentants des pays du Sud (élus,
banquiers centraux, chefs d’entreprise) contre les défis économiques qui les
attendent. « Inquiétez-vous, la crise est devant vous »
était en substance le message des premiers. « Rassurez-vous, notre
pays se porte bien » réconfortaient les seconds s’appuyant sur
l’apparente résilience des fondements macro-économiques et sur les chiffres de
croissance fournis par la
Banque mondiale et oscillant entre 3 et 4 % cette année. Comme le dit un
ancien Premier ministre algérien, « on ne vit pas la crise de la même
manière ».
Au cœur de l’incompréhension, la nature de la production des richesses au
sud de la Méditerranée. Pour schématiser, selon les « experts du
Nord », celle-ci est le fait des flux Nord-Sud qui vont se tarir : le
transfert d’épargne des travailleurs immigrés au Nord, le tourisme, le commerce
et les investissements directs à l’étranger. Ainsi, les économies du sud ne
subiraient pas la crise du fait de leur intégration dans les marchés financiers
mondiaux, mais par leur dépendance avec l’économie réelle du Nord.
Face à ce constat – on le rappelle retranscrit ici à grands traits et par
ailleurs largement nuancé par les acteurs du Sud – l’Institut de la
Méditerranée recommande la création d’une zone monétaire commune entre les pays
de la rive Sud. L’idée est de mettre en place « des taux de change
stabilisés entre les principales monnaies de la région, principalement autour
de l’euro », ce qui passe par la mise en place « d’un dispositif
institutionnalisé qui permette de faire jouer la solidarité entre banques
centrales de la région ». Ce « serpent monétaire »
méditerranéen, selon
Econostrum, serait accompagné de la création d’une "Banque Méditerranéenne
de Développement" sur le modèle de la Banque européenne pour la reconstruction et
le développement, pensée pour favoriser la transition économique des pays
d’Europe centrale et orientale au début des années 1990.
L’Union pour la Méditerranée : discours contre la
critique
Le deuxième temps fort de la journée était la venue d’Henri Guaino,
Conseiller spécial de Nicolas Sarkozy et Président de la Mission
interministérielle de l’Union pour la Méditerranée (UpM). On sentait M. Guaino
agacé par les critiques qui accompagnent le projet. L’essentiel pour lui est
qu’il continue d’exister « malgré tout », c’est-à-dire malgré ce
scepticisme et malgré la guerre de Gaza de décembre 2008. Il a rappelé que
l’UpM reposait sur le choix de mettre en œuvre une « logique de
projets concrets » malgré la « logique de haine et de
rancœur ». Tentons de reprendre les critiques traditionnellement formulées
et d’analyser, rapidement, les réponses de M. Guaino.
L’UpM ne change rien à Barcelone
Qualifiant le
Processus de Barcelone de projet « post-colonial», c’est-à-dire
reposant sur une dynamique verticale, d’aide aux anciennes colonies, il a
insisté sur la nature multilatérale, co-responsable et concrète de l’UpM
contrastant avec les « dîners mondains » des Conférences de
Barcelone.
L’UpM n’est pas visible
Constatant le manque de matérialité de l’UpM et le risque de délégitimation
du projet aux yeux de l’opinion, il a plaidé sans surprise l’ambition d’un
horizon de long terme qu’implique la dépollution
de la Méditerranée, le plan
solaire ou la conclusion d’une zone de libre échange.
L’UpM n’a pas d’argent
« Question stupide » pour M. Guaino. Le raisonnement
approprié devrait être « un raisonnement d’entrepreneur » qui
tenterait de définir d’abord les projets avant de s’interroger sur les moyens
alloués. Cette réponse faisait écho à une remarque d’un élu du Sud de la
Méditerranée, en l’absence de M. Guainon, regrettant le « vide
politique » de l’UpM. Par ailleurs, il a rappelé la nécessité de
créer des instruments financiers nouveaux, tels que le
Fonds Inframed ou le projet de la Banque de la Méditerranée, également
évoquée le matin.
L’UpM concerne autant Helsinki que Le Caire
Après avoir rappelé que le projet initial de la France ne devait intégrer
que les pays européens riverains de la Méditerranée et qu’il n’avait pas
entendu le soutien des pays du Sud à cette bouture de l’UpM au moment du
compromis de
Hanovre, il a souligné la logique de la « géométrie
variable » de l’UpM. Ceux qui veulent travailler sur tel ou tel
aspect ou projet le peuvent, les autres ne le font pas, mais ne peuvent bloquer
la dynamique, ni récuser la participation d’un autre pays.
L’UpM ne sert à rien dans la crise économique
M. Guaino a saisi l’occasion de la tribune pour fournir son interprétation
de la conjoncture mondiale, une « crise économique, écologique et,
surtout, une crise des représentations collectives », dans un curieux
réquisitoire contre la « mondialisation ». On rappelle qu’en
1987, M. Guaino était chargé de mission à la direction du Trésor et adjoint au
secrétaire général du Club de Paris
(chargé de renégocier la dette des pays débiteurs, le « Rotary Club », en
somme, de l’élite mondialisée) ; qu’il a occupé les fonctions de
responsable de la recherche finance au sein du groupe Louis Dreyfus et diverses autres au
sein des activités banque d’affaire et de la direction générale de la
MAAF ; et qu’il a enfin conseillé Charles Pasqua et Philippe Séguin avant
de devenir la plume de Nicolas Sarkozy pendant la campagne présidentielle de
2007.
Converti à l’altermondialisme, donc, M. Guaino estime que le capitalisme,
comme toutes formes d’activités humaines, doit être soumis à la morale. Le rôle
du politique, dans ce cadre, est de donner une dimension collective,
« une morale partagée » aux choix économiques individuels.
La seule alternative au « changement ordonné et
raisonnable » serait le « changement désordonné et
déraisonnable » comparable aux années 1930. Le changement serait
devant nous, soit on s’y adapte, soit il s’impose. Et le rôle de la
Méditerranée dans ces considérations ? Il serait triple selon M. Guaino.
L’UpM participerait à la construction d’un « système de
valeur » contrastant avec le modèle dominant actuel du
« cynisme » et de « l’appât du gain ». On
retrouve ici le thème cher à M. Guaino, celui de la civilisation et de la
civilité. (suis-je le seul à avoir entendu « haute culture »
?).
Deuxièmement, l’UpM serait le laboratoire idéal pour construire un nouveau
« modèle économique », moteur d’une autre croissance (durable) et
du co-développement. Enfin, l’UpM serait le trait d’union, l’espace de
l’articulation euro-africaine. Sans l’évoquer directement, M. Guaino devait
sans doute faire référence à l’immigration.
L’UpM ne résout pas le conflit israélo-palestinien
Sur l’ambiguïté originelle d’une telle perspective que l’on peut résumer par l’attitude des pays du Sud consistant à dire « on ne peut pas co-construire des projets concrets ensemble car cela donnerait l’impression de normaliser la situation avec Israël », M. Guaino a commencé par balayer cette formule indiquant que cela ne fait que naître des « double-victimes » : il n’y a pas de paix, et il n’y a pas de projets. Il a néanmoins reconnu l’immensité de la tâche de faire vivre des « projets vitaux » en situation de violence politique. L’essentiel pour lui est de faire perdurer le dialogue sur les questions non-stratégiques. Pourtant, à la fin de son discours, il a évoqué la possibilité d’aborder « prochainement » le problème du conflit israélo-palestinien « de face ». Cela signifie-t-il l’organisation d’un prochain Sommet de la Paix patronné par l’UpM ? Aucune question de la salle sur ce point, aucune reprise média. Une évolution à surveiller de près dans les prochains mois.
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