Semaine économique de la Méditerranée (3) : Centre de Marseille pour l'intégration en Méditerranée
Par Nicolas Maisetti le vendredi 9 octobre 2009, 23:13 - Lien permanent
C’est donc
aujourd’hui qu’a été officiellement lancé le
Centre de Marseille pour l’intégration en Méditerranée (CMIM). La
présentation qui en a été faite dans le cadre de la
rencontre-débat organisée par CGLU a permis de lever – un peu – le voile
sur la nature et les fonctions de cette structure.
Mais de structure il n’en est pas vraiment question. Les discussions ont
semble-t-il été âpre entre la ville de Marseille, l’État, par l’intermédiaire
de la DIACT et la Banque mondiale. La ville n’aurait pas
souhaité voir se constituer une institution nouvelle qui aurait pu échapper à
son propre agenda international. La DIACT avait dans ses cartons son propre
projet de plateforme internationalisé, s’appuyant sur les ressources de la
Caisse des dépôts et de consignation. La Banque, enfin, souhaitait refonder sa
plateforme.
C’est dans les termes de cette refondation qu’il faut rechercher l’une des clés d’explication de la naissance du CMIM. « L’institut de la Banque mondiale » de la zone MENA (Middle East and North Africa) est installé à Marseille, sur le site de la Villa Valmer, depuis 2004. Il ne s’agit donc pas d’une antenne de la Banque mondiale, réservée aux capitales des pays du sud, destinataire des aides financières – et des capitales qui ont reçu l’aide du Plan Marshall. Les instituts de la Banque mondiale sont des bases de réflexion stratégique – learning activities dans le vocabulaire de la Banque – qui produisent de l’expertise et ne financent donc pas directement des projets.
En 2007, la question du maintien du bureau marseillais de la Banque s’est
posé dans le contexte de crise de légitimité des institutions de Washington et
de constat d’échec porté sur le Processus de Barcelone. Il a fallu l’élection à
la Présidence de la République française de Nicolas Sarkozy pour changer la
donne. Son projet d’Union de pour la Méditerranée, priorité
diplomatique de son mandat, a, en effet, incontestablement relancé l’attention
des bailleurs sur l’espace méditerranéen – au-delà des divisions qu’il a
suscité en Europe et des difficultés auxquels il est confronté aujourd’hui.
C’est dans un cadre institutionnel reformaté en fonction de ce nouveau
référentiel que la Banque mondiale a construit l’instrument du CMIM, un
« think tank opérationnel », pour reprendre l’oxymore assumé de
son directeur, Mats Karlsson. L’idée générale est de construire une plateforme
de production d’idées et de financement de projets-cibles reposant sur la
connaissance, l’apprentissage, l’innovation et l’intégration des économies des
pays de la Méditerranée dans les marchés mondiaux. « Network among
Networks », le CMIM a d’ores et déjà défini 5 axes ( urban and spatial
development ; sustainable development ; transport and logistics;
skills, employment and labor mobility challenges including youth ; et
knowledge economy, innovation and technology) et 14 programmes
afférents.
La question qui se pose est bien sûr celle de la complémentarité de cette
plateforme avec les réseaux existants et de la compatibilité avec les agendas
des uns et des autres. Certains se montrent déjà sceptiques dans la portée des
financements promis et dans l’efficacité avec laquelle la greffe peut
prendre.
Ancrer les économies des pays méditerranéens dans les marchés mondiaux est une cause ancienne et ambitieuse qui se heurte à de nombreux obstacles structurels (l’est-elle même souhaitable pour les sociétés du sud ?), mais intégrer les ambitions des coalitions marseillaises hétéroclites à un projet fédérateur, qui plus est, porté par une institution extérieure au territoire, est un défi d’une toute autre dimension.
Commentaires
On doit se féliciter d'une telle création. Que la Banque mondiale s'intéresse enfin sérieusement à la Méditerranée est une excellente nouvelle. Si cela pouvait réveiller l'Europe dans son rêve interrompu de dialogue méditerranéen, ce ne serait déjà pas si mal. Pour Marseille, c'est inespéré. A elle le défi avec Barcelone! Un must : trouver un vrai partenaire côté sud. Un partenaire prêt à aller loin avec Marseille...à partager un destin commun?