A C’est donc aujourd’hui qu’a été officiellement lancé le Centre de Marseille pour l’intégration en Méditerranée (CMIM). La présentation qui en a été faite dans le cadre de la rencontre-débat organisée par CGLU a permis de lever – un peu – le voile sur la nature et les fonctions de cette structure.

Mais de structure il n’en est pas vraiment question. Les discussions ont semble-t-il été âpre entre la ville de Marseille, l’État, par l’intermédiaire de la DIACT et la Banque mondiale. La ville n’aurait pas souhaité voir se constituer une institution nouvelle qui aurait pu échapper à son propre agenda international. La DIACT avait dans ses cartons son propre projet de plateforme internationalisé, s’appuyant sur les ressources de la Caisse des dépôts et de consignation. La Banque, enfin, souhaitait refonder sa plateforme.

C’est dans les termes de cette refondation qu’il faut rechercher l’une des clés d’explication de la naissance du CMIM. « L’institut de la Banque mondiale » de la zone MENA (Middle East and North Africa) est installé à Marseille, sur le site de la Villa Valmer, depuis 2004. Il ne s’agit donc pas d’une antenne de la Banque mondiale, réservée aux capitales des pays du sud, destinataire des aides financières – et des capitales qui ont reçu l’aide du Plan Marshall. Les instituts de la Banque mondiale sont des bases de réflexion stratégique – learning activities dans le vocabulaire de la Banque – qui produisent de l’expertise et ne financent donc pas directement des projets.

En 2007, la question du maintien du bureau marseillais de la Banque s’est posé dans le contexte de crise de légitimité des institutions de Washington et de constat d’échec porté sur le Processus de Barcelone. Il a fallu l’élection à la Présidence de la République française de Nicolas Sarkozy pour changer la donne. Son projet d’Union de pour la Méditerranée, priorité diplomatique de son mandat, a, en effet, incontestablement relancé l’attention des bailleurs sur l’espace méditerranéen – au-delà des divisions qu’il a suscité en Europe et des difficultés auxquels il est confronté aujourd’hui.

C’est dans un cadre institutionnel reformaté en fonction de ce nouveau référentiel que la Banque mondiale a construit l’instrument du CMIM, un « think tank opérationnel », pour reprendre l’oxymore assumé de son directeur, Mats Karlsson. L’idée générale est de construire une plateforme de production d’idées et de financement de projets-cibles reposant sur la connaissance, l’apprentissage, l’innovation et l’intégration des économies des pays de la Méditerranée dans les marchés mondiaux. « Network among Networks », le CMIM a d’ores et déjà défini 5 axes ( urban and spatial development ; sustainable development ; transport and logistics; skills, employment and labor mobility challenges including youth ; et knowledge economy, innovation and technology) et 14 programmes afférents.

La question qui se pose est bien sûr celle de la complémentarité de cette plateforme avec les réseaux existants et de la compatibilité avec les agendas des uns et des autres. Certains se montrent déjà sceptiques dans la portée des financements promis et dans l’efficacité avec laquelle la greffe peut prendre.

Ancrer les économies des pays méditerranéens dans les marchés mondiaux est une cause ancienne et ambitieuse qui se heurte à de nombreux obstacles structurels (l’est-elle même souhaitable pour les sociétés du sud ?), mais intégrer les ambitions des coalitions marseillaises hétéroclites à un projet fédérateur, qui plus est, porté par une institution extérieure au territoire, est un défi d’une toute autre dimension.