A Deuxième journée de la Semaine économique de la Méditerranée (SEM) avec au programme la poursuite des rencontres B2B et des ateliers entreprises (textile, médias, PME) sur les coursives de la Chambre de commerce.

Par ailleurs au Pharo se sont tenues les premières manifestations de l’axe gouvernance de la SEM. Si je n’ai pas pu me rendre au séminaire Médinas 2030 consacré aux « villes de Méditerranée : culture, héritage et modernité » (qui s’inscrit dans le cadre des projets déployés par le tout nouveau Centre de Marseille pour l’intégration en Méditerranée), j’ai pu assister à une partie du colloque Medinnov dont les problématiques ont porté sur les problématiques de l’innovation et les enjeux posés par l’économie de la connaissance en Méditerranée.

Les orateurs qui se sont succédé à la tribune ont exposé l’état d’avancement et les réflexions stratégiques des projets territoriaux liés à l’innovation. Face aux récits vantant les bienfaits des « parcs technologiques », des « réseaux » ou des « pépinières d’entreprises », des « transferts de technologie et incubation », le profane peut être saisi par les effets performatifs de cette « culture commune » militante. Il peut choisir de prendre au sérieux le contenu des discours partagés par les responsables des projets et des départements de développement économique des collectivités locales des deux rives de la Méditerranée. Il peut être confronté dès lors au risque d’être étourdi par les chiffres, les images et l’autosatisfaction des acteurs au point d’en oublier la crise économique et sociale qui frappe les économies urbaines (voir le travail d'Anima relatif à la Carte des investissements en Méditerranée).

À contrario, l’observateur-participant peut interroger par la bande des façades cette « Méditerranée de l’intelligence », pour reprendre le titre du colloque, et questionner la réalité des « nouveaux espaces de production » supposés naître des systèmes productifs locaux reposant sur l’innovation.

Lui apparaît, dès lors, un écrasant et déformant effet de standardisation produit par les présentations de ces « villes-nouvelles », un mode de production de la ville désincarnée, indifférenciée, indifférente aux configurations territoriales et déconnectée de tout ancrage social.

Au son du 4ème mouvement de la 9ème symphonie de Beethoven, qui fait plus penser à Orange Mécanique qu’à l’hymne européen, les parcs technologiques sont projetés sur grand écran. Ou plutôt les maquettes des futurs parcs technologiques. Au nord et au sud, les mêmes bâtiments, blancs, octogonaux, bordés d’arbres (qui « seront plantés en janvier » nous promet-on) et dont on devine « l’éco-performance ». On invite les entreprises (et les touristes) à s’implanter (et à visiter) ces territoires du futur et de l’innovation qui semblent présenter l’avantage de ne pas être habité.

Les offres sont « benchmarkés » sur des modèles virtuels, les services normés au sein de paysage sortis d’un pastiche de Blade Runner made in Hollywood-Sillcon Valley. Un Blade Runner inversé, une City of Quartz enchanté.

La culture, quand elle est évoquée, est un outil de promotion de cette économie de la lisibilité qui vise en premier lieu à « sortir de lot », un lot composé d’objets urbains semblables, mais engagés dans une féroce compétition.

Ces pôles urbains (urbs) IT évidés de leurs substance politique (civitas) pourrait être le reflet d’un capitalisme financier que l’on croyait à bout de souffle. Comme le Paris haussmanien décrit par Zola dans La Curée était le reflet du capitalisme industriel.