Semaine économique de la Méditerranée (2) – Medinnov V
Par Nicolas Maisetti le jeudi 8 octobre 2009, 22:46 - Lien permanent
Deuxième
journée de la Semaine
économique de la Méditerranée (SEM) avec au programme la poursuite des
rencontres B2B et des ateliers entreprises (textile, médias, PME) sur les
coursives de la Chambre de commerce.
Par ailleurs au Pharo se sont tenues les premières manifestations de l’axe
gouvernance de la SEM. Si je n’ai pas pu me rendre au séminaire
Médinas 2030 consacré aux « villes de Méditerranée : culture,
héritage et modernité » (qui s’inscrit dans le cadre des projets
déployés par le tout nouveau Centre de Marseille pour l’intégration en
Méditerranée), j’ai pu assister à une partie du colloque Medinnov dont les
problématiques ont porté sur les problématiques de l’innovation et les enjeux
posés par l’économie de la connaissance en Méditerranée.
Les orateurs qui se sont succédé à la tribune ont exposé l’état d’avancement
et les réflexions stratégiques des projets territoriaux liés à l’innovation.
Face aux récits vantant les bienfaits des « parcs technologiques
», des « réseaux » ou des « pépinières
d’entreprises », des « transferts de technologie et incubation »,
le profane peut être saisi par les effets performatifs de cette
« culture commune » militante. Il peut choisir de prendre au
sérieux le contenu des discours partagés par les responsables des projets et
des départements de développement économique des collectivités locales des deux
rives de la Méditerranée. Il peut être confronté dès lors au risque d’être
étourdi par les chiffres, les images et l’autosatisfaction des acteurs au point
d’en oublier la crise économique et sociale qui frappe les économies urbaines
(voir le travail d'Anima relatif à la
Carte des investissements en Méditerranée).
À contrario, l’observateur-participant peut interroger par la bande des
façades cette « Méditerranée de l’intelligence », pour reprendre
le titre du colloque, et questionner la réalité des « nouveaux espaces
de production » supposés naître des systèmes productifs locaux
reposant sur l’innovation.
Lui apparaît, dès lors, un écrasant et déformant effet de standardisation
produit par les présentations de ces « villes-nouvelles », un
mode de production de la ville désincarnée, indifférenciée, indifférente aux
configurations territoriales et déconnectée de tout ancrage social.
Au son du 4ème mouvement de la
9ème symphonie de Beethoven, qui fait plus penser à Orange Mécanique qu’à
l’hymne européen, les parcs technologiques sont projetés sur grand écran. Ou
plutôt les maquettes des futurs parcs technologiques. Au nord et au sud, les
mêmes bâtiments, blancs, octogonaux, bordés d’arbres (qui « seront
plantés en janvier » nous promet-on) et dont on devine
« l’éco-performance ». On invite les entreprises (et les
touristes) à s’implanter (et à visiter) ces territoires du futur et de
l’innovation qui semblent présenter l’avantage de ne pas être habité.
Les offres sont « benchmarkés » sur des modèles virtuels,
les services normés au sein de paysage sortis d’un pastiche de Blade Runner
made in Hollywood-Sillcon Valley. Un Blade Runner inversé, une City of Quartz
enchanté.
La culture, quand elle est évoquée, est un outil de promotion de cette
économie de la lisibilité qui vise en premier lieu à « sortir de
lot », un lot composé d’objets urbains semblables, mais engagés dans une
féroce compétition.
Ces pôles urbains (urbs) IT évidés de leurs substance politique
(civitas) pourrait être le reflet d’un capitalisme financier que l’on
croyait à bout de souffle. Comme le Paris haussmanien décrit par Zola dans La
Curée était le reflet du capitalisme industriel.
Commentaires
bien vu...