Quand une loi de finances complémentaire algérienne inquiète les élus locaux
Par Nicolas Maisetti le mardi 22 septembre 2009, 11:32 - Lien permanent
Une récente décision du
gouvernement algérien relative à l'organisation du trafic portuaire provoque
des effets en chaîne sur l'économie méditerranéenne. L'observation de ce
phénomène classique est l'occasion de revenir sur la nature des
interdépendances entre les acteurs d'un système de plus en plus intégré.
1er étape : une loi adoptée en Algérie
Le 22 juillet dernier le gouvernement algérien adopte une loi de finances
complémentaire (LFC). Effet direct du partage de l'espace méditerranéen, cette
loi a des répercussions sur l'économie locale marseillaise. Selon le cabinet de
conseil[ Francis Lefebvre, la LFC "reflète la volonté de favoriser le
développement des industries locales en reconduisant les mesures d’aide à
l’emploi et aux PME mais surtout en leur donnant un avantage relatif par
rapport aux importations". Dans les faits, ces dispositions durcissent les
modalités d'importation des marchandises (en particulier en imposant le très
contraignant "crédit documentaire" comme moyen de paiement) et interdit de
faire entrer des engins de travaux publics d'occasion.
2ème étape : les entreprises locales se mobilisent
L'Union Maritime et Fluviale Marseille-Fos saisit dès le 25 août le
secrétaire d’Etat au Commerce extérieur, Anne-Marie Idrac, sur la menace que
représente ce nouveau dispositif sur le dynamisme du port. Rappelons ici, que
les chiffres d'août montre un recul de 13% du trafic du Grand port maritime par
rapport à 2008. L'UMF, le Medef des entreprises portuaires locales, informe le
Ministre qu' "avec plus de 8 millions de tonnes par an (hydrocarbures
inclus), 10% du trafic total du port de Marseille-Fos repose sur les échanges
avec l’Algérie (...) Dans les bassins Est de Marseille, 35 à 40 % des
trafics sont destinés à l'Algérie (...) Ces mesures menacent
directement l'activité dans les bassins Est de nombre de nos adhérents dont le
chiffre d'affaires est pour certains à 75 % généré par les exportations sur
l'Algérie. La lettre s'achève par un appel à "la France, 2ème
partenaire mondial de l’Algérie, (pour qu'elle) entame des
négociations pour que soient trouvées des solutions intermédiaires à ces
mesures radicales qui pénalisent l’Algérie comme la France".
Selon l'UMF, ce n'est pas moins de quatre-cinquième du trafic qui serait
menacé. Dans un milieu partagé par des acteurs interdépendants, on craint cet
"avantage relatif", et on y voit surtout les signes d'un
protectionnisme forcément dévastateur pour l'équilibre du système ailleurs en
Méditerranée.
3ème étape : les élus prennent position
Le premier adjoint de M. Gaudin, Roland Blum, est le premier à monter au créneau et à mobiliser ce type d'argument : "C'est un sujet de forte inquiétude, la loi de finances algérienne étant assez inquiétante et pouvant avoir des répercussions importantes sur le trafic portuaire". Et M. Blum de dénoncer un "retour significatif à une politique de protectionnisme": "On ne peut pas, avec un pays avec lequel nous avons des relations aussi importantes, être dans une attitude de repli, nous avons besoin de relations d'ouverture".
4ème étape : la mission diplomatique décentralisée
Suite à cette déclaration, le premier adjoint envisage de se rendre à Alger
le 20 octobre afin de négocier avec les opérateurs locaux et les élus
algériens.
Cet épisode, s'il n'est pas révélateur de phénomènes nouveaux, illustre la recomposition du Bassin méditerranéen comme milieu, au sens biologique, c'est à dire comme un espace traversé par une dynamique d’interdépendances et de rencontres entre des représentations, des intérêts et des ressources permettant le maintien et la reproduction du système. Le champ d'intervention des élus locaux n'est plus limité au système purement local, mais envisage le dialogue et l'initiative dans un espace transantional élargi. Enfin, la chaîne de réaction montre l'indifférenciation croissante des logiques public / privé, dans la mesure, où le politique intervient en appui des intérêts privés dans la défense de l'outil portuaire marseillais.
Commentaires
S'inquiete ont vraiment de l'avenir de nos entreprises ??
Je suis élu a la mairie de Mr.TEISSIER président d'EUROMED et j'ai la double nationalité (ALGERIENNE
et FRANCAISE) si l'on voulait nous associer a cette déléguation, nous pourrions faire pencher la balance ,
ne serait ce que par la connaissance de la "culture"
ALGERIENNE .
A votre DISPOSITION ;
Mr.TIMEZOUIKHT élu MAIRIE 5eme .Secteur