A En cette rentrée si calme que les blogueurs ont bien du mal à trouver un sujet de rentrée, on trouve dans le journal la Marseillaise un article relatant le succès de la saison touristique dans la région aixoise.

Ce qui a attiré notre attention, ce sont ces propos tenus par Michel Fraisset (directeur de l’Atelier Cézanne et adjoint de direction de l’Office du Tourisme d’Aix-en-Provence) :

"Les choses sont claires désormais. Sans sa nouvelle dimension culturelle, et j’entends par là sa programmation contemporaine ou moderne et pas seulement son patrimoine historique, une ville comme Aix-en-Provence aurait du mal à s’imposer touristiquement face aux grandes destinations balnéaires et aux nouvelles destinations nature. En fait la crise économique née de l’annulation des festivals lors de la grève des intermittents du spectacle aura provoqué un choc salutaire auprès des commerçants, des hôteliers et d’une façon général de tous les professionnels du tourisme. Ils venaient de toucher du doigt l’importance économique de l’action culturelle. Depuis les grandes expositions et les grands festivals ont fait la preuve éclatante de leur utilité en terme d’activité, d’emploi, de retombées économiques directes et indirectes. Personne ne peut plus alléguer que la culture c’est peu ou pas grand chose comme certains commerçants et hôteliers ont pu oser le dire il y a quelques années."

Trois éléments très importants relatifs aux rapports entre la culture et la production de la ville et qui montrent plus précisément l'usage purement économique et néo-managérial des politiques culturelles :

  • Le premier terme - en gras - renvoie à la culture comme levier de positionnement concurrentiel. Les politiques culturelles seraient désormais pensées comme un outil au service de la compétitivité des territoires en renforçant leur attractivité pour les visiteurs (touristes ou investisseurs).
  • Deuxièmement, la culture est désormais appréhendée par le politique comme une variable d'utilitarisme économique. On jauge la qualité d'un évènement culturelle à la performance économique induite ("les retombées").
  • Troisièmement, enfin, la focalisation néo-managériale de la culture contribue à désamorcer les oppositions. Elle produit du consensus. La culture ne divise plus, non pas tant pour des raisons esthétiques (les vieilles querelles artistiques) que pour des raisons de performance économique ("si l'expo crée de l'emploi, alors...").

On pouvait, de ce fait, attendre autre chose de la part des journalistes de la Marseillaise que ce commentaire conclusif : "La réflexion du très passionné directeur de l’Atelier Cézanne est d’autant plus pertinente qu’elle s’accompagne d’une bonne dose d’impertinence. Aix-en-Provence, comme d’autre grandes cités culturelles du Sud, se doit désormais d’intégrer économiquement le fait culturel.''...

Au final, la culture est effectivement devenue une dimension cruciale de l'action locale, dans la mesure où, en l'absence d'une loi de décentralisation des politiques culturelles, il s'agit pratiquement du seul domaine de compétence qui reste dans le giron communal. Elle serait ainsi un moyen pour le personnel politique d'affirmer des positions fragilisées par la construction intercommunale. Pour les élites économiques, la culture est essentielle, non seulement, comme on l'a rappelé, pour promouvoir un territoire et améliorer ses résultats économiques, mais également comme champ de socialisation et de légitimation. Les dispositions législatives encourageant le mécénat se multiplient et accompagnent le mouvement d'élitisation par la culture. À l'ombre des projets culturels d'envergure, on trouve un financier ou un chef d'entreprise. François Pinault n'a-t-il pas déjeuner avec Jean-Claude Gaudin, lui promettant de lui prêter ses collections d'art moderne en 2013 ?

Photo : Montage réalisée à partir d'une photographie réalisée pendant la soirée Mécènes du Sud intitulée, Le Château n'a rien perdu de son charme, ni le jardin de son éclat au Château Ricard le 25 juin 2008 et agitée par La Zouze-compagnie Christophe Haleb.