L'utilité économique de l'action culturelle
Par Nicolas Maisetti le jeudi 10 septembre 2009, 10:59 - Lien permanent
En cette
rentrée si calme que les blogueurs ont bien du mal à
trouver un sujet de rentrée, on trouve dans le journal
la Marseillaise un article relatant le succès de la saison touristique dans
la région aixoise.
Ce qui a attiré notre attention, ce sont ces propos tenus par Michel
Fraisset (directeur de l’Atelier
Cézanne et adjoint de direction de l’Office du Tourisme
d’Aix-en-Provence) :
"Les choses sont claires désormais. Sans sa nouvelle dimension
culturelle, et j’entends par là sa programmation contemporaine ou moderne et
pas seulement son patrimoine historique, une ville comme
Aix-en-Provence aurait du mal à s’imposer touristiquement face aux grandes
destinations balnéaires et aux nouvelles destinations nature. En fait
la crise économique née de l’annulation des festivals lors de la grève des
intermittents du spectacle aura provoqué un choc salutaire auprès des
commerçants, des hôteliers et d’une façon général de tous les professionnels du
tourisme. Ils venaient de toucher du doigt l’importance économique de
l’action culturelle. Depuis les grandes expositions et les grands
festivals ont fait la preuve éclatante de leur utilité en terme
d’activité, d’emploi, de retombées économiques directes et indirectes.
Personne ne peut plus alléguer que la culture c’est peu ou pas grand
chose comme certains commerçants et hôteliers ont pu oser le dire il y
a quelques années."
Trois éléments très importants relatifs aux rapports entre la culture et la
production de la ville et qui montrent plus précisément l'usage purement
économique et néo-managérial des politiques culturelles :
- Le premier terme - en gras - renvoie à la culture comme levier de
positionnement concurrentiel. Les politiques culturelles seraient désormais
pensées comme un outil au service de la compétitivité des territoires en
renforçant leur attractivité pour les visiteurs (touristes ou
investisseurs).
- Deuxièmement, la culture est désormais appréhendée par le politique comme
une variable d'utilitarisme économique. On jauge la qualité d'un évènement
culturelle à la performance économique induite ("les retombées").
- Troisièmement, enfin, la focalisation néo-managériale de la culture
contribue à désamorcer les oppositions. Elle produit du consensus. La culture
ne divise plus, non pas tant pour des raisons esthétiques (les vieilles
querelles artistiques) que pour des raisons de performance économique ("si
l'expo crée de l'emploi, alors...").
On pouvait, de ce fait, attendre autre chose de la part des journalistes de
la Marseillaise que ce commentaire conclusif : "La réflexion du très
passionné directeur de l’Atelier Cézanne est d’autant plus pertinente qu’elle
s’accompagne d’une bonne dose d’impertinence. Aix-en-Provence, comme d’autre
grandes cités culturelles du Sud, se doit désormais d’intégrer économiquement
le fait culturel.''...
Au final, la culture est effectivement devenue une dimension cruciale de
l'action locale, dans la mesure où, en l'absence d'une loi de décentralisation
des politiques culturelles, il s'agit pratiquement du seul domaine de
compétence qui reste dans le giron communal. Elle serait ainsi un moyen pour le
personnel politique d'affirmer des positions fragilisées par la construction
intercommunale. Pour les élites économiques, la culture est essentielle, non
seulement, comme on l'a rappelé, pour promouvoir un territoire et améliorer ses
résultats économiques, mais également comme champ de socialisation et de
légitimation. Les dispositions législatives encourageant le mécénat se
multiplient et accompagnent le mouvement d'élitisation par la culture. À
l'ombre des projets culturels d'envergure, on trouve un financier ou un chef
d'entreprise. François Pinault n'a-t-il pas déjeuner avec Jean-Claude Gaudin,
lui promettant de lui prêter ses collections d'art moderne en 2013 ?
Photo : Montage réalisée à partir d'une photographie réalisée
pendant la soirée Mécènes du Sud intitulée, Le Château n'a rien perdu de son
charme, ni le jardin de son éclat au Château Ricard le 25 juin 2008 et agitée
par La Zouze-compagnie Christophe Haleb.