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Un an après la loi portant réforme portuaire et après un long et parfois violent mouvement de grèves, la CGT et le Grand Port Maritime de Marseille (GPMM) sont parvenus à un accord sur la gestion du terminal de Mourepiane. Le travail a repris sur les bassins Est selon la Provence.

La réforme portuaire

C'est à Marseille, en janvier 2008, que le Premier ministre, François Fillon, annonce une profonde réforme des ports. S'appuyant sur un constat alarmiste de l'état des ports français dans la compétition mondiale, le projet prévoit de privatiser la manutention et implique des changements institutionnels dans la gestion des ports. Les Ports autonomes, contrairement à ce que leur nom indique, sont en effet des entreprises publiques et, à ce titre, gérées par des Établissements publics. En 1920, les ports de Bordeaux et du Havre passent ainsi sous le contrôle de l'État ; en 1965, les ports de Dunkerque, Rouen, Nantes-Saint-Nazaire et Marseille deviennent autonomes, tout comme celui de La Rochelle en 2006.

À l'issue d'un cycle de négociations avec les syndicats et les organisations professionnelles, la loi est présentée au Parlement et adoptée le 4 juillet 2008. Elle prévoit l'ouverture à la concurrence des entreprises employant les grutiers et les portiqueurs, soit environ 2 000 personnes réparties sur les 7 ports autonomes. La gouvernance des ports autonomes, appelés à devenir des Grands Ports Maritimes (GPM), est par ailleurs refondée. Si les GPM restent dans le giron des Établissements Publics, leur rôle est considérablement réduit. Dans le langage des politiques publiques, "leurs missions sont recentrées sur les activités régaliennes (sécurité, sûreté et police portuaire) et sur les fonctions d’aménageur du domaine portuaire". Le transfert à des entreprises privées de la détention et de l'exploitation des outillages de manutention (grues et portiques) s'accompagne d'un redéploiement de l'investissement public en faveur des infrastructures portuaires (367 millions d’euros sur la période 2009-2013). Au final, de gérant d'exploitation, l'autorité portuaire devient aménageur d'un espace économique.

Enfin, rappelons que cette réforme s'inscrit dans la perspective d'une convergence avec les normes européennes en matière de développement portuaire, dont les contours sont redessinés à partir de l'adoption de la stratégie de Lisbonne en 2000 et qui prévoit la création d'un “espace maritime commun” impliquant une réglementation et des infrastructures communes et autorisant une continuité des solutions logistiques entre Etats membres.

La douloureuse transposition à Marseille

Dès le printemps 2008, en guise d'accompagnement de la procédure législative, la CGT bloque à plusieurs reprises le port de Marseille. "À Marseille, nous sommes déterminés à agir contre la réforme des ports qui n'est pas économique, mais idéologique. On est sur une privatisation. Nous allons agir dans la durée", prévient la direction syndicale locale. 10 jours après le vote du texte, toutefois, la fédération nationale des docks et ports de la CGT surprend en appelant à "assouplir" les mouvements de grève qui n'ont jamais faibli à Marseille. Pour le gouvernement et les élus locaux, en particulier Roland Blum en pointe dans ce domaine, c'est une victoire.

En septembre, un nouveau directeur du Port autonome (qui devient GPM le 1er octobre) est nommé, il s'agit de Jean-Claude Terrier qui succède à Guy Janin. La réforme parait en bonne voie tandis que le projet du futur port de croisière est présenté à la Foire de Marseille sur le stand du Port autonome. En novembre, les secrétaires généraux CGT de 28 ports ont approuvé à l'unanimité moins une abstention, le texte de l'accord-cadre qui sera signé jeudi au ministère des Transports. Le nom du représentant du port qui s'est abstenu n'est pas connu.

En décembre, les premiers nuages commencent à s'amonceler dans le ciel jusqu'ici pur de la réforme portuaire. Des agents portuaires CGT des terminaux pétroliers de Fos et de Lavéra bloquent l'entrée d'une cinquantaine de tankers. Les grévistes entendent peser sur les négociations encore à venir concernant le périmètre d'intervention des GPM. Si cette grève concerne pour l'heure les terminaux pétroliers (les bassins ouest, à l'extérieur de la ville), elle imprime une nouvelle tonalité au contexte local d'application de la loi et tend les relations entre branche locale des syndicats, élus locaux et gouvernement.

Fin février, en effet, la situation sur le port de Marseille se dégrade brusquement : l'Union française des industries pétrolières (Ufip) et l'Union maritime et fluviale (UMF) mettent en cause, "les mouvements sociaux sporadiques larvés et particulièrement destructeurs (...) Marseille est en otage de 200 agents du port." C'est l'affaire de l'Union navale qui mettra le feu aux poudres. Nous l'avons déjà évoqué ici.

Des incidents violents continuent d'avoir lieu durant le mois de mars : le siège du GPMM est investi, le directeur général adjoint agressé, les portes sont enfoncées, les tableaux arrachés des murs, des fumigènes sont allumés dans les couloirs, les meubles sont renversé etc. Conséquence (?), les résultats du Port sont très inquiétants:-21% de trafic de marchandises pour le début d'année. La crise économique n'est pas le seul facteur avancé.

Au même moment, le GPMM adopte son plan stratégique qui prévoit des investissements publics de 600 millions d'euros devant générer 3 milliards d'euros d'ici 2013.

L'accord CGT-GPMM

Au début de l'été, la situation n'est toujours pas apaisée. Alors que les chiffres du port sont toujours aussi mauvais (-15% sur les 6 premiers mois de l'année), une quarantaine de personnes saccagent - une nouvelle fois - le bureau du directeur général du GPMM aux cris de "''Toi, tu ne nous feras pas partir, tu ne nous feras pas partir...'".

Scènes presque banales, en tous cas pas inédites, qui témoignent, certes de la tension entre direction et syndicat, mais également d'une pression nouvelle sur les salariés. Ces formes de violence font échos aux séquestrations de patrons qui ont nourri l'actualité des derniers mois. Pour Isabelle Sommier, chercheuse au Centre de Recherches Politiques de la Sorbonne, et auteure d'ouvrages sur la violence politique, "les salariés veulent exprimer une colère, une indignation d'autant plus grandes qu'ils ont l'impression d'être dans une situation économique qui dure et des négociations bloquées. Retenir son patron apparaît alors comme un sursaut de dignité pour attirer l'attention sur leur sort injuste". Les édiles se retranchent derrière la loi et son application pour négliger un nécessaire travail de concertation.

La solution de sortie de crise semblent pourtant se dessiner autour d'une prise de participation du GPMM dans la société Intramar. L'hypothèse de l'actionnarisation de l'intervention publique semble ici aussi se vérifier. Intramar opère sur le terminal à conteneurs de Mourepiane ; l'entrée de l'Établissement public dans le capital de l'entreprise vise à favoriser le transfert des personnels (le chiffre de 230 personnes est évoqué, dont 90 à Mourepiane, le reste dans les bassins ouest) dans le secteur privé... au sein duquel les pouvoirs publics resteront présents.

L'accord scellé entre la CGT et le GPMM prévoit que le port conservera 34% des parts de la structure chargée de l'exploitation du terminal, soit une minorité de blocage. Le solde sera détenu par l'entreprise Intramar et ses actionnaires (Port Synergy dont le chef de file est le groupe CMA CGM, Sea Invest et Socoma) au terme d'une recapitalisation. Le travail reprend.