A On s'attendait à ce que la désignation de Marseille au titre de Capitale européenne de la culture en 2013 provoque des tensions parmi les élus qui souhaitent retirer les dividendes politiques du succès. C'est arrivé avec la polémique autour de la possible création d'un "guichet unique" qui, à la mairie et non au sein de l'association Marseille-Provence 2013, déciderait de l'attribution du label et de l'allocation des financements. Les choses se sont (pour l'instant) éclaircies avec la mise au point de Latarjet, directeur général de l'association. lors du dernier conseil d'administration de Marseille-Provence, au printemps : "On a perdu six mois, il est temps de se mettre au travail" avait-il déclaré.

Le travail risque cependant d'être perturbé par l'acte 2 de la contestation. Celle-ce ne provient pas des élus mais du monde associatif local. Nous avons largement évoqué les difficultés du tissu associatif local, tiers-secteur pris en tenaille entre la dynamique manageriale du projet culturel et les rapports traditionnels entretenus avec le politique. Si certaines associations de la Friche ont limité leur engagement dans la candidature à la participation aux réunions préparatoires, la plupart se sont tenues à l'écart ou ont été tenues à l'écart, attendant les contours concrets du dossier et les conditions d'accès aux diverses subventions. D'autres enfin ont été tentées de rejoindre l'initiative lilloise de la Fête est finie impulsée par les déçus de la capitale européenne de la culture nordiste en 2004. (l'illustration de ce billet est la couverture graphique de leur initiative)

Au début du mois de juillet, le conseil municipal qui a donné le feu au poudre. Une baisse générale de 15% des subventions culturelles a en effet été votée dans une relative indifférente. Le motif ? Le rééquilibrage des subventions. Comprenez : donnez plus aux associations "performantes" et moins aux autres. Aux dires de M. Daniel Herman, adjoint à la culture qui a succédé à Serge Botey à l'issue des dernières élections municipales (il n'a donc pas participé à l'aventure de la candidature), ce rééquilibrage s'effectuera en deux temps. En juillet, baisse générale ; en octobre, ré-injection. Les montants, bien sûr, n'ont pas encore été dévoilé, ni bien évidemment les critères d'une association culturelle "performante". Ce décalage dans le temps s'explique par une erreur technique : les dossiers n'ayant pas pu être présentés à temps. Cet épisode illustre-il l'amateurisme de l'équipe municipale qui trancherait avec le professionnalisme de la Chambre de commerce (son Président, Jacques Pfister, faut-il le rappeler, est à la tête de l'association Marseille-Provence 2013) ? Au contraire, est-il le signe d'une recomposition, par le haut, d'une clientèle culturelle ?

À ce stade, rien n'est moins sûr tant les relations entre les trois cercles de la politique culturelle à Marseille semble s'autonomiser. Le cercle politique est engagé dans une stratégie visant à capitaliser les ressources proprement politiques de la victoire. L'objectif est d'occuper l'espace médiatique pour apparaître comme le porteur véritable du projet. Renaud Muselier joue ici le premier rôle mais Daniel Herman pourrait contribuer à sa réussite. Reste à savoir comment les autres collectivités locales vont réagir. On pense principalement aux villes d'Aix et de Toulon et aux Conseils généraux, mais il ne faudrait pas oublier les petites collectivités locales qui ont montré à M. Muselier la réalité de leur pouvoir de nuisance quand Marseille souhaité imposer ses conditions. À ce titre, les modalités de la gouvernance de l'association Marseille-Provence 2013 où chaque collectivité locale dispose d'un droit de vote égal sont un rappel permanent aux désirs de la ville-centre.

Du côté de l'association Marseille-Provence, justement, la polémique lancée par le Ravi sur le licenciement des chargés de mission dès le lendemain de l'annonce de la victoire a laissé des traces. S'il s'est avéré finalement que seulement deux contrats "de petites mains" n'avaient pas été renouvelés, le fantasme d'un projet de "parisiens" pilotés par des technocrates extérieurs aux réalités locales est tenace. Il isole un peu plus Latarjet et son équipe du tissu associatif local. Une partie de celui-ci, réagissant à la coupe des 15%, a ainsi lancé une pétition en ligne qui s'interroge : "Est-ce ainsi que la ville de Marseille relève le défi de 2013 ?"