A Les élections du Parlement européen qui se sont tenues dimanche n'ont pas été déterminées, en France comme ailleurs, par les enjeux européens ou par les enjeux locaux - voire par la combinaison des deux, c'est-à-dire la capacité des programmes et des candidats à faire valoir des intérêts locaux et régionaux sur la scène européenne. Pourtant, la récente polémique sur le vin rosé et la mobilisation victorieuse des appellations de Provence rappelle l'une des fonctions des parlementaires européens : le relais entre des espaces politiques d'échelles différentes.

Des collaborateurs de député m'ont confié en ces termes les contours de cette articulation : "Si le commissaire européen en charge des Transports, qui est par exemple Français, comme c’est le cas avec Jacques Barrot, que le député européen est en commission Transport, cela peut faciliter la discussion en disant « voilà, ce qu’il serait intéressant pour une ville comme Marseille, quels sont les programmes européens qui permettraient de… ». Donc, on crée une relation de travail mais à partir des programmes européens." Pour un député réélu dimanche : "une des choses dont je vais beaucoup plus m’occuper au cours de mon second mandat sera de voir quelles sont les liaisons à mettre en place entre le local, mais extensible, eurorégional, de l’ensemble des départements sur lesquels je suis élu ; et le niveau européen. C’est-à-dire quelle aide je peux apporter en tant que parlementaire européen ? Parce que pour l’instant je n’ai pas eu le temps de faire cela. L’élu local qui a du pouvoir dans les relations internationales, c’est le Maire, le Président du Conseil général, le Président de l’intercommunalité, le Président du Conseil régional. En ce qui nous concerne..."

Pour autant, le rôle des élus locaux et régionaux n'échappe pas à la bruxellisation comme en témoigne ce diplomate, spécialiste des affaires européennes : "les élus, eux-mêmes, ont une action de lobbying. Il est de plus en plus fréquent, et d’ailleurs à Paris cela énerve des ministères, de voir des Présidents de Conseils régionaux se déplacer à Bruxelles et aller rencontrer les Commissaires en charge de tel ou tel dossier, et d’aller plaider en direct leurs dossiers. C’est quelque chose d’assez nouveau puisque traditionnellement le domaine des organisations internationales, ce n’est pas la chasse gardée, mais c’est essentiellement l’Etat". Certes, il n'est pas question ici des parlementaires européens, mais ceux-ci peuvent être sollicités dans le cadre de la défense de projets spécifiques de dimension européenne, comme cela a été le cas avec la candidature de Marseille-Provence 2013.

Qui sont donc les élus qui seront chargés de promouvoir ces enjeux locaux à Strasbourg (et à Bruxelles) ? Petit tour d'horizon qui se limitera aux 13 élus de la grande circonscription sud-est qui comprend la Corse, Paca et Rhône-Alpes.

Le grand vainqueur reste ici comme ailleurs, l'abstention, puisqu'avec un taux de participation de 39,63 %, la circonscription a moins voté que l'ensemble du pays avec un taux de 43,01 % et moins que l'ensemble des 27 avec un taux de 42,94 %.

L'UMP arrive en tête au niveau de la circonscription avec 29,5 % des suffrages (en progression de 12 points par rapport aux élections européennes de 2004). Dans les Bouches-du-Rhône, le résultat est un peu en-deçà pour la liste de la stéphanoise Françoise Grossetête qui réalise un score de 26,9 %. La liste UMP parvient à envoyer cinq élus (3 femmes, 2 hommes). Françoise Grossetête est une ancienne adjointe du maire de Saint-Étienne, Michel Thiollière battu aux dernières municipales. Députée européen depuis depuis 1994 et Vice-présidente du groupe du Parti populaire européen depuis 1999, elle vient d'être nommée par son parti pour conduire la liste UMP aux prochaines élections régionales. Damien Abad sera le benjamin du Parlement européen à 29 ans. Président des Jeunes Centristes (Nouveau Centre) à sa sortie de Sciences Po., il est conseiller municipal de Vauvert dans le Gard, son département de naissance. Dominique Vlasto est réélue sans surprise. L'adjointe au maire de Marseille chargée du Tourisme et des Congrès rempliera un troisième mandat. Gaston Franco, ancien député, proche de Christian Estrosi, est maire du village de Saint-Martin-Vésubie à côté de Nice. Il ira siéger pour la première fois au Parlement européen à Strasbourg le 14 juillet. Enfin, Nora Berra, médecin, membre du Mouvement des musulmans laïcs de France et conseillère municipale de Neuville-sur-Saône, fut tête de liste Perben dans le 8ème arrondissement de Lyon lors des dernières municipales. Finalement, sur les 5 élus, on compte une Stéphanoise, une Lyonnaise, un Nîmois, un Niçois et une Marseillaise ; une élus issue de la diversité et de la société civile ; un très jeune ; et deux professionnelles de la politique européenne.

Surprise, en deuxième position, on trouve la liste d'Europe-Écologie qui, avec 18,27 % remporte trois sièges. En 2004, les Verts conduits par Jean-Luc Benhamias avaient réalisé un score de 12%. Michèle Rivasi, normalienne et biologiste, ancienne députée de la majorité plurielle de Lionel Jospin est depuis mars 2008, adjointe au maire de Valence et Vice-présidente du Conseil général de la Drôme pour les Verts. François Alfonsi est le porte-parole du Parti de la Nation Corse, membre de la Fédération des Partis Politiques Régionalistes et Autonomistes. Enfin, Malika Benarab-Attou est une militante des Verts à Chambéry, cadre à la Sécurité Sociale. Bilan pour les Verts d'Europe-Écologie, deux femmes, un homme, une Drômoise, un Corse, une Savoyarde. Au-delà de la sensibilité écolo, ces élus viendront à Strasbourg pour porter des revendications - sinon, des intérêts - de lieux à forte identité culturelle.

Cruelle déception pour le PS et son leader dans le Sud-Est, Vincent Peillon, qui avec 14,49 % des suffrages, ne qualifient que deux candidats - contre 5 lors de la mandature précédente. Il siégera au Parlement européen pour un deuxième mandat avec Sylvie Guillaume, adjointe de Gérard Colomb à Lyon aux affaires sociales.

Jean-Luc Benhamias avec 7,37 % des voix sauve son siège pour le MODEM ; tout comme Jean-Marie Le Pen, dont la liste réalise 8,49% (en recul de 4 points par rapport à 2004) et qui devient le doyen du Parlement européen. Enfin, Marie-Christine Vergiat, militante de la Ligue des Droits de l'Homme, fait son entrée à Strasbourg sur la liste du Front de Gauche qui réalise 5,90%.

Les autres listes ne disposeront pas d'élus. On trouve dans l'ordre NPA avec 4,33%, MPF-CPN avec 4,29%, Alliance Écologie menée par Francis Lalanne, 3,75% et Debout la République avec 1,99%. 11 autres listes réalisent moins de 1% des suffrages.

Une élection se clôt et déjà des projections se réalisent sur les élections régionales qui auront lieu le printemps prochain et au cours de laquelle, la domination du Parti socialiste risque d'être ébranlée si l'on s'en tient à la photographie du paysage local et régional actuelle. En politique, comme ailleurs, la vérité du jour...