Marseille Espérance : 2013, évènement cultu(r)el
Par Nicolas Maisetti le mercredi 20 mai 2009, 09:49 - Lien permanent
Jean-Claude Gaudin a ouvert dimanche
dernier le premier évènement labellisé Capitale européenne de la culturel.
L'association Marseille-Provence 2013 avait choisi de soutenir la 6ème édition
du
Colloque "Religion et culture, transmission et modernités" organisé par
Marseille Espérance. Le programme complet ici.
Y-aurait il quelque chose de surprenant ou de choquant à donner le privilège
du lancement de l'opération 2013 à un évènement à connotation religieuse ?
Qu'est ce que cet évènement nous dit sur 2013 et sur Marseille ? Pour
répondre à ces questions, il est évidemment indispensable de revenir sur la
place de
Marseille Espérance dans le dispositif local de la régulation politique,
sociale et donc, culturel.
En 1990, au lendemain de la profanation du cimetière juif de Carpentras, le
maire de Marseille, Robert-Paul Vigouroux décide de créer une structure
informelle rassemblant les responsables locaux des religions principales de la
ville. Les évêque catholique, orthodoxe et arménien, le pasteur protestant, le
cheikh président de la Fédération des musulmans du sud de la France, un imam
sénégalais, le grand rabbin de Marseille, ainsi que des associations laïcs
(Radio Gazelle, association des Vietnamien de Marseille) inaugurent ce
groupement.
À l'origine de ce dossier on trouve Bruno Étienne, universitaire,
spécialiste des religions, récemment disparu et qui selon son collègue et ami,
Franck Fregosi, "n'a cessé d'affirmer l'inexistence d'une communauté
musulmane entendue comme un ensemble monolithique d'individus ayant les mêmes
pratiques, défendant les mêmes intérêts et mus par le souci de l'unité
communautaire". Ses travaux sur l'islam tendent à montrer que la religion
n'est pas importée, mais qu'elle est retraduite par les conditions nationales
et locales au sein desquelles elle s'exerce. En d'autre terme, l'islam, tel
qu'il est pratiqué en France, est une religion française. En outre, il
insistait dans ses travaux et son enseignement sur la dimension laïque de la
religion, sur les espaces non strictement religieux investis par les membres
des soi-disant "communautés".
On peut
tout de même se demander si, malgré les louables intentions de ses pères
fondateurs, Marseille Espérance serait autre chose qu'un outil politique au
service de la gestion clientélaire des communautés. "L'avenir de Marseille,
son dynamisme et sa prospérité, le bien-être de chacun, dépendent de la
revitalisation de l'économie, mais en même temps de la qualité des rapports
entre les communautés" déclare M. Vigouroux lors de la réunion inaugurale.
Élargi progressivement à d'autres cultes (jusqu'au Grand vénérable de la Pagode
de la Savine), Marseille Espérance déclare dans sa charte sa conviction dans
l'instauration "d'un dialogue et d'une meilleure compréhension entre tous
les Marseillais". À son arrivée à la mairie, Jean-Claude Gaudin décide de
continuer l'expérience qui se signale par des prises de position mises en scène
de manière spectaculaire : en 1996, le meurtre d'un jeune par un homme
d'origine maghrébine suscitant une violente campagne raciste de la part du
Front national ou les attentats du 11 septembre sont l'occasion pour Marseille
Espérance d'exprimer un "œcuménisme politique" selon l'expression de Samson et
Péraldi.
Pourquoi avoir confié à Marseille Espérance la primeur du label Capitale
européenne de la culture ? Donnons la parole à Bernard Latarjet, directeur
général de l'association Marseille-Provence 2013, qui s'exprimait au mirco de
Med'in
Marseille : "Les religions sont des composantes essentielles des
cultures. Elles sont même souvent fondatrices des cultures, spécialement en
Méditerranée. Aujourd'hui, en Méditerranée, mais partout dans le monde, la
question des rapports entre la culture et la religion, entre la révélation et
la raison, entre la foi et la connaissance... Elles sont à la fois fondatrices
des cultures de Méditerranée, qui doivent connaitre à Marseille-Provence en
2013 une illustration exemplaire, mais elles sont aussi une actualité de plus
en plus importante. Oui, les religion auront une place importantes dans les
célébrations de Marseille-Provence 2013."
Dans le droit fil de l'édition 2008 des Rencontres d'Averroès, cette initiative tend à souligner le rôle assigné à la religion dans le dialogue culturel euroméditerranéen. Un rôle que l'on voudrait le plus éloigné possible du discours des chocs de civilisation qui voyait dans le culte, une institution archaïque à l'origine des conflits et des résistances à un supposé progrès universel (le marché, la démocratie libérale, la laïcité occidentale). La ville, parce qu'elle est le réceptacle d'investissements pluri-cultuels - même lorsque cet investissement est alimenté par une récupération politique, contribue à déplacer le dialogue entre les religions sur le terrain de la culture. Elle constitue ainsi un espace privilégié, une alternative aux politiques et aux discours sécuritaires. En choisissant de labéliser un évènement de Marseille Espérance pour lancer la Capitale européenne de la culture, Marseille 2013 se place ainsi d'emblée sur le terrain euro-méditerranéen du dialogue, conformément au thème du "passeur-traducteur" cher à Étienne Balibar, sans oublier de s'adresser à ses populations. Premier défi relevé ?