Exposition Itinéraires à Euroméditerranée
Par Nicolas Maisetti le mercredi 22 avril 2009, 12:25 - Lien permanent
Vu dans le
quotidien
La Marseillaise, l'opération d'aménagement urbaine et de développement
économique Euroméditerranée lance une exposition intitulée "Itinéraires" :
"Six cubes (1,7 mètre de côté), conçus comme du mobilier urbain, proposent
un parcours pour faire connaître l’opération de réaménagement".
L'exposition est mobile et change de lieux tous les 15 jours : du 5 au 17
mai, au parc Borély ; du 19 au 31 mai, au parc du 26e centenaire ; du
2 au 14 juin, au parc Longchamp ; du 16 juin au 5 juillet, au parc
François-Billoux ; et du 7 au 29 juillet, sur le cours d’Estienne
d’Orves.
L'enjeu principal de l'exposition réside dans une prise de conscience d'un
manque d'ancrage social de l'opération Euroméditerranée et montre la volonté de
la nouvelle direction politique de l'Établissement public (Guy Tessier a
remplacé Renaud Muselier il y a un an) de rompre, pour partie, avec l'image
managériale de l'opération. Depuis sa création en octobre 1995, l'Établissement
public, créé pour gérer "l'opération d'intérêt national", s'est
efforcé de trouver un équilibre entre sa fonction de rénovation urbaine et sa
fonction de développement économique. Certes, dans l'esprit des animateurs de
l'opération les deux piliers sont liés. La rupture avec la paupérisation des
quartiers centraux devaient passer par une revalorisation du bâti et du
foncier, des populations nouvelles (plus jeunes, plus riches, plus mobiles)
seraient attirées, ainsi que des entreprises et des touristes séduits par la
nouvelle forme de la ville et de son centre. Le tout devant entraîner un
changement de l'image de Marseille et enclencher une dynamique économique
positive. L'une des focales emblématiques du projet étant la Rue de la
République qui symbolise et manifeste historiquement la polarisation spatiale
nord-sud de la ville et la stratégie de "reconquête" du centre.
Toutefois, cette articulation ne s'est pas déployée de manière si mécanique.
Entre 1995 et 1998, "Euroméditerranée est réduite à une opération
d'aménagement classique" selon Gilles
Pinson. Le pilotage politique du projet est réduit, l'équipe mise en place
manque d'expérience en matière de gestion des procédures d'aménagement et
l'ensemble donne l'impression d'une approche exclusivement technique, en
particulier lorsque l'on observe le contenu du Schéma de référence d'urbanisme
d'Euroméditerranée publiée en 1998 par la direction de Dominique
Becker.
En 1998, Jean-Michel Guénod remplace Becker à la direction générale de
l'Établissement public. Il tente d'insuffler une dynamique de projet à une
opération réduite à une simple ZAC trop procédurière. Ce virage vise à définir
des orientations générales sur lesquelles viendraient se greffer des projets
intermédiaires. Euroméditerranée est conçue à cette époque comme un acteur
structurant de multiples initiatives, engendrant des dynamiques générales sur
une échelle de temps plus longue. L'Établissement public semble préfigurer un
nouvel outil de gouvernance succédant à une gestion clientélaire essoufflée. Ce
n'est pas une simple coïncidence si la période voit se créer un deuxième
Établissement public, la communauté urbaine Marseille-Provence Métropole. Les
élites urbaines semblent avoir pris conscience de la nécessité de produire un
système local élargi à d'autres échelles et d'autres acteurs, reposant sur le
projet et capable de faire émerger un pouvoir métropolitain dégagée des
contraintes de la compétition politique dans un contexte marqué par un
endettement croissant de la ville.
En 2004, toutefois, François Jallinot, nouveau directeur général, imprime
une nouvelle orientation à l'opération. Il s'agit désormais de crédibiliser
Euroméditerranée en faisant sortir de terre le plus rapidement possible des
réalisations concrètes. La dimension immobilière de l'opération domine les
enjeux. Le marché est le point de référence unique, un rythme sur lequel se
cale les promoteurs. La conséquence la plus manifeste sera de ralentir la
constitution timide d'un système d'acteurs élargis mobilisés autour
d'Euroméditerranée. L'appel à la société locale amorcé par Becker se tarit et
se limite aux acteurs techniques et politiques. La Chambre de commerce et les
entrepreneurs locaux sont tenus à l'écart de cette dynamique collective
limitée.
Ce déficit d'ancrage social n'est pas sans conséquence dans la réaction des
populations et des groupes organisés qui vivent sur le périmètre. Cette
réaction se manifeste par l'usage du recours qui consiste à contester devant
les tribunaux administratifs la validité des permis de construire. Si ces
recours mettent rarement en cause la réalisation, ils retardent
considérablement les travaux. Ils témoignent surtout de la faiblesse des effets
des pratiques délibératives ou concertatives dans Euroméditerranée.
Si l'exposition Itinéraires se révèlera probablement insuffisante pour
renouer avec une production concertée de l'action publique locale, elle montre
une prise de conscience politique de ce déficit. Guy Tessier résume le
sentiment général "au départ, mon prédécesseur voulait faire
d’Euroméditerranée un quartier d’affaires. C’est un quartier de vie dont moi je
voudrais." Pour qu'Euroméditerranée ne soit pas qu'une maquette
d'urbaniste.
Photos : Maquette Euroméditerranée, Les Docks