Plus belle la vie dans la mondialisation
Par Nicolas Maisetti le samedi 7 mars 2009, 18:43 - Lien permanent
La série
télévisée Plus Belle la Vie (PBLV) diffusée sur France 3 tous les soirs de la
semaine réalise une audience supérieure au Journal télévisé de France 2 (selon
Médiamétrie,
autour de 22% de part de marché, soit presque 6 millions de téléspectateurs).
La suppression de la publicité sur le service public après 20H et l'avancée de
l'horaire du programme a renforcé les inquiétudes dans les rédactions des JT.
On apprend par
ailleurs que le New York Times a consacré un long papier
au phénomène.
La série, qui met en scène la ville de Marseille comme un personnage de
fiction à part entière, est tournée dans les locaux de l'ancienne manufacture
de tabac fermée en 1990 et laissée en friche. En 1992, l'association Système
Friche Théâtre investit les lieux pour mettre en œuvre un projet de
"conquête de nouveaux territoires de création" afin de "poser
autrement les enjeux de production et dégager de l’espace et du temps pour les
artistes." Le site est situé au cœur de la ville-centre paupérisée et
dégradée par le déclin des activités industrielles. La conjonction des projets
culturels et urbanistiques débouche sur la constitution d'un avant-pont des
activités artistiques inscrit dans un pôle média connecté aux échanges et aux
réseaux internationaux..
En effet, le site est intégré au
périmètre de l'opération Euroméditerranée. Or, la Friche se situe
clairement dans l'optique des objectifs promus par le projet de développement
économique et de rénovation urbaine : revitaliser économiquement et
architecturalement un hyper-centre jusqu'alors peu attractif dans la course aux
territoires.
À côté des actifs culturels de la ville désormais agglomérés autour de la
perspective de 2013 et du label de capitale européenne de la culturelle (MUCEM,
Cité régionale de la Méditerranée, Rencontre d'Avérroès, etc.), la Friche de la
Belle de Mai est conçue comme la bulle média de l'opération. Selon un membre de
l'Établissement public "on y construit un pôle dédié au média et en
particulier aux contenus pour mobile. Et là, clairement l’offre qu’on défend
n’est pas une offre d’accès à un marché mais une offre d’accès à des
compétences. On essaie d’attirer des entreprises qui feraient abstraction des
marchés locaux pour se focaliser sur les compétences qui gravitent autour du
pôle. Et là on se raccroche, on se connecte directement sur les pôles de
compétitivité et on dit « voilà aujourd’hui Marseille est un pôle de
référence sur les technologies mobiles et est capable de faire converger des
contenus et des technologies dans une mobilité" (entretien). L'idée est de
construire un pôle high-tech sur une friche industrielle à partir d'une action
publique d'animation de la filière et des compétences, d'une part, et de
promotion d'un quartier dans le cadre du marketing urbain, d'autre part. On
comprend dès lors dans quelle mesure la conversion des économies d'accumulation
de type fordistes en économies de la connaissance se construit aussi à
l'échelle des quartiers.
Dans cette perspective, il n'est pas étonnant de constater que les
producteurs de la série PBLV empruntent des techniques de fabrication à
Hollywood. Selon le New York Times, "to keep creativity and consistency,
Mr. Tomasini (ndla, coproducteur) adopted a practice from Hollywood: a
team of 20 writers who create in workshops, producing carefully arced scripts.
Mr. Besson (ndla: coproducteur) said that the challenge was to produce a “soap
à l’américaine” but “keep an identity of our own, speaking with an accent while
communicating to all of France.”
L'impact de la série est l'illustration des effets collusifs du local dans
le global. Les studios de la Friche montrent, si besoin était, dans quelle
mesure relater la vie quotidienne d'un quartier fictif -mais en même temps,
tellement typique qu'il en devient plus "vrai"- peut produire des effets dans
d'autres échelles, à conditions d'utiliser des moyens adaptés à
l'économie-monde.
NB : La photo est extraite du travail réalisé par Pauline Daniel entre aout et septembre 2005 dans le cadre d'une commande publique de la DRAC PACA et de la ville de Marseille autour des mutations urbaines engendrées par le projet "Euroméditerranée". L'artiste met en perspective les "deux visages de la Belle de Mai", l'un formé par les habitants, l'autre, par les activités culturelles et de la haute technologie qui se sont récemment greffés au lieu. Son travail est à découvrir ici.
Commentaires
Marseille 2013 entre culture et environnement ???
pourtant lorsque l'on pose la question à Mr Latarjet comme cela a été fait en ce 18 mars 2009 à l'Alhambra dans le 16è, sur la prise en considération de l'environnement et du DD dans le projet, il répond "la culture n'est pas la plus polluante, regardons surtout si les installations et bénéfices seront pérennes". de là à en conclure que Marseille 2013 est bien au dessus des préoccupations DD et RSE qui sont recommandées fortement aux individus, aux entreprises...il n'y a qu'un pas. Nous serons en 2013 et Marseille sera toujours à la traîne pour l'environnement !!!