Port : un tournant croisièriste
Par Nicolas Maisetti le mardi 17 février 2009, 09:39 - Lien permanent
Econostrum et Libémarseille
ont relevé les chiffres de janvier 2008 réalisés par le Grand Port Maritime de
Marseille. Et la comparaison avec janvier 2008 est douloureuse : baisse
globale de 24 % ; reculs des vracs solides de 47%, des conteneurs de 25%,
des hydrocarbures de 19%, des vracs liquides de 8%, et des vracs sidérurgiques
de 77% !
La raison ? La Crise et les conflits sociaux qui ont accompagné cette
année de réforme de la gouvernance du Port autonome, du Grand Port Maritime.
Malgré toutes ces perturbations, le GPM annonce 2009 comme "l'année du
changement". En effet, un tournant semble avoir été pris par la nouvelle
direction du port (élection le 23 janvier dernier de M.Patrick Daher au poste
de Président du Conseil de surveillance, de M. Jacques Truau à celui de
vice-président et désignation de M. Jean-Claude Terrier, ancien directeur
général du GPM, au poste de Président du Directoire). Ce tournant est
croisièriste. Dans les chiffres ci-dessus, le seul indicateur vert est celui
des croisières : +166% qui permet de stabiliser le volume global du
trafic passager au dessus de 4% alors même que le trafic vers la Corse aurait
subi une baisse de presque 40%. Selon Libémarseille : "pour le trafic
passagers, la hausse est surtout due aux croisières qui deviennent une activité
régulière, et non plus saisonnière''". Considérable changement.
La stratégie crosièriste du GPM vient de connaître une validation par
Bruxelles. "La Commission Européenne a donné son feu vert au lancement du
Marseille-Provence Cruise Terminal". a -t-on appris le 11 février. En
avril dernier, le GPM avait décidé d’attribuer à Costa Croisières, MSC
Croisières et Louis Cruises la gestion des espaces et installations de
Croisières du môle Léon-Gourret, le terminal de croisière du port de Marseille
désormais baptisé Marseille-Provence Cruise Terminal (MPCT). La validation de
la Commission permettra d'accélérer l'investissement de 12 millions au total (8
millions provenant des entreprises et 4 du GPM).
L’extension du quai 181 sera réalisée pour augmenter la capacité d’accueil
des navires de plus de 300 ml sur le terminal. 2 Porte-passerelles ainsi qu’une
nouvelle aire de parking seront construits et les espaces d’accueil des
croisiéristes seront rénovés. La réalisation de ce projet vise à augmenter de
530.000 à 1 million le nombre de passagers annuels débarquant à Marseille d’ici
à 2011.
Gianni Onorato, directeur général de Costa Croisières estime dans le
communiqué de presse que "cet accord s'inscrit pleinement dans notre
politique de gestion directe des terminaux de croisière que nous avons été les
premiers à initier en Europe, et qui a donné des résultats ô combien positifs à
Savone, Barcelone, Civitavecchia et Naples."
Stelios Kiliaris, CEO de Louis Cruises, rappelle que "depuis sa fondation
par les Grecs il y a 27 siècles, Marseille a toujours été l’un des plus
importants ports européens. C’est avec un grand plaisir que nous collaborerons,
au sein du groupement comprenant 2 croisiéristes majeurs, avec les autorités
locales pour faire de Marseille une destination de choix dans l’offre mondiale
de croisières ! Sa position au cœur de l’Europe et de la Méditerranée fait
de Marseille un terminal idéal pour des croisières vers l’est ou vers l’ouest.
Cet ensemble de facteurs fera de ce terminal un incontournable hub de
croisières. C’est le défi que nous relevons avec enthousiasme, et la promesse
que nous nous engageons à tenir."
Le choix de l'option de la croisière fait partie d'une stratégie plus
globale de la métropole qui cherche à s'éloigner de certains stigmates
industriels. Le système marseillais, tel qu'il avait été analysé par Louis
Pierrein, est d'abord un complexe industriel qui établit un tissu de relations
entre marchés proches et lointains, matrice de production et de distribution,
et produit un horizon culturel spécifique. La croisière renverse tout à fait ce
système. Il s'agit de rendre le port et la métropole de moins en moins
dépendants d'évolutions industriels incertaines ainsi que d'entrer dans un
cycle de compétition orientée par le tourisme. Il ne s'agit plus d'être
performant mais attractif. L'enjeu de la croissance ne réside plus dans
l'alchimie entre le port, la ville et la cité mais la pénétration de flux
exogènes touristiques.
Renversement de perspectives, donc, mais mobilisation des mêmes mythes. On rappelle la fondation phocéenne, les 2600 ans d'importance portuaires, méditerranéennes, la position géographique centrale. Une question, toutefois : si Protis avait été croisièriste, aurait-il épousé Gyptis ?