A Econostrum et Libémarseille ont relevé les chiffres de janvier 2008 réalisés par le Grand Port Maritime de Marseille. Et la comparaison avec janvier 2008 est douloureuse : baisse globale de 24 % ; reculs des vracs solides de 47%, des conteneurs de 25%, des hydrocarbures de 19%, des vracs liquides de 8%, et des vracs sidérurgiques de 77% !

La raison ? La Crise et les conflits sociaux qui ont accompagné cette année de réforme de la gouvernance du Port autonome, du Grand Port Maritime. Malgré toutes ces perturbations, le GPM annonce 2009 comme "l'année du changement". En effet, un tournant semble avoir été pris par la nouvelle direction du port (élection le 23 janvier dernier de M.Patrick Daher au poste de Président du Conseil de surveillance, de M. Jacques Truau à celui de vice-président et désignation de M. Jean-Claude Terrier, ancien directeur général du GPM, au poste de Président du Directoire). Ce tournant est croisièriste. Dans les chiffres ci-dessus, le seul indicateur vert est celui des croisières : +166% qui permet de stabiliser le volume global du trafic passager au dessus de 4% alors même que le trafic vers la Corse aurait subi une baisse de presque 40%. Selon Libémarseille : "pour le trafic passagers, la hausse est surtout due aux croisières qui deviennent une activité régulière, et non plus saisonnière''". Considérable changement.

La stratégie crosièriste du GPM vient de connaître une validation par Bruxelles. "La Commission Européenne a donné son feu vert au lancement du Marseille-Provence Cruise Terminal". a -t-on appris le 11 février. En avril dernier, le GPM avait décidé d’attribuer à Costa Croisières, MSC Croisières et Louis Cruises la gestion des espaces et installations de Croisières du môle Léon-Gourret, le terminal de croisière du port de Marseille désormais baptisé Marseille-Provence Cruise Terminal (MPCT). La validation de la Commission permettra d'accélérer l'investissement de 12 millions au total (8 millions provenant des entreprises et 4 du GPM).

L’extension du quai 181 sera réalisée pour augmenter la capacité d’accueil des navires de plus de 300 ml sur le terminal. 2 Porte-passerelles ainsi qu’une nouvelle aire de parking seront construits et les espaces d’accueil des croisiéristes seront rénovés. La réalisation de ce projet vise à augmenter de 530.000 à 1 million le nombre de passagers annuels débarquant à Marseille d’ici à 2011.

Gianni Onorato, directeur général de Costa Croisières estime dans le communiqué de presse que "cet accord s'inscrit pleinement dans notre politique de gestion directe des terminaux de croisière que nous avons été les premiers à initier en Europe, et qui a donné des résultats ô combien positifs à Savone, Barcelone, Civitavecchia et Naples." Stelios Kiliaris, CEO de Louis Cruises, rappelle que "depuis sa fondation par les Grecs il y a 27 siècles, Marseille a toujours été l’un des plus importants ports européens. C’est avec un grand plaisir que nous collaborerons, au sein du groupement comprenant 2 croisiéristes majeurs, avec les autorités locales pour faire de Marseille une destination de choix dans l’offre mondiale de croisières ! Sa position au cœur de l’Europe et de la Méditerranée fait de Marseille un terminal idéal pour des croisières vers l’est ou vers l’ouest. Cet ensemble de facteurs fera de ce terminal un incontournable hub de croisières. C’est le défi que nous relevons avec enthousiasme, et la promesse que nous nous engageons à tenir."

Le choix de l'option de la croisière fait partie d'une stratégie plus globale de la métropole qui cherche à s'éloigner de certains stigmates industriels. Le système marseillais, tel qu'il avait été analysé par Louis Pierrein, est d'abord un complexe industriel qui établit un tissu de relations entre marchés proches et lointains, matrice de production et de distribution, et produit un horizon culturel spécifique. La croisière renverse tout à fait ce système. Il s'agit de rendre le port et la métropole de moins en moins dépendants d'évolutions industriels incertaines ainsi que d'entrer dans un cycle de compétition orientée par le tourisme. Il ne s'agit plus d'être performant mais attractif. L'enjeu de la croissance ne réside plus dans l'alchimie entre le port, la ville et la cité mais la pénétration de flux exogènes touristiques.

Renversement de perspectives, donc, mais mobilisation des mêmes mythes. On rappelle la fondation phocéenne, les 2600 ans d'importance portuaires, méditerranéennes, la position géographique centrale. Une question, toutefois : si Protis avait été croisièriste, aurait-il épousé Gyptis ?