A Cette semaine Marseille accueillait un match amical de football opposant la France et l'Argentine. Officiellement, c'est l'Argentine qui recevait l'équipe de France en vertu d'un accord passé entre les deux fédérations après un premier match au Stade de France en février 2007. Mais pourquoi le choix s'est-il porté sur la ville de Marseille ? Les Argentins préféraient disputer ce match en Europe pour des raisons autant sportives (de nombreuses stars de l'équipe évoluent dans les championnats européens tandis que les quatre meilleurs clubs argentins disputent en ce moment les phases de poule de la Copa Libertadores) que financières (l'exploitation commerciale des matchs des équipes nationales brésiliennes et argentines sont vendues à une société privée qui gère les droits d'image et de diffusion notamment). Plusieurs villes étaient en concurrence mais c'est Marseille qui l'a emportée devant... Barcelone (comme on se retrouve !).

Cette rencontre a été l'occasion de sortir de vieux souvenirs et en premier lieu l'épisode du transfert avorté de Diego Maradona à l'OM à l'été 1989. La venue du Pibe del Oro a par ailleurs suscité un enthousiasme surprenant au premier abord. L'arrivée à l'aéroport, l'entraînement rocambolesque à Géménos, des conférences de presse spectaculaires. La Provence nous propose un résumé vidéo de ce qu'elle appelle la "''Maradona Mania''.".

Le match s'est déroulé dans une atmosphère de fête. Les Cahiers du Football écrivent avec ironie "Merci aux spectateurs du Vélodrome pour leur spectaculaire retournement de veste (on passe d'encouragements francs à des sifflets, des "Domenech démission" et des "olé" à chaque passe des Argentins), qui prouve bien que tous les publics français sont pitoyables. Chacun à sa façon". Ils rejoignent Thierry Henry, le capitaine des Bleus, dans leur analyse :"Le public a retourné sa veste en supportant l’Argentine. Cela a été un peu difficile, mais c’est comme ça. C’était ma 109e sélection, et ce n’est pas la première fois que cela arrive. Malheureusement, je pense que ce ne sera pas la dernière fois non plus…" . En audio sur [RMC. |http://www.rmc.fr/edito/sport/70875/henry-le-velodrome-a-retourne-sa-veste/]

L'hypothèse du retournement de veste n'est pas celle défendue par le Monde pour lequel "Marseille préfère l'Argentine". Rachid Zeroual dirigeant du club de supporter des South Winners rappelle que "Maradona s'est tatoué le visage du Che sur l'épaule (ndla, Che Guevarra est le symbôle du groupe). Pour nous, le vrai classico, c'est pas OM-PSG mais Boca Juniors-River Plate, à la Bombonera de Buenos Aires (...)Le Vélodrome sera argentin à plus de 50 %, d'autant plus que leurs couleurs sont les mêmes que celles de l'OM"."

Au-delà de ces éléments, le soutien du public marseillais à l'Argentine contre la France peut-il nous dire quelque chose des rapports que la ville et ses habitants entretiennent avec l'État central et l'internationalité ? En d'autres termes, la nature rebelle et dissidente de Marseille n'est elle qu'une image de sens commun ou ne produit-elle pas des effets réels sur les attitudes sociales ? La vision des drapeaux tricolores distribués massivement dans les travées des virages du stade avaient quelque chose d'étrange : comme s'il fallait se prémunir à l'avance de réactions hostiles du public. Nous ne sommes pas dans le même registre qui prévalait lors des matchs récents à Saint Denis contre l'Algérie, la Tunisie ou le Maroc mais la paranoïa des pouvoirs publics semble être tenace.

Dernière observation, il semble que l'accueil du public fut exécrable: "manque de buvettes à Ganay, sanitaires dans un état apocalyptique, des bousculades dangereuses dans les tribunes…" autant de problèmes d'organisation qui n'existent pas lors des matchs de championnat. Hasard ou... "La Fédération a certes employé les stadiers habitués du Vélodrome mais, dans un souci d'économies, a préféré en mettre moins" a déclaré l'adjoint aux grands équipements et aux grands événements de la ville. Toute ressemblance avec d'autres secteurs de politique publique...