Marseille face La Crise
Par Nicolas Maisetti le samedi 31 janvier 2009, 15:36 - Lien permanent
La
Crise est devenue depuis l'automne l'épicentre des discours politiques et
médiatiques. Elle est à la fois un contexte et un programme, une contrainte et
une ressource pour les politiques publiques et les luttes partisanes. Elle
permet de déverser des flots ininterrompus de commentaires et d'analyses, le
plus souvent évidemment contradictoires et prospectifs sur le mode de la
"faute" à qui et dans quand/comment/pourquoi on en "sort".
Permettez moi de ne pas m'adonner à ce genre d'exercice et de porter la
discussion sur l'impact territoiralisé de la Crise, entendue comme le
ralentissement général et durable de l'Économie (sur le plan théorique,
j'invite le lecteur à prendre connaissance des travaux David Harvey sur
cette question ou pour une perspective moins critique, ceux de Amin Ash,
Allen Scott et
Michael Keating).
Contrairement à certaines idées reçues concernant la mondialisation,
l'économie n'est jamais devenue déterritorialisée. Les capitaux comme les
travailleurs restent ancrés dans des lieux. Si la mobilité est effectivement un
élément clé de compréhension des évolutions économiques, ce facteur, qui est
loin d'être nouveau, ne remet pas en cause le principe de la territorialisation
de la production et de la consommation (même si ces deux temporalités du
processus se distinguent dans l'espace). Elle ne remet pas en question non plus
le rôle décisif des instances politiques de décision : les traders n'ont
pas remplacé les élus, ni le Marché, l'État. Ce ne sont pas seulement des
comportements coupables qui sont à l'origine du Désastre mais une absence ou
une faiblesse des dispositifs de régulation étatique ou
interétatique.
Ceci posé, on peut se demander comment la Crise trouve un écho dans l'aire
métropolitaine marseillaise. L'actualité ici n'est pas avare d'exemples. Les
plus visibles concernent les fermetures
d'usines, les chômages partiels, les grèves et les
manifestations qui réclament le maintien de l'emploi ou du pouvoir d'achat.
A ce jour, uniquement dans les Bouches du Rhône, la société de transport
Transco la Phocéenne (130 employés à Fos et 150 au Havre) et Linpac Packaging
(127 salariés à Tarascon menacés) se retrouvent en liquidation judiciaire
tandis que Ascometal, Sibell, STMmicroélectronique et ArcelorMottal font
l'objet de plans sociaux.
Moins visible, le contexte économique crée un climat d'incertitude autour
des grands projets de la métropole. La dépendance du développement local et
régional aux évolutions globales montre la nature et le degré d'intégration des
espaces urbains à l'économie-monde. Les deux politiques locales internationales
agglomérantes de la cité concernés, l'opération Euroméditerranée et la
désignation de Marseille-Provence Capitale européenne de la culture, illustrent
et précisent cette hypothèse. Si la Crise a des conséquences locales, elles ne
sont pas uniformes et dépendent toujours des choix politiques. La
"mondialisation" n'est pas un contexte ou une situation : comme le reste,
elle procède de décisions politiques, pilotées au premier chef par les
autorités stato-nationales.
Si la Crise ne remettra pas en cause les projets, risque-t-elle d'en
atténuer l'ambition et l'impact ? Les équipements urbains et culturels que
les autorités locales ont projeté et promis de se doter verront-ils le
jour ?
Heureusement l'État est là, et tant pis pour ceux qui annonçaient sa fin.
Patrick Devedijan, le Ministre de la Relance, était à Marseille hier pour
confirmer l'engagement de l'État et annoncer des aides supplémentaires :
25 millions d'euros en tout, dont 6 millions d'euros pour l'Établissement
public Euroméditerranée "pour conforter les constructions du MUCEM au
J4" nous dit
LCM et 7 Millions d'euros pour le Grand Port maritime. Des efforts
financiers...dans
le vide ?
Le deuxième élément d'actualité nous vient des différentes études statistiques
de bilan. Surprise : la région PACA semble résister mieux que prévu (en
tout cas mieux que d'autres) à la tempête financière qui a secoué les
marchés.
La direction régionale de l'INSEE a publié une note de conjoncture qui
montre que PACA et la Corse sont les seules régions françaises à finir l'année
avec une création nette d'emploi en un semestre : "en
Provence-Alpes-Côte d'Azur, comme en France, l'activité du troisième trimestre
de 2008 a été moins défavorable que dans l'ensemble des économies avancées et
émergentes. Dans l'industrie et le commerce de détail, la croissance du chiffre
d'affaires régional s'est stabilisée. Les créations d'entreprises se sont
maintenues et l'emploi salarié a continué de croître". La région est tirée
vers le haut par le BTP et les services. Le district marseillais serait il
enfin devenu tertiaire et dynamique ? Mais comme il est de coutume en
pareille circonstance, les rapports restent contrastés et pessimistes pour
l'avenir Certes l'emploi ne baisse pas mais ne s'améliore pas pour autant, les
chiffres d'affaire des entreprises de construction sont entrés dans une phase
de net repli : "l'activité a ralenti dans les services, la crise de la
construction s'est accentuée et la baisse du taux de chômage s'est interrompue.
Dans le sillage d'une conjoncture mondiale dégradée, les très sombres
perspectives de l'économie nationale ne devraient pas épargner la région en
2009". Tous s'accordent donc à penser cependant que 2009 sera "annus
horribilis" pour la région. L'intégralité du rapport de l'INSEE est visible
ici.
Un dernier mot sur Marseille 2013 : les acteurs du projet, c'est à
dire, faut-il le rappeler, concentrés autour de la Chambre de commerce et du
monde patronal métropolitain, affichent une certaine sérénité face à la
Crise : "L'objectif du mécénat est de l'ordre de 15% soit 15 millions
d'euros, explique Bernard Latarjet dans le supplément de la Provence la
semaine dernière. Nous ne sommes pas très inquiets sur les conséquences que
pourraient avoir la crise sur le mécénat. Nous avons déjà perçu les premiers
signes chez des candidats internationaux (...). La crise jouera sans doute
davantage sur les financements des collectivités locales que sur l'implication
du privé. A Lille en 2004, la contribution de l'État était de 20%, elle sera
inférieure chez nous dans le contexte actuel". L'État, toujours
lui...
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