) Alors que l'intervention israélienne à Gaza s'achève pour laisser la place médiatique à l'investiture du nouveau Président américain, une polémique est en train de se former à Marseille sur l'attitude des élus locaux pendant le conflit.

Le week end du 10 et 11 janvier, des manifestations se sont tenues dans la région marseillaise les unes pour dénoncer "l'agression israélienne", les autres pour soutenir "le peuple israélien bombardé par le Hamas". Les élus locaux se sont précipités en tête des cortèges dans une certaine confusion.
Rémi Leroux, de Rue89, évoque une répartition des rôles. Les membres du Nouveau Parti Anticapitaliste rejoints par des élus communistes manifestaient aux côtés des organisations palestiniennes alors que les élus de gouvernement (PS, UMP, Nouveau Centre) se sont rangés derrière les banderoles du Crif.

Quelques jours après, une "lettre ouverte de protestation contre la participation d’Elus Marseillais à la Manif du CRIJF du 11/01/2009" est diffusée sur le site de l'Etincelle ("Petit journal numérique des quartiers nord") : "C’est avec stupéfaction que nous avons appris votre participation à la manifestation organisée, le 11 Janvier 2009 par le Conseil Représentatif des Instances Juives de France, manifestation qui avait pour but de soutenir l’armée Israélienne dans l’agression qu’elle mène actuellement à Gaza. Nous citoyens marseillais, électeurs et électrices habitants les quartiers populaires, qui ont largement contribués à vos élections et réélections respectives, sommes ulcérés par la rupture de la neutralité républicaine qui prévaut dans ce type de question et qui aurait du vous amener à une immense retenue dans vos implications partisanes. En tant que simple citoyen le fait de soutenir le peuple palestinien ou l’armée Israélienne relève d’un choix personnel a défaut d’être un choix moral et il s’agit en démocratie d’un droit fondamental. En tant que grands Elu(e)s vous n’êtes pas sans savoir que la préoccupation actuelle des pouvoirs publiques français est le maintien de la cohésion sociale et la lutte contre « l’importation du conflit du Proche Orient » dans l’hexagone. Pensez-vous que le fait de défiler dans les rues de Marseille en manifestant pour soutenir les agissements criminels du gouvernement Israélien soit la marque d’une quelconque sagesse ou d’un courage particulier inhérent à la charge républicaine dont le peuple souverain vous a donner mandat (...) ?"
On note parmi les premiers signataires des intellectuels comme Vincent Geisser (sociologue travaillant sur les questions d'islamophobie et professeur à sciences po. aix), des associatifs comme Charles Hoareau (Président d'Agir Ensemble contre le Chômage) et des politiques comme Armelle Chevassu (candidate aux dernières municipales sur la liste antilibérale "Marseille contre attaque à gauche"), Otmane Aziz (régulièrement candidat Verts / Modem à Belsunze) et des entre-deux comme Nassurdine Haïdari (vice-président du CRAN et adjoint au maire du 1er secteur).

Le samedi suivant, le retour du bâton prend forme...en image. Le site Med'In Marseille ("média euroméditerranéen des diversités à Marseille") met en ligne des vidéos d'une rencontre entre élus, habitants et militants de l'association "Quartiers Nord, Quartiers Forts". On y voit toute la peine qu'éprouve les élus socialistes, et particulièrement Mme Sylvie Andrieux, présente à la manifestation du Crif et très chahutée à la réunion associative, à justifier leur présence à la manifestation du Crif : "La présence de toutes les institutions était justifiée pour dire haut et fort et réaffirmer... même si il y avait des désaccords, moi je peux vous dire qu'on a parlé 30 secondes chacun... et il a fallu que les gens rétablissent le calme...on n'a pas fait plaisir".

Le débat sur la prise de position des élus locaux marseillais sur le conflit israélo-palestinien peut être différemment interprété : S'agit-il de manière classique d'une tentative, en l'occurrence ratée, de "gestion de la symbolique communautaire" ? Pour reprendre l'analyse de Samson et Péraldi : "la gestion de la ville reste conçue par les élites locales comme celle d'un fragile patchwork ethnique ou religieux auquel il faut prêter une attention sans faille". L'illustration de cette gestion peut se trouver dans les stratégies de construction des listes d'éligibles et la représentation en leur sein des membres des "communautés" (processus particulièrement bien analysés par...Vincent Geisser). Les épisodes de la semaine dernière tendent à montrer que la gestion des "communautés imaginées" s'ancre aussi dans le contexte international. Elle ne relève pas du domaine exclusif des élections ou des grands projets institutionnels ( Grande Mosquée, Marseille Espérance...).
Le débat peut enfin faire l'objet d'une lecture intermestic. On peut en effet poser la question de l'enchevêtrement des enjeux mondiaux et locaux dans la gestion de la ville (et plus seulement des communautés). Dans quelle mesure l'impact des évènements de politique internationale se répercutent-ils dans le gouvernement local ? A contrario, quels sont les effets des mobilisations collectives (politiques ou citoyennes) sur le déroulement / la représentation / le règlement de conflits lointains ?

Photos : http://20minutes.marseillebondyblog.fr/