Marseille, Gaza et la gestion des "communautés"
Par Nicolas Maisetti le mardi 20 janvier 2009, 11:36 - Lien permanent
Alors
que l'intervention israélienne à Gaza s'achève
pour laisser la place médiatique à
l'investiture du nouveau Président américain, une polémique est en train de se
former à Marseille sur l'attitude des élus locaux pendant le conflit.
Le week end du 10 et 11 janvier, des manifestations se sont tenues dans la
région marseillaise les unes pour dénoncer "l'agression israélienne",
les autres pour soutenir "le peuple israélien bombardé par le Hamas".
Les élus locaux se sont précipités en tête des cortèges dans une certaine
confusion.
Rémi Leroux, de Rue89, évoque une
répartition des rôles. Les membres du Nouveau Parti Anticapitaliste
rejoints par des élus communistes manifestaient aux côtés des organisations
palestiniennes alors que les élus de gouvernement (PS, UMP, Nouveau Centre) se
sont rangés derrière les banderoles du Crif.
Quelques jours après, une "lettre
ouverte de protestation contre la participation d’Elus Marseillais à la Manif
du CRIJF du 11/01/2009" est diffusée sur le site de l'Etincelle ("Petit
journal numérique des quartiers nord") : "C’est avec stupéfaction que
nous avons appris votre participation à la manifestation organisée, le 11
Janvier 2009 par le Conseil Représentatif des Instances Juives de France,
manifestation qui avait pour but de soutenir l’armée Israélienne dans
l’agression qu’elle mène actuellement à Gaza. Nous citoyens marseillais,
électeurs et électrices habitants les quartiers populaires, qui ont largement
contribués à vos élections et réélections respectives, sommes ulcérés par la
rupture de la neutralité républicaine qui prévaut dans ce type de question et
qui aurait du vous amener à une immense retenue dans vos implications
partisanes. En tant que simple citoyen le fait de soutenir le peuple
palestinien ou l’armée Israélienne relève d’un choix personnel a défaut d’être
un choix moral et il s’agit en démocratie d’un droit fondamental. En tant que
grands Elu(e)s vous n’êtes pas sans savoir que la préoccupation actuelle des
pouvoirs publiques français est le maintien de la cohésion sociale et la lutte
contre « l’importation du conflit du Proche Orient » dans l’hexagone.
Pensez-vous que le fait de défiler dans les rues de Marseille en manifestant
pour soutenir les agissements criminels du gouvernement Israélien soit la
marque d’une quelconque sagesse ou d’un courage particulier inhérent à la
charge républicaine dont le peuple souverain vous a donner mandat (...)
?"
On note parmi les premiers signataires des intellectuels comme Vincent Geisser
(sociologue travaillant sur les questions d'islamophobie et professeur à
sciences po. aix), des associatifs comme Charles Hoareau (Président d'Agir
Ensemble contre le Chômage) et des politiques comme Armelle Chevassu (candidate
aux dernières municipales sur la liste antilibérale "Marseille contre attaque à
gauche"), Otmane Aziz (régulièrement candidat Verts / Modem à Belsunze) et des
entre-deux comme Nassurdine Haïdari (vice-président du CRAN et adjoint au maire
du 1er secteur).
Le samedi suivant, le retour du bâton prend forme...en image. Le site Med'In
Marseille ("média euroméditerranéen des diversités à Marseille") met en ligne des vidéos
d'une rencontre entre élus, habitants et militants de l'association
"Quartiers Nord, Quartiers Forts". On y voit toute la peine qu'éprouve
les élus socialistes, et particulièrement Mme Sylvie Andrieux, présente à la
manifestation du Crif et très chahutée à la réunion associative, à justifier
leur présence à la manifestation du Crif : "La présence de toutes les
institutions était justifiée pour dire haut et fort et réaffirmer... même si il
y avait des désaccords, moi je peux vous dire qu'on a parlé 30 secondes
chacun... et il a fallu que les gens rétablissent le calme...on n'a pas fait
plaisir".
Le débat sur la prise de position des élus locaux marseillais sur le conflit
israélo-palestinien peut être différemment interprété : S'agit-il de
manière classique d'une tentative, en l'occurrence ratée, de "gestion de la
symbolique communautaire" ? Pour reprendre l'analyse de Samson et
Péraldi : "la gestion de la ville reste conçue par les élites locales
comme celle d'un fragile patchwork ethnique ou religieux auquel il faut prêter
une attention sans faille". L'illustration de cette gestion peut se
trouver dans les stratégies de construction des listes d'éligibles et la
représentation en leur sein des membres des "communautés" (processus
particulièrement bien analysés par...Vincent Geisser). Les épisodes de la
semaine dernière tendent à montrer que la gestion des "communautés
imaginées" s'ancre aussi dans le contexte international. Elle ne relève
pas du domaine exclusif des élections ou des grands projets institutionnels (
Grande Mosquée, Marseille Espérance...).
Le débat peut enfin faire l'objet d'une lecture intermestic. On peut
en effet poser la question de l'enchevêtrement des enjeux mondiaux et locaux
dans la gestion de la ville (et plus seulement des communautés). Dans quelle
mesure l'impact des évènements de politique internationale se répercutent-ils
dans le gouvernement local ? A contrario, quels sont les effets des
mobilisations collectives (politiques ou citoyennes) sur le déroulement / la
représentation / le règlement de conflits lointains ?
Commentaires
Bonjour,
Vous utilisez une photo pour illustrer votre article sans renvoyez ni à l'auteur, ni au blog sur lequel vous l'avez prise. Votre site est très intéressant, il n'en demeure pas moins qu'il se doit de respecter le travail des autres.
Bonjour,
Merci, M. Duarte pour votre commentaire. Le lien est désormais indiqué.
Bien cordialement,
Merci